Créer un blog Présentation

Nom du blog :
cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
19.08.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· Actualités du Biterrois (65)
· Algérie (75)
· Curiosités (49)
· Ecole (23)
· Famille (13)
· Faune (79)
· Flore (203)
· Géologie (6)
· Histoire (55)
· Histoires de guerre et de soldats (13)
· Livres (4)
· Occitan (47)
· Paix (39)
· Patrimoine (123)
· Personnages pittoresques (32)
· Politique (107)
· Recettes de cuisine (6)
· Souvenirs d'enfance (106)
· Spectacles (25)
· Vie sociale (109)
· Viticulture (49)

Navigation

Accueil
Livre d'or cessenon
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· Pacifistes en forum
· Essai nucléaire effectué par la Corée du Nord
· Idée de balade à Castelnau de Guers
· Scènes de la vie courante
· Départ pour l'Algérie, arrivée à Oran
· Crise d'urticaire, première !
· J'ai encore gagné !
· Regard sur les Juifs d'Afrique du Nord
· Journal d'un prisonnier de guerre
· Découverte d'une villa gallo-romaine

Statistiques



Recherche personnalisée

Derniers commentaires

Photo?
20.08.2008
Bonjour !
15.08.2008
Vous parlez de Minerve,
13.08.2008
Bonjour !
13.08.2008
Un peu d'Histoire ...
11.08.2008
Bonjour !
07.08.2008
chlorose de la vigne
06.08.2008
au sujet du concombre d\'âne
06.08.2008
Charité rejigieuse.
06.08.2008
Au fait,
04.08.2008
Aujourd'hui mon appel
04.08.2008
Bonjour !
04.08.2008
annuaire
03.08.2008
Flou artistique
02.08.2008
CAMBOUNET
29.07.2008
SPECTACLE NABUCCO
26.07.2008
La Rafale
25.07.2008
guerre et paix
23.07.2008
magnifique
23.07.2008
Chapeau bas devant ce courage
23.07.2008
RSS

Autres blogs à visiter :

· p1k9r
· vroger4
· lesjumelles
· slipman86
· passionenantestuning
· stiffuperlip
· monbricabrac
· ptitecolombine
· hyperbolederivations
· idem

Histoire

Les Lettres Françaises en 1943

Posté le 25.08.2006 par cessenon
La page 3 du N° VII

Une lectrice nous a prêté les fac-similés des numéros VI et VII de la revue « Les Lettres Françaises ». Ils datent d’avril et de juin 1943. Chacun des numéros comporte 3 feuilles au format 21 X 27 (le format en vigueur avant le A4 normalisé que nous connaissons à présent) polycopiées recto verso et contenues dans une chemise. La présentation est correcte, même si le papier utilisé n’était pas de bonne qualité. Il n’y a bien sûr pas de faute, ni d’orthographe, ni de français et pas de coquille si on excepte qu’à la page 2 du N° VII figure l’indication « Les Lettres Françaises N° 6 ».
L’éditorial du N° VI concerne le refus du Service du Travail Obligatoire qui vient d’être décrété. Il s’agit plus d’une position de principe que de mesures d’organisation de ce refus. Il est signé Claude Morgan. Ce numéro comporte en outre la chanson de franc-tireur d’Aragon, un article de Jean-Paul Sartre titré « Drieu la Rochelle ou la haine de soi », un autre, « Réflexion sur la Reine-Morte », écrit par Jean Paulhan et enfin deux textes, l’un « Pilote de guerre » de Jean Blanzay, le dernier « Apollinaire citoyen de Paris» que l’on doit à Michel Leiris.
Dans l’éditorial du N° VII Claude Morgan reprend et développe une déclaration du général de Gaulle sur l’unité de la France. On trouve dans ce numéro le poème d’Aragon « Ballade de celui qui chante dans les supplices ». Figure également un hommage rendu par Jean Paulhan à Jacques Decour, le co-fondateur avec Jean Paulhan de la revue, fusillé par les Allemands au Mont Valérien le 30 mai 1942. Un pamphlet de Claude Morgan concerne Jean Giono, accusé d’être passé de la lâcheté à la trahison. Le dernier article est de Jacques Debu-Bridel et est consacré à « Du Silence de la Mer et aux Chroniques interdites ».
Victime de désaccords entre la direction du parti communiste et l’équipe des rédacteurs à propos de leur soutien aux écrivains russes dissidents, la revue a cessé d’exister en 1972. Les Lettres Françaises avaient à nouveau vu le jour en 1989 sous l’impulsion de Jean Ristat. Il était annoncé alors qu’elles devaient paraître en supplément d’une publication trimestrielle, Digraphe, édité par Mercure de France.



--

La séparation des Eglises et de l'Etat à Nissan

Posté le 22.08.2006 par cessenon
L'objet d'un des litiges avant son enlèvement.

Antoine Beille, qui a été Président du Comité de Libération de Nissan les Ensérune, nous a communiqué une série de documents sur la situation de sa commune à l’époque de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.
La tension est déjà forte avant l’adoption de celle-ci. Une délibération du conseil municipal de Nissan en date du 11 juin 1904 déclare, en application de l’article 95 de la loi de 1884 sur les emblèmes religieux, avoir l’intention de procéder à l’enlèvement de la statue de la Vierge sise sur la route de Lespignan. Une autre délibération du conseil municipal du 28 février 1905 concerne la Croix de l’ancienne route de Narbonne.
Deux arrêtés sont pris en application de ces délibérations par Jacques Idrac, le maire de la commune, le 12 avril 1905. Un devis est présenté par Jean Rey, architecte à Béziers. Il s’élève à 485.75 f.
S’en suit une correspondance avec la sous-préfecture qui entérine les décisions du conseil municipal de Nissan.
On notera que le conseil de fabrique de l’église de Nissan (on peut traduire par conseil d’administration de la paroisse) s’est opposé à l’enlèvement de la Vierge, cependant que l’arrêté concernant la Croix de l’ancienne route de Narbonne est notifié par le garde champêtre aux propriétaires.
Une lettre de protestation avait été adressée au maire de Nissan le 4 février 1905 par M. Lautier, président du conseil de fabrique. Elle sert de bordereau à l’envoi d’un extrait du registre des délibérations de ce conseil de fabrique. Cet extrait concerne la séance du 7 août 1904 au cours de laquelle on relève que le ton est monté d’un cran. Le conseil « déclare ne vouloir en rien prêter la main à cette entreprise de démolition et en laisser toute la responsabilité à ceux qui ont eu le triste courage de l’ordonner ».
La position du curé de la paroisse est ambiguë. Certes il approuve le conseil de fabrique mais « considérant la bienveillance de M. le maire il préfèrerait un accord avec lui, en vue de détacher décemment, sans scandale et sans profanation, lesdits monuments religieux et les conserver pour un meilleur avenir ». Aussi il ne signe pas le procès-verbal.
La statue de la Vierge qui avait été érigée en 1861 sera démontée, entreposée dans un placard de la mairie, puis installée à l’église et enfin se retrouvera sur l’avenue de la Promenade en 1949.
Une autre statue, la Vierge du Plô, en faïence polychrome du XVII° siècle, intégrée dans le mur d’une maison d’habitation, sera considérée comme n’étant pas sur la voie publique et est toujours en place à l’entrée de l’impasse des Pêcheurs.
En application de la loi du 9 décembre 1905, comme sur de nombreuses églises, l’inscription « PROPRIETE COMMUNALE – République française – LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE » est peinte sur la façade. C’est sans succès que le comité de Libération proposera de la repeindre. L’inscription disparaîtra après 1949.
En 1906 le commissaire municipal reçoit mandat de réaliser l’inventaire et l’estimation des biens paroissiaux. C’est ainsi qu’une statue en plâtre de la Vierge est estimée à 15 f. Celle-ci une fois décapée en 1949 s’avèrera être une remarquable ½uvre polychrome du XIII°- XIV° siècle !
Le maire de Nissan reçoit par ailleurs un courrier, daté du 6 mars 1907, du receveur de l’enregistrement de Capestang qui lui adresse, pour les déposer aux archives communales, le journal d’ordonnancement, le livre de détail des recettes et dépenses ainsi que le registre des quittances à souches de la fabrique succursale de Nissan signés du président du bureau des marguilliers.
Détail amusant, le receveur de Capestang signale à M. le maire que le corbillard entreposé à l’église de Nissan est à la disposition de la commune, les services municipaux pouvant en prendre livraison s’il le juge utile.
Un différend surgira avec le conseil de fabrique à propos de bâtiments qui voisinent la chapelle appelée « l’ermitage ». Un décret en date du 23 novembre 1909 stipule que si la chapelle proprement dite a bien une affectation cultuelle, le bâtiment attenant est attribué au Bureau de Bienfaisance de Nissan. Le garde-champêtre y sera logé. La porte de communication avec la chapelle sera close aux frais de la fabrique.
Les relations avec l’enseignement religieux assuré par la congrégation des s½urs de Saint-Joseph, dite de la Sainte Famille, dont le siège est à Saint-Gervais s/ Mare, et la mairie sont également conflictuelles. Voici la réponse, faite en 1902, par le conseil municipal à une demande dont nous ne connaissons pas la teneur : « L’enseignement donné par ces religieuses n’est pas en harmonie avec les idées d’un gouvernement républicain et démocratique… le conseil municipal ayant, depuis peu, porté ses allocations en faveur de la caisse des écoles laïques, se déjugerait en donnant un avis favorable ». Cette école fermera définitivement ses portes en 1948.

Vichy et les francs-maçons

Posté le 17.08.2006 par cessenon
L'avis de révocation

On le sait, le régime de Vichy avait trouvé trois responsables à la défaite de 1940 : les juifs, les communistes et les francs-maçons. Nous avons eu entre les mains une série de documents concernant la révocation, comme adhérent de la franc-maçonnerie, d’un instituteur exerçant à Bédarieux et ceci bien qu’il l’ait quittée dès avant la guerre.
Le 3 octobre 1941 l’Inspection Académique de l’Hérault avise notre enseignant que son nom figurant au Journal Officiel sur les listes des dignitaires de la Franc-maçonnerie, il ne doit pas reprendre ses fonctions à la rentrée et son traitement cessera de lui être versé.
A cette date notre fonctionnaire a 15 ans de service. Il est invité à constituer son dossier de pension dont il ne jouira toutefois semble-t-il qu’à l’âge de 55 ans, sa retraite prendra effet au jour de la notification de l’arrêté portant démission d’office.
La victime de la mesure est marié à une institutrice et le couple a deux enfants. C’est donc sur un seul salaire, pas très élevé, que toute la famille va vivre, survivre plutôt. Notre enseignant révoqué essaie de se rendre utile. En 1943 sa carte d’identité porte alors comme profession : cultivateur. Comme il est chasseur, braconnier peut-être aussi, il ravitaille la maisonnée en lapins. Sa fille se rappelle qu’elle en mangeait à midi, le soir et pour un peu au petit-déjeuner !
Détail révélateur l’épouse du révoqué se voit supprimée la promotion dont elle venait de bénéficier pour l’avancement de sa carrière.
Arrive une circulaire du Secrétaire d’Etat à l’Instruction Publique datée du 17 juin 1943. Elle vaut son pesant de bêtise : « le chef du gouvernement vient de rappeler que la législation sur les sociétés secrètes doit être rigoureusement appliquée afin d’éviter la reconstitution des Associations dissoutes dont la responsabilité dans les malheurs de la France ne saurait être mise en doute ».
Toutefois la circulaire souligne que des demandes de dérogations aux incapacités qui frappaient les fonctionnaires pouvaient être présentées. Une première demande avait été formulée mais la réponse du Vice Amiral Platon, secrétaire d’Etat près le chef du gouvernement, envoyée le 22 janvier 1943, qui est transmise à l’intéressé est négative : « La décision de démission d’office, prise à votre encontre, est maintenue ».
La circulaire indique également que dans un souci d’harmonisation entre les différents services de l’Etat, les requêtes en réintégration pourraient être examinées à nouveau. Notre instituteur utilise les nouvelles dispositions contenues dans cette circulaire et au terme de la procédure il reçoit un courrier du 2 février 1944 émanant du Ministère de la Justice qui lui annonce qu’après un nouvel avis de la commission spéciale des sociétés secrètes le chef du gouvernement a décidé de déroger en sa faveur aux mesures d’exclusion frappant les anciens dignitaires de la Franc-maçonnerie.
Dans une lettre du 24 février 1944 l’Inspection Académique lui fait part de sa réintégration dans l’enseignement le 1er mars 1944. Il est invité à donner son accord.
Provisoirement notre instituteur est affecté à Béziers à l’école Diderot. Il retrouvera un poste à Bédarieux à la rentrée scolaire suivante. Comme il n’y en a pas en primaire c’est au cours complémentaire qu’il sera nommé. Il y finira sa carrière.
Naturellement le récit de cette affaire ne signifie en rien de la part de son auteur une quelconque sympathie pour la Franc-maçonnerie, simplement un refus de l’injustice et de l’arbitraire.

Pomarèdes, la canaille de Caux

Posté le 15.08.2006 par cessenon
Pomarèdes lors de son procès
croquis d'audience

Entre Saint Geniès de Fontédit et Autignac, à environ deux kilomètres de cette dernière localité, au bord d’un chemin aujourd’hui peu fréquenté se dresse une croix dont le socle porte l’inscription qui suit :

Monument érigé à la mémoire de
Charles Carratier d’Autignac,
Assassiné le XVII décembre 1841 par
Jean Pomarèdes de Caux,
Exécuté à Pézenas le XVIII février 1843.
Passants priez pour ce brave honnête homme.

Le 3 janvier dernier, quelques jours après l’anniversaire de l’événement indiqué, des fleurs, artificielles, étaient au pied de la croix. Déposées par un descendant de la victime peut-être ?
Ce Carretier était un distillateur d’Autignac et à la nuit il revenait à cheval de Béziers où il s’était rendu car il avait des transactions financières à effectuer. Il avait mangé au restaurant avec Pomarèdes qui semble-t-il lui avait tendu une embuscade quand il avait appris que Carretier avait retiré 3 000 F à la banque. En fait Carretier n’avait sur lui que 50 F Avant de mourir il avait pu donner le nom de son assassin.
Mais parlons de Pomarèdes. Vers la fin de la première moitié du XIX° siècle il a défrayé la chronique. C’était un bandit de grand chemin comme il y en avait à cette époque. Aujourd’hui on signale encore ici et là un trou ou une grotte de Pomarèdes.
Jean Pomarèdes est né à Caux en 1801, dans la rue de l’Evêché. Son père est un paysan aisé qui à sa mort en 1825 lui laisse quelques biens : maison, vignes, champs, oliveraies. Le fils se marie en 1830 avec une Jeanne Rouyre de Fontès qui y possède des terres qui viendront dans la corbeille de mariage.
Pomarèdes et son beau-frère Rouyre font ensemble commerce de Trois-Six. Les affaires ne sont pas très florissantes. Le premier acte de brigandage dont Pomarèdes est soupçonné est original. Nous sommes en hiver et le berger qui garde le troupeau de Pomarèdes sur ses terres de Fontès est venu à Caux percevoir ses gages. Il y a trouvé son maître grippé. Pourtant sur le chemin du retour il lui semble reconnaître la voix de celui-ci chez l’agresseur venu à cheval qui, sous la menace d’un pistolet, le dépouille des 35 francs qu’il vient d’encaisser.
Le commerce des Trois-Six n’étant pas lucratif, Pomarèdes et son beau-frère Rouyre s’essaient à la spéculation foncière. Ils achètent pour 38 500 F le domaine de Lussau situé entre Maureilhan et Puisserguier. Hélas la revente ne se fait pas et le remboursement de la dette contractée est l’objet de difficultés dès la première échéance.
En 1836, à la Noël, pendant la messe de Minuit, la maison de Pomarèdes prend feu. Elle avait été assurée quelque temps auparavant pour la somme de 5 500 F Evidemment la suspicion se porte sur son propriétaire et le boucher Canitrot ne craint pas d’exprimer celle-ci en public. Mais il n’y a pas de preuve et Canitrot se verra condamné pour diffamation.
La première agression recensée à laquelle se livre Pomarèdes a lieu le 15 décembre 1837 près de Capestang. Il est accompagné d’un complice, sans doute son beau-frère. Les victimes sont deux marchands de bestiaux Antoine et Jacques Carles qui reviennent de la foire de Béziers. Ils réussissent à prendre la fuite en emportant leur argent.
Pomarèdes va mettre au point une technique particulière pour exécuter ses hold-up. Sur le lieu de son embuscade il dispose des fagots d’où émergent des bâtons, laissant croire que la troupe est nombreuse et armée de fusils. Toutefois il porte toujours le même déguisement : une casquette à côtes, une fausse barbe… il se noircit le visage. Un détail permettra de le confondre : il fait suivre une musette d’où dépasse le col d’une bouteille noire.
Les agressions se poursuivent mais sans être très fructueuses. La plus payante a lieu le 11 janvier 1840 entre Nizas et Fontès. Dans la selle du cheval qu’abandonne M. Basset il y a 3 000 F C’est l’équivalent de dix ans de salaire d’un ouvrier agricole qui gagne alors 1 F par jour.
Les circonstances peuvent entraîner la mort de la personne dévalisée. Le premier meurtre dont Pomarèdes est accusé se déroule près de Bouzigues le 24 juillet 1840. Pomarèdes blesse mortellement un certain M. Garrigues venu avec deux autres porter secours à M. Goudard qui avait appelé à la rescousse.
Lors de son procès qui aura lieu à Montpellier du 25 novembre 1842 au 7 décembre 1842 l’acte d’accusation se composait de :

Un incendie volontaire
Cinquante huit agressions
Trente cinq tentatives de vol
Cinq tentatives d’assassinat
Dont trois assassinats.

En fait Pomarèdes ne fut convaincu que de l’assassinat de M. Cauvy lequel s’est produit le 11 décembre 1840 près de Bélarga.
Précisons que Pomarèdes avait été arrêté près de Laurens le 19 février 1842, après avoir dévalisé un marchand de cochons, M. Boularand, qu’on surnommait « Cambajon » (Jambon). Pomarèdes avait été incarcéré à la maison d’arrêt de Béziers.
Condamné à mort, Pomarèdes a été guillotiné le 18 février 1843 à Pézenas devant une foule nombreuse (le chiffre de 50 000 personnes a été avancé). Il a été enterré sur le seuil du cimetière de la ville afin que les passants foulent sa tombe ! Son beau-frère, également poursuivi par la justice, sera acquitté.
A l’époque où Pomarèdes sévissait d’autres bandits opéraient dans la région. Aussi il est possible, et même probable, que des agressions qui lui ont été imputées étaient le fait d’autres malfaiteurs qui d’ailleurs avaient pu utiliser les mêmes méthodes que Pomarèdes pour donner le change.
A signaler l’existence éphémère d’une radio libre, Radio Pomarèdes, qui avait emprunté le nom de notre « héros », dans les années 80. Un ouvrage romancé, produit par Guy Cabrol et ayant pour titre « Pommarèdes dit Carcassonne », s’est inspiré de l’histoire du célèbre bandit.
Ajoutons encore que Pomarèdes avait été baptisé « La canalha de Caus » par ses contemporains.

Le Pape est passé à Béziers

Posté le 14.08.2006 par cessenon
Portrait du Pape Pie VII

Ce n’est ni un Poisson d’Avril ni un canular, toutefois il ne s’agit pas de Jean-Paul II mais de Pie VII et le passage du Souverain Pontife dans notre bonne ville a eu lieu le 4 février 1814.
D’où tenons-nous cette information ? De Denis Rouquette avec lequel les lecteurs de L’HERAULT du Jour doivent commencer à être familiarisés. Nous avons appris cet événement à l’occasion de la dernière prestation du Président de l’Université du Tiers Temps faite dans le cadre des activités de son groupe d’Histoire locale.
Dans quel contexte s’est déroulée l’affaire ? Il faut pour cela rappeler la situation de l’Eglise catholique sous le Concordat et l’Empire. La question religieuse a été une des difficultés non surmontées par la Révolution Française. La Constitution Civile du Clergé a été en effet un facteur d’opposition et de troubles.
Le Premier Consul a conscience que la masse des Français est restée catholique. Il comprend la nécessité d’un apaisement religieux et entend se servir des circonstances pour reconstituer une Eglise qui sera un de ses instruments de domination.
Aussi des dispositions sont prises dans ce sens. Dès le 7 nivôse An VIII (28 décembre 1799) il signe un décret autorisant l’ouverture des églises le dimanche. On sait que, suite au système décadaire institué depuis le 4 juillet 1798, le culte a lieu le jour du décadi, c’est à dire le jour de repos qui remplace le dimanche au terme d’une décade.
Des négociations vont être engagées qui aboutiront à la signature du Concordat le 26 Messidor An IX (15 juillet 1801). Les discussions, longues et difficiles, ont duré un an, les négociateurs étant, côté Français, l’Abbé Bernier, côté Curie Romaine, Monseigneur Spina. Les objectifs des deux parties sont sensiblement différents, voire antagonistes. Pèsent sur les tractations les menaces sur les Etats Pontificaux.
Le texte adopté satisfait Napoléon Bonaparte. C’est le premier Consul, puis l’Empereur, qui nomme les Evêques, le Pape se contentant de l’intronisation canonique. Napoléon pourra dire « mes » Evêques comme il pourra dire « mes » Préfets et « mes » gendarmes. L’Eglise deviendra avec le Catéchisme Impérial (adopté en 1806) un auxiliaire du pouvoir.
Mais Pie VII peut lui aussi être satisfait. Le Concordat est un acte favorable à l’Eglise, mise à mal par la Révolution. Il va lui permettre un rétablissement rapide. Le nombre des diocèses est réduit à 50. La carte des paroisses est reprise et le XIXème siècle verra la construction de nouvelles églises qui vont remplacer d’anciennes églises paroissiales couvrant des espaces ruraux trop étendus (ancienne église de Salvergues, église de Dieuvaille près de Saint Jean de Minervois, Chapelle de Roubignac à Octon…). Après la Deuxième Restauration de nombreuses missions érigeront en maints carrefours des croix qui sont toujours en place.
Certes Pie VII a dû faire des concessions. La religion catholique n’est plus une religion d’Etat mais la religion de la majorité des Français. Napoléon a souhaité ne pas désavantager les Protestants et les Juifs. Ceux-ci ne sont pas nombreux à Béziers à cette époque : respectivement deux et quatre familles, et ici aucune mesure particulière n’est prise à leur sujet. Par ailleurs, dans son Code Civil Napoléon a, sainte horreur, maintenu les dispositions prises par la Révolution à propos du divorce !
Au passage on notera que Napoléon n’avait contracté qu’un mariage civil avec Joséphine. Mais Pie VII ne consentira au sacre de l’Empereur à Reims qu’à la condition que cette situation soir régularisée par un mariage religieux précédant le couronnement. Victoire éphémère de Joséphine qui ne l’empêchera pas d’être répudiée quelque temps plus tard par annulation de ce mariage pour cause de stérilité avérée.
Le Concordat reçoit une large adhésion de l’opinion publique même si les premiers temps de son application connaissent une période incertaine. D’un côté réticences des anticléricaux, de l’autre refus de catholiques qui provoquent un schisme avec la création de la Petite Eglise dont quelques groupes subsistent encore aujourd’hui dans l’Ouest ou la région lyonnaise.
Un conflit entre prêtres assermentés (les constitutionnels) et prêtres insermentés (les réfractaires) se développe dans le pays. Le sous-Préfet de Béziers envoie un rapport au Préfet dans lequel il écrit : « L’anarchie la plus complète règne dans l’exercice des cultes. Les ci-devants assermentés et les insermentés se font une guerre ouverte. Ils se disputent les cadavres lors des obsèques… les insermentés remarient ceux que les assermentés avaient unis… Si un évêque ne se rend pas dans le département pour les mettre d’accord et si le gouvernement ne prend pas de mesures pour les mettre à la raison, il est à craindre qu’ils ne troublent la tranquillité publique. L’on observe néanmoins qu’ils ont perdu de leur crédit et que les citoyens ne prennent aucun intérêt à leurs querelles particulières. »
Un synode est convoqué pour mars 1801 à Notre-Dame de Paris par quatre évêques constitutionnels. A Béziers, la résidence de l’évêque, Monseigneur Rouanet, un synode préparatoire se tient à La Madeleine le 15 Floréal An IX (le quatrième dimanche avant Pâques). Il voit la participation de 34 des 164 prêtres assermentés concernés. Il y est question de doctrine : foi, discipline, enseignement, libertés gallicanes. Monseigneur Rouanet recommande la soumission au pouvoir politique.
Un nouvel évêque, Monseigneur Rollet, est nommé le 2 décembre 1802. Il avait refusé la Constitution Civile du Clergé, avait émigré et était rentré en France sous le Directoire. Il va résider à Montpellier, c’est à dire qu’à cette date le siège épiscopal est transféré de Béziers au chef-lieu du département. Rollet sera d’ailleurs invité à démissionner en mars 1806 par Napoléon et sera remplacé, avant même sa démission, par l’Abbé Fournier, chapelain de Sa Majesté, qui restera en fonction jusqu’en 1834.
A Béziers quatre paroisses sont reconstituées dans le cadre de la nouvelle organisation décidée par Monseigneur Rollet le 8 Brumaire An XII. Ce sont Saint Nazaire, La Madeleine, Saint Jacques et Saint Aphrodise. Les abbés en sont, respectivement, Daumas, Guibert, Vigues et Martin. Vigues se fait remarquer par son hostilité aux ex-constitutionnels. C’est que dans le secteur la présence de nombreux Constitutionnels non réconciliés sera facteur de troubles et de déchristianisation. Martin jouera pour la ville un rôle décisif dans le renouveau de l’enseignement.
A remarquer que les pouvoirs publics mettent l’Eglise ainsi rétablie en étroite tutelle. On reconstitue les fabriques (organismes de gestion des paroisses) et le Préfet nomme les marguilliers (les membres du conseil d’administration dirait-on aujourd’hui). De son côté Donnadieu, le Maire de Béziers, désigne un délégué dans chaque paroisse : Coste père (adjoint) à La Madeleine, Coste l’aîné (conseiller municipal) à Saint Aphrodise, Péret Audoux (conseiller municipal) à Saint Jacques, lui-même à Saint Nazaire.
Ce Donnadieu, sans doute peu favorable au clergé, s’efforce de freiner les manifestations de la foi catholique pour lesquelles les paroisses rivalisent de zèle. Il tente de s’opposer à l’organisation de processions et se voit pour cela rappelé à l’ordre par le Préfet. Le 24 Messidor An XII il rejette une pétition des prêtres des paroisses réclamant une augmentation de leurs indemnités. Mais sur ordre du Préfet, qui prend prétexte de cherté des loyers, celles-ci seront doublées.
Venons-en au passage du Pape à Béziers. Napoléon est en conflit avec lui depuis l’occupation par ses troupes des Etats Pontificaux. Son divorce d’avec Joséphine (prononcé par l’Officialité de Paris) en vue de son mariage avec Marie-Louise aggrave encore les choses. Dès 1809 Pie VII est arrêté et déporté à Grenoble puis à Savone. En 1812, par crainte d’un coup de main des Anglais qui ont la maîtrise des mers, il est transféré à Fontainebleau.
C’est de là qu’il sera ramené à Savone quand, en 1814, les troupes de la coalition alliée contre Napoléon envahissent le territoire national. C’est sous la protection d’une escorte d’une brigade de gendarmes, en tenue d’apparat, commandée par le capitaine Lagorsse, que le voyage est entrepris. Pourquoi l’itinéraire passe-t-il par Béziers ? Peut-être, mais rien n’est moins sûr, que Lagorsse a choisi de traverser le Limousin, d’où il est originaire, pour se prévaloir de sa mission devant sa famille et ses amis ?
Quoi qu’il en soit Pie VII, qui a fait étape à Narbonne, arrive à Béziers le 4 février dans l’après-midi. Le convoi s’arrête au relais de poste situé au niveau de l’actuelle église Saint Jude, à la sortie du Pont-Vieux, l’unique pont qui à cette époque permet de traverser l’Orb, pour changer les chevaux.
L’événement est relaté par Fabrégat, alors tout jeune enfant, présent sur les lieux. De nombreuses personnes pieuses ont accouru. Dom Eustache, le Principal du Collège Henri IV, accompagné de ses élèves, est parmi elles. C’est un ex-Bénédictin qui a connu el Signor Chiaromonti à Rome, avant qu’il ne devienne Pape en 1800. Il prononce une harangue en latin.
Le Pape traverse la ville, suivi d’un grand concours de peuple. Devant l’Hôtel-Dieu, qui se trouve à l’emplacement de l’actuelle Caisse d’Epargne, un nouvel arrêt permet à Pie VII de bénir le clergé de la ville et les religieuses de l’Ordre de Saint Augustin, affectées à l’établissement.
Le Pape repart ensuite pour Pézenas où il sera hébergé à l’Hôtel du Tapis Vert, de nombreux Biterrois l’accompagnant jusqu’à La Bégude.

La question religieuse en Biterrois en 1789

Posté le 14.08.2006 par cessenon
Procès-verbal de la séance de la réunion de l’ordre du clergé à Béziers

Jusqu’en 1790 l’aire géographique qui allait devenir le département de l’Hérault comptait cinq évêchés : Agde, Béziers, Lodève, Saint-Pons de Thomières, Montpellier (qui avait succédé à Villeneuve les Maguelone.)
En 1790 il fut décidé par l’Assemblée nationale de réduire le nombre d’évêques à un par département, la nouvelle division administrative qui venait d’être créée. Par ailleurs, avec la Constitution Civile du clergé adoptée le 12 juillet 1790, les évêques, comme les curés, vont devoir prêter serment. De plus la désignation aux cures, comme celles des évêques se fait par élection.
Dans l’Hérault le siège de l’évêché unique qui remplace les cinq précédents est établi à Béziers à la cathédrale Saint-Nazaire. C’est à Jean-Joseph Rocque, receveur des tailles du diocèse de Saint-Pons, désigné le 3 mars 1789 par le Tiers Etat de la sénéchaussée de Béziers député aux Etats Généraux, que l’on doit le choix de la ville pour accueillir le siège épiscopal. Sa demande sur ce point sera d’ailleurs sa seule intervention à l’Assemblée Nationale constituante. Dominique Poudérous est élu par ses pairs lors d’une assemblée qui se tient à Montpellier le 1er mars 1791 évêque de Béziers.



Qui est ce Dominique Poudérous ? Il est né à Villeneuve les Béziers en 1721 et se trouve curé de la paroisse de Saint-Pons de Thomières, depuis de nombreuses années après en avoir été vicaire, quand éclate la Révolution. Saint-Martin du Jaur, qui est l’église paroissiale de Saint-Pons, est en concurrence avec le chapitre de la cathédrale. Une concurrence favorable aux chanoines de la cathédrale qui touchent l’essentiel des revenus. C’est à la cathédrale qu’ont lieu les cérémonies religieuses les plus importantes, les plus riches.
Ainsi le monde ne se partage pas entre ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas mais, comme le notait un humoriste, entre les poires et ceux qui les sucent !
Le dernier évêque de Saint-Pons, Henri de Bruyères-Chalabre, séjourne dans son château de Saint-Chinian, évitant Saint-Pons «ville épiscopale de triste séjour » au climat plus rigoureux. Il émigrera en Angleterre où il décèdera en 1795.
Beaucoup de curés du diocèse au contraire sont favorables aux idées de réforme qui sont dans l’air du temps. Entraînés par les curés les plus influents, Paul Massip de Saint-Chinian, Jacques Carrière d’Olargues, Dominique Poudérous de Saint-Pons, 80 % des prêtres seront jureurs, c’est à dire qu’ils prêteront serment à la Constitution.
A remarquer qu’il existe aussi des prêtres non jureurs. Au Soulié on peut voir « Le trou du curé » qui a abrité nobles ou prêtres réfractaires, notamment Jacques Louis David de Séguin des Hons, mort évêque de Troyes en 1831.
Mais revenons à Dominique Poudérous. En mars 1790 le clergé de la sénéchaussée se réunit à Béziers. Poudérous est nommé commissaire pour la rédaction des cahiers de doléances. Il se prononce pour la réunion des trois ordres et s'oppose à son évêque qui proteste et quitte l’assemblée. Il refuse toutefois d'être député du clergé, arguant de ses infirmités et de son âge.
Dans son livre de raison – une manière de cahier-journal – Poudérous indique qu’il a eu 210 voix sur 264 électeurs au premier tour de scrutin. Il est sacré à Paris le 27 mars et arrive à Béziers le 16 avril pour être installé dans son poste le lendemain. La population biterroise est moins favorable que celle du Saint-Ponais aux prêtres assermentés. C’est avec le concours de l’armée que Poudérous prend sa fonction. Il y gagnera le titre d’evesque de las baionetas.
C'est à cette époque que le pape Pie VI juge la Constitution civile du clergé hérétique et schismatique et déclare l'élection des évêques constitutionnels nulle et sacrilège. Dès le 5 avril, l’ancien évêque de Montpellier, Mgr de Malide, a protesté : «Nous ne cesserons pas de nous regarder comme évêque de tout le territoire que forme le diocèse de Montpellier. Notre titre est irrévocable… » Un libelle (court écrit de caractère satirique, injurieux, diffamatoire), contre l’évêque constitutionnel est diffusé.
Mgr Poudérous exerce son autorité épiscopale jusqu’en 1793, dans des conditions de plus en plus difficiles. A partir de 1793, de culte de la Raison inspiré par les Hébertistes, en culte de l’Etre Suprême voulu par Robespierre, les choses vont se dégrader.
Voici ce qu’écrit à ce sujet le nouvel Evêque de Béziers dans son livre de raison : « En 1794, commença l’orage. Les églises de la Madeleine, de Saint-Aphrodise furent fermées et destinées à des usages civils. Celle de Saint-Nazaire qui m’avait été assignée pour les fonctions épiscopales, fut fermée et bientôt après destinée pour être le Temple de la Raison. »
Plus loin le lecteur apprend « qu’à cette époque un décret obligeait tous les prêtres à se retirer chacun dans son pays natal » Poudérous s’installe donc à Villeneuve les Béziers.
Toujours dans le livre de Raison de Mgr Poudérous on note à la date du 26 mars 1795 : « Les paroisses du district de Saint-Pons sont quelques unes en trouble, et en division par les volontés opposées des habitants, dont les uns repoussent l’ancien curé, les autres le veulent maintenir. Ceux-ci veulent tel prêtre, ceux-là tel autre, sans presque aucun égard aux règles de l’Eglise. »
Mgr Poudérous continuera cependant à exercer son ministère. Il correspond avec l’Abbé Grégoire et prépare le concile national de 1797. Malgré une première attaque cérébrale il réunit un synode diocésain en 1798. Mais une seconde attaque le rendra grabataire et il mourra à Béziers le 10 avril 1799.
C’est le vicaire épiscopal Victor Rouanet, ancien professeur de théologie et Supérieur du collège de Saint-Pons-de-Thomières qui lui succèdera, de manière éphémère puisqu’en 1801 le Concordat verra le retour sur la scène du clergé réfractaire.
Mgr Rollet, le premier évêque concordataire du diocèse, il siégera à Montpellier, s’appuie sur l’abbé Treil de Pardailhan, nommé vicaire épiscopal, pour réorganiser l’Eglise dans le Saint-Ponais. Bien qu’âgé de 88 ans, l’abbé de Pardailhan se montre efficace dans une politique religieuse que l’on peut qualifier de réactionnaire. Sa correspondance avec les curés Guiraud et Massip (qui a rallié le camp des concordaires) est éloquente. Les anciens jureurs doivent se rétracter devant quatre témoins pour retrouver leurs fonctions.
L’Abbé de Pardailhan craint que les assermentés ne s’organisent : « Nous avons appris de Béziers que Rouanet [l’ancien évêque constitutionnel] se cache mais qu’il dirige les partisans de la Constitution. »
Les curés constitutionnels ne quittent pas volontiers leurs cures. Voici un extrait de la correspondance de Treil de Pardailhan à Massip : « Les gendarmes ont été envoyés à Autié à Cessenon, qui refusait de partir. Un même ordre du préfet est probable pour le sieur Crouzet. »
Le départ des prêtres jureurs n’est pas toujours du goût des municipalités. Citons encore la correspondance de Treil de Pardailhan à Massip : « De tous côtés les maires des communes où étaient les constitutionnels viennent les réclamer (dernier exemple Montouliers). Ces malheureux voudraient y rester encore pour perpétuer le désordre ! Autre exemple d’intrus à faire partir, Cruzy.»
L’Abbé de Pardailhan s’interroge « Convient-il au bien de la chose de placer Lale [qui était en poste à Pierrerue] à Ferrières [Ferrières-Poussarou], pays sans religion et rempli de constitutionnels ? »
Guiraud a connu des difficultés pour prendre son poste à Saint-Pons : « Je vous assure que sans le recours de la gendarmerie, il n’eut pas été possible de procéder à mon installation, mais je ne sais qui en rira le dernier. »
A Azillanet le problème est d’un autre ordre : le curé est notoirement incompétent. Voici ce qu’en dit Guiraud : « Gondard crache pendant la messe, dit des mots à haute voix : "que fais-tu-là ?" ; "te voli pas"… etc. Les assistants riaient et tenaient des propos très déplacés… Azillanet est donc sans prêtre. Nous n’avons personne à y envoyer. Pour M. Gondard, on le laisse là où il est à Saint-Martial (commune de Pardailhan). Il est prudent de ne pas le mettre en évidence. »
Reste aussi la question du revenu des cures. Guiraud, qui avait son poste à Cébazan, se plaint : « Mais quel est notre casuel ! En décembre, j’ai eu 6,13 francs. »

Un camp de « concentration » à Béziers ?

Posté le 09.08.2006 par cessenon
Un interné lorrain (arènes puis camp de Plaisance) :
Louis H. instituteur à Gelucourt

L’expression est inquiétante mais elle n’avait pas exactement le sens qu’elle a pris par la suite. De quoi s’agit-il ? D’un lieu où avaient été « concentrées » diverses personnes au début de la guerre de 14-18.
Qui étaient ces gens ? D’une part des réfugiés, Français ou Belges, qui avaient fui les régions occupées par les armées allemandes. D’autre part des évacués, notamment des ressortissants allemands, austro-hongrois et italiens, qui se trouvaient en France au moment de la déclaration de guerre. Mais parmi les évacués il y a une majorité de Lorrains et d’Alsaciens qui ont été appréhendés entre le 18 et le 21 août 1914 dans la zone investie par les troupes françaises après l’offensive de la 1ère et 2ème Armées ainsi que de l’Armée d’Alsace.
La prise en otage de ces habitants de territoires provisoirement occupés par l’armée française (une contre-offensive allemande vigoureuse l’obligera en effet à un repli rapide) ne se fait pas sans heurt. C’est ainsi qu’un certain Eugène Merling, receveur de l’Enregistrement à Château-Salins en Lorraine annexée, marié et père de huit enfants sera considéré comme dangereux car il a tenté à plusieurs reprises de s’évader au cours de son transfert de Nancy à Béziers. Pire, le jour de son arrivée à Béziers « il profère des injures grossières contre la France, se rebelle contre les gendarmes, tente de désarmer une sentinelle et se fait tuer par celle-ci. »
Où sont hébergés ces réfugiés ou évacués ? Dans un premier temps aux arènes dit la chronique. Il faut comprendre par-là « les anciennes arènes. » Ce n’est pas le grand confort. Voici ce que relate une internée alsacienne : « A Béziers nous fûmes logés dans de vieilles arènes qui menaçaient ruine. Notre lieu de séjour fut une ancienne cave avec une fenêtre, aux murs nus et humides, couverts de mousse et de toile d’araignée. Notre couche : un peu de paille sur le sol de terre battue. Il n’y avait ni chaises, ni bancs, ni table. La toiture était en très mauvais état ; partout il pleuvait à l’intérieur, de sorte que des flaques d’eau se formaient parfois sur le sol. Dans de telles conditions, nous nous blottissions ensemble dans un coin un peu plus à l’abri. Deux d’entre nous avaient des parapluies que nous ouvrions. C’étaient de bien longues nuits ! Malheureusement il pleuvait souvent. Notre litière de paille que nous sortions chaque fois qu’il y avait du soleil, était difficile à sécher et s’émiettait de plus en plus. Nous souffrions tous de rhumatismes. »
Le tableau concernant la nourriture est à l’avenant : « On nous donnait une gamelle de soupe claire le matin. L’après-midi, à cinq heures, il y avait de la soupe de riz, ou de petits pois, ou de lentilles. Il y avait plein de crottes de souris dans le riz ; dans chaque petit pois se trouvait un charançon et les haricots et les lentilles étaient de mauvaise qualité. Ils étaient salés et poivrés pour nous obliger à boire du vin car c’était le cantinier qui fournissait la nourriture. La viande était de qualité inférieure : des morceaux de mou ou un petit bout de lard rance et dur que, malgré notre faim, nous utilisions pour cirer nos chaussures. »
Au sujet de la discipline le même auteur écrit : « La plus petite faute était punie de 15 jours d’arrêt. C’est ainsi qu’un juge fut condamné à 15 jours au pain et à l’eau pour s’être assis à une table réservée à des sous-officiers et soldats. On l’enchaîna et on le mena à travers la ville. »
Les arènes servaient également de lieu de détention pour des détenus de droit commun.
Ce centre n’eut qu’une durée d’utilisation éphémère, un peu plus de quatre mois. Les Alsaciens-Lorrains furent alors transférés au camp de Plaisance. Celui-ci était une ancienne maison de campagne appartenant à la Compagnie des Chemins de Fer du Midi. Elle était située au bord du Canal du Midi, dans le quartier du port. Louée par la municipalité, des travaux y furent effectués en vue d’accueillir une population de 110 pensionnaires.
Le dépôt de Plaisance était en fait subdivisé en deux parties distinctes. Le camp N° 1 était un camp fermé où se trouvaient regroupés les otages considérés comme suspects (parfois demi-suspects !) ou simplement douteux. En principe tous les fonctionnaires étaient rangés dans cette catégorie car ils avaient « prêté serment à l’Empereur. » Ils étaient titulaires de la carte blanche.
Le camp N° 2 était un camp libre (ou ouvert.) Les internés y étaient considérés comme les réfugiés Français ou Belges. Leur carte tricolore leur permettait de circuler librement sur toute l’étendue du territoire français. Seule la zone des armées leur était interdite et ils ne pouvaient pas naturellement rejoindre leurs domiciles en Lorraine ou en Alsace.
Plusieurs profitèrent de cette liberté de circulation pour rallier des villes où ils avaient trouvé du travail : Victor S. pour Les Mureaux, Germain J. à Etampes, Nicolas R. à Issoire... Toutefois une certaine méfiance régnait à l’encontre des Alsaciens-Lorrains. C’est ainsi que cinq pensionnaires du camp N° 2 se virent refuser l’autorisation de se rendre à Sèvres où ils avaient été embauchés à la Brasserie de la Meuse car elle se trouvait « à proximité d’établissements militaires importants, en particulier de la cartoucherie Goupillat. »
Le Sous-Préfet Lambry fait cependant des recommandations au personnel responsable du camp N° 2 « afin que les Alsaciens-Lorrains soient traités au moins aussi bien sinon mieux que les réfugiés. » Une adresse à la population biterroise précise « qu’ils ont droit à la bienveillance de nos concitoyens. » Il ajoute que « l’administration va se préoccuper de trouver du travail à ces braves gens, nos compatriotes de demain. »
Du travail ? Il n’en manque pas car les hommes valides sont tous mobilisés. Et d’ailleurs si les fonctionnaires, les instituteurs en particulier, continuent à toucher leurs traitements (reversés à leurs épouses restées au pays) les autres ont tout intérêt à trouver de l’embauche.
Du côté de la population de l’amertume se manifeste à l’égard des Alsaciens-Lorrains. En témoigne cette lettre au Préfet d’une habitante de Gabian reproduite ci-après avec toutes ses fautes et incorrections : « Jai l’honneur de vous informé qu’il est regrettable que des hommes de 40 ans soit sur le front pere de famille presque tous Soit que nous avont à Gabian un refugie nommé Prosper Victorion d’origine Alsaçien lorein ayant deux frère sous les drapeaux Alemands et qui combatte contre nous cela Monsieur le préfet Vous en rage car enfin il pourrait être au fron comme nos frères qui se font crevé la peau et nous a Gabian nous su porton et nourisont cette race… »
Une deuxième lettre envoyée au Préfet depuis Gabian nous apprend que Victorion, devenu Victorien, a été versé dans le service armé mais que son incorporation tardait… ce qui exaspérait l’auteur de cette lettre c’est que ce Victorien, âgé de 28 à 30 ans, « ne faisait jamais rien » aussi demandait-il au Préfet que celui qu’il considérait comme un parasite revête l’uniforme dans les meilleurs délais car « si ses frères défendent le sol Allemand, ce Monsieur peut défendre le sol Français. »
Du côté des internés on n’est pas tendre à l’égard des méthodes employées par les Français au cours des arrestations qui se font à coups de crosse, à la pointe des baïonnettes. Beaucoup ont été enchaînés, insultés par la populace dans les gares, privés de nourriture et de boisson pendant le voyage…
Une correspondance d’un détenu est révélatrice de l’état d’esprit qui prévaut : « Arrivera ce qui voudra après la guerre mais jamais je n’oublierai les souffrances que j’ai injustement endurées, ainsi que ma famille qui, non plus, n’avait rien fait pour endurer cette cruelle séparation. Quand on lit dans les journaux les articles où ils nous traitent de frères reconquis… oui nous pouvions nous croire encore frères avant la guerre. Mais maintenant toutes ces belles paroles font hausser les épaules. »
Le camp de Plaisance est fermé en décembre 1916. Il a fonctionné pendant deux ans seulement. Une note de service indique que le matériel de couchage (47 lits, 55 couvertures, 19 sacs de couchage) devait être expédié au camp d’Ornan dans le Doubs.

Les Saintponiens

Posté le 25.07.2006 par cessenon
Moulage d’une statue menhir
visible dans le très beau musée de la préhistoire de Saint-Pons

Il y avait une « bonne chambrée », nettement plus d’une centaine de personnes (120 / 130 ?), ce jeudi 4 novembre dans la chapelle des Pénitents de Saint-Pons de Thomières pour écouter la conférence de Gabriel Rodriguez, délégué de la société préhistorique française, sur « Les Saintponiens, leur origine, leur diffusion en Languedoc ».
C’est en 1955 que Gabriel Rodriguez, déjà spéléologue confirmé mais pas encore archéologue, découvre avec deux autres personnes, la grotte de Resplandy.
Au cours de l’exploration qui va suivre, les inventeurs se trouveront en présence de graffitis, d’ossements, de débris de poterie, de flèches, de poinçons, d’outils divers, en os ou en bois de cerfs… bref les preuves incontestables d’une occupation durable du lieu.
Ce que les découvreurs ne savent pas c’est qu’il s’agit d’une civilisation néolithique sensiblement différente de celles, voisines, que l’on connaissait jusqu’ici : Chasséens et Ferrériens notamment. Une civilisation contemporaine de l’Egypte des pharaons et de la construction des pyramides !
Deux éléments au moins sont caractéristiques des Saintponiens : la forme des pointes de flèches, asymétrique ; l’existence d’un objet particulier que l’on appelle pendeloque et dont un exemplaire en os est trouvé dans la grotte de Resplandy.
Ces pendeloques on les rencontre souvent sur les plus d’une centaine de statues menhirs que l’on a recensées du côté de Fraïsse s/ Agout et La Salvetat. Elles sont associées à un baudrier pendu au cou du personnage que représente la statue. Elles ont semble-t-il une fonction symbolique, elles sont le signe du pouvoir. On peut faire le rapprochement avec les poignards qui apparaîtront plus tard à l’âge du cuivre.
Pour Gabriel Rodriguez il n’y a pas de doute, ces hommes, que l’on va appeler les Saintponiens, viennent des Alpes où l’on a retrouvé le même type de pointes de flèches et une statue menhir portant une pendeloque de même facture.
Il avance, pour expliquer leur migration, le réchauffement de la terre qui aurait produit, avec la fonte des glaciers, l’élévation du niveau des lacs et la submersion des palafittes, ces habitations sur pilotis que l’on croyait bâties sur l’eau alors qu’en réalité elles étaient sur le rivage.
Gabriel Rodriguez a même reconstitué le trajet de ces migrants qui ont laissé des traces de leur passage avec les dolmens qui jalonnent une ligne reliant la Suisse au Saint-Ponais.
Les fouilles ont révélé que plusieurs haches étaient faites de jadéite, une roche qui n’existe pas dans la région mais seulement dans les Alpes.
Selon le conférencier, le Saint-Ponais présentait des avantages pour les arrivants : l’espace n’était pas occupé, le relief et le climat rappelaient ceux des Alpes, le gibier, le cerf notamment, devait être abondant… Aussi une implantation durable a pu se faire.
Les diapositives qui ont défilé ont montré toute la richesse de la civilisation des Saintponiens qui consommaient des noisettes, des glands (gelés !), des châtaignes parfois (eh non, les châtaigniers n’ont pas été introduits par les Romains !) mais aussi du cerf, du lapin, du mouton… On a pu voir un collier fait avec des os de lapin, de nombreuses aiguilles avec chas, un récipient de petite taille destiné à broyer de l’hématite, laquelle servait au maquillage des Saintponiennes… Si des céréales ont été cultivées, la dimension des grains était plus réduite ici que dans la plaine.
Les statues menhirs, nombreuses entre Saint-Pons et l’Aveyron ont fait l’objet d’un long développement. Certaines ne sont pas gravées mais peut-être étaient elles peintes lorsqu’elles ont été dressées ? Il en existe de telles en Espagne et comme ici la pluie est abondante, il se peut que la peinture ait disparu avec l’eau.
Celles qui sont gravées sont le plus souvent, mais pas toujours, masculines. Certaines ont été féminisées avec l’adjonction de seins. On ne trouve pratiquement jamais de bouche sur la partie qui représente le visage, ou ce qui est à sa place et qui est peut-être un masque. Les membres inférieurs sont très stylisés. En général, outre la pendeloque et son baudrier, la statue porte une ceinture avec une décoration en forme de rectangle ou d’ovale.
L’évolution de leur finition quand on va vers Lacaune et au-delà donne à penser que les Saintponiens ont investi, au cours du millénaire pendant lequel elles ont été sculptées, les territoires situés au nord ouest de celui qu’ils avaient occupé initialement dans la région.
La question de la sauvegarde de ces statues menhirs a été posée, sans trop d’angoisse, même si le problème n’est pas simple à résoudre, par Gabriel Rodriguez.
Après quelques mots de Josian Cabrol, le premier adjoint de Saint-Pons, chargé de la culture, lequel a rendu hommage à la dynamique association de Gabriel Rodriguez, c’est autour d’un buffet froid que s’est poursuivie la soirée, l’animation musicale étant assurée par deux éléments du groupe Dédé, Nini et Huteau.
Une très belle soirée en vérité qui concluait ce 17ème cycle d’études préhistoriques organisé en 22 ans et qui avait vu la participation de conférenciers prestigieux comme Jean Clottes cependant qu’une exposition était présentée dans la chapelle des Pénitents.

Grotte de Camprafaud

Posté le 24.07.2006 par cessenon
Camprafaud est un hameau de la commune de Ferrières Poussarou qui compte une quinzaine d'habitants permanents. On y accède en prenant sur la droite, après le pont de Poussarou, sur lequel passe la N 112, la D 179. On tourne encore à droite à la première bifurcation, un panneau indique la direction de Camprafaud.
Pour atteindre la grotte il faut traverser le hameau et suivre un chemin carrossable qui s'oriente vers le sud ouest. C'est fléché, il n'y a aucune difficulté pour la trouver.
La grotte de Camprafaud est à quelques centaines de mètres des dernières maisons, après une levée de terre qui ferme le chemin. C'est une immense cavité de 5 ou 6 m de haut, ouverte vers le sud, et qui a servi d'habitat, du IVème au IIème siècle Av. JC. L'exposition et les sources pérennes situées dans le voisinage ont favorisé l'occupation des lieux.
Des fouilles ont été menées, entre 1963 et 1973, de façon méthodique, par Gabriel Rodriguez. Le mobilier qui a été découvert est exposé au Musée de la Préhistoire de Saint-Pons. La stratigraphie des objets montre une évolution dans les civilisations qui se sont succédé sur le site.
Néolithique Ancien, Proto-Chasséen, Chasséen, Saintponien et Vérazien sont les différentes étapes de cette évolution. La civilisation des Saintponiens occupe une place originale puisqu'elle correspond au passage d'une stricte activité de chasse et de cueillette à l'introduction de l'agriculture et à l'intensification de l'élevage.
La Grotte de Resplandy, située près de Saint-Pons, présente des peintures rupestres qui sont l'œuvre des Saintponiens. L'art schématique employé est caractérisé par des traits tracés au manganèse. Les statues menhirs rencontrées vers Fraisse sur Agout ou vers Lacaune ont la même origine.
Les matériaux exhumés montrent également des changements dans la faune et la flore et, partant, dans le climat qui n'a pas manqué de se modifier au cours des millénaires qui ont vu l'occupation de la grotte.
Les fouilles ont été arrêtées et le sol de la cavité comblé afin de constituer une réserve archéologique qui permettra aux scientifiques du futur de mieux connaître et comprendre la civilisation des Saintponiens.
Signalons qu'un ouvrage sur la grotte de Camprafaud a été publié en 1984 par Gabriel Rodriguez et qu'on peut se le procurer au Musée de la Préhistoire de Saint-Pons, lequel mérite une visite.

Saga africaine d'un Cessenonais

Posté le 23.06.2006 par cessenon
Photo de Jean-Baptiste Gleizes

Il s’appelait Jean-Baptiste Gleizes. Gleizes est un patronyme tout à fait courant dans la région, le mot « glèisa » signifiant d’ailleurs « église » en Occitan.
Dans la première moitié du XIXième siècle il est maître-tisserand et son atelier occupe à Cessenon le rez-de-chaussée d’une maison confortable où il loge avec sa famille. Hélas, l’invention des métiers à tisser Jacquard, la concurrence du coton qui apparaît comme produit de substitution à la laine, entraînent la ruine des entreprises comme celle de Jean-Baptiste Gleizes.
Celui-ci vend tous ses biens et s’expatrie en Algérie pour y tenter sa chance. Il débarque à Oran avec sa famille en 1838. En 1845 on le retrouve à 3 km de Saint-Denis-du-Sig, une ville nouvelle créée à une cinquantaine de km au sud d’Oran, en direction de Mascara.
L’acte de naissance de Saint-Denis-du-Sig est signé du Maréchal Soult, Duc de Dalmatie, Président du Conseil et Ministre de la Guerre. Il est daté du 20 juin 1845. La ville est construite suivant un plan rectangulaire, les rues se coupant à angle droit.
Parmi les arrivants on recense une majorité d’Allemands puis des Francs-Comtois. Chaque nouvel installé avait droit à 12 hectares. De 1845 à 1848 Jean-Baptiste Gleizes défriche les terres dont il a eu la concession. Il emploie pour cela une douzaine d’ouvriers venus de France qui y repartiront le chantier terminé.
Les temps ne sont pas sûrs, c’est que les autochtones n’ont jamais accepté l’invasion étrangère. Il faut préciser que la bataille du Sig ne remonte qu’au 1er décembre 1835 et que la victoire de la cavalerie arabe sur une colonne de l’armée française à Sidi Brahim est datée du 23 septembre 1845. Aussi le travail s’effectue le fusil sur l’épaule. Il existe pour le colon une contrainte révélatrice : il n’a pas le droit de construire en dur sur les terrains alloués. En effet on craint que les hommes d’Abd el-Kader n’utilisent les bâtiments comme redoute. La clause stipulait qu’il fallait pouvoir y mettre le feu en cas de danger. Jean-Baptiste Gleizes fait venir de Suisse une maison en bois, préfabriquée.
Ensuite la ferme sera construite en pierres, sur une cave utilisant le même matériau. Elle portera le nom de Ferme Saint-Jean en référence à la statue du saint qui ornait le fronton du salon. Plus tard, par le mariage de Virginie Gleizes, la fille de Jean-Baptiste, avec un Deloupy, un Catalan venu à Oran comme ingénieur agronome, elle sera connue sous le nom de Ferme Deloupy.
Jean-Baptiste introduit la vigne sur son domaine. A cette fin il fait venir des plants de Béziers. Il cultive également des céréales et élève des ovins. Il se lance avec bonheur dans l’oléiculture et créé une pépinière où vont croître 5000 oliviers. Aujourd’hui le Sigois est une région productrice d’olives.
On peut donner quelques compléments sur la région de Saint-Denis-du-Sig. Occupée par les Romains dès avant notre ère elle a connu diverses invasions : Vandales, Berbères, Arabes, Turcs, Français. L’histoire de la ville depuis sa création, peu après la conquête et le début de la colonisation, jusqu’au départ des Européens en 1962, est sans doute exemplaire de ce qu’a été la vie dans l’Algérie rurale de cette période. A noter que la Mairie de Saint-Denis-du-Sig a été construite par l’architecte A. de Maupassant, cousin du célèbre écrivain.
A noter aussi qu’il existe dans le cimetière d’Agde une stèle érigée et inaugurée en 1988 par les rapatriés du Sigois.
Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus