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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ) Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
27.04.2006 Dernière mise à jour :
19.08.2008
Extrait de la feuille N°57 couvrant le secteur de Lodève.
La carte de Cassini est la première carte du royaume de France qui a été dressée. Elle a été commandée en 1747 par Louis XV à César François Cassini de Thury, dit Cassini III. Les premières levées furent exécutées en 1748 et terminées par le fils, Dominique Cassini, dit Cassini IV, en 1789. En fait la première carte ne fut réellement publiée intégralement qu’en 1817.
Les Cassini ont constitué une lignée de mathématiciens, physiciens, astronomes, géodésiens, cartographes… d’origine italienne. Le premier des Cassini, Jean-Dominique ou Cassini Ier, est venu en France en 1669 à l’invitation de Colbert. Il a dirigé l’observatoire de Paris et a obtenu la nationalité française en 1673.
Pour commencer les travaux il fallait un point de départ. C’est un sommet proche du Mont Lozère, situé sur la commune de Pont de Montvert, le Serre de Pal Fumade (1680 m), appelé aujourd’hui pic Cassini, qui a été choisi. De là on peut voir l’Aigoual au sud et le Ventoux à l’est, ce qui permettait d’appliquer la méthode, assez complexe, de triangulation laquelle utilise les formules de la trigonométrie.
La carte du royaume a été dressée à l’échelle au 1/86 400 (soit 1 ligne pour 100 toises.) Le territoire est découpé en 182 feuilles. C’est un extrait de l’une de celles-ci, qui illustre le présent article. La feuille en question porte le numéro 57 et elle couvre un secteur centré sur Lodève.
L’orthographe de certains noms est quelquefois différente de celle que nous utilisons, par exemple Cébazan est écrit Sebazan, Vernazobres est orthographié Bernasobres. Le « ss » se représente par le signe « ß. » Ainsi Assignan apparaît avec la graphie Aßignan. De même dans certains cas le « s » devient « f » : Villespassan donne Villefpaßan.
On peut remarquer que la vigne est très peu présente. Autour de Cessenon elle est inexistante. Sans doute que ce sont des céréales qui sont cultivées dans la cuvette fertile au centre de laquelle le village est construit. Les moulins à eau sont indiqués. Celui de la campagne de « La Mouline », située en amont du confluent du Récambis et du Vernazobres, porte le nom de Recambis.
Certains noms sont suivis de l’abréviation « succ » qui signifie succursale. Il s’agit d’une église annexe de l’église paroissiale. C’est le cas de Prades s/ Vernazobres et de Cazedarnes qui font alors partie de la paroisse de Cessenon.
Pendant un siècle et demi, la carte de Cassini resta, malgré ses imperfections (absence de cotes d'altitude, expression médiocre du relief par des hachures), le modèle dont s’inspirèrent les cartographes du monde entier. Destinée à la remplacer, la carte dite «de l'état-major» est réalisée de 1818 à 1880 ; le relief y est indiqué avec une précision beaucoup plus grande, par des cotes d'altitude et des courbes de niveau. Les 273 feuilles au 1/80 000 de cette carte topographique ont constitué un modèle pour la cartographie européenne.
Bram dans l'Aude, village ecclésial, offre à la vue une circulade très régulière
C’est le nom qui a été donné aux nombreux villages édifiés suivant un plan circulaire, les rues formant des cercles concentriques autour de l’église ou du château. On le doit à Krzysztof Pawlowski, un architecte polonais auteur d’une étude sur ce type d’urbanisation parue en 1992.
Pour Pawlowski ce modèle de construction, date de l’An Mil et est donc antérieur de quelque deux cents ans à celui des bastides, dont les rues se coupent à angle droit. Pour lui il est la première apparition d’un urbanisme organisé qui succède à l’anarchie qui régnait jusque là. Le Vicomte Bernard Aton IV, de la lignée des Trencavel, soucieux de mailler son territoire avec des villages fortifiés, en serait l’initiateur.
Hypothèse contestée par d’autres historiens pour lesquels la construction en cercle serait la plus simple au niveau de l’arpentage. Les murs des maisons tournés vers l’extérieur du village en constituaient les remparts. Le dispositif offrait l’avantage, par l’absence d’angle mort, de pouvoir être mieux défendu en cas d’attaque.
Une autre idée avancée est la symbolique religieuse que constituait le cercle dans le monde médiéval. Le cercle était en effet considéré comme une ligne parfaite. D’ailleurs dans la cosmologie ancienne, qu’il s’agisse du système géocentrique de Ptolémée ou de celui, héliocentrique, de Copernic les planètes étaient censées décrire des orbites circulaires et non elliptiques comme le démontrera plus tard Kepler.
Pour les spécialistes il faut distinguer les villages ecclésiaux des villages castraux. Les premiers, construits autour de l’église, permettaient d’être « abrités » dans le périmètre de la « paix de Dieu » limité par un cercle de 30 ou 60 pas autour du lieu de culte. Les seconds correspondaient à une autre conception de la protection qui se manifestait dans un système de défense articulé autour du château.
La construction en circulades a vu son apogée en 1080 – 1130. Si le Languedoc n’est pas le seul à posséder des vestiges de ce modèle d’urbanisme il est la région d’Europe où il est le plus répandu. On a recensé quelque 90 villages en circulades et la plupart se sont regroupés dans l’association « Circulades » qui s’est créée en 1993, conséquence, et ce n’est pas son moindre mérite, de la parution de l’ouvrage de Pawlowski. Son siège est à la mairie de Paulhan.
Dans le Biterrois les circulades sont nombreuses. La plus classique est sans doute Murviel les Béziers. Mais la structure est reconnaissable ailleurs : à Boujan, Caux, Puisserguier, Roujan… A Cessenon, village castral (l’église avait été construite « hors les murs »), la circulade n’est identifiable que par une vue aérienne. La plus spectaculaire des circulades est peut-être celle d’Aigne dans le Minervois. Son développement a la forme d’une spirale et on l’appelle « Lo cagaraul » (l’escargot.)