Histoire
Posté le 11.05.2008 par cessenon

A la suite d'une fausse manoeuvre j'avais malencontreusement supprimé le présent billet. Je le remets en ligne. J'ai malheureusement perdu le dernier commentaire qui avait été posté. Je prie la personne qui s'était manifestée à son sujet de m'en excuser, éventuellement de reprendre contact avec moi
Le document ci-dessus est plein d’informations précieuses. Il est daté du 29 novembre 1940 et émane de la préfecture d’Oran. Il contient un extrait du Bulletin Officiel du Gouvernement Général de l’Algérie de l’année 1869.
Que dit cet extrait ? Que par décret impérial en date du 25 décembre 1967 et en exécution du Sénatus-Consulte du 14 juillet 1865, Hanoun Moïse, indigène israélite, né en 1819 à Mostaganem (province d’Oran), marchand à Relizane, a été admis à jouir des droits de citoyen français.
Qui était ce Hanoun Moïse ? Le grand-père paternel du premier mari de la mère de Marcel Timsit, décédé en septembre 2000, un professeur du Lycée Henri IV que les Biterrois de plus de soixante ans ont bien connu.
Timsit, Hanoun, ce sont des noms juifs. Les Juifs étaient en effet présents en Algérie avant sa conquête par l’armée française. Leurs origines sont diverses. Il y avait déjà des Hébreux, arrivés avec les Phéniciens, du temps de l’occupation romaine.
Il y a eu ensuite des tribus Berbères judaïsées. Le mot « berbère » n’est d’ailleurs qu’une déformation du nom de « barbares » que les Romains donnaient aux étrangers. Ces tribus Berbères judaïsées se sont opposées avec force, et pendant un temps avec succès, à l’invasion arabe. La reine Kahéna (de la tribu Djeraoua), dans l’Aurès oriental, symbolise cette résistance.
Naturellement l’ensemble du Maghreb a accueilli les Sépharades, ces Juifs bannis d’Espagne en vagues successives, la plus importante étant celle résultant de la politique d’exclusion de tous les non-chrétiens décidée par les Rois Catholiques après la prise de Grenade en 1492.
Mais qu’est-ce donc que ce Sénatus-Consulte de 1865 ? Il faut savoir que, terme hérité de la législation romaine, un Sénatus-Consulte est, sous le Consulat ainsi que sous les Premier et Second Empire, une décision du Sénat ayant pour objet de changer des règles constitutionnelles. Le Sénatus-Consulte de 1865 accorde aux indigènes d’Algérie, qu’ils soient de confession musulmane ou israélite, le droit de devenir Français. Ce faisant les postulants devaient renoncer à leurs "statuts personnels de droit local" : coranique (pour les musulmans) ou mosaïque (pour les israélites), qui conditionnaient leurs droits civils (mariage, accès à la propriété, successions, contrats... )
Hanon Moïse demande et obtient la nationalité française le 25 décembre 1867.
Plus tard, le 24 octobre 1870, Isaac Crémieux le Ministre de la Justice du gouvernement de Défense Nationale réfugié à Tours, va faire adopter un décret permettant à tous les Juifs d’Algérie de devenir Français. Cet Isaac Crémieux est le fils d’un commerçant juif de Nîmes et il justifiera son texte par la référence à la Révolution de 1789 qui avait accordé la nationalité française à ses coreligionnaires.
Au titre du décret Crémieux 37 000 Juifs d’Algérie sont donc francisés. On notera que le décret introduit une discrimination avec les Musulmans dont le statut reste ravalé à celui d’indigène. Il s’ensuivra d’ailleurs de nouvelles révoltes qui gagneront un tiers de la population autochtone. Adolphe Tiers déposera un projet d’abrogation du décret Crémieux qui sera toutefois repoussé.
Pour des raisons spécifiques, l’antisémitisme qui sévit en France avec l’Affaire Dreyfus n’épargnera pas l’Algérie. Il connaîtra un regain d’intensité dans l’entre deux guerres avec la crise économique qui se développe. Il se manifestera encore pendant la Guerre d’Algérie avec par exemple le saccage des magasins juifs d’Oran lors de la grève des dockers de 1956 ou avec la profanation du cimetière israélite de la même ville le 12 décembre 1960.
Sous Vichy les Juifs d’Algérie ne sont pas épargnés. Avec les Francs-Maçons et les Communistes ils sont rendus responsables de la défaite. Le décret Crémieux est abrogé et les Juifs se retrouvent exclus de diverses fonctions. L’accès des établissements secondaires est même interdit aux enfants juifs, mesure dont a été victime Marcel Timsit.
On peut donc penser que la famille de Lucien Hanoun, le demi-frère de Marcel Timsit, dont le père a été tué à Cafali en Serbie le 3 novembre 1915, fait valoir, avec cet extrait du Bulletin Officiel du Gouvernement Général de l’Algérie, qu’elle n’est pas concernée par l’abrogation du décret Crémieux puisque la naturalisation de Moïse Hanoun lui est antérieure.
Posté le 18.01.2008 par cessenon

Le château de Grizac, berceau du pape Urbain V, restauré.
Antoine Velay ? C’est un notable qui vit à Grizac, à cheval sur les 17 et 18ème siècles. Grizac ? C’est aujourd’hui un hameau presque désert de la commune de Pont-de-Montvert mais à cette époque c’est une paroisse, une paroisse assez curieuse d’ailleurs, il y a bien une église et un curé mais les habitants sont protestants.
Antoine Velay lui aussi est protestant mais comme il est « du côté du manche » il aura quelques ennuis avec les Camisards. Du côté du manche en effet car outre ses biens propres il gère ceux de Monseigneur Louis de Grimoard de Beauvoir du Roure marquis de Grizac, une famille dans laquelle on trouve, en remontant la généalogie, les ascendants du pape Urbain V.
Particularité Antoine Velay tient un livre de raison. C’est à la fois un livre de comptes et un cahier journal. Sur celui-ci ou dans la correspondance qu’il reçoit on peut lire une foule de renseignements sur les événements de l’époque.
Ainsi le 3 janvier 1695 il lui est envoyé par M. du Monteil, procureur de Monseigneur le Comte du Roure, une lettre au terme de laquelle figure une demande étonnante : « Je vous prie de faire chercher dans votre quartier de la chair de loup fraîche ou salée pour monsieur de Beauvoir qui est fort incommodé. Si vous en trouvez de la fraîche, il faut la faire saler et me l’envoyer par la première commodité à Saint-Ambroix. »
Antoine Velay fait état d’une attaque des Camisards : « Le 29 janvier 1703 les troupes rebelles vinrent à Grizac, lesquelles étaient commandées par le nommé Larguier du Pradal paroisse de Cassagnas, en petit nombre, brûler notre église et notre maison claustrale dans la nuit et nous faire beaucoup de ravages, ayant emporté de notre maison papiers, linge et autres choses considérables. »
Il relate aussi l’incendie accidentel du château de Grizac, berceau du pape Urbain V : « Le mardi 2 octobre 1713, à minuit, Jeanne ANDRE veuve RAMPON habitant Grizac, faisant lessive, mit par mégarde le feu à sa maison qui brûla entièrement et fit brûler la grange de Claude BOYER qui joignait la sienne et la bise s’élevant porta le feu au château où restait Antoine ATGER – époux de Marie PONS et fermier du comte du ROURE – qui brûla tous ses effets, ayant été obligé de sortir ses enfants tout nus, et il ne resta rien dudit château… »
La peste qui a ravagé Marseille en 1720 a atteint la province du Gévaudan. Voici à ce sujet un extrait du livre de raison d’Antoine Velay :
« … Le mal s’étant encore propagé, le roi prohiba tout le Gévaudan au nord du Tarn et à l’ouest de l’Allier, ces deux rivières faisant la séparation du pays qui pouvait commercer. Quantité de troupes furent placées le long de cette limite pour empêcher que personne ne puisse la franchir, sous peine de la vie, qu’il y eut quantité d’exemples de ceux qui voulaient fuir le pays prohibé, qu’on faisait mourir à l’endroit où ils étaient pris, en faisant creuser leur tombe et après tués à coups de fusil.
A notre paroisse de Grizac on y mit des troupes à Grizac, au Villaret, à L’Hermet, d’autres gardaient la rivière du Tarn, avec les gens desdits lieux et de ceux de Saint-André-de-Lancize pour aider que le Pont-de-Montvert fut fermé du côté qui regardait le Lozère – à Bédouès, à Salièges et partout il y avait des troupes.
Le 20 août 1722 le roi envoya 2 régiments pour garder les lignes. C’était le régiment de la Couronne qu’on dispersa d’Anduze à Grizac. Deux compagnies étaient à Grizac, le Régiment de Richelieu tenait de Florac au Rozier. Les deux compagnies séjournèrent à Grizac du 20 août au 13 novembre 1722, lesquelles nous ont beaucoup coûté ayant été obligés de faire 5 baraques pour mettre les soldats le long de la rivière du Tarn et de leur fournir les chandelles nécessaires et le bois, outre le logement.
Pendant que ces troupes étaient dans ce pays, il vint un ordre de l’Intendant de faire 3 lazarets ou hangars c'est-à-dire des maisons couvertes à paille et grandes pour faire passer les marchandises du Gévaudan, les parfumer de dedans et après les faire teindre et emballer pour les porter en Languedoc, ayant envoyé 4 commissaires de Montpellier pour sceller – lesquelles maisons furent faites à Arigès, près le château et entourées de bois dit palisses – et encore vint un autre ordre pour autres 2 maisons conformes aux premières et n’ayant pu plus tôt achever de les finir et couvrir, vint un ordre le 3 décembre 1722 de lever toutes les lignes et que le commerce était rétabli comme avant la peste… »
Posté le 12.01.2008 par cessenon

L'Edit de Tolérance de Louis XVI
Jusqu’en 1787 les protestants étaient en quelque sorte interdits d’état civil. C’est qu’il n’y avait qu’un seul registre, le registre paroissial, sur lequel n’étaient inscrits que les mariages contractés devant le prêtre.
Mais en Cévennes la défaite des Camisards contre les troupes du roi n’avait pas fait disparaître la foi des huguenots.
A Pont-de-Montvert, comme ailleurs sans doute, on faisait de la Résistance. On refusait de se marier à l’Eglise catholique et comme la bénédiction devant un pasteur de la R.p.R. (la Religion prétendue Réformée) n’était pas reconnue on était considéré comme vivant en concubinage.
Curieusement les protestants qui devaient vivre ensemble passaient un contrat devant un notaire royal. Celui-ci stipulait que l’acte était le prélude à un mariage catholique mais ce n’était en général pas suivi d’effet.
C’est ainsi que Jean Allier et Marie Brès, les lointains ancêtres, côté maternel, de mes filles se sont unis le 7 décembre 1747 selon le rite de la R.p.R.
Il semble que les enfants issus de ces unions conjugales étaient le plus souvent baptisés par un pasteur qui opérait en série. C’est que les pasteurs n’étaient pas très nombreux aux heures sombres de la persécution religieuse.
En 1787 Louis XVI promulgua à Versailles un Edit de Tolérance qui, sans aller jusqu’à accorder à chacun sa liberté de conscience (il faudra pour cela attendre la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789), permettait aux protestants, sans renier leur foi, d’avoir enfin accès à un état civil.
A Pont-de-Montvert on enregistre les déclarations des non-catholiques venus régulariser leur situation auprès du curé de la paroisse ou devant un juge royal qui remplissent la fonction d’officier d’état civil. C’est ainsi que le 24 octobre 1788 Marie Brès rend compte de son statut. Son mari est décédé depuis presque 20 ans !
Voici un extrait des registres du bailliage du Gévaudan qui en fait état :
Devant nous Joseph-François RIVIERE, Conseiller du Roi, Lieutenant-Général au Bailliage du Gévaudan.
Du 24 mois d’octobre 1788 s’est présentée Marie BRES, native du lieu de L’Hermet, paroisse de Grizac, fille légitime majeure de feux Jacques et Suzanne MARTIN dudit lieu, habitant audit lieu de L’Hermet, qui, voulant satisfaire aux dispositions de l’édit du mois de novembre 1787, a déclaré qu’elle avait épousé suivant le rite de la R.p.R. le 7 décembre 1747 Jean ALLIER, fils à feu Pierre et à Izabeau CHAPELLE dudit lieu, décédé le 22 juillet 1769, et que de ce mariage sont issus 3 enfants* et baptisés : Marie, née le 14 juin 1749, Jean, né le 29 avril 1752, et François, né le 13 avril 1760. Le tout fait en présence de sieur François PAGES, sieur Pierre BONICEL, bourgeois, sieurs Jean SERVIERE et Jean ROUVIERE, négociants, habitants du Pont-de-Montvert.
Signés avec nous et notre greffier, ladite BRES ayant déclaré ne savoir le faire de ce requise.
Collationné, du PARC, greffier.
* Le couple avait eu 4 enfants mais l'un d'eux étant décédé la mère n'en fait pas mention.
Posté le 16.12.2007 par cessenon

Fragment de la plaque apposée sur la maison de Jean Pech
Que s’est-il donc passé à Capestang en décembre 1851 ?
A cette époque la commune connaît, comme toute l’Europe, une crise économique. Ici, c’est un village strictement agricole et, sans qu’elle soit en état de monoculture, la vigne est devenue dominante. Pourtant, et la démographie en témoigne puisque la population est passée de 1000 à 2000 habitants, il y avait eu jusqu’ici une période favorable. Le commerce des Trois-Six avait en effet été favorisé par la création du Canal du Midi.
Oui, jusque vers la moitié du XIXème siècle, le vin produit était systématiquement destiné à la chaudière. Mais autour des années 1850 il y a déjà un phénomène de mévente. Situation difficile donc pour les petites gens car ce sont toujours les mêmes qui font les frais des crises !
La révolution de 1848 n’avait pas été à la hauteur des espérances et les Républicains attendaient beaucoup des élections prévues pour 1852. Le barbier de Capestang avait même inscrit ces espérances sur son plat à barbe. Celui-ci a d’ailleurs par la suite servi de pièce à conviction dans le procès qui lui a été fait.
Des mesures restreignant le suffrage universel (obligation de résider dans la commune depuis trois ans pour avoir le droit de vote) avaient conduit à ce que 321 citoyens de Capestang soient rayés des listes électorales.
Pour assurer le succès des idéaux d’une République « Belle et Bonne » un réseau de sociétés secrètes s’est développé en France. A Capestang ils sont une cinquantaine d’affiliés. Pour la plupart ce sont sans doute de petits propriétaires ou des ouvriers agricoles, la mention « cultivateur », qui figure le plus souvent en regard de chaque nom, n’étant pas explicite.
La nouvelle du Coup d’Etat est connue à Capestang le 4 décembre. Des délégués sont envoyés au cimetière de Béziers, point de ralliement de la manifestation prévue pour se rendre à la sous-préfecture. Mais une cinquantaine de membres de la société secrète, dont parmi eux certains de Poilhes, se sont réunis aux alentours du village et, au son du tambour qui bat la générale, ils entrent dans celui-ci.
A Capestang il y a une caserne de quatre gendarmes. Ceux-ci vont au devant des manifestants. Le Maire, et Conseiller Général, Adolphe Saïsset, républicain modéré, parvient à faire tampon entre eux. Et puis, alors que les protagonistes s’éloignent, des coups de feu éclatent et deux gendarmes sont blessés, dont un, Cassan, grièvement (il sera amputé d’une jambe).
Les Républicains investissent la commune et l’occupent jusqu’au 10 décembre. Des gardes sont assurées aux portes du village que les riches propriétaires ont quitté. Aucune exaction, aucune atteinte à la propriété, ne sont relevées pendant cette période.
Le 10 décembre arrive la colonne mobile, forte de 200 hommes, commandée par le colonel Montfort. La chasse à l’homme est organisée dans la campagne environnante où se sont réfugiés les insurgés. Il y aura deux blessés et un mort parmi ceux-ci. Curieusement l’histoire n’a pas retenu le nom de celui-ci.
Les arrestations vont avoir lieu et les procès par les commissions mixtes se dérouler à Montpellier. Lors du plébiscite des 20 et 21 décembre qui suit et légitime le Coup d’Etat le nouveau Maire de Capestang, un certain Mirabel, peut faire état de 569 OUI et un bulletin BLANC sur les 570 VOTANTS. On ne connaît pas le nombre d’inscrits et partant celui des ABSTENTIONS.
Une cinquantaine de gens de Capestang sont appréhendés. On relève deux contingents de départ en exil, l’un de Sète avec 19 condamnés qui vont à Bône, l’autre de Toulon avec 12 autres condamnés qui partent pour Cayenne.
Parmi ceux-ci on note le nom de Jean Pech. Il est né en 1826 et a donc 25 ans au moment des événements. Il deviendra pour Capestang la figure emblématique de cette période. En Guyane il partagera la cellule de Casimir Péret et fera partie des six détenus qui tenteront une évasion au cours de laquelle l’ancien Maire de Béziers trouvera la mort après que le canot emprunté se soit disloqué. C’est Jean Pech qui, après avoir nagé pendant quatre heures, permettra que des secours atteignent le récif où ont abordé les naufragés.
Naturellement l’arrivée des secours c’est aussi le retour à la prison et Jean Pech ne retrouvera Capestang qu’en 1859, c’est à dire qu’il sera resté huit ans en exil. Il aura l’occasion à Cayenne de fréquenter Delescluze, le futur Communard, et on peut suivre à travers sa correspondance l’évolution de sa conscience politique ainsi que sa meilleure maîtrise de la langue écrite. Il dira : « J’étais un mouton, je suis devenu un tigre ».
De retour chez lui Jean Pech se retirera de la vie politique. On remarque cependant sa participation, en 1907, à l’inauguration de la stèle à Casimir Péret, près de la cathédrale, que l’on doit au père de Jean Moulin.
Devenu aveugle, il mourra en 1913 à l’âge de 87 ans. Son plaisir dans ses vieux jours était d’être conduit jusqu’à sa vigne dont il aimait toucher les ceps. Le 1er décembre 2001, la veille du cent cinquantième anniversaire du Coup d’Etat de Napoléon III, une plaque sera apposée sur la maison où a vécu Jean Pech.
Quand on connaît l’histoire récente de Capestang on ne peut que constater une filiation entre les insurgés de 1851 et l’engagement républicain, constamment renouvelé, de la commune. Depuis 1900 le Maire a en effet toujours été de gauche, socialiste pour être complet. En 1944 ce sont Capestang et Poilhes qui ont fourni l’essentiel des martyrs de Fontjun. Chaque année, pour le 14 juillet, le drapeau rouge est hissé au haut du clocher en même temps que le drapeau tricolore. Il y reste d’ailleurs jusqu’à ce que les intempéries le déchirent.
Posté le 03.12.2007 par cessenon

Devant un auditoire attentif Mme Clavel-Lévêque
commente une carte routière romaine
Photo Laetitia Vitaux
C’est à peu près en ces termes amusants que Monique Clavel-Lévêque a présenté ce samedi 1er décembre le résultat des travaux, sondages plus que fouilles a-t-elle précisé, dans le secteur de Colombier – Nissan lez Ensérune.
La Maison du Malpas qui accueillait pour la circonstance une centaine de personnes affichait complet et il avait été conseillé de réserver pour pouvoir entendre cette conférence.
C’est avec la projection commentée d’une carte routière romaine, en fait une reproduction médiévale d’un original, connue sous le vocable de Table de Peutinger, déposée dans un musée de Vienne, que celle-ci a commencé. Une carte un peu fantaisiste avec toutefois un aspect utilitaire. Par exemple les villes traversées, les distances entre les étapes… sont indiquées.
Le fragment appartient à un tout qui décrit l’ensemble du réseau routier à l’époque antique. Si l’adage affirme que « Tous les chemins mènent à Rome », la conférencière juge plutôt que « Toutes les routes en partent ». Elles sont au nombre d’une douzaine et vers l’est elles atteignent l’Inde, vers l’ouest l’Irlande.
Qui empruntait ces routes ? Monique Clavel-Lévêque cite en premier les fonctionnaires de la République et plus tard de l’Empire (Poste impériale ou cursus publicus). Mais elle sera affectée au déplacement des armées particulièrement dans les périodes troubles comme celle dont les textes font état dans les années 70 Av de notre ère. La Domitienne c’est d’abord une route stratégique. Elle sera évidemment utilisée par les commerçants, les colons romains et les autochtones.
Quand a-t-elle était construite et sur quelle base ? Nous sommes ici au cœur des travaux de recherche de l’équipe de Mme Clavel-Lévêque. L’étude des strates montre que des chars ont circulé, laissant l’empreinte de leurs roues, sur un sol primitif, le substrat, non aménagé. Un chemin creux en quelque sorte qui était sans doute une piste protohistorique, la voie héracléenne peut-être, qu’aurait suivie Hannibal ?
Le tronçon qui a fait ici l’objet de sondages n’est pas très important au regard de la longueur de l’œuvre. La voie Domitienne serait en effet la réalisation la plus considérable de l’humanité à l’époque romaine. Toutefois en datant les matériaux mis à jour dans le secteur, fibules, tessons, pièces de monnaie, morceaux de fer, éléments de maçonnerie… en les confrontant aux textes, aux inscriptions des bornes milliaires, celles figurant sur les gobelets de Vicarello qui les reproduisent, les chercheurs ont pu avancer leur connaissance du sujet.
La plaidoirie de Cicéron lors du procès intenté à Fonteius laisse entendre que la voie Domitienne aurait été construite sous l’autorité de ce dernier alors qu’il était préfet de Narbonne, c'est-à-dire dans les années 70 Av notre ère.
Du côté du Malpas de nouveaux sondages devraient permettre de confirmer que sur des passages malaisés à cause de la pente on avait prévu deux chaussées l’une pour la montée, l’autre pour la descente, des sens uniques en somme ! Le contournement des étangs de Capestang et de Montady est également l’objet d’hypothèses qui demandent à être vérifiées.
Ainsi, après les découvertes lors de la construction du port de Colombiers en 1987, des travaux effectués à Béziers entre Jardiland et Conforama, se précise l’itinéraire tracé par les agrimenseurs (arpenteurs) romains ainsi que diverses caractéristiques de la construction.
Mme Clavel-Lévêque, la présidente du Parc Culturel du Biterrois, et son équipe ont encore à faire pour démêler l’écheveau du réseau routier dans notre région et présenter au grand public, comme c’était le cas ce jour là, leur compréhension des choses.
Ah non, elle ne nous a pas donné l’espoir de nous montrer un beau pavage de la Via Domitia, cela n’existe qu’à l’approche des villes, au passage à gué des fleuves ou des rivières et… dans les bandes dessinées !
Un vin d’honneur, production du domaine des Trois Angles clôturait cette après-midi enrichissante.
Posté le 25.11.2007 par cessenon

Il s’agit d’une thèse produite par monsieur Paul Cambon, docteur en Droit, publiée en 1951 par l’imprimerie spéciale du Paysan du Midi.
Rappelons le contexte national. Les caisses du Royaume qui étaient vides avant 1789, ce qui avait conduit à la convocation des Etats Généraux, le sont toujours après le 14 juillet. Aussi le 2 novembre de la même année l’Assemblée Constituante prend un décret au terme duquel les biens ecclésiastiques sont déclarés biens nationaux. Vont s’y ajouter, par le décret du 19 décembre 1789, ceux des domaines de la Couronne.
La vente de ces biens demandant un certain temps, on procède, via les assignats, à une manière d’emprunt. Ceux-ci sont gagés sur la valeur des biens nationaux qui seront vendus « à la chaleur des enchères et à l’extinction des feux » dans les mois qui vont suivre.
En fait il y aura deux phases dans la vente des biens : ceux de première origine qui concernent les biens ecclésiastiques ou des domaines de la Couronne, ceux de seconde origine qui appartenaient aux émigrés.
Le département de l’Hérault est divisé en quatre districts qui recouvrent avec quelques variantes les quatre arrondissements qui ont existé jusqu’en 1926.
A Béziers on enregistre, du 7 janvier 1791 au 15 Brumaire an IV (5 novembre 1795), 435 séances de ventes de biens de première origine. Estimé à 8 671 000 livres l’ensemble des biens vendus atteint, résultat de la dévaluation de l’assignat, l’adjudication de 18 674 00 livres.
A Cessenon, dans le district de Saint-Pons, l’abbaye de Fontcaude fournit les lots les plus importants. La métairie de Cazalviel avec bâtiments, jardins, champs, vignes, garrigues, estimée 7 144 livres, est acquise pour 12 000 par Théron. Celle de La Bousquette avec maison, four, patus, champs, vignes, olivettes et herme de 30 sétérées, échoit pour la somme de 6 025 livres à Moustelon, fermier.
Le domaine de Fontcaude lui-même, avec l’emplacement du cloître de l’église, bâtiments, champs, olivettes, vignes, prés, hermes et garrigues de 69 sétérées est acquis sans concurrent pour 21 355 livres par Tailhade, tailleur d’habits à Vieussan. Ce dernier, n’ayant pas effectué les premiers paiements, le domaine a été revendu à la folle enchère. C’est Bonnet, négociant à Saint-Chinian qui l’emporte après 15 enchères pour une somme de 20 000 livres.
C’est la bourgeoisie qui se taille la part du lion dans les ventes de première origine. Pour la seule commune de Béziers elle acquiert, pour un montant de 3 230 000 livres, 150 des 210 lots mis à la vente. Les 60 lots restant, sont achetés, pour un prix de 1 200 000 livres principalement par des artisans. 14 des 15 domaines vendus à Béziers (Lézigno, La Galinière, Saint-Bauzile, Bourgade, Saint-Pierre-d’Apuyo, métairies des Salles, La Grange-Basse, Saint-Hippolyte, Cabrials, Les Brégines, Mercorent, Saint-Jean-de-Libron, Garissou, Capiscol et Saint-Marcel) viennent dans les mains de bourgeois.
Seul Saint-Jean-de-Libron est acheté par un cordonnier, Pierre Marc qui le morcela presque immédiatement.
Les terres sont le plus souvent adjugées à la bourgeoisie rurale.
Les lois des 6 – 14 août 1792 ordonnent le morcellement des lots afin de permettre leur acquisition par des gens ayant peu de moyens financiers. Ces lois seront appliquées dans le district de Béziers. A Cazouls d’Hérault par exemple 94 lots ont moins de 1 hectare et parmi eux 29 sont formés par le morcellement d’un seul champ.
Une disposition particulière, les bons de 500 livres, contenue dans l’article 2 du décret du 13 septembre 1793, va dans le même sens. « Les chefs de famille non-propriétaires résidant dans les communes où il n’y a pas de terrains communaux, auront la faculté d’acheter des biens d’émigrés, jusqu’à concurrence de 500 livres chacun, payables en vingt annuités sans intérêt »
En application de cette législation les communes devaient dresser dans le délai d’un mois l’état des chefs de famille ou veufs ou veuves ayant des enfants qui n’ont aucune propriété et qui ne sont pas compris sur les rôles des impositions.
A Cessenon, comme en de nombreux autres endroits, on renâcle à cette exécution. Le maire de la commune déclare le 2 Messidor an II « le conseil municipal a reconnu qu’il n’y avait pas lieu de délibérer parce que la commune a des terrains communaux et que si quelque citoyen n’a pas de possessions territoriales, c’est sa faute : il peut en prendre et il lui en sera départi quand il voudra ».
Même attitude à Pierrerue ou le maire répond à l’agent national du district de Saint Pons « Tu sais qu’il y a des communaux vacants dans la commune où tout individu va librement défricher ce qui lui convient. Aussi le présent peut te servir de certificat négatif. Vive la Montagne ! »
En fait la mesure des bons de 500 livres, même quand la liste des indigents a été fournie, ne fut guère suivie d’effet. A Bessan par exemple où ont été recensés 22 indigents, 6 seulement utilisèrent leur bon. Il faut préciser que les acquéreurs n’avaient pas les moyens de se procurer les outils et les animaux nécessaires à l’exploitation de leurs lots. Dans les districts de Béziers et Saint Pons ce fut donc un échec complet.
Dans la thèse de Monsieur Cambon deux anecdotes ont été relevées à propos des biens de deuxième origine.
A Cessenon sont mis en vente des bâtiments ayant appartenu à Stanislas Xavier prince français émigré. Apparemment il s’agit du futur Louis XVIII. Lesdits bâtiments, estimés à 3 180 livres, sont acquis pour 5 200 livres par un Cessenonais du nom de Vernazobres.
A Lespignan 25 femmes se portent acquéreurs de plusieurs des 250 lots provenant de la propriété du duc de Fleury alors que leurs maris ont acheté pour leur propre compte. Il n’est pas précisé toutefois si elles ont fait monter les enchères !
A noter également que des ventes avec ou sans enchères ont été effectuées au chef-lieu du département. Dans ce deuxième cadre, à Cessenon sont adjugés, pour la somme de 198 livres, à un certain Vigne, appartement en forme de grotte et cazal cependant que Riche, un autre Cessenonais, agriculteur de son état, acquiert pour 513 livres une écurie et une petite maison où logeait le vicaire.
Dans le district de Béziers les biens nationaux de première ou deuxième origine représentent 6,2 % de la surface totale. Dans celui de Saint-Pons cette proportion n’est que de 1,5 %.
Posté le 11.11.2007 par cessenon

La Malvoisine et le puits Saint Rustic
Photos Jean-Pierre Quirin
Lors du siège de Minerve en 1210 les Croisés utilisèrent une machine de guerre, la Malvoisine, qui a été reconstituée voici quelques années et placée en aplomb du confluent du Brian et de la Cesse, probablement à l’endroit où l’original avait opéré. Quoique abîmée par le temps elle s’y trouve encore et sa silhouette a quelque chose d’insolite dans le paysage.
Ce n’est pas exactement une catapulte mais un trébuchet. C’est un contrepoids qui permet d’envoyer le projectile, en général une pierre, sur l’ennemi. Le trébuchet fonctionnait à la manière d’une fronde et était plus précis que la catapulte.
Minerve était une citadelle imprenable. Bordée par les gorges du Brian et de la Cesse, le seul passage avec le plateau situé au nord était défendu par le château.
Nous sommes au mois d’août et les assiégés ne disposent que d’un point d’eau, le puits Saint Rustic où ils peuvent accéder par un chemin couvert dont on peut voir aujourd’hui les vestiges. La Malvoine détruira ce chemin couvert et à Minerve on ne dispose plus que de citernes. Mais celles-ci ne tardent pas à être vides.
Il y aura un orage mais l’eau recueillie sera impropre à la consommation à cause des cadavres de rats qui l’ont polluée. Ceux qui tenteront d’en boire seront victimes de dysenterie.
Devant les effets dévastateurs de La Malvoisine un commando (on ne devait pas employer ce terme à l’époque !) tentera de la brûler. Les sentinelles qui sont affectées à sa garde seront égorgées et des fagots mis en place sous l’engin de mort. Hélas toutes les sentinelles n’ont pas été supprimées. L’une d’elles, qui s’était éloignée pour un besoin urgent, donnera l’alarme.
L’affaire est contée de manière émouvante à l’aide de santons au musée Hurepel. C’est en fait toute l’histoire du catharisme et e la Croisade des Albigeois qui nous est présentée ici, toujours à l’aide de santons. On y voit par exemple la file des prisonniers de Bram à qui l’on a crevé les yeux et coupé le nez et qui sont conduits à l’aide d’une corde par celui à qui l’on a laissé un œil !
Minerve se rendra non pas parce qu’elle a été prise mais parce qu’elle a dû se rendre à cause du manque d’eau. Les cathares qui s’étaient mis sous la protection de Guilhem de Minerve préfèreront mourir dans les flammes plutôt que d’abjurer leur foi. Il faut préciser qu’avoir la vie sauve ne les aurait pas menés bien loin, au mur (où ils étaient enchaînés), au pain et à l’eau, ils ne résistaient pas plus de cinq ans à ce régime.
A Minerve en 1210 on assiste ainsi au premier des bûchers collectifs qui seront dressés par la suite sur ordre de ce qui n’est pas encore l’Inquisition.
Posté le 30.10.2007 par cessenon

C’est un document très riche que cet « Annuaire ». Il m’a été prêté par Gilles ROUCAYROL, ci-devant viticulteur et Président de la Cave Coopérative de PORTIRAGNES. L’édition date de 1928 et c’est la 110ème année de sa parution. Autant dire que ce n’est pas un « annuaire » au sens que nous lui donnons aujourd’hui. Il s’agit plutôt d’un almanach qui contient des informations sur de multiples sujets.
Au dernier recensement, il date de 1926, la population de l’HERAULT est de 500 000 personnes. Avec presque 66 000 habitants BEZIERS n’est pas écrasée par MONTPELLIER (83 000 h). SETE (encore orthographié CETTE par endroits), qui en compte 37 000 est, comme aujourd’hui, en troisième position. En règle générale la démographie a connu une baisse sensible dans les villages de l’arrière pays. CESSENON par exemple, qui actuellement n’a guère plus de 1600 habitants, en avait presque 2 900 au moment de l’édition. Et encore une chute sensible avait sans doute déjà été enregistrée depuis la Guerre de 14.
Bien que la Sous-Préfecture de SAINT-PONS ait été supprimée en 1926, les renseignements sont classés suivant les quatre Arrondissements de MONTPELLIER, BEZIERS, LODEVE et SAINT-PONS.
A BEZIERS la Sous-Préfecture est Place de la Révolution et le Sous-Préfet est un certain Charles GUILHERMET, Officier de l’Instruction Publique, Officier du Mérite agricole et il a la Croix de Guerre. Le Maire est Emile SUCHON qui a succédé à Pierre VERDIER en 1924. Le deuxième Adjoint est Auguste ALBERTINI lequel, professeur à l’Ecole Pratique, habite Rue Enseigne-ALBERTINI. Parmi les conseillers municipaux on note la présence de Fernand CLAPAREDE, le père d’Emile CLAPAREDE. Tous les deux font commerce d’articles de chais au 52 de l’Avenue GAMBETTA.
Les délibérations du Conseil Municipal en date du 29 novembre 1918 ont changé les noms de plusieurs rues, avenues ou boulevards, et ce en rapport avec les « héros » ou les événements de la guerre qui vient d’être gagnée. Ainsi l’Avenue de PEZENAS s’appelle désormais Avenue G-CLEMENCEAU et le Boulevard Chemin-de-Fer devient le Boulevard de VERDUN.
Le Conseiller Général du 1er canton de BEZIERS est Antoine MOULIN, professeur de collège à la retraite. Il s’agit probablement du père de Jean MOULIN.
Parmi les six députés du département qui siègent à l’Assemblée nationale depuis 1924 j’ai retenu, parce que j’avais entendu parler d’eux, les noms de Edouard BARTHE, J.M. FELIX (Maire d’AGDE), Charles CAFFORT (avocat à OLONZAC). Sur les trois sénateurs, Mario ROUSTAN, auteur d’une loi sur le rapprochement des conjoints fonctionnaires, était connu de l’ancien responsable du Syndicat National des Instituteurs que j’ai été. Particularité : il y avait à cette époque des Conseillers d’arrondissement.
L’annuaire donne les adresses de la plupart des habitants des villes, les plus importantes du moins. Ceux qui s’installent dans l’HERAULT sont invités à communiquer leurs coordonnées à l’Editeur. A BEZIERS quelques 8 000 personnes sont inscrites. Les noms patronymiques les plus courants semblent être FABRE (57), CROS (55), VIDAL (54).
Les propriétaires d’automobiles sont recensés. On en compte environ 4 000 sur le département.
Les numéros de téléphone sont également indiqués. Ils sont peu nombreux et concernent en général ceux pour lesquels la profession rend nécessaire cette technologie nouvelle. Dans plusieurs petits villages : PRADES S / VERNAZOBRES, ROQUEBRUN... il n’y a pas d’abonnés. A PORTIRAGNES (921 h) on n’en compte que deux. Ceux qui veulent téléphoner ont à leur disposition une cabine publique, le plus souvent ouverte de 8 à 12 H et de 14 à 19 H, avec, les jours fériés, une plage d’utilisation possible de 8 H à 11 H.
Les tournées du facteur sont parfois mentionnées. A CESSENON il passe trois fois : à 8 H, 12 H et 19 H. On peut supposer qu’il n’avait pas beaucoup de courrier à distribuer.
Dans les villages figurent les noms de divers fonctionnaires, des instituteurs par exemple. A BERLOU exercent M. et Mme MAUREL, les parents de Jacqueline MAUREL, collaboratrice régulière de LA MARSEILLAISE, par ailleurs ancienne (et peut-être future) Adjointe aux Affaires de Santé dans la Municipalité de BEZIERS. A CESSENON l’auteur a trouvé parmi les cantonniers le nom de son grand-père paternel. L’Ingénieur de l’Equipement est signalé sous le vocable, presque mystérieux, d’Agent-voyer. Celui du Canton de SAINT CHINIAN, resté longtemps en service, avait pour nom JALABERT.
Les professions et les patronymes de ceux qui les exercent sont cités. On y trouve des métiers qui n’existent plus : charrons, bourreliers, forgerons maréchaux-ferrants, ferblantiers, tonneliers et foudriers, sabotiers quelquefois... A CESSENON toujours, le nom du jardinier professionnel (plutôt un plançonnier d’ailleurs) est cité. Il s’appelle CROS et n’est autre que l’arrière-grand-père de votre serviteur.
Les commerces de produits agricoles sont nombreux : fourrages, grains... pour les chevaux ; engrais, insecticides divers, sulfates, soufre... pour la vigne. La même publicité, pour une importante Maison de BEZIERS : la COMPAGNIE AUXILIAIRE VITICOLE, est répétée à l’envi pour chacune des communes du Biterrois.
Si l’agglomération est importante on note la présence d’un vétérinaire. A CESSENON il s’appelle SANJOU et était connu par sa passion pour les testicules de chevaux qu’il venait de châtrer. Après chaque opération il les emportait systématiquement pour les manger ! Toutefois ceci n’est pas écrit dans l’annuaire !
A CESSENON encore on relève l’existence de cinq docteurs. C’est beaucoup si on tient compte qu’à cette époque il n’y avait pas de Sécurité Sociale et si on ajoute le fait que les gens n’allaient pas facilement voir le médecin. Il faut préciser que très souvent ces docteurs étaient propriétaires viticulteurs et avaient donc d’autres revenus que celui de la profession qu’ils affichaient.
Les cafés sont assez abondants mais leur nombre est en diminution par rapport à celui qui m’avait été rapporté pour des périodes plus anciennes. Pour plusieurs communes une information, concernant la Brasserie Générale du Midi, installée à BEZIERS et à RUOMS dans l’ARDECHE, renvoie à un placard publicitaire qui occupe une page entière. Les bouteilles, munies d’un bouchon en porcelaine, complété par une rondelle de caoutchouc, avec le dispositif qui assurait la fermeture, portaient, gravée dans le verre, l’inscription « B. G. M. ».
La grosse affaire de l’Annuaire c’est, dans les pages roses, la liste, par commune, des viticulteurs et de leurs déclarations de récolte. Il y a une foule de petits exploitants dont la production n’excède guère 500 hectolitres. A partir de 1 000 hl on a déjà affaire à un propriétaire aisé. Mais il y a des campagnes qui vinifient 10 000 hl. C’est le cas de celle de COUJAN, à MURVIEL. A BEZIERS même, un certain AZAIS, qui habite 4 Rampe des POILUS, annonce 15 000 hl. On trouve mieux dans le secteur : 16 000 hl pour le Baron de SARRET à COUSSERGUES, sur la commune de MONTBLANC. Dans ma jeunesse la Grange de COUSSERGUES était d’ailleurs souvent citée en exemple. Ce SARRET est toutefois battu cette année là par François GUY, un propriétaire de CASTELNAU de GUERS : 16 200 hl. Le nom de « François GUY » a longtemps figuré, en lettres énormes, à côté des voies ferrées, près de la gare de BEZIERS. A VIAS le Domaine de MEDEILHAN affiche 29 000 hl. Mais le record absolu semble détenu par un Comte de BEAUXHOSTE qui a ses terres sur MARSILLARGUES, à La TAMARIGUIERES plus précisément : 35 000 hl !
A l’opposé les déclarations des communes des Hauts Cantons sont très modestes. A BEDARIEUX on rencontre un exploitant dont la production n’est que de 35 hl. Curieusement, à SAINT-PONS où quatre déclarants seulement sont inscrits, on trouve une Veuve NARBONES, laquelle exploite à La GARGUE, qui indique une récolte de 2 000 hl. Peut-être s’agit-il d’une erreur ?
On notera que les Caves coopératives sont rares en 1928 : à peine une vingtaine. Les distilleries par contre sont plus nombreuses. Naturellement la liste des propriétaires et de leurs disponibilités est précédée de celle des courtiers chargés des achats par les négociants. Ils peuvent être eux-mêmes également viticulteurs. Des informations sont données sur la qualité des vins produits sur la commune citée : caractéristiques du terroir, cépages, degré, propriétés organoleptiques...
Le plupart des communes ont un Bureau de Bienfaisance. Il existe beaucoup de Sociétés, Sociétés de Prévoyance, Mutuelles, Caisses de Secours, de Solidarité, d’Entraide, Associations, Amicales, Cercles, Syndicats divers. Parmi ces derniers citons, et c’est révélateur de l’état d’esprit dans le milieu enseignant, le libellé de celui des Instituteurs. Il s’appelle le Syndicat National des Instituteurs de France et des Colonies. Des Syndicats d’ouvriers agricoles (et terrassiers), celui de SERIGNAN, créé en 1910, semble le plus important en nombre : 430 membres. Celui de MARSILLARGUES, 300 adhérents, date de 1904.
A BEZIERS la Bourse du Travail a été créée en 1890 par délibération du Conseil Municipal. Elle est située 2, Rue RELIN et une subvention de 1200 F par an lui est allouée. Elle comprend un asile de nuit avec un dortoir de 6 places pour les hommes et 8 pour les femmes. Depuis 1903 il est équipé de douches.
A BEZIERS toujours, le siège du Parti Communiste est Rue ETIENNE-MARCEL. Son secrétaire est un certain BOURNELON. Le Parti Fasciste Italien, installé dans les locaux du Consulat Italien, a pignon sur rue, Rue GAVEAU plus précisément.
La presse écrite est abondante. « Le Petit Biterrois » est un hebdomadaire complet : il se veut littéraire, artistique, sportif, agricole, commercial, industriel. « La Vie Biterroise », également hebdomadaire, ajoute aux qualificatifs de littéraire et artistique celui de mondain. A PEZENAS est imprimé « Le Devoir Socialiste », organe hebdomadaire de défense sociale, syndicale, coopérative du Parti Socialiste (S.F.I.O.). « L’ECLAIR », « Le PETIT MERIDIONAL », « La DEPECHE », « Le TELEGRAMME », « Le Midi Socialiste » sont des quotidiens de MONTPELLIER ou de TOULOUSE qui ont un bureau succursale à BEZIERS.
Quelques mots sur les établissements scolaires. L’ancien collège HENRI IV est devenu lycée en 1927. Il y a 440 élèves et son Proviseur s’appelle Charles CONSTANS. Comme pour l’ensemble des établissements du second degré, la liste des différents Professeurs, avec la matière qu’ils enseignent et leur adresse personnelle, est donnée. Les Ecoles Normales sont ouvertes, en 1833 pour celle d’Instituteurs, et en 1845 pour celle d’Institutrices. Dans un premier temps la direction de cette dernière est confiée à des Congréganistes, les promotions n’étaient alors que de 6 élèves. En 1928 cependant l’E.N.G. compte 85 normaliens et l’E.N.F. 90 normaliennes.
Parcourir les pages de l’Annuaire permet de découvrir des choses curieuses. Ainsi on apprend qu’à VIEUSSAN on exploitait non seulement des Mines de manganèse mais aussi des Mines... d’or ! Je pourrais m’arrêter là dessus mais je ne résiste pas au plaisir d’ajouter cette trouvaille : un encart publicitaire (page 731) vante les mérites d’une MANUFACTURE de... pois chiches torréfiés ! Cette fabrique, dont le Siège Social est Rue CHAPTAL à MONTPELLIER, a obtenu un diplôme d’honneur et une médaille d’or.
Posté le 27.10.2007 par cessenon

Un lecteur de Murviel nous a prêté un exemplaire de l’Annuaire de l’Hérault de 1908. C’est un volume qui comporte plus de 1500 pages, les dernières étant d’ailleurs abîmées ou ayant disparu.
Nous avions déjà publié dans nos colonnes, c’était en 1997, un article sur une édition de 1928 de cet annuaire, nous n’allons donc pas en refaire une analyse complète.
Rappelons quand même qu’il ne s’agit pas d’un annuaire au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Peu de gens en effet avaient le téléphone et s’il ne s’était agi que de publier leurs numéros le document n’aurait pas été très épais !
Nous allons donc limiter notre étude à Murviel et ses environs. La ville a alors 2 456 habitants (la population de l’Hérault dépasse les 482 000 celle de la France approche les 40 000 000). Le maire, greffier de son état, s’appelle Laurent Fabre, l’adjoint Eloi Laissac. Le conseil municipal compte 15 membres.
Le conseiller général du canton est Jules Cadenat, maire de Saint Geniès le Bas. Il a donné son nom à un pont sur le Taurou. Le conseiller d’arrondissement est un certain Guilhem dont le prénom n’est pas indiqué.
Nous trouvons dans l’Hérault trois sénateurs dont Casimir Delhon, viticulteur à Puissalicon et arrière-grand-père de l’actuel maire de Thézan les Béziers. Il s’appelle d’ailleurs Casimir en hommage à Casimir Péret, les républicains du Biterrois donnant ce prénom à leur fils aîné. Un autre sénateur est Razimbaud père.
Il y a sept circonscriptions dans le département, les deux députés du Biterrois sont Louis Lafferre et Justin Augé. Razimbaud fils est député dans l’arrondissement de Saint Pons.
On pourrait ajouter qu’à cette époque le Président de la République est Fallières, le Président du Conseil des Ministres Clemenceau, également Ministre de l’Intérieur. Dans le Ministère on relève les noms de Doumergue (un élu du Gard qui a inauguré le pont sur l’Orb entre Murviel et Cazouls) au Commerce et à l’Industrie, Caillaux aux finances, Aristide Briand à l’Instruction Publique, aux Beaux-Arts et aux Cultes.
Un syndicat agricole a été fondé à Murviel en 1889. Dix neuf ans plus tard il compte 141 membres. Toutefois aucune précision n’est apportée sur la nature de ce syndicat.
En 1908 trois médecins (Louis Lau, L. Carratié, Edouard Guy), un vétérinaire (François Chauris) et deux sages-femmes habitent Murviel. La pharmacie est tenue par Joseph Guy.
Onze instituteurs ou institutrices exercent dans les écoles primaires et maternelle. C’est une dame, Mme Hermet, qui est receveuse des Postes. La perception de Murviel, confiée à un certain Vacher, dessert aussi Causses et Veyran, Thézan, Pailhès et Puimisson. Couderc, chanoine honoraire, est curé-doyen de la paroisse.
Les Murviellois peuvent se ravitailler auprès de six boulangers, deux pâtissiers-confiseurs, sept bouchers, huit épiciers, deux marchands de volailles et se désaltérer dans neuf cafés. Il y a aussi quatre laitiers.
Quatre coiffeurs et quatre cordonniers sont établis à Murviel. Il y a aussi un sabotier et deux marchands de chaussures.
Il existe des métiers, liés à la présence de nombreux chevaux, qui ont depuis disparu des villages. En 1908 on recense à Murviel quatre bourreliers, quatre forgerons (sans doute des maréchaux-ferrants), deux charrons, deux affenages. Deux magasins de fourrages, grains et farines, sont tenus par Henri Vidal et Rosa Mas. Robert Vincent est spécialisé dans les engrais.
On relève les noms de trois personnes faisant commerce de tartres. Il y a aussi quatre tonneliers, deux ferblantiers et deux tailleurs d’habits. On trouve encore quatre menuisiers, trois maçons, trois plâtriers, deux horlogers, un serrurier et un mécanicien.
Sont signalés dans le document deux professeurs de musique exerçant leur art dans la localité, Guy et Birot, celui-ci étant Officier d’Académie, ce qui devait sans doute être l’équivalent de Chevalier des Palmes Académiques, encore qu’on note par ailleurs la mention « Officier de l’Instruction Publique ».
A Murviel on peut se loger dans cinq hôtels : Nouvel, Saïsset, Lugagne, Marc et Carrière. On retrouve le nom de Nouvel dans la liste des six courtiers en vins.
Un service de voitures (de voitures hippomobiles cela s’entend !) est assuré par Henri Vidal et Estimbre cadet. Il y a cinq départs de Murviel en direction de Béziers : 4 h, 7 h, 10 h, 12 h et 17 h. Les retours ont lieu à 9 h, 17 h 30, 18 h et 18 h 30. La ligne dessert Thézan et Lignan. Au départ de Murviel comme de Thézan le prix d’un aller et de 1 f. Si le voyageur monte à Lignan il est de 0.50 f.
L’annuaire indique aussi les horaires en gare de Montpellier sur la ligne de chemin de fer d’intérêt local qui relie la préfecture à Saint-Chinian. Il y a cinq départs et cinq retours. Il faut en déduire que la station de Réals doit voir le passage de dix trains par jour.
La distance entre Murviel et Paris est de 837 km. On suppose qu’elle est comptée en ligne droite, auquel cas elle n’a pas changé depuis !
Une quinzaine de propriétaires viticulteurs est répertoriée. Le domaine le plus important est sans conteste celui de Coujan qui récolte 19 500 hectolitres de vin. Suivent ensuite : Saint Martin 8 000 hl, Mus 7 600, La Grangette 7 500, Limbardié 5 000. Les noms de leurs propriétaires respectifs sont Guy, de Rocous-Cahuzac, Lagarrigue (Chevalier du Mérite Agricole), Pélissier G., Donnadieu.
En vérité cet annuaire, dont la première édition remonte à 1818, est une source prodigieuse de renseignements sur notre département. Il mériterait une étude encore plus complète que celle que nous en avons faite.
Posté le 07.06.2007 par cessenon

La pierre hébraïque de Béziers
Il s’agit d’une étude effectuée par un universitaire anglais Cyril P. Hershon publiée dans la revue de la Société Archéologique et Littéraire de Béziers dans une édition parue en 1997 / 1998.
La date de l’implantation d’une colonie juive dans notre ville n’est pas connue avec précision. Signe qu’ils sont présents dans la région au début du Moyen Age, le concile d’Agde qui s’est tenu en 506, interdit aux Chrétiens de manger chez les Juifs ou de les inviter chez eux.
Une inscription funéraire remontant à l’époque romaine fait état d’un certain Abraham qui a fait souche à Béziers et qui décède à Javols en Lozère où il avait effectué une manière de pèlerinage.
Selon Hershon, Béziers compte rapidement deux quartiers juifs, l’un proche de la cathédrale et connu sous le nom de « Petite Jérusalem » (à cause paraît-il de la vue qui ressemble à celle que l’on a de Jérusalem quand on y pénètre par la route venant d’Amman), l’autre vers l’actuelle rue du 4 septembre.
Il est fait état de deux synagogues, d’une boucherie, d’un four communal pour préparer le pain azyme, d’un cimetière juif extra-muros, situé entre l’avenue Saint-Saëns et la rue Victor Hugo et sans doute d’un Mikveh (bain rituel).
La façade de la cathédrale Saint Nazaire représente une allégorie du judaïsme. Il s’agit d’une femme vaincue, la Synagoga, pourvue de tous les attributs de la déchéance : couronne et hampe de lumière brisées, Tables de la Loi tombées, yeux bandés… à côté d’une Ecclesia triomphante et souveraine !
Les Juifs biterrois sont plutôt mieux lotis que leurs coreligionnaires narbonnais. En 1160 l’Evêque Guilhem abolit la coutume de la lapidation traditionnelle des Juifs et de leurs demeures pendant la Semaine Sainte qui jusque là était prêchée en chaire. Evidemment c’est en échange du paiement de quatre livres melgoriennes.
Les Juifs font commerce avec le vicomte de Béziers qu’ils fournissent en miel, cannelle et poivre. La communauté juive ne participe pas à l’assassinat de Raymond Trencavel qui a lieu en l’église de La Madeleine le 15 octobre 1167. Aussi sera-t-elle épargnée par les représailles sanglantes de Roger II, le fils de la victime, et les soldats aragonais.
La tolérance des Biterrois à l’égard des Cathares s’étendra aussi aux Juifs avant la croisade des Albigeois. Ils vivent alors en bonne intelligence avec l’ensemble de la population. A noter toutefois que judaïsme et catharisme sont inconciliables d’un point de vue théologique.
Après le Sac de Béziers le 22 juillet 1209 la situation se dégrade. Dans un premier temps l’essentiel de la communauté juive quitte Béziers. Elle va séjourner quelque temps à Olot en Catalogne espagnole, après peut-être s’être arrêtée un temps à Carcassonne, emportant son bien le plus précieux, les rouleaux sacrés.
Une inscription en caractères hébraïques, gravée dans une pierre scellée dans une maison de la rue du 4 septembre rend compte de cet exil et du retour des juifs à Béziers. Cette pierre est exposée au musée de la ville.
Les divers conciles qui vont se succéder verront codifier la répression à l’encontre des Juifs. Celui de Narbonne en 1227 prend sept ordonnances qui confirment et aggravent celle prises par les conciles antérieurs : interdiction de pratiquer l’usure et obligation de remboursement au cas où elle aurait été perçue ; interdiction d’avoir des domestiques chrétiens, des nourrices chrétiennes ; obligation de porter la rouelle (l’équivalent de l’étoile jaune de sinistre mémoire !) ; interdiction de travailler le dimanche et jours de fêtes ; interdiction de vendre de la viande les jours de jeûne et aux marchés chrétiens ; interdiction de consulter un médecin juif sous peine d’excommunication.
Encore que là un assouplissement de l’ordonnance est prévu. En effet, sous couvert de nécessité, un arrangement avec le Ciel permet de passer outre. C’est que les médecins juifs, qui ont des contact avec la civilisation arabe, sont réputés !
Sont réputés également divers savants juifs qui cumulent souvent, comme c’est de tradition au Moyen Age, les fonctions de poètes, théologiens, médecins, mathématiciens…
Parmi eux Hershon cite Abraham Bedersi et son fils Yedaiah Bedersi, Bedersi étant un surnom qui désigne Béziers en hébreu. On a trace d’une controverse avec un juif espagnol, Juda ben Sabbetai Lévi, sur le statut des femmes. Le second rédige un « Celui qui hait les femmes » auquel le premier répond par un « Celui qui aime les femmes ». On le voit les juifs de Béziers, peut-être influencés par les troubadours sont en avance sur leur temps !
La prospérité des juifs de Béziers, et du Languedoc, disparaîtra sous Philippe IV le Bel qui, pour renflouer ses caisses, expropriera carrément les juifs, tuant ainsi la poule aux œufs d’or !
On découvre à l’occasion des actes rendant compte de ces expropriations que les biens des juifs de Béziers sont de franc alleu (c'est-à-dire qu’ils ne sont soumis à aucune redevance) et que par ailleurs des chrétiens habitent dans les quartiers juifs.
Bref, toute une organisation sociale juive existait dans notre ville jusqu’au XIV° siècle !
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