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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Occitan

Passejada de La Burla, édition 2007

Posté le 14.04.2007 par cessenon
Photo Marianne Perrot

Ce lundi de Pâques c’était la cinquième édition de la traditionnelle Passejada organisée par le cercle occitan de Cessenon. Oui, la première avait eu lieu en 2002 et en 2003 elle avait été annulée pour cause de menace de pluie.
Comme chaque année on accuse un certain retard avant de se retrouver au complet sur la place du village. En 2007 il semble que nous allons être un peu plus nombreux que d’habitude. Oui nous serons une trentaine, dont plusieurs nouveaux, à nous aligner au départ de La Maurerie pour une marche dont la longueur sera conforme à ce qui était annoncé.
Il est guère plus de 10 h quand nous quittons le parking, un terre-plein qui appartient aux parents de Daniel, où nous avons pu garer l’ensemble des voitures. Ah, voilà Michel et son épouse qui arrivent in extremis. Colette, pourtant régulièrement à l’heure, sera rendue un peu trop tard à ce point de rendez-vous et n’aura que la ressource de nous retrouver au mamelon de La Broutelade.
Nous avons traversé le hameau et nous sommes montés sur la crête du Sarremale où un très joli sentier est maintenu dégagé par les chasseurs. Ce n’est pas encore très fleuri mais on a quand même vu le jaune de la coronille, senti l’odeur de camphre de la lavande stoechade ou lavande des Maures, aperçu ici et là quelques fleurs de cistes à feuille de sauge ou de cistes cotonneux et rencontré deux ou trois pieds de céphalanthère, blancs ou roses. Très sérieuse, France prend des notes !
On aura aussi l’occasion de découvrir les latrines collectives d’une colonie de blaireaux, los tais, animaux hospitaliers qui hébergent dans le dédale de leurs terriers aussi bien des lapins que des renards.
En contrebas la « campagne » désaffectée de la Rouvelane nous vaut l’histoire du propriétaire qui le samedi s’endimanchait pour aller chercher à la banque la paie de ses ouvriers. Sa banque ? A vrai dire c’était dans le bois un endroit secret où il cachait son argent !
Sylvette nous apprend qu’elle vient à la saison chercher des champignons dans le secteur.
Au débouché du sentier nous pouvons constater que vers ici las lagas (les rangées de ceps) suivent les courbes de niveaux : une méthode d’alignement différente de celle utilisée dans les vignes qui partent « de gaíìs en poncha ».
Devant sont apparus la Femme Allongée, le Naudech ainsi que La Mausse et Le Burguet.
Guère plus loin Liliane nous apprend le nom occitan de la salsepareille, l’aliment de base des Schtroumpfs : c’est la clarièja que l’on désigne aussi sous le nom d’arièja.
Ah, voilà le Recambis qui, comme son vocable l’indique, prend sa source vers Cambis, une « campagne » située de l’autre côté de la route qui relie Prades à Berlou. Après être passé à La Maurerie il se jette dans le Vernazobres un peu en amont de son confluent avec l’Orb.
Au-delà du passalís, Jo nous propose de longer une vigne qui vient d’être replantée pour nous éviter quelques centaines de mètres de bitume. C’est ce que nous faisons mais on finit quand même par retrouver la D 177.
Cependant que certains ramassent ici ou là quelques asperges, Michel note « Se pòt far la dormida, los figuièrs an tres fuèlhas. »
Ne reste plus qu’à atteindre la piste qui monte à La Broutelade. André nous y attend, il a allumé le feu et planté la bannière du cercle occitan de Cessenon qui flotte fièrement sous le vent du sud est, le fameux Grèc porteur de pluie dont on dit « Grèc la pleja al bèc ! »
Non, non, nous n’aurons pas de pluie et même l’après-midi nous aurons plutôt chaud !
Pour l’heure nous réceptionnons ceux qui ont « feinté », certains avec des excuses valables (parmi lesquels nous acceptons de compter le maire de Cessenon, victime d’un problème aux tendons), d’autres avec de moins bonnes, c’est le cas de Michel !
On finira par prendre l’apéritif après quelques échanges intéressants autour des tables d’orientation volées par des gens imbéciles. A quoi peuvent-elles servir hors des panoramas, au demeurant superbes, qui les entourent et qu’elles reproduisent ? La discussion tourne aussi autour de l’identité occitane, rurale, de la viticulture également, de la guerre d’Algérie encore… Bref il faudrait tout un développement pour en rendre compte.
La décence ne nous permet guère de faire état des avances, justement très avancées, dont Fanfare, le chien de Michèle, a été l’objet de la part d’un caniche du même sexe.
Du repas on retiendra qu’il a été bien embrouillé dans son déroulement, la saucisse grillée par exemple a été servie en guise de dessert. Il y a eu moins de critiques pour l’omelette als parres salvatges ou aux oignons. Pour ce qui est de celle au fromage c’était une première et nous avons en quelque sorte servi de cobayes.
Le Roquefort artisanal d’Yvonne, fabriqué à l’ancienne, mérite une mention. Quant au lapin en chocolat d’Audrey, il avait un peu souffert de la chaleur, ce qui n’a toutefois pas empêché Colette d’en prendre et d’en reprendre !
En ce qui concerne les boissons qui ont circulé le chroniqueur a renoncé à tenter de faire le moindre bilan, c’était au-dessus de ses possibilités.
Ah, cette année nous avons droit à une animation musicale. Marianne, une amie de notre guide, a apporté son accordéon. On aura droit à quelques airs occitans et on aura l’occasion de voir Line lever la jambe très haut en entendant le « Leva, leva, leva la camba » cependant qu’Eliette se placera dans le registre de meneuse de revue ainsi que de chef de chœur. La chorale de La Burla a en effet, entre autre, interprété pour nous la chanson de Cessenon et nous avons eu droit aussi au « Gloire au 17ème » !
Liliane profite des circonstances pour faire signer une pétition au terme de laquelle sont demandés divers moyens, enseignement et audio-visuel, pour que la langue et la culture occitanes ne disparaissent pas du paysage. Elle obtiendra celle d’Yves pourtant enclin à un centralisme jacobin excessif !
On finira par remettre en route ceux qui ne cherchent pas à « feinter ». Pour éviter des erreurs judiciaires nous ne porterons pas de condamnations sur certaines défections mais à l’avenir il faudra fournir un certificat médical en guise de justification.
Sous la conduite de Daniel on reviendra aux voitures en passant par la vallée du Rieu Berlou puis par Les Landes. Un arrêt sera observé près d'un réservoir d'eau ressemblant à un sous-marin pour une scénographie où il a été question du Limousin. Il fait chaud et on a besoin de se désaltérer quand on retrouve La Maurerie !
L’édition 2007 de la Passejada est terminée. « A l’an que ven e se sian pas mai que sieguen pas men ! »



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Au Plateau des Poètes, la causerie de Padena

Posté le 17.03.2007 par cessenon
Tiens la belle manifestation occitane de ce samedi 17 mars à Béziers m'a donné envie de mettre en ligne un document qui date de l'édition 2001 de la Festa d'Oc.

C’était la surprise lundi 23 juillet à 11 H à l’ombre fraîche d’un arbre (une espèce de mûrier ?) du Plateau des Poètes où avait lieu la causerie de Padena. Contrairement aux prévisions des organisateurs, il y avait beaucoup de monde, sans doute une centaine de personnes, assises sur des chaises disposées en arc de cercle devant un camion sono. Peut-être que l’identité Occitane n’est pas une utopie cultivée par quelques intellectuels, mais une valeur sûre dans un monde en pleine dérive ?
En tenue « civile » Padena était quasiment méconnaissable. Oh, on a fini par le reconnaître, dès qu’il a coiffé son célèbre béret. Il a donc rapidement commencé sa causerie, le mot de conférence avait été proscrit, qu’il a pour l’essentiel donnée en Français. Le thème ? L’humour occitan.
Sujet difficile craignait Padena. Comment expliquer ce qu’on fait quand on marche s’est-il demandé ? Eh bien tout simplement en marchant ! C’est à peu près ainsi qu’a opéré Padena.
Il est du Sud Padena ? Pas du tout, il est au nord ! Au nord de Barcelone, exactement. En fait il est au centre car « L’univers est un cercle dont le centre est partout et l’extrémité nulle part ». Enfin là ce n’est pas Padena qui est cité mais Pascal (mal peut-être !)
Il y a un humour Occitan comme il y a un humour Belge, un humour Anglais… un humour Suisse (là il n’est pas sûr !) Chacun a ses spécificités et l’Occitan n’a pas de prétention à l’hégémonie en la matière. Non, le risque ce serait plutôt « l’humour Mac Do ». Oui Padena considère que si ne subsistait que « l’humour Mac Do » on ne rigolerait pas !
La langue Occitane a ses particularités. On qualifie les gens non par le positif mais par la négation. Ainsi on ne dit pas « Il est intelligent » mais « es pas colha ». On peut, dans la conversation, répéter à l’infini un mot superflu. A Toulouse c’est le mot « con ». Ça double la longueur des pièces de théâtre et si on veut combiner le Français avec cette pratique le résultat est désastreux. Songez ce que devient la déclaration d’Hippolyte dans Phèdre : « Le ciel, con, n’est pas plus pur, con, que le fond de mon cœur, con ».
Padena a ses références. Par exemple pour apprécier la hauteur de neige qui est tombée, les scientifiques effectuent des mesures très précises qu’ils présentent dans un langage châtié. Eh bien la mère de Padena elle fait ça au jugé « es tombat tant de néu qu’on pòt cagar drech ».
A vrai dire si l’Occitan a été massacré par l’Histoire, le Français actuel a subi la censure des Académiciens qui ont trié, rogné, raboté, exclu… Mais à l’origine il était truculent lui aussi. Qu’on songe à la langue de Rabelais ! Il est vrai qu’il avait fait ses études à la Faculté de Médecine de Montpellier.
De temps en temps Padena a traduit ses citations occitanes à l’intention des « non comprenant ». Il ne devait pas y en avoir beaucoup car les rires fusaient avant la traduction.
Pour conclure Padena a offert au public son sketch sur les niveaux d’intelligence, lequel s’enchaîne sur des histoires de gendarmes, des gendarmes de Puylaurens évidemment. Un sketch connu certes mais avec quelques enrichissements m’a-t-il semblé.
Un apéritif a suivi ce moment fort pour les Occitanistes où le rire cachait peut-être quelque chose de plus profond.

1907 et l'occitan

Posté le 22.02.2007 par cessenon
La pancarte du comité de Ginestas
Photo aimablement communiquée par Gilles Arbousset


Au moment de la crise viticole, qui se développe au début du XX° siècle, l’occitan est en règle générale la langue parlée dans le Midi. Aussi il n’est pas étonnant que les mots d’ordre qui figurent sur les pancartes brandies lors des manifestations soient souvent rédigés dans cette langue. Toutefois depuis des siècles déjà l’occitan n’est plus une langue écrite et la graphie correcte n’est pas connue de ceux qui l’emploient oralement au quotidien. C’est donc à l’aide d’une transposition dans la langue française qu’elle est orthographiée.
Parmi les plus célèbres on peut citer la pancarte du comité de Ginestas dans l’Aude sur laquelle figure le texte : « LOU DARNIE CROUSTET GINESTAS (AUDE) ». La graphie correcte est Lo darnièr crostet.
Comme on peut le voir sur l’illustration qui accompagne le texte, la pancarte représente la corde d’un pendu avec en haut une manière de crêpe, au centre un quignon de pain.
D’autres pancartes font également état du manque de pain. L’une d’elles qui apparaît lors de la manifestation du 12 mai à Béziers indique (graphie non corrigée) : « Abeire tant de boun bi et pas pourré mangea dé pan » (Avoir tant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain).
A Bizanet, encore dans l’Aude, le mot d’ordre est : « Nos farén créba la pèl mais salbaren lo bi naturel » (nous nous ferons crever la peau mais nous sauverons le vin naturel).
A Lansargues on affiche « Perqué tant sucra lo bi quand los impots son tant salats » (Pourquoi tant sucrer le vin quand les impôts sont si salés).
A Mèze on est menaçant : « Cal refaïre la lei o demargan lo mantché » (il faut refaire la loi ou nous enlevons le manche).
Il en est de même à Vendres : « La triquo se preparo » (la trique se prépare).
On est encore dans ce registre à Paulhan : « Fraudaïres tremblas de poù devan le troupelada que manja de la vaca enrajada » (Fraudeurs, tremblez de peur devant la multitude qui mange de la vache enragée).
A Quarante l’ampleur de la crise s’exprime dans un « De misero n’aben prou » (de la misère nous en avons assez).
Ceux de Margon s'attendent à une forte participation à la manifestation prévue à Montpellier le 9 juin : « A Mounpellié se res chanja pas la farandola sera longa » (A Montpellier si rien ne change la farandole sera longue).
A Nizas on joue sur le nom de la localité : « Nizan pas, perque nisa quand poden pas nourri la nisada » (Nous ne nichons pas, pourquoi nicher quand on ne peut pas nourrir la nichée).
Lors des manifestations viticoles de 1954 l’occitan était encore employé. Ainsi cette pancarte qui faisait référence à Clemenceau et à Laniel le Président du Conseil du moment : « Avèm agut lo tigre aurem l’Anhèl » (Nous avons eu le Tigre, nous aurons l’Agneau).

Conférence sur le nom de Marianne

Posté le 09.02.2007 par cessenon
En liaison avec l'histoire du nom de Marianne donné à la République je mets en ligne un article rend compte d'une conférence sur le sujet présentée par Christian Laux.

C’était l’affluence ce jeudi 21 octobre dans le hall du CIRDOC de Béziers. Une cérémonie et un vin d’honneur avaient été prévus pour, dans le cadre des journées gavaches, fêter le don, au Centre de Documentation Occitane, de la bibliothèque que Madame Dijol-Couderc avait hérité de son père et de son oncle.
C’est aux accents de la musique jouée par deux instrumentistes de l’Art à Tatouille que le public était accueilli et qu’a été pris le verre de l’amitié.
Tour à tour se succéderont au micro : M. Mallet, le Directeur du CIRDOC, M. Niel, Adjoint à la culture, Mme Dijol, M. Molinier et M. Couderc, le Maire de Béziers.
Ce sera l’occasion pour Claude Molinier de présenter le programme du Cercle Occitan de Béziers pour l’An 2000. C’est un programme résolument féministe qui est proposé. Mais nous reviendrons ultérieurement sur son contenu. Pour l’heure il suffit de savoir que le thème en sera « La femme, source de civilisation ». Les chanteurs, conteurs ou conférenciers seront... des chanteuses, des conteuses et des conférencières. Toutefois pour ce qui est des acteurs des pièces de théâtres qui seront jouées l’exclusivité féminine ne sera pas la règle.
Une conférence sur l’origine du nom de Marianne, donné à la République, a été faite ensuite par Christian LAUX dans une salle attenante. Nous avions déjà eu l’occasion de traiter de ce sujet dans nos colonnes (La MARSEILLAISE du 22/06/97). Quant au conférencier il devrait commencer à être connu de nos lecteurs car nous avons parlé de lui et de ses ouvrages à plusieurs reprises.
Rappelons cependant qu’il est originaire de Lugné, sur la commune de Cessenon, qu’il vit à Albi où il a été professeur de physique, et que c’est un occitaniste érudit (il est l’auteur d’un dictionnaire FRANÇAIS / OCCITAN qui est appelé à faire autorité).
Pour les historiens et pour Christian LAUX l’origine occitane du nom de Marianne ne fait aucun doute. Un document reproduisant les paroles d’une chanson écrite en Occitan, en octobre 1792, soit quelques jours après la proclamation de la République, par un certain Guillaume Lavabre en fait foi.
Le texte de la chanson, intitulée « La Garisou de Marianno » a été projeté et analysé, sous son aspect linguistique et historique, par le conférencier. L’emploi de l’article « le » au lieu du « lo » confirme l’origine de l’auteur, né à Puylaurens le 2 mai 1756. La référence à Kellerman, l’un des vainqueurs de la bataille de Valmy gagnée le 20 septembre 1792, ou à d’autres personnages contemporains célèbres, ainsi qu’à des événements qui viennent de se produire, est explicite.
Christian LAUX n’a pas craint de nous en chanter un large morceau, sur l’air de « Réjouissances après la victoire », un air que l’on trouve sur un disque de Marc Ogeret qui est un répertoire des chansons de la Révolution Française.
Il a donné quelques précisions sur Guillaume Lavabre. Bien que protestant, on a retrouvé trace de sa naissance sur un registre d’état civil. Il était cordonnier de son état. Une profession très largement répandue à cette époque, pas du tout méprisée. Elle avait même une importance stratégique puisque les cordonniers pouvaient être requis par l’armée pour la fabrication de chaussures. Par ailleurs, à l’image de la forge des maréchaux-ferrants, l’échoppe du cordonnier était un lieu de rassemblement, source d’information et centre de discussion.
Christian LAUX a également présenté une carte de France montrant, par régions, l’importance de différents prénoms utilisés sous la Révolution. Pour la nôtre l’emploi de Marianne est évident.
Le coup d’état du 18 Brumaire 1799 a mis un coup d’arrêt aux représentations de la Liberté ou de la République. 1848 verra le retour provisoire de celle-ci mais ce n’est qu’après les élections de 1876 qu’elle sera véritablement acceptée. Christian LAUX a souligné l’attachement des départements méridionaux à la Révolution et à la République (à Béziers l’opposition au coup d’état du 2 décembre 1851 de Napoléon III en témoigne). Dans l’Hérault et l’Aude on a vu plus qu’ailleurs des statues de Marianne, certaines « sages », d’autres moins, érigées par les municipalités. Dans notre département les plus anciennes, celles de Marseillan et de Puéchabon, datent de 1878.
Le rôle de la communauté protestante qui, pour raison de liberté de conscience, avait des intérêts particuliers au triomphe de la Révolution a également été reconnu.
Un excellent moment que cette conférence, faite avec la simplicité qui caractérise Christian LAUX et plus généralement sans doute tous ceux qui ont la maîtrise de leur sujet.

De l'origne du nom Marianne donné à la République

Posté le 04.02.2007 par cessenon
L’histoire nous en est contée dans une plaquette signée Christian LAUX, un auteur dont nous avons déjà parlé dans les colonnes de LA MARSEILLAISE à propos de ses livres, « La Coa de la Cabra » d’abord, « GARRIGUENC » ensuite, et Paul HORMIERE.
« Marie-Anne était un prénom banal, répandu dans les classes populaires... Marie est la mère du Christ et Anne la mère de Marie ». C’est une chanson de Guillaume LAVABRE, un protestant né à PUYLAURENS le 2 Mai 1756, écrite en 1792, c’est à dire en l’An I de la République, qui est à l’origine du nom de « MARIANNE ».
Le texte est en Occitan et a pour titre « La garisou de Marianno », c’est à dire « La guérison de Marianne ». Elle se chantait sur l’air des « Deux petits Savoyards » une musique qui avait déjà été utilisée, lors de la prise de LA BASTILLE, pour la chanson patriotique « Réjouissance après la victoire ».
Avec l’Abolition de la Royauté, le 21 Septembre 1792, sur proposition de l’Abbé GREGOIRE, une allégorie féminine est adoptée pour représenter la Liberté puis la République. A l’occasion de la nouvelle d’une victoire on fait la fête devant les statues qui les représentent.
Puis, vicissitudes de l’Histoire, « sur les places publiques, Napoléon remplace l’effigie de la République. Le décor change, les chansons aussi » Après la Restauration, « Guillaume LAVABRE chante, mais en Français et pour la monarchie ». En 1830, avec la Monarchie de Juillet, « le symbolisme officiel reprend la Femme-Liberté, mais sans bonnet (phrygien ?) ».
«Tout va se précipiter à partir de 1848... les symboles vont changer, Marianne va ressortir ». A LABASTIDE-ROUAIROUX on plante des arbres de la Liberté « Les catholiques le plantèrent sans emblème, les protestants le firent peindre aux couleurs nationales et le surmontèrent d’un bonnet phrygien » dit un rapport du sous-préfet de CASTRES.
Avec « l’évolution vers le pouvoir personnel et l’Empire... l’image de la République va passer dans l’opposition et Marianne y puisera un regain vigoureux ». Après le coup d’Etat du 2 Décembre 1851, « nous allons voir Marianne passer dans la clandestinité ».
Elle est à nouveau légitimée avec le désastre de SEDAN, et la déchéance de Napoléon III, proclamée par le Corps Législatif, à PARIS le 4 Septembre 1870. « Dans l’AUDE les mobiles chantent :

Boulen la Marianno
la boulen, mais l’ourem
Gambetta lou borgne
sara lou presiden »

Mais si « on érige... des monuments », « Dans l’HERAULT, grand débat au conseil général où la droite refuse le bonnet phrygien... c’était la République sans l’être. Le mot République était banni des actes officiels. On fit enlever des édifices publics tout insigne républicain. Marianne dut à nouveau se cacher ».
Aux élections de « 1876 : la République triomphe. PARIS se dote d’une place de la République et de statues », « La province est en avance sur PARIS. Si l’on en juge par les réalisations, le c½ur de l’Occitanie rouge est dans l’HERAULT : MARSEILLAN et PUECHABON 1878, ANIANE 1879 à 1881... Celle de PUISSERGUIER (1885), très expressive porte au bras droit l’inscription "Droits de l’Homme". Elle est signée CAPELLARO. Celle de MAUREILHAN, sans date, est du type des "Mariannes sages". A BEZIERS, place de la Révolution, se trouve la colonne surmontée d’une Marianne, que la ville a fait élever en 1907 en mémoire de Casimir PERET et des proscrits de 1851 ».
Pour les auteurs « la consécration pour notre Marianne au bonnet phrygien ce sera le timbre poste. C’est à partir de 1900 qu’elle va être imprimée sur ces figurines ». Il faut aussi ajouter ce commentaire amer de nos Occitanistes : « Marianne est née dans les milieux populaires Occitans mais les instances officielles se refuseront à légitimer la langue qui l’a portée. La politique linguistique de la Révolution a été, avec l’Abbé GREGOIRE et BARRERE, de faire la guerre aux patois ». Mais bien sûr ceci est déjà un autre débat.

Retour sur le Sac de Béziers

Posté le 23.11.2006 par cessenon
Une page de la chanson de la Croisade

Lors du colloque « Béziers ville occitane ? » nous avons écouté avec beaucoup d'intérêt la communication de Michel Roquebert sur le Sac de Béziers le 22 juillet 1209. Comme l'avait annoncé le conférencier nous avions déjà entendu le récit de cet événement dramatique et il n'y a pas eu vraiment de révélation. Toutefois il y a eu des précisions nouvelles, des détails éclairants qui ont été donnés.
Michel Roquebert a repris et analysé les textes à la disposition des historiens. Parmi eux figurent le rapport que les légats pontificaux envoient au Pape Innocent III quelques semaines après lo gran masèl ainsi que la canson de la Crosada écrite plusieurs années plus tard par Guilhèm de Tudèla pour la première partie et par un anonyme pour la seconde. De même a été cité Césaire de Heisterbach, moine cistercien vivant près de Bonn qui a rapporté la célèbre phrase « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra le siens ». En fait la phrase originelle serait « Massacrez-les, car le seigneur connaît les siens. »
Le conférencier s'interroge sur l'importance du catharisme à Béziers. L'évêque de la ville a dressé une liste de 222 noms de cathares. Mais on ne sait pas s'il s'agit de membres du clergé, auquel cas Béziers serait véritablement infesté, ou si ce ne sont que de simples croyants. Dans cette hypothèse l'importance numérique du catharisme serait faible dans une ville qui compte alors une dizaine de milliers d'habitants.
Ce qu’on sait par contre c'est que Domingo de Guzmán, le futur Saint Dominique, séjourne deux semaines à Béziers pour prêcher contre les hérétiques. A deux pas de là, à Servian, le seigneur du lieu, accueille et protège des Parfaits qui ont d'ailleurs créé une école. Il ne résiste pas toutefois à l'armée des Croisées qui a fait un détour et s'est présentée devant les murs de son château.
Le conférencier examine aussi la position des consuls qui déclarent « Nous préférons être noyés dans la mer salée plutôt que de livrer nos concitoyens ». A noter leur refus de voir disparaître leurs prérogatives de consuls, une institution méridionale à laquelle ils sont attachés, et leur volonté de gouverner la ville comme ils l'entendent.
Michel Roquebert développe longuement ce que sont les ribauds, qu'il désigne aussi sous le vocable de « routiers », qui jouent un rôle essentiel dans la prise de Béziers. Indispensables dans l'armée ils ne sont pas contrôlables et sont difficilement congédiables à la fin des opérations militaires !
Ce qui apparaît comme un élément nouveau dans le propos de l'historien c'est le caractère prémédité du massacre qui va avoir lieu. Pour lui ce ne sont pas les circonstances qui y conduisent mais le choix de faire un exemple traumatisant. Cela ne sera pas sans effet, les châteaux des villages environnants se rendent sans résistance, leurs occupants fuyant vers la montagne.
Autre interrogation : la célèbre phrase d’Arnaud Amaury a-t-elle été prononcée ? Psychologiquement, vu le contexte, elle pouvait l'être. Matériellement aussi, par exemple au cours de la délibération qui avait pour sujet : « Comment sauvegarder les catholiques lors de la prise de la ville ? »
On le sait le massacre des habitants s'accompagne de l'incendie des maisons. Finalement le butin escompté, et nécessaire, ne serait-ce que pour payer la solde des mercenaires, échappe aux chefs de guerre. De ce point de vue la prise de Béziers est un échec ! Encore une vision que nous n'avions pas !

Le théâtre des Caritats

Posté le 21.11.2006 par cessenon
L’affiche de l’édition 2005 des fêtes des Caritats

Tel était le sujet de la troisième communication faite samedi matin à l'Antenne Universitaire de Béziers par Philippe Gardy dans le cadre du colloque « Béziers ville occitane ? »
Il faut d'abord parler de la fête des Caritats qui a lieu à l'Ascension. Une fête chrétienne qui intègre l'héritage de fêtes païennes plus anciennes. Le peuple, notables, corporations, indigents, y participe cependant que le consulat finance. L'Eglise bénit la fête, laquelle trouve une connotation charitable avec la distribution de pains et de « coques » aux plus démunis.
Philippe Gardy met en avant l'importance de trois « personnages » : Pépézuc dont la signification reste controversée (a-t-il été le défenseur de la ville contre les Anglais lors de la guerre de Cent Ans ?), la galère (eh oui, ce n'est pas vraiment un personnage !) et le chameau. Tiens Philippe Gardy nous apprend que l'existence de la statue de Pépézuc est attestée dès le XIV° siècle. Le chameau serait une création des Biterrois en réponse au poulain de Pézenas et à l'âne de Gignac. On le relie à la venue en terre Biterroise de Saint Aphrodise dont à vrai dire on ne sait pas grand-chose. Dans tous les cas on rassemble et unifie les traditions, les légendes ou les mythes qui se sont perpétués pendant des siècles. On apprend aussi que les combats joués autour de la galère pouvaient provoquer rixes et accidents.
Le théâtre qui se joue au moment des fêtes des Caritats nous est connu par les textes qui nous sont parvenus, grâce en particulier à Jean Martel qui exerce son état d'imprimeur au milieu du XVII° siècle. 24 pièces créées de 1615 à 1657 ont ainsi été conservées.
Les sujets traités sont divers et vont de l'histoire à la boutade en passant par la pastorale. Certaines comme « Le jugement de Pâris » ou « Le discours funèbre de l'ambassadeur de Pépézuc » sont inclassables. Parmi les auteurs on relève les noms de Bonet, Cléric, Martin…
Le conférencier distingue deux périodes dans le théâtre des Caritats. Dans la première l'occitan alterne avec le français. Dans la seconde les auteurs emploient exclusivement l’'ccitan mais la langue s'est déjà francisée.
On joue sur des chariots qui s'installent devant l'hôtel de ville, le public étant en quelque sorte de plain-pied avec les acteurs.
L'importance du théâtre à Béziers est à mettre en relation avec son développement à cette époque au plan national et dans le Bas Languedoc, toutefois il trouve ici une place tout à fait originale, unique même ne craint pas d'avancer Philippe Gardy.
On sait que la première du « Dépit amoureux » de Molière a lieu dans notre ville en 1657. Il n'est pas exclu que son auteur se soit inspiré du théâtre des Caritats pour certaines de ses oeuvres. Les spécialistes voient une transposition de « La boutade des modes » dans « L'Ecole des maris ».
Le conférencier regrette que l'étude sur le théâtre des Caritats, entreprise dans les années 1970, se soit arrêtée au début des années 80 et que depuis cette date rien de nouveau n'ait été produit. Mais peut-être qu'une suite verra le jour ?

D'où vient le nom de Gavach

Posté le 13.09.2006 par cessenon
C’était à BEZIERS, le week-end dernier, la « Fête Gavache ». On sait que le mot « Gavach » désigne, pour les habitants du Biterrois, une personne vivant dans la montagne voisine ou en étant originaire. Le Gavach s’oppose ainsi au Paisbassol, qui lui est du « pays bas ». Mais, ce n’est pas un secret, c’est avec des Gavaches qu’on a fait des Paibassols. En effet beaucoup de patronymes que l’on rencontre vers le littoral, CROS par exemple, sont des noms issus de la Montagne Noire ou de ses environs.
On dit qu’il suffisait d’un brin de laine pour faire descendre une gavache de la montagne vers la plaine, « le bon pays » comme on l’appelle en LOZERE. Il aurait par contre fallu une corde très solide pour l’y faire remonter.
Selon un document, publié dans le bulletin municipal d’ALBI et qui m’a été communiqué par Christian LAUX, le mot « gavach » serait d’origine préceltique et signifierait « gorge, goitre ». En espagnol le mot « gabach » a un sens péjoratif et désigne un habitant des Pyrénées françaises. En Catalan « Gavatx » signifie « Languedocien ». Pour les Provençaux « los gavòts » sont « los montanhòls dels Alps». De là vient le nom de la danse appelée « gavotte ». Le mot « gavach » est connu de Rabelais qui, en 1546, l’écrit « guasvasche ».
J’ajoute qu’en CEVENNES on distingue « los gavòts », qui vivent sur le Mont LOZERE ou au nord de celui-ci, et « los raiols » qui sont plus au sud et plus bas, dans les Cévennes du schiste et du châtaignier. J’ai une autre version de l’origine du mot « gavach ». Je la livre : il serait dû au nom de la tribu gauloise des « Gabales », clients des Arvernes, qui occupaient l’actuel GEVAUDAN dont la capitale était Javols.
Le racisme et la xénophobie ne datent pas d’aujourd’hui. L’expression « travailler comme un gavach », plus tard remplacée par « travailler comme un Espagnol », longtemps employée dans le monde viticole, est à ce sujet significative.

Musique et chansons occitanes

Posté le 18.07.2006 par cessenon
Joanda interprétant « Lo país que vòl viure »
Photo Annie Vallée Schacke

C’était le thème de la troisième charradissa organisée par le Cercle Occitan de Béziers le dimanche 16 juillet au cloître Saint Aphrodise où s’étaient regroupés cette année les militants de la cause occitane.
C’est une assistance du même ordre de grandeur que celle du vendredi qui a participé au débat. Il a été en quelque sorte introduit par deux chansons interprétées par La Sauze et Joanda. Deux registres différents : le premier a mis en musique un texte sur les feux de l’été, le second plus intimiste a fait part de son état d’âme devant une femme qui rêve. On notait la présence dans le public du chanteur Patric.
Claude Molinier, qui animait la causerie, a ensuite donné la parole à René Zerby lequel a raconté la saga de la maison d’édition de disques Ventadorn.
On retrouve avec la musique et la chanson occitanes un peu les mêmes problèmes que ceux rencontrés avec le théâtre occitan, liés à la situation socio-économique de l’aire d’expression occitane.
On assiste à une uniformisation planétaire du modèle musical et la part de l’occitan à la radio, à la télévision, moyens par excellence de communication, s’en trouve réduite à la portion congrue.
Pourtant, et nos deux interprètes en étaient l’illustration, il continue à y avoir de la création dans le registre artistique occitan.
On notera qu’une revendication exprimée en occitan, peut-être parce qu’elle est représentative de toute une région, prend plus de poids. On peut citer à ce propos le combat contre l’extension du camp militaire du Larzac. Dans son livre « Garriguenc » Christian Laux savoure la convergence de sentiments un peu antimilitaristes avec son identité d’Occitan. « Armada defora !... et de (lo) legir en Oc (semblava) prene mai de fòrça ».
Joanda n’a pas voulu nous laisser sur une note pessimiste et nous avons apprécié qu’il ait choisi de nous offrir la chanson de Claude Marti « Lo país que vòl viure » pour clore la charradissa.

Théâtre et occitan

Posté le 15.07.2006 par cessenon
C’est légitimement qu’on peut s’interroger : quel est le rapport entre la Festa d’Oc et l’Occitanie ? Ou, autre façon de poser la question, qu’ont à voir les occitanistes avec la Festa d’Oc ? C’est en tout cas ce qui était sous-jacent lors de la première charradissa qui s’est tenue vendredi 14 juillet dans le cloître de Saint Aphrodise.
Là, excentré par rapport aux diverses manifestations de la Festa d’Oc, pas du tout fléché ni indiqué, s’étaient regroupés les militants de la cause occitane et, pour être franc, ils n’étaient pas très nombreux à participer à la causerie sur le théâtre et la langue occitane, moins d’une trentaine.
Ceci étant, on a débattu. Débattu de ce que pouvait apporter le théâtre à l’occitan, plus sans doute que de ce que l’occitan avait apporté au théâtre ! Eh oui, nous ne sommes pas en position de force !
Les difficultés ? Elles sont d’abord financières. Quand les professionnels du spectacle proposent une production en occitan cela semble une gageure ! Ce n’est vraiment pas porteur dans le monde du business ! On peut ajouter aussi que l’accent est un handicap, sauf bien sûr pour les rôles de bouffon.
Plus que de langue il a été question de culture et d’identité. Peu de gens peuvent prétendre aujourd’hui que l’occitan a été leur langue maternelle. Par contre nombreux sont ceux qui ont connu un biais de viure, particulièrement en milieu rural, qui compte beaucoup dans leur histoire et la formation de leur personnalité.
On sait aussi que l’occitan avait perdu depuis longtemps son statut de langue écrite. Et ce n’est pas évident de combler le retard accumulé au cours des siècles !
Reste encore que le théâtre occitan, et il a été expressément cité le Théâtre de la Carriera, a joué un rôle de premier plan dans la défense non pas tant de la langue occitane que des petites gens d’Occitanie. Là le barrage de la langue n’a jamais été un obstacle.
C’est qu’un Claude Alranq par exemple avait su exploiter ce registre pour développer les problèmes socio-économiques qui depuis des décennies ont atteint l’aire du parler occitan. Bien sûr les Occitans ne sont pas les seuls à souffrir d’une crise qui dure et qui s’approfondit mais elle les touche de manière spécifique.
Ancré en Biterrois dans un milieu viticole en plein délitement, l’occitanisme a besoin de plus que de musique ou de spectacle, fussent-ils de qualité extraordinaire, pour reconquérir sa place et enrichir notre monde d’un apport original. Continuer à appauvrir cet apport dans une uniformisation planétaire, c’est se priver des éléments précieux d’une diversité qui serait bénéfique pour tous.
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