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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Patrimoine

La capeleta aujourd'hui

Posté le 28.06.2006 par cessenon
Photo Colette Dumas

Dans l’édition du dimanche 21 mai 2000, L’HERAULT du Jour faisait état d’un chantier de sauvegarde d’une petite chapelle, « La Capeleta », sur la commune de Cessenon.
Les travaux sont terminés et, en lieu et place du blockhaus que l’on pouvait voir en bordure de la D 14, sur la droite, à quelques centaines de mètres avant d’arriver au village, c’est à présent un bâtiment en partie restauré qui attire le regard.
Sainte Anne, puisque c’est le nom de « La Capeleta », a retrouvé sa physionomie d’édifice religieux. La croix que l’on a placée à l’occasion de cette rénovation devant ce qui reste du chœur n’est pas celle que nous connaissions. Il faut dire que nous n’avons rien perdu au change, l’ancienne était en ciment alors que la nouvelle, récupérée, avec l’accord du conseil paroissial, du côté de Lugné, est en pierre. Elle est fichée sur une meule de moulin et sur celle-ci on a incrusté une coquille Saint Jacques.
C’est que Cessenon était sur un des Chemins de Saint Jacques de Compostelle. Il existe d’ailleurs, dans la rue du Barry d’Orb, une maison identifiée comme ayant été une maison jacquaire, c’est à dire une manière d’auberge permettant aux pèlerins de faire étape au cours de leur pérégrination.
On sait également que « Le saut du Chien », petite cascade du ruisseau de Font Gaillarde, entre Cazedarnes et Fontcaude, était un passage possible pour les pèlerins qui ralliaient la riche Abbaye des Prémontrés.
Vers l’est, à l’arrière de la photo, prise par Colette Dumas, on aperçoit le pech de Pecan. « Pecan, lo viel Pecan on poncha lo solelh » avait écrit, dans un de ses poèmes en langue d’Oc, le père de l’auteur de ces lignes.
Un des pylônes de la ligne à haute tension, du 400 000 volts, qui permet de transporter de l’énergie électrique en Espagne, y a été planté. S’il est à peine visible sur la photo, comme tous ceux de la ligne, il ne passe pas inaperçu quand on circule dans son voisinage et dégrade vraiment le paysage.



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Maison médiévale

Posté le 28.06.2006 par cessenon
Photo Stéphanie Schwartz

La maison ci-dessus se trouve à Cessenon, Route de Saint-Chinian (actuellement Avenue Raoul Bayou.) Elle a été rachetée par la commune il y a quelques années et entièrement refaite de l’extérieur et de l’intérieur.
C’est une maison certainement très ancienne avec, ce qui était souvent le cas au Moyen Age, une avancée sur la rue de la partie supérieure de la façade. Elle était d’ailleurs citée aux écoliers de Cessenon comme exemple de maison médiévale.
Elle n’était plus habitée depuis déjà longtemps, une des dernières occupantes était une dame âgée, Marie Peytavi, que l’on appelait Marie Sabier car son père avait pour prénom Xavier et qu’elle était donc « Marie de Xavier », de même que son frère était surnommé Jules Sabier. Une personne peu amène, handicapée par la nature – elle claudiquait – et n’avait sans doute guère de revenu.
Un certain Gilles Vast m'a signalé que sa famille a occupé cette maison il y a plus de vingt ans. Sans doute donc après "La Marie Sabier".
Il n’y a pas, et c’est fort dommage, de trace écrite concernant la construction ou l’histoire de cette maison. Elle comporte trois niveaux avec une seule pièce à chacun d’eux, un escalier étroit desservant l’ensemble. Ce qui est inhabituel pour la région c’est que c’était une maison à colombage, celui-ci, fort endommagé, est apparu quand la façade a été décrépie. Particularité aussi, l’espace entre les éléments de l’ossature en bois était rempli d’un mélange de chaux et de briques pilées qui lui donnait une teinte que l’on a pu reconstituer avec des matériaux modernes. Une teinte qui ne manque pas de surprendre dans l’environnement !
Les pièces de bois ont été remplacées à l’identique et les clous récupérés et replantés au même endroit. L’intérieur a été refait par M. Thierry Collot, un architecte récemment installé au village. Un contrat a été passé entre la Mairie et celui-ci, ce dernier ayant pour un temps la jouissance des locaux qu’il entend utiliser comme Galerie d’Art. Dans le cahier des charges figure l’obligation d’accueillir les expositions de peintures des adhérents du Foyer Rural.
Les chenaux ont été réalisés en terre vernissée ainsi que cela se faisait autrefois. L’ensemble est assez insolite et mérite sinon un détour du moins un arrêt quand on passe par-là.

La Liberté éclairant Lugné

Posté le 28.06.2006 par cessenon
Photo Colette Dumas


Cette réplique de « La Liberté éclairant le monde » se trouve à Lugné, un hameau de la commune de Cessenon. Elle a été réalisée dans une espèce de résine (l’original est constitué de plaques de cuivre, l’armature en fer ayant été exécutée par Gustave Eiffel) par le Musée Bartholdi de Colmar, la ville où est né le sculpteur dont l’œuvre la plus connue est sans doute la statue de New York.
Comment se trouve-t-elle ici ? En 1987, soit aux alentours du centenaire de l’érection du célèbre monument, des travaux de réfection de celui-ci avaient été entrepris et leur inauguration avait été l’occasion de fêtes dans la grande métropole des Etats-Unis. Une croisière avait été organisée et le paquebot de luxe, « Le Maxim’s des Mers », qui y amenait des personnalités illustres du show-business (Elisabeth Taylor notamment), avait été orné, à la proue, de la statue qui est aujourd’hui à Lugné. La compagnie qui avait organisé ladite croisière convoyait par ailleurs et gracieusement, le moulage, réalisé par le Musée Bartholdi de Colmar, de l’une des oreilles de l’original, sans doute endommagée par le temps.
Quel rapport avec Lugné ? Il se trouve que le commandant du paquebot en question, Albert Abélanet (un personnage un peu hors normes), est originaire de ce hameau où il est aujourd’hui retiré. Mais voyons la suite.
Après que ce voyage à New York se fut achevé, la réplique de la statue de la Liberté continua un temps à figurer à la proue du paquebot qui poursuivait ses croisières sous d’autres cieux. M. Abélanet, toujours commandant du navire, demanda à la compagnie que soit déposée l’encombrante figure de proue. Cela fut fait et l’œuvre fut entreposée dans un hangar sur la Côte d’Azur.
Bien qu’elle ne soit pas très haute, quelque 2 mètres peut-être (contre 33 pour l’original), il fallait payer pour le gardiennage de la statue. Aussi, M. Abélanet proposa à sa compagnie de vendre la reproduction. Des annonces parurent dans des journaux spécialisés mais au bout d’un an aucune mairie (c’est le genre de client que ciblait l’annonce) ne s’était portée acquéreur.
La compagnie s’était résolue à envoyer par le fond la réplique de l’œuvre d’art. M. Abélanet décida alors de récupérer l’objet. Il partit de Lugné avec sa camionnette et revint avec la statue. M. Bayou, alors Maire de la commune, aurait souhaité que celle-ci soit placée à Cessenon même. Mais M. Abélanet a estimé que sa place était à Lugné.
On envisagea un moment de la percher sur une hauteur, au-dessus de la route de Roquebrun, afin qu’elle soit visible de loin. Mais l’installer là aurait sûrement occasionné des frais. Finalement la ville fournit le socle, un pilier de l’ancien pont sur l’Orb que la crue de 1931 avait emporté, et M. Martin céda un bout de terrain.
L’œuvre de Bartholdi se trouve donc aujourd’hui, devant des micocouliers centenaires, à côté de la petite place de Lugné et, même si les pointes du diadème sont cassées, elle a fière allure. En tout cas il est tout à fait insolite de découvrir là… pour ainsi dire le double de l’entrée du port de New York.

Un panorama singulier

Posté le 03.08.2006 par cessenon
Chacun aura reconnu dans la photo qui illustre l’article le célèbre étang de Montady. C’est un paysage particulièrement pittoresque qui, depuis l’oppidum d’Ensérune, s’offre à la vue du visiteur. Je ne manque pas d’y amener les amis que je reçois chez moi et je dois dire qu’ils sont tous fascinés par ce site exceptionnel.
C’est l’activité de l’Homme qui a façonné le décor de manière à le rendre quasiment géométrique. Le résultat c’est un immense disque, légèrement concave, compartimenté en secteurs, les « pointes », par une dizaine de rayons, qui se présente au regard. Vers le centre de la cuvette, un cercle, le redondel, délimite un disque qui lui n’est pas aussi finement divisé.
A l’origine c’est la combinaison de périodes de gel et dégel jointe à l’action du vent qui, suivant un processus d’érosion qualifié d’hydroéolien, a créé la dépression qu’une eau saumâtre a longtemps remplie.
Jusque vers la moitié du siècle dernier on a cru que l’assèchement de l’étang avait été l’½uvre des Romains qui ont occupé la région dès la fin du IIème siècle avant notre ère. C’est l’abbé Gineis, l’inventeur du site d’Ensérune, qui a découvert dans les archives d’un de ses paroissiens, lequel avait été pendant plusieurs années syndic des propriétaires de l’étang, la Charte constitutive de cette réalisation d’importance.
Cette Charte, évidemment rédigée en latin, date du 13 février 1247. Elle a été accordée par Monseigneur Guillaume de Broue, natif de Puissalicon, ancien Abbé de Saint-Aphrodise à Béziers et Archevêque de Narbonne depuis 1245. Elle autorise trois seigneurs des environs de Montady et un notaire de Béziers à entreprendre les travaux de dessèchement de l’étang. En fait l’Archevêque consent à ce que les eaux soient déversées dans l’étang de Poilhes, qui communique avec celui de Capestang dont il est propriétaire.
Bien que ce ne soient pas eux qui l’aient réalisé, c’est un travail de Romains qui est entrepris. Il durera jusqu’en 1270. 80 km de fossés sont creusés sur une surface de plus de 420 ha, les trois principaux étant appelés maires (prononcer maïre). Le plus difficile sera le percement de la galerie d’évacuation qui traverse, au Malpas, la colline d’Ensérune sur une longueur de plus de 1300 m. On notera que cette galerie est située à la verticale de la Voie Domitienne. Plus tard, c’est entre les deux niveaux que Paul Riquet fera passer son canal, cependant que le tunnel de la voie de chemin de fer se situera entre le canal et l’exutoire.
L’assèchement de l’étang répond à trois besoins : lutte contre l’insalubrité, dégagement de terres cultivables, installation de moulins. La Charte indique en effet que des moulins pourront être construits sur la rigole de fuite. La Charte précise d’ailleurs que pour chaque moulin il sera perçu une taxe de quatre ou trois setiers de blé selon que le moulin sera à deux roues ou à une seule.
La création de cet espace économique original s’est accompagnée de celle d’un des premiers syndicats agricoles. C’est que l’entretien des fossés et du canal d’évacuation exigeait, exige toujours (et cela fait problème pour la maintenance du dessin d’un parcellaire si parfait), des dépenses importantes induisant une gestion rigoureuse.
Il faut signaler qu’au moment de la crise du phylloxéra la cuvette de l’étang de Montady a été entièrement plantée en vignes. La possibilité d’immerger les terres pendant quarante jours, à l’aide de l’eau du Canal du Midi, permettait en effet de lutter contre l’insecte parasite. Aujourd’hui c’est la Compagnie Nationale d’Aménagement Régional du Bas-Rhône-Languedoc qui fournit l’eau. De nouvelles cultures, fourragères (luzerne) et céréalières (maïs), des productions de légumes (tomates, oignons, asperges, melons…), alternent avec la vigne.
Les propriétaires de parcelles sont regroupés au sein du « Syndicat de Dessèchement de l’étang de Montady » qui comptait, il y a quelques années, une centaine d’adhérents lesquels s’appellent toujours « syndics », en souvenir de leurs précurseurs du Moyen-Age.

Amphoralis

Posté le 07.08.2006 par cessenon
Maquette de four avec empilement des pièces
dans le « laboratoire »

C’est le nom du musée construit en 1992 à Sallèles d’Aude sur le site de potiers gallo-romains découvert en 1968 lors de travaux agricoles. Il se trouve en bordure du Canal de Jonction qui relie le Canal du Midi à La Roubine et qui offre au regard une très belle perspective.
L’endroit réunissait les éléments nécessaires à la réalisation de céramiques : argile et eau pour la pétrir, bois pour chauffer les fours. De plus nous sommes ici à une douzaine de kilomètres de Narbonne qui, avec la conquête romaine, est un port d’importance.
On a dénombré une quinzaine de fours. Les plus anciens ont fonctionné dès avant notre ère. Mais leur plein développement est postérieur et lié à l’extension de la vigne et à l’exportation du vin.
Si les objets moulés : briques, tuiles, tuyaux de canalisation, pesons de tisserands, lampes à huile et la vaisselle commune tournée continuent à être fabriqués c’est l’amphore qui deviendra la production numéro un. Plus précisément l’amphore gauloise 4 d’une contenance d’une trentaine de litres. On en découvre des vestiges aux confins de l’Empire Romain.
Outre la quinzaine de fours, un terrier pour l’extraction de l’argile, des bassins pour la fouler, trois puits et un aqueduc ont été recensés. Ont également été repérés les emplacements des tours de potiers.
On apprend qu’une amphore est tournée en trois parties séparées, le col, le ventre, le pied, assemblées par la suite.
Avant cuisson des signes de reconnaissance peuvent être tracées d’un simple mouvement de doigt tandis que des poinçons permettent d’imprimer des lettres.
Le musée a reproduit de remarquables maquettes montrant le fonctionnement d’un four. Une galerie permettait d’atteindre l’alandier, foyer unique placé sous une sole ajourée sur laquelle étaient empilées les céramiques à cuire. La voûte du four était curieusement constituée de pots enchâssés les uns dans les autres. L’air chaud circulait verticalement depuis le bas jusqu’aux ouvertures aménagées dans la voûte et la température atteignait les 1000 ° C.
La capacité de ces fours est variable. C’est avec l’apogée de la production des amphores qu’ils atteignent les 100 m3. Le nombre d’amphores qu’ils peuvent contenir dépend aussi de la façon dont elles sont placées, allant du simple au double.
Lors de la cuisson, lorsqu’on désenfourne il y a de la casse ! Les tessons s’accumulent dans les endroits destinés à recevoir le rebut. Aujourd’hui, après avoir été répertoriés, ces tessons ont été rassemblés en piles.
Le site s’étendait sur 2,5 hectares, les logements des potiers et de leurs familles étant intégrés au complexe. Il y a eu ici pendant trois siècles une activité économique spécialisée et une population à coup sûr importante. C’est une véritable ville qui s’est construite là. Une maquette la reconstituant est également présentée.
Si les adultes sont incinérés, les nourrissons ne le sont pas et on a trouvé dans les ateliers même où travaillaient les potiers des tombes de bébés morts prématurément. Curieusement à partir de six mois la tombe renferme les mêmes vases funéraires que dans celle d’un adulte.
L’architecture du musée, due à Roland Castro et Jean-Pierre Gary est fonctionnelle. Les fouilles sont en effet couvertes d’une toiture métallique et visibles depuis des passerelles qui les surplombent.
L’ensemble mérite à coup sûr le détour ! Du 1er octobre au 30 juin le musée est ouvert au public du mardi au vendredi, de 14 h à 18 h, les samedis et dimanches de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Du 1er juillet au 30 septembre il est ouvert chaque jour, sauf le lundi, de 10 h à 12 h et de 15 h à 19 h.
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La seule île de la côte languedocienne

Posté le 10.08.2006 par cessenon
Photo Doris Distelbarth

Le lecteur aura reconnu, sur la photo qui illustre le présent article, la silhouette du Fort Brescou. Celui-ci a été construit sur la seule île, un îlot devrait-on dire puisque sa superficie n’est que de 5200 m2, de la côte languedocienne.
L’îlot est le résultat d’une éruption volcanique qui, il y a près de 750 000 ans créa aussi le Mont Saint-Loup. A cette époque la côte était un peu plus avancée dans la mer et l’île n’en était pas encore une.
Elle se trouve aujourd’hui à 1.5 km du Cap d’Agde et il faut une dizaine de minutes pour atteindre le ponton où accostent les bateaux qui conduisent les touristes visiter le fort.
Celui-ci a été d’abord un élément du dispositif de défense d’Agde et de l’arrière-pays. Erigé en 1586 sur ordre du Duc de Joyeuse, alors gouverneur du Languedoc, il fut détruit sous Louis XIII puis, à la demande de Richelieu, reconstruit en 1680 suivant les plans de Vauban.
Un système de transmission par feux permettait d’informer Cette de la présence au large de navires hostiles (pirates en particulier) De jour on brûlait du bois vert ou humide dans le fanal en basalte, de nuit on utilisait du bois sec.
Au XVIIIème siècle il devint prison d’état. On y enfermait les libertins et… les fous. L’Evêque d’Agde, qui avait le pouvoir de justice, ne finassait pas avec ceux qui troublaient l’ordre public.
La visite du fort permet de voir la guérite où se tenait la sentinelle qui surveillait la côte, puis la salle de garde faite de deux parties : en entrant à gauche pour les officiers, à droite pour les simples soldats. Au-delà un plan incliné avait permis de hisser des canons jusqu’à la plate-forme supérieure. A signaler qu’en avril les mouettes qui couvent leurs ½ufs ou nourrissent leurs oisillons sont agressives et ne permettent pas d’atteindre les remparts.
En hiver l’accès au fort n’était pas garanti. Aussi l’autonomie en vivres était assurée pour plusieurs jours par l’existence d’une boulangerie, cependant que l’eau de pluie était recueillie dans deux puits citernes.
Il y avait en moyenne une cinquantaine de prisonniers et avec les gardiens la population sur l’îlot pouvait atteindre 200 personnes. Il n’y avait pas de femme dans le fort sauf celle du cantinier. Celui-ci avait sans aucun doute beaucoup d’importance pour les prisonniers à qui les familles faisaient parvenir de l’argent pour compléter leur ordinaire.
La maison qui s’élève au-dessus du fort était le logement du commandant. Le corps de garde était un bâtiment important, les cellules des détenus débouchaient sur une cour exiguë qui était le seul lieu de promenade pour ceux qui n’avaient pas les moyens de soudoyer les gardes afin d’accéder aux remparts. Un aumônier venait épisodiquement séjourner dans le fort.
Aucune tentative d’évasion n’a jamais réussi. Les morts étaient enterrés dans l’île et certains récalcitrants étaient abandonnés dans les oubliettes.
On s’ennuyait ferme sur cet îlot et les soldats ou les prisonniers qui avaient de l’argent jouaient aux cartes ou aux dés. Les tonneaux de vin occupaient une place d’importance dans le cellier !
Le fort est resté prison jusque vers 1851 et il a servi de lieu de détention à des opposants au Coup d’Etat de Napoléon III. Des études récentes, dont nous ne connaissons pas encore les conclusions, font état de prisonniers mexicains ( ? ) qui auraient été enfermés là en 1892 / 1893.
L’été une organisation de bénévoles, CONCORDIA, s’occupe de la restauration du fort qui pour l’heure n’abrite plus qu’un phare dont la gestion est assurée par les affaires maritimes.

A propos d’une enseigne de maréchal-ferrant

Posté le 21.08.2006 par cessenon
Photo Paul Barbazange

On le sait, au Moyen Age peu de gens savaient lire. Aussi les divers artisans et commerçants annonçaient leurs activités sur une enseigne parfaitement explicite. Nous avons trouvé l’une de celles-ci, sculptée dans la pierre sur la façade d’une maison de Saint Nazaire de Ladarez. La voici ci-dessous :
A l’évidence il s’agit de l’enseigne d’un maréchal-ferrant. Un marteau et des tenailles sont au-dessus d’une enclume. Une date, 1624, est inscrite en haut de l’enseigne.
Sur la façade elle-même, deux anneaux en fer, scellés dans le mur confirment, si besoin était, que c’est bien un maréchal-ferrant qui officiait ici.
Le patron des maréchaux-ferrants est Saint Eloi et on appelle « bouquet de Saint Eloi » une enseigne formée de fers à chevaux disposés en arc de cercle. Saint Eloi est aussi le patron des orfèvres et plus généralement de tous ceux dont le métier consistait à travailler le métal.
Le Robert donne les informations suivantes sur l’étymologie du mot « maréchal » 1636 ; mareschal, XIIe; marescal, 1086, anglo-normand ; d'un ancien francique marhskalk, proprement «domestique chargé de soigner les chevaux». De fait les maréchaux-ferrants étaient un peu vétérinaires.
En occitan c’est lo marechal mais on dit aussi lo fabre, ce dernier mot étant un patronyme très répandu.
A l’origine un maréchal des logis était un sous-officier de cavalerie chargé de l’hébergement des troupes.
Ferrer un cheval est une tâche qui demande un certain savoir-faire. En Lozère les agriculteurs qui utilisaient des b½ufs ou des vaches dressés savaient les ferrer mais quand il s’agissait d’un cheval, le plus souvent une jument d’ailleurs, ils faisaient appel au professionnel de la chose.
Ferrer des b½ufs nécessitait un dispositif que l’on appelle un travail lequel permettait de tenir (et même soutenir) l’animal pendant l’opération. On emploie également un travail quand le cheval n’est pas docile ou s’il est vieux et qu’il a des difficultés à se tenir sur trois pattes.
Les Romains équipaient leurs chevaux d’hipposandales faites de plaques métalliques retenues par des lanières de cuir. Ce n’est que plus tard qu’on a commencé à ferrer les chevaux et encore il ne s’agissait que de chevaux militaires. L’équipement de fers aux sabots des chevaux a pu jouer un rôle décisif dans les civilisations qui connaissaient cette technique. On cite à ce sujet les Celtes, les Gaulois puis les Arabes à qui cette donnée conférait la supériorité dans les batailles.
A Cessenon, village viticole d’importance qui a dû compter quelque trois cents chevaux, j’ai connu quatre maréchaux-ferrants qui y exerçaient leur art. Naturellement ils ne se contentaient pas de ferrer les chevaux, ils étaient aussi forgerons et la forge était un lieu de rencontre et de discussion, particulièrement le soir ou par temps de pluie.

Controverse sur le Moulin du Roc

Posté le 22.10.2006 par cessenon
Dessin de Edgar Debove

A la suite de la parution dans l’édition du vendredi 22 juin de L’HERAULT du Jour, de l’article consacré à l’inauguration du Moulin du Roc, j’ai été contacté par M. Edgar Debove de Saint Chinian. S’il avait apprécié le ton humoristique de mon papier, il tenait à me donner une version de l’histoire du Moulin du Roc différente de celle que j’avais rapportée et que je dois à M. Claude Pinel.
Après un premier contact téléphonique j’ai été reçu chez lui en présence de M. H. Legéant qui, comme M. Debove, est Saint Chinianais de c½ur mais non d’origine. Ils m’ont remis un fascicule contenant, en abrégé, les résultats des recherches de M. Legéant sur le sujet qui fait débat. Ce fascicule comporte les photocopies des archives consultées et en regard leur « traduction » dans une écriture plus lisible.
Selon les documents, difficilement contestables, le Moulin du Roc n’a jamais été un moulin bladier. En particulier une correspondance entre la Mairie de Saint Chinian et la sous-préfecture de Saint Pons, fait état d’une vente par la commune d’une parcelle en nature de rocher à Eustache Bessières qui veut construire un moulin à broyer le plâtre.
La vente, pour une somme de 15 F, a eu lieu le 22 décembre 1851. Un problème est évoqué dans les délibérations du conseil municipal dans sa session de novembre 1851. Il s’agit de l’étendage des draps et lessives sur le site où doit se construire le moulin. Le conseil observe qu’il restera suffisamment d’espace pour cela.
Par la suite, des actes notariaux, dressés à l’occasion de ventes ou de contrat de mariage, confirment la fonction du Moulin du Roc de broyer le plâtre. En voici la chronologie.
Le moulin est vendu par Bessière à Fourés et Fieuzet le 6 avril 1857 pour 4000 F payables en 4 ans. L’acte précise qu’il s’agit d’un four à cuire le plâtre et d’un moulin à vent, pour moudre le plâtre, avec remises et hangars.
Le 26 octobre 1865 le même Bessière, fondé de pouvoir de Fourés, devenu seul propriétaire du moulin, revend l’ensemble pour 900 F à Guilhaume Négrier, fabricant de tuiles. L’acte précise qu’il s’agit d’un moulin à vent pour moudre le plâtre, entièrement délabré et abandonné depuis plusieurs années.
L’année suivante, le 24 octobre, le moulin est revendu par Négrier à Germain Fanjaud pour 1200 F. Le sieur Fanjaud se réserve de pouvoir acquérir la machine dite moulin ramasseur ainsi que la grue servant à monter le plâtre.
Dans le contrat de mariage avec Gratien Cros, de Léontine Fanjaud, fille de Germain Fanjaud, celui-ci fait donation à celle-là, outre 4 vignes et une cave, d’un moulin à plâtre avec un four à cuire le plâtre, et les remises et terrains avec tous les accessoires au tènement du Rocher et, servant à l’exploitation dudit moulin, 2 chevaux avec tous les harnais, une charrette et un tombereau estimés 2000 F.
Une facture produite par Gratien Cros, fabricant de plâtre à Saint Chinian, datée du 10 février 1884, adressée à M. Constans de Bize, concerne une livraison de sacs de plâtre gris. Son montant est de 368 F.
D’autres documents font état de carrières de gypse à Cazo et Brabet, le charroi de la matière première nécessaire à la production du plâtre occasionnant des dégâts dans les chemins vicinaux.
Le fascicule indique l’achat le 11 juin 1918 par M. Gimeno, d’une pièce de terre en herme. L’un des fils Gimeno, Manuel, en hérite en 1948. Référencée AT 171, la mairie de Saint Chinian en est acquéreur en 1999.
Un dernier point : il est bien question de poursuites judiciaires à l’encontre de M. Carcanade pour 7 fournées de plâtre mais il s’agit d’impayés, lesquels se montent à 700 F.
J’avais trouvé l’inauguration du Moulin du Roc plutôt rigolote et j’avais choisi un ton délibérément irrévérencieux pour traduire le climat. Ce que j’ai appris depuis rend l’affaire encore plus cocasse !
M. Debove, ancien artisan bijoutier, fait de très jolis dessins à la plume. La vue de Saint Chinian à l’époque médiévale qu’il a reproduite à partir des informations recueillies par M. Legéant et qui a été exposée le 16 juillet 2000 à l’occasion de la Fête du cru des AOC en témoigne.
Le dessin qu’il m’a offert et qui illustre le présent article me semble de nature à rendre compte de l’état d’esprit qui prévaut à Saint Chinian avec la controverse sur l’histoire du Moulin du Roc.

Le Moulin du Roc

Posté le 22.10.2006 par cessenon
Photo Françoise Deixonne

Les deux textes qui suivent datent de juin et juillet 2001.

Il y avait beaucoup de monde ce dimanche 17 juin, sur le coup de 11 H, pour l’inauguration du Moulin du Roc. Le vent était de la partie. Soufflant de manière modérée (le coq qui sert de girouette en frétillait de la queue), il allait permettre de faire tourner les ailes et, après sans doute plus de 150 ans d’inactivité, de moudre à nouveau du grain.
Car c’était d’un moulin bladier, c’est à dire céréalier, qu’il s’agissait. Nous tenons son histoire de M. Claude Pinel qui nous l’avait racontée lors d’une visite avec des élèves le 31 mai dernier. Il y avait beaucoup de moulins à vent dans la région : à Cébazan, à Cruzy, à Saint Jean de Minervois… Vers 1830 on se mit à importer du blé d’Ukraine et on construisit des minoteries dans les ports qui le réceptionnaient, à Nantes, à Sète… Le cours du blé s’effondra rapidement, ruinant l’activité des paysans et des meuniers de l’arrière-pays. Ainsi, pendant que le Tsar affamait son peuple, commerçants et industriels Français provoquaient la transformation de ce monde rural.
Pour M. Pinel c’est de cette période que date, avant même l’apparition des moyens de transports modernes, le développement de la viticulture méridionale. Quant au moulin, il servit de logement à un locataire qui se livrait à une toute autre activité que la transformation du grain en farine. Il fabriquait de la chaux dans un four qu’on peut encore repérer. Naturellement le toit tournant qui, man½uvré par une pièce de bois, permettait d’orienter les ailes dans la bonne direction, avait été remplacé par un simple toit en pente.
Des essais de fonctionnement d’un four à gypse pour la production de plâtre ont été voués à l’échec. C’est que le gypse commandé pour sept fournées s’est révélé de mauvaise qualité. Les traces d’un procès sont dans les archives de la Justice et celles des fournées d’un gypse argileux, inexploitable, tout autour du moulin !
Pour l’heure, pendant que l’on déploie les toiles, M. Robert Tropéano, le Maire et Conseiller Général de Saint Chinian, entouré de M. Norbert Etienne et de M. Kléber Mesquida, représentant l’assemblée départementale, s’apprête à couper le ruban tricolore.
Contrairement au dicton, on ne rentre pas dans le bâtiment comme dans un moulin. Il se forme une file d’attente à l’entrée. Déjà de la farine finement moulue tombe dans un sac. Un visiteur qui a l’air de savoir de quoi il parle explique que la farine ainsi produite peut provoquer une explosion quand elle est chaude.
On peut grimper au premier étage pour observer charpente et mécanisme. L’axe horizontal, énorme madrier, entraîne, par l’intermédiaire d’une roue dentée et d’un lanterneau, l’axe vertical qui lui-même fait tourner la meule mobile. Outils en main, les ouvriers effectuent quelques réglages.
C’est de la belle ouvrage qui a été réalisée là, tant au niveau de la maçonnerie que des boiseries. La réhabilitation de l’ensemble a coûté la bagatelle de 1,4 millions de francs (le Moulin de la Galette quoi !), 20% du financement des travaux restant à la charge de la commune. Mais enfin, mieux vaut voir un moulin qui bat des ailes qu’un moulin qui bat de l’aile ! Et les ruines du Moulin du Roc faisaient un peu désastre dans le paysage.
Des discours prononcés devant la bâtisse qui doit servir de Maison de Pays on retiendra la demande de M. Fierret, artisan maçon, concernant l’évacuation des déchets des chantiers. M. Tropéano a souligné la place du moulin réhabilité dans la mise en valeur touristique du Saint Chinianais. Deux emplois seront créés sur le site. On notera qu’il y a un meilleur rapport qualité / prix que pour ceux de BSN qui ont coûté chacun 1 million au contribuable ! Même si on ne se prend pas à rêver, comme l’a fait M. le Maire, que l’économie du secteur va avoir du vent dans les voiles après cette belle réalisation, nous n’allons pas nous battre… contre des moulins à vent ! Quant à M. Mesquida, il a suggéré que l’on construise un four pour cuire du pain avec la farine produite. Du pain, du vin (l’A.O.C. Saint Chinian bien sûr), on entrerait ainsi dans la voie d’une manière d’½cuménisme a-t-il ajouté. Si nous avions osé nous lui aurions chanté « Ton moulin, ton moulin va trop vite… ton moulin, ton moulin va trop fort » !

Extraction de gypse et production de plâtre

Posté le 24.10.2006 par cessenon
Meule supérieure, tournante, en granite gris,
du moulin à plâtre de Bravet - Cazo
Photo Claude Pinel

Bravet, Cazo ? Ce sont respectivement une « campagne » et un hameau de la commune de Saint-Chinian. Avec ses amis de l’association « Richesses du Saint-Chinianais » Claude Pinel, géologue à la retraite, a effectué des recherches sur l’extraction de gypse et la production de plâtre qui se faisaient autrefois sur sa commune. Le fruit de ces recherches est rassemblé dans une plaquette qui nous a été gracieusement remise.
Qu’est-ce donc que le gypse ? Communément c’est la pierre à plâtre, scientifiquement c’est un sulfate de calcium hydraté, de formule Ca SO4 , 2H2O. Le gypse a aussi un nom plus romantique, la pierre de Lune. L’eau séléniteuse, solution de gypse, est impropre à la cuisson des aliments et au lavage.
Oui, le gypse est soluble dans l’eau et le cratère, spectaculaire, de Cabrerolles, un moment pris pour l’impact d’une météorite, serait tout simplement dû à l’effondrement de la voûte qui recouvrait une boule de gypse qui se serait dissoute. La cave de Terra-Vinéa à Portel près de Sigean, dont on a vu récemment les affiches publicitaires, est située dans une « cathédrale de gypse », en fait une ancienne mine de pierre à plâtre.
Comme le sel gemme, le gypse est une évaporite c’est à dire qu’il résulte de l’évaporation de l’eau qui le contenait en solution. La cristallisation du gypse peut prendre diverses formes et conduire à des aspects différents : les roses des sables, l’albâtre… sont du gypse. On rencontre du gypse translucide dit fer de lance, mais sa couleur peut aller du blanc au jaune… Dans tous les cas c’est une roche tendre que l’on raie facilement.
On obtient du plâtre en chauffant le gypse à une température beaucoup plus basse que celle qui est nécessaire pour produire de la chaux : de l’ordre de 150 °C contre 1000 °C. Le gypse perd alors une partie de son eau et devient du plâtre. En hydratant celui-ci on reconstitue du gypse formé de minuscules cristaux enchevêtrés, c’est ce qui assure la prise du plâtre. A noter qu’au-delà de 200 °C on obtient un anhydrite, ou plâtre mort, qu’il est impossible de faire prendre.
Les exploitations de gypse n’étaient pas rares dans la région. Claude Pinel cite Creissan où la carrière, une des plus importantes de la région, avait une forme elliptique, Cruzy, où l’extraction du gypse était doublée d’une unité de traitement et de conditionnement d’une eau minérale riche en sulfates, Cazedarnes où existent les vestiges d’une mine qui a fermé à la fin du XIXème siècle. La maison implantée sur le site s’appelle d’ailleurs La Plâtrière et son nom occitan est La Geissièra.
On peut signaler l’exploitation de Bélandes au bord du Rieutort, sur la commune de Murviel ainsi que le gisement de gypse de Cazouls, près de la « campagne » de Thézanel, à l’origine du surnom de Testas de Gèis (Têtes de Plâtre) donné aux Cazoulins.
Claude Pinel et ses amis ont découvert, outre la carrière de Bravet - Cazo d’où était extrait le gypse, la petite usine voisine qui permettait de le transformer en plâtre. Le mot usine peut paraître excessif mais c’est bien ainsi qu’étaient désignés le four et le moulin qui permettait de broyer finement le plâtre produit. Des « banastes » métalliques, permettant le transport du gypse, des meules, le socle d’un moteur, les restes d’un pont sur le ruisseau de Cazo… ont été retrouvés et identifiés. Ces vestiges sont sur la propriété des frères et s½urs Bénézech petits-enfants de Louis Robert, leur grand-père maternel, viticulteur à Cazo.
Même si les Romains lui préféraient la chaux, le plâtre a été utilisé en maçonnerie depuis des temps anciens. Outre l’usage qu’on lui connaît à ce niveau on peut préciser qu’il entre dans la composition de certains ciments, leur conférant des propriétés particulières.
Les carrières de gypse de la région parisienne ont longtemps fourni une des matières premières nécessaires au développement de la capitale. Une utilisation originale du plâtre a été recensée dans les murs à pêches de Montreuil. Ceux-ci, faits de « tout petits moellons et plâtras maçonnés avec du plâtre » permettaient d'emmagasiner la chaleur le jour pour la restituer la nuit. La température nocturne ambiante était ainsi supérieure de 7 à 10 °C à la température hors des murs. Au pied de ceux-ci étaient plantés des pêchers taillés en espaliers. Le fruit, la pêche de Montreuil, avait acquis une grande renommée.
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