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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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27.04.2006
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Patrimoine

Un Monument aux Morts original

Posté le 01.11.2006 par cessenon
Photo Claude Fabre

Il se trouve dans le cimetière de Camplong. Il porte les noms des 24 tués lors de la guerre de 14-18. Préciser qu’avant celle-ci le village comptait 546 habitants c’est rappeler combien le monde rural a fourni un fort contingent de « chair à canon » au cours de l’horrible boucherie.
L’½uvre est due à un maçon de Camplong, Denis Bousquet, que l’on appelait Le Bousquetou. Il faut dire que c’était un homme de petite taille : 1 m 55. De petite taille mais de grand talent. Il avait construit de ses mains un aqueduc à trois arches pour conduire l’eau jusqu’à un petit lopin de terre qu’il possédait. Parmi ses sculptures il faut citer aussi le caveau familial.
Le Bousquetou devait être motivé car il avait perdu un fils à la guerre : Léon Bousquet, tué à l’ennemi le 10 octobre 1916 à Chaulnes dans la Somme. Il avait 20 ans. Le Bousquetou a, plus tard en 1944, perdu un petit-fils, fusillé par les Allemands à Lyon. Celui-ci aussi avait 20 ans !
Le Monument aux Morts de Camplong est surmonté d’un canon de 75 entouré de quatre drapeaux. Quatre poilus, leur barda sur le dos, veillent sur le socle qui écrase l’aigle impérial empalé sur un casque à pointe. Au dessous une mère agenouillée pleure ses enfants.
Un souscription publique pour l’érection du Monument avait permis de recueillir 4000 F. Le Bousquetou proposa au Maire qui avait lancé l’adjudication de réaliser l’ouvrage. Il avait posé une condition : il ne voulait pas de plan. C’est donc entièrement de ses mains et de sa tête qu’est née son ½uvre, au terme d’un travail fait d’instinct, d’intuition, de passion et de force.



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Stèle à une victime du Coup d'Etat de 1851

Posté le 04.11.2006 par cessenon
Photo Colette Dumas

Elle se trouve à Roujan, à quelque 3 km du village, tout à côté de Saint-Majan (et de son platane bicentenaire, planté pour célébrer la victoire de Marengo) sur le tènement de Lieuzergue. Elle porte l’inscription AU CITOYEN JULES ROUCAYROL VICTIME DU COUP D’ETAT DE 1852 (sic).
Qui était ce Jules Roucayrol ? Un républicain de Roujan, maçon de son état, mortellement blessé par la troupe lors des échauffourées qui ont suivi le Coup d’Etat de 1851. Il avait 20 ans et il est décédé le 17 décembre 1851 dans la maison de ses parents où il avait été amené.
En 1883 le conseil municipal de Roujan a voté un crédit de 300 F pour l’érection de cette stèle dans le vallon où Jules Roucayrol a été abattu. Celle-ci est à peu près en état toutefois l’inscription est en partie effacée et une plaque de marbre la reproduisant mériterait d’y être apposée.
En 1877, soit sept ans après la déchéance de Napoléon III, une complainte, « Le Martyr de Saint-Majan » est composée à Roujan. Elle confirme le lieu où s’est déroulé le drame.
Le tableau d’emprisonnement et de transportation dans la commune de Roujan, publié en 1870, fait état de 21 habitants emprisonnés sans transportation et de 35 emprisonnés avec transportation (sans doute en Algérie, ce qui était la généralité). Parmi ceux-ci 2 décédèrent avant leur retour.
La liste des pensionnés de l’Hérault, au titre de victime du Coup d’Etat, publiée en 1883, indique 38 bénéficiaires à Roujan, pour un montant de 21 500 F. La famille de Jules Roucayrol n’a reçu aucune indemnité, le dossier ayant été rejeté car déposé trop tardivement.

Cruzy, carte postale

Posté le 28.11.2006 par cessenon
Recto et verso d'une des quatre bannières
Elle dit en substance que le paysan mourra de faim s'il ne fait pas son devoir

Qui n’a entendu, au cours des lotos, le nommeur annoncer, lors de la sortie du numéro 40, « A costat de Crùzi » ? Pourtant Cruzy est moins important que Quarante : 850 habitants peut-être, contre 1450 environ. Cruzy est une des treize communes du canton de Saint-Chinian, tandis que Quarante est sur celui de Capestang.
Le village de Cruzy ne manque pas d’intérêt. Son église fortifiée notamment, Sainte Eulalie de Mérida, est remarquable. Devant elle le puits post médiéval mérite lui aussi le détour. On peut ajouter que le village est une circulade et évoquer le château du XIème siècle, aujourd’hui divisé en logements. Ah, ne pas oublier la maison des consuls avec sa fenêtre renaissance, le moulin (à blé ? à huile ? à plâtre ?)…
Une source d’eau minérale naturelle a été exploitée à Cruzy, au lieu-dit « La Geyssa ». Cette eau minérale aux propriétés purgatives et laxatives, était mise en bouteille sur place et expédiée dans toute la France, mais également à l'étranger, afin d'être commercialisée en pharmacie sous le nom de Richemont.
Il faut vous parler du musée. Remarquable lui aussi ! Il abrite quatre bannières datant de la révolte des gueux de 1907. En fait ces bannières étaient destinées à Limoux mais les mots d’ordre qu’elles affichaient avaient valeur universelle. Elles sont classées depuis peu monuments historiques. Elles avaient resservi lors des manifestations viticoles de 1956 et 1959. Très endommagées, elles ont été minutieusement restaurées.Il faut dire que Cruzy n’est pas très loin d’Argeliers, le village de Marcellin Albert où a débuté le mouvement de 1907 avec la création du journal « Le Tocsin ». Déjà en 1906 une importante grève des ouvriers agricoles avait eu lieu au domaine de Sérièges. C’est que, conséquence de l’extension du vignoble, elle-même consécutive à la parade trouvée au phylloxéra, il y a une crise de surproduction accompagnée de l’effondrement des cours. De 1893 à 1900 le prix de l’hectolitre de vin est passé de 40 à 16 f. Il descendra à 50 centimes. Comme toujours c’est au bas de l’échelle sociale, dans le monde des salariés, que la situation est la plus dramatique.
Cruzy est connu aussi pour les découvertes paléontologiques qui ont été faites sur le territoire de la commune. C’est en effet en 1996 qu’ont été mis à jour les restes d’un théropode (Rhabdodon priscus ?) de grande taille (9 m). Ce dinosaure à régime carnivore du crétacé supérieur serait selon le paléontologue responsable des fouilles en cette zone de la famille des abélisauridés. Plus spectaculaire : le musée présente un nid d’½ufs de dinosaures trouvé à Montouliers.
Spectaculaire encore une mâchoire et une défense de mammouth exposées dans une vitrine mais qui viennent de la Mer du Nord.
Le musée est géré par l’ACAP (Association Culturelle, Archéologique et Paléontologique de l’ouest Biterrois) dont le logo est un squelette d’Enantiornithes. Sa collection minéralogique est particulièrement riche. On peut y voir des roses de sable de l’étang de Montady. Naturellement les vestiges gallo-romains sont nombreux. Les traces d’une occupation plus ancienne remontant au néolithique, sont également présentes.
A signaler la chapelle Sainte Foy, à l’entrée du défilé de Marie Close où coule – enfin, quand il pleut ! – la Nazoure. Ancienne église paroissiale située sur le passage d’une voie gallo-romaine, ce qu’il en reste a été réhabilité.
En consultant le site informatique, fort bien fait, du musée nous avons appris que Cruzy est mentionné pour la première fois en 902 lors d’un conseil qui s’était réuni à Attilian ( ?) pour un litige avec le village voisin de Quarante.
Sur l’origine du nom de Cruzy ? Selon le dictionnaire topographique et étymologique de Frank R. Hamlin il viendrait de Crucius, qui désignait la gentilice propriétaire d’une villa gallo-romaine.

Poilhes, carte postale

Posté le 02.12.2006 par cessenon
L'orme de Sully
Photo Colette Dumas

Poilhes est un très joli village de quelque 400 habitants, sur le Canal du Midi, à 5 ou 6 km de Capestang, le chef-lieu de canton.
On y trouve les traces d'une occupation humaine dès le néolithique mais les vestiges les plus nombreux concernent l'époque gallo-romaine. Incrustée dans la façade de la maison de Mme et M. Clavel on peut voir la pierre tombale d'Eusebius, centurion romain, qui avait été enterré du côté de l'oppidum d’Ensérune lequel, au sommet de la colline Saint Loup, domine la plaine vers Narbonne et l'étang de Montady de l'autre côté.
En entrant dans Poilhes par la petite route qui relie la N 113 à la localité, vous serez accueillis par deux canons rouillés qui, au bord du canal, pointent leur gueule vers celui qui arrive. Ils auraient été pris aux Anglais lors du siège de Toulon (en 1793) au cours duquel s’illustra Bonaparte. Apportés là ils ont été figés, sans doute pour l’éternité, sur leurs socles de pierre.
Un peu plus loin, près de l'église, vous découvrirez l'orme de Sully. Planté en 1608, il a presque 400 ans aujourd'hui. Aussi son tronc est creux et on a dû maçonner l'intérieur pour qu’il ne se dégrade pas davantage. Une ceinture en métal l'enserre afin qu'il ne s’ouvre pas, cependant qu'une branche énorme repose sur un étai formé par une surélévation du mur qui le sépare de la route.
Sully ? Surintendant général sous Henri IV, puis membre du conseil de Régence après l'assassinat de celui-ci, il est resté célèbre par sa formule « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France » qui met en relief son côté terrien. Calviniste convaincu, il s'abstient toutefois de participer aux révoltes de Rohan. Sous son autorité de nombreux ormes furent plantés dans le pays.
C'est sur la place qui est autour de celui de Poilhes, devenue après la Révolution Française Place de la Liberté, que se réunissait l’assemblée communale, composée des chefs de famille, quand l'actualité le commandait et que le temps le permettait.
Au XIVème siècle l'étang de Poilhes communiquait avec celui de Capestang lequel était propriété de l'Archevêque de Narbonne. Ce dernier accepta que l'étang de Poilhes reçoive les eaux résultant de l'assèchement et de la mise en culture de l'étang de Montady.
Au milieu du XIXème des citoyens de Poilhes étaient affiliés à la société secrète qui rassemblait les Républicains de Capestang. En opposition au Coup d’Etat de Napoléon III du 2 décembre 1851, ceux-ci déposèrent le Maire et investirent l’Hôtel de Ville pendant plusieurs jours.
En 1944 on compte des jeunes de Poilhes dans l'affaire de Fonjun qui se solde par l'exécution des 18 fusillés du Champ de Mars.
D'où vient l'expression « L'averit de Pòlhas » (Christian Laux utilise la graphie avelit), littéralement « le dégourdi de Poilhes », qui désigne quelqu'un de pas très malin ? Nous l'ignorons mais nous sommes preneurs d'informations à ce sujet !

Agel, carte postale

Posté le 07.12.2006 par cessenon
La fontaine d'Agel

Agel ? C’est la première des treize communes du canton de Saint-Chinian. Enfin, par ordre alphabétique seulement ! Parce qu’au niveau population c’est tout petit : 167 habitants au dernier recensement. Ceci étant, c’est un très joli village.
Ah, l’origine du nom d’Agel ? Il viendrait du latin « agellum » ce qui signifie « petit champ » et désignerait un défrichement de l’époque gallo-romaine.
Nous sommes ici dans le Minervois, au bord de la Cesse qui arrose Agel… quand il a plu ! Et quand il pleut beaucoup, comme à l’automne 1999, la Cesse peut faire des dégâts. Cette année-là elle avait emporté le pont qui permet de se rendre sur la rive droite. Mais si le plus souvent la Cesse, comme son nom l’indique, est à sec, à 1.5 km en aval, il y a une résurgence et à partir de là la rivière coule à nouveau de manière continue. L’endroit s’appelle les « marmites » du Boulidou et l’été on s’y baigne.
Au centre du village, en bord de route, une fontaine qui daterait de l’époque romaine, délivre une eau, canalisée depuis le Pech, qui doit être bien vertueuse si on se réfère aux nombreux automobilistes qui s’arrêtent pour en faire provision. Pourtant les anciens prétendaient qu’elle rend fou !
Avec ses deux tours, l’une couverte, l’autre crénelée, le château ne manque pas de cachet. Le document le plus ancien qui le mentionne date de 1100. Mais il a été remanié en diverses circonstances. Parmi ses propriétaires on relève les noms de Guiraud de Pépieux qui s’est opposé aux Croisés de Simon de Montfort puis de Pierre et Simon de Beauxhostes qui l’achètent en 1543. Actuellement il appartient aux frères Ecal. Les maisons s’étaient construites sous sa protection, dans le dédale des ruelles tortueuses qui l’enserrent.
Naturellement à Agel, depuis longtemps déjà, on vit de la vigne. Toutefois la coopérative vinicole est à présent désaffectée, les coopérateurs apportent maintenant leur récolte à Aigues-Vives. Il n’y a plus de commerce mais boulanger, boucher, charcutier, épicier, poissonnier et même pâtissier y stationnent régulièrement. Avec sa poste et son école Agel bénéficie encore d’un minimum de services publics.
Evidemment, comme partout ailleurs, il n’y a pas non plus de curé à demeure pour desservir l’église d’Agel, laquelle avait été ruinée pendant la Guerre de Cent Ans par les Grandes Compagnies.
Autre événement lié à la guerre, en 1944, lors de la retraite des armées allemandes, une colonne de 2000 hommes a stationné pendant une nuit dans le village. Cela ne se fit pas sans dommage.
Si vous aimez randonner, deux circuits vous sont proposés : l’un, au sud, de 5.5 km, vous amènera au sommet du Pech qui domine Agel et la plaine narbonnaise, l’autre, au nord, de 8.5 km vous fera passer par Saint Hippolyte et le hameau de Cazelles. Saint Hippolyte est un domaine où ont été identifiés des vestiges de l’époque des Wisigoths. Cazelles a la particularité d’être divisé en deux parties administrativement distinctes : à l’est il dépend d’Agel, à l’ouest d’Aigues-Vives. Un grand-oncle de l’auteur de ces lignes, tué pendant la guerre de 14-18 y avait été ouvrier agricole. Il y a d’ailleurs une histoire à raconter à ce sujet mais elle fera l’objet d’un développement particulier.
Ah, nous aurions aimé vous parler de Saint-Symphorien dont la statue a été dérobée au printemps 2002 mais le site informatique (au demeurant fort bien fait !) sur lequel les renseignements utilisés pour cet article ont été pris ne donne pas d’indication sur le lieu où elle se trouvait.
Selon ces sources le Foyer Rural d’Agel semble très actif et ma foi, n’étaient-ce les problèmes économiques et sociaux qui à coup sûr ne manquent pas de toucher cette commune rurale, on sent qu’il ferait bon y vivre !

Cazouls d'Hérault, visite guidée

Posté le 09.12.2006 par Cessenon
La tour de la commanderie des Templiers


Cette visite est guidée par Claude Austruy qui est né à Cazouls d'Hérault en 1939 et qui y a toujours vécu. Il espère bien d’ailleurs y mourir, mais ceci est déjà une autre histoire.
Il y a diverses hypothèses sur l'étymologie du nom de Cazouls. L'une d'elles prétend qu'il s'agit de maisons au milieu d'oliviers (casas olius ?) Quoi qu'il en soit, Cazouls d'Hérault est une petite commune du canton de Montagnac, voisine de Pézenas et de Paulhan.
Elle compte actuellement un peu moins de 300 habitants mais elle approchait les 500 au début du XX° siècle. Comme son nom l'indique elle est au bord de l’Hérault, tout à côté du confluent de la Boyne avec le fleuve éponyme du département.
Cazouls d’Hérault est un peu à l'écart des grands axes routiers, aussi dans la demeure de Michèle et Claude, l'ancienne maison du maréchal-ferrant, on jouit d'un calme exceptionnel.
La vallée de l'Hérault constitue une plaine particulièrement fertile qui, de tout temps, a attiré les hommes. On imagine que c'était un grenier à blé. Cazouls d'Hérault est la seule commune du département sur laquelle a existé une commanderie des Templiers. On peut voir encore l'imposante tour de la commanderie.
Naturellement au XIX° siècle la vigne avait remplacé la culture des céréales et avec un encépagement en aramon « ça pissait le vin ». Aujourd'hui beaucoup de terres sont en friche, quand elle existait encore, la prime à l'arrachage a été choisie par plusieurs propriétaires.
L'Hérault apportait avec la pêche un complément de revenus à ceux qui la pratiquaient. On pêchait l'alose au filet, la lamproie à l'épervier, l'anguille au verveux ou aux cordes de fond. Le poisson se vendait essentiellement dans le village.
Sur la commune de Cazouls, au niveau du confluent de La Boyne avec l'Hérault, se trouve la station de pompage qui fournit en eau potable une vingtaine de communes. Elle puise dans la nappe alluviale d'accompagnement du fleuve. Celle-ci permettait à l'aide de « poselancas » (chadoufs), car l'eau était à une faible profondeur, l'irrigation de nombreux jardins potagers autrefois cultivés dans le secteur.
En 1982 un barrage a été construit pour améliorer l'alimentation de la station de pompage. Accessoirement il assure le fonctionnement d'une micro-centrale hydroélectrique d'une puissance de 810 kW cependant que la retenue a contribué au développement d'une importante population de sandres. Une deuxième station de pompage, Saint Mamert, située sur la commune de Plaissan, rive gauche de l'Hérault donc, constitue un secours en cas de défaillance de la station de Cazouls.
Mais le voisinage du fleuve c'est aussi le risque d'inondations. L'histoire du village est jalonnée de dates de crues qui en témoignent. La plus ancienne répertoriée remonte à 1726. La plus dramatique est celle du 13 septembre 1875 qui a fait huit morts. La construction de digues sur la rive gauche de l'Hérault, au niveau du domaine de Lavagnac, alors propriété du comte Conti de Puysigur, met en péril Cazouls. Si les réalisations de la rive gauche protègent les terres du comte, elle renvoient l'eau sur la rive droite. Fort heureusement des travaux de construction d'une digue qui viennent de s'achever de ce côté limitent les dégâts. Bien que la digue ait cédé, Cazouls ne sera pas rayé de la carte.
En 1913 une nouvelle digue, encerclant presque complètement Cazouls, remplacera l'ancienne. Une machine à vapeur permettra aussi de pomper l'eau qui s'accumule dans la dépression située entre le village et la digue. Elle est aujourd'hui remplacée par deux moteurs diesels qui continuent à jouer ce rôle.
Notre ami Claude a récupéré un document ancien fort intéressant. Il s'agit du registre de délibérations du comité de vigilance républicaine qui s'est constitué en 1904. En fait ce comité succède à un précédent qui avait vu le jour en 1890 et qui avait disparu. Il semble qu'à cette date une situation conflictuelle s'était développée à Cazouls d'Hérault entre les républicains et une municipalité jugée par eux réactionnaire. Le scrutin de ballottage pour les élections avait dû être organisé quatre fois et la mise en place du conseil s'était faite sous le contrôle de 30 gendarmes venus de Béziers. Le soutien des élus des villages voisins avait été demandé et obtenu par le maire de l'époque, un certain Julien Lagriffoul. Un article de La Dépêche rend compte de l'atmosphère.
C’est donc après les élections de mai 1904 que se met en place le comité de vigilance républicaine.
A vrai dire les délibérations dudit comité ne nous renseignent guère sur la nature des divergences avec la municipalité en place. On voit quand même que, sans doute en opposition à leurs adversaires, les républicains sont attachés à la célébration du 14 juillet 1904. Avec l'argent de la caisse du comité ils paient la musique et le feu d'artifice. Par ailleurs ils s'opposent à la retraite aux flambeaux qu'ils estiment pouvoir « être préjudiciable aux intérêts du parti républicain ».
Cette question de la retraite aux flambeaux semble avoir créé un malaise au sein du comité. En tout cas, avec la séance du 16 juillet le secrétaire a changé, dans le registre des délibérations, l'écriture n'est plus la même.
Les procès-verbaux des séances du comité, qui se réunit chez tel ou tel républicain (Bedos, Boyer, Sicard…), sans doute dans le « magasin » (au sens méridional du mot, c'est à dire dans la remise), mentionnent l'état des finances et notent les souscriptions, les dépenses engagées, même quand elles sont minimes. Ainsi le 20 mai il est écrit, suite à une correspondance adressée à MM. les Préfet, député, conseiller général : coût 0,60 F timbres-poste, reste en caisse, 29,85 – 0,60 = 29,25 F. Oui les républicains de Cazouls d’Hérault cherchent pour leur action l'appui des élus et de l'autorité préfectorale.
Dans le procès-verbal du 18 janvier 1908 on relève que « pour l'année 1907, le mandat du comité n'a pas été très fécond en actions à cause du mouvement viticole qui a arrêté toute oeuvre politique ». Le registre de délibération s'arrête à la page 23 et à la date du 28 avril de la même année. L'avoir en caisse est alors de 20,55 F.
Les élections de mai 1908 voient la victoire des républicains, Georges Sicard devient maire et le restera jusqu'en 1941.
Il y avait quelques grosses propriétés, l'une d'elles, comptait 20 chevaux et produisait environ 25 000 hl de vin. On trouve parmi les noms des gros propriétaires celui du Comte Despous, Marquis de la Roche qui Rit ! Les ouvriers agricoles étaient évidemment nombreux et leur situation n'était sans doute pas toujours très confortable. On relève cette appréciation sous la plume de Gérard Cholvy qui, dans le cadre d'une histoire des diocèses de France, écrit dans la partie consacrée à celui de Montpellier : « Le péché de Cazouls d'Hérault c'est la grande propriété… »
Il n'est pas étonnant que les ouvriers agricoles s'organisent. Le premier syndicat de la profession, affilié à la CGT, est créé en 1910. Son président est Hilarion Jaurion.
Avec la première guerre mondiale l'activité du syndicat est au point mort. Il disparaît pendant la seconde et est recréé le 27 août 1944 dès la libération de la région. Le bureau est composé de syndicalistes de 1936. Le secrétaire en est Louis Austruy, l'oncle de Claude. A cette date il compte 40 adhérents. La satisfaction de plusieurs revendications est obtenue : elles concernent les salaires, les conditions de travail, l'octroi de vin.
En 1945 le syndicat compte 150 membres. Il obtient la livraison de denrées alimentaires : pâtes, macaronis, pois cassés, sucre, boîtes de maquereaux venant du Canada…
En mai 1946 deux ouvrières agricoles, Marcelle Congras et Armande Sabatier, entrent au bureau. En juillet de la même année le syndicat obtient l'application d'un nouveau taux de rémunération horaire pour les moissons : 35 F pour les hommes, 25 F pour les femmes.
1947 voit la division du syndicalisme ouvrier. Cazouls n'est pas épargné avec la création de la CFTC et de FO mais, comptant encore 90 membres, la CGT reste très majoritaire.
Lors des grandes grèves (de 1948 ?) les syndicats organisent des battues aux perdreaux lesquels sont ensuite vendus pour acheter des pommes de terre. La première battue rapporte 3 620 f, la seconde beaucoup moins : 950 F.
En août 1947 les syndicats présentent des revendications alimentaires pour les vendanges. Les vendangeurs devaient réclamer, en supplément à leur salaire, 2 kg de pain, 1 kg de conserve de poisson, 200 g de fromage, 200 g de morue, 250 g de sucre par hectare vendangé !
La période qui commence en 1949 voit une longue dégradation de la situation sociale des ouvriers agricoles. Elle ne sera jamais redressée et à partir de 1950 l'activité et l'influence du syndicat diminuèrent jusqu’à pratiquement disparaître.
Claude Austruy a relevé dans ses notes le nom de quelques Cazoulins bien connus dans le village. Ainsi Gaston Austruy avait la particularité de piéger les loutres dont il vendait les peaux. Il était pêcheur et en guise de barque utilisait, y compris en période de crue, un demi-muid coupé par le milieu.
Atude était le surnom de celui qui s'occupait du cinéma en plein air. Il était dû à l'ordre qu'il donnait « Atuda » (éteins) quand tout le monde avait pris place et que le film pouvait commencer à être projeté.
A Cazouls comme ailleurs, « los escais » (les surnoms), ne manquaient pas. Lapin ou Lapinou était celui de Lucien Clausson. C'était aussi le nom du petit âne qui tirait la carriole avec laquelle il ramassait « las escobilhas » (les ordures).
Le Cazoulin le plus célèbre est sans doute Alexis Boyer. Né en 1876 il deviendra un baryton d'opéra comique et connaîtra dans ce registre un certain succès.
A Cazouls on était sportif : on pratiquait la pétanque et la lyonnaise. On jouait au tambourin et à la pelote basque (le mur de l'église servait de fronton). Il y avait des équipes de football, de basket.
Naturellement à une époque où les moyens de déplacement étaient limités on trouvait à Cazouls quelques commerces et quelques artisans. Certains n'y habitaient pas. C'était le cas du rémouleur qui venait à bicyclette de Pézenas ou de « l'estamaire » (l'étameur) qui était de Montagnac. Bref le village était vivant !
Il y avait bien sûr une école avec deux classes. Elle avait fermé en 1991 et elle a été rouverte à la rentrée 2003, avec 21 élèves scolarisés.
Merci Claude pour tout ce travail de mémoire concernant ta petite patrie.

Un si joli village !

Posté le 13.12.2006 par cessenon
Photo Colette Dumas

Cette photo d’un décor très méditerranéen a été prise à Montouliers, une petite commune, moins de 200 habitants, qui fait partie des 13 que compte le canton de Saint-Chinian.
Nous sommes ici aux confins de l’Hérault, à la limite de l’Aude. Le plateau de Verdeyre, couvert de belles pinèdes, domine à l’ouest la vallée de la Cesse, en amont de Bize Minervois. Depuis un belvédère situé sur le rebord du plateau le point de vue est superbe. On a récemment dressé dans ce secteur deux mâts équipés d’anémomètres permettant de mesurer la vitesse et la fréquence du vent. Le projet est évidemment d’y implanter des éoliennes.
Du haut du Mont Caramel (211m), situé au sud, on domine la plaine Narbonnaise avec Argeliers à son pied. Argeliers, la patrie de Marcellin Albert, d’où est partie, en 1907, la révolte des Gueux. Le Canal du Midi forme par-là une boucle presque fermée.
Vers le sud ouest Le Pech dresse sa masse compacte entre le Cap Maurel et le Roc de Petit. La configuration du relief doit favoriser des courants ascendants car on y voit souvent évoluer des parapentes aux couleurs vives.
Toujours au sud, le Mont Redon (178m), surmonté d’une croix, offre au regard une belle vision sur Montouliers et son église et plus loin vers le nord sur le Pic de Nore.
Le village lui-même a été joliment restauré. Les rues en calades qui descendent de l’ancien château médiéval, lequel est mentionné pour la première fois en 1142, ont été refaites avec goût. L’église, du XIV° siècle, malheureusement le plus souvent fermée, est dédiée à Saint Baudille. Des vitraux modernes, l’embellissent.
Mais la curiosité de Montouliers c’est la Fontaine Romaine. Elle est située en contrebas du village, près de la D 36 E qui va sur Bize et Agel. La tradition affirme qu’elle a été construite par les légions de Jules César. Un tunnel de 200 m amène l’eau depuis un grand réservoir dans un long abreuvoir aménagé sous une voûte creusée dans la roche. Même en période de sécheresse elle a toujours fourni de l’eau aux bêtes et aux gens.
Montouliers est l’une des nombreuses communes de l’Hérault qui comptent des victimes du Coup d’Etat de Napoléon III. L’une de celles-ci avait rapporté de son exil de proscrit un ½uf d’autruche que conservent ses descendants et s’était vu attribuer, probablement au titre de la Loi de Réparation de 1881, la gestion d’un bureau de tabac.
Nous avons deux versions de l’origine du nom de Montouliers. Pour les uns il signifierait « Mont des oliviers ». En Occitan le mot « olivier » s’écrit « oliu » et se prononce « ouliou ». Effectivement, mais ce n’était pas une exception, la colline sur laquelle est construit le village était plantée d’olivettes dont il reste quelques traces. Pour Frank R. Hamlin (cf. « les noms de lieux du département de l’Hérault »), Montouliers, au sujet duquel il a relevé la graphie « Monte-Olerio » dans un document datant de 940 (ecclesiam S. Baudelii de Monte-Olerio), viendrait de « olièr », terme occitan qu’il faut traduire par « potier »
On peut ajouter que Frank R. Hamlin a retenu l’hypothèse de « Mont des oliviers » pour l’origine de Montoulieu, une commune, presque homonyme, du canton de Ganges.

Idée de balade à Castelnau de Guers

Posté le 08.01.2007 par cessenon
Vues de l'ermitage de Saint-Antoine du Lac.

C'est plutôt une balade d’hiver. Elle ne présente aucune difficulté, pas trop longue, une dizaine de kilomètres, pratiquement pas de dénivelé, moins de 100 m, et elle se fait en trois heures environ.
Elle est sur la commune de Castelnau de Guers et on peut la démarrer devant le cimetière du village où un vaste parking permet de réceptionner les véhicules. Le circuit, balisé en jaune, va traverser un ensemble de pinèdes qui enchâssent des parcelles de vignes. Un paysage tel que les a peints Cézanne souligne le topo-guide sur lequel nous avons découvert la randonnée.
C'est ma foi vrai. Outre les pins d'Alep et les vignes on rencontre la flore classique de la garrigue avec ici et là quelques oliviers, la plupart abandonnés. Le sol est calcaire et le sentier le plus souvent blanc, de sorte que la balade peut se faire la nuit, un soir de clair de Lune, en été de préférence. On rencontre d'ailleurs en cours de randonnée un affleurement de calcaire assez insolite que l'on désigne par étendoir des fées.
Le village médiéval de Castelnau de Guers, bâti sur un éperon rocheux, ne manque pas d'intérêt avec le château des barons de Guers, sa chapelle castrale, son église fortifiée dédiée à Saint Sulpice, ses escaliers et ses rues aux noms parfois originaux : rue Pittoresque, rue Tartare, rue Mégère, rue Parnasse, rue Néréide, avenue Sautorochs… Naturellement Castelnau de Guers, qui compte un petit millier d’habitants, est un village viticole. On y produit le fameux Picpoul de Pinet à la notoriété établie.
Sur le plateau, à l'est de l'agglomération, on ne tarde pas à rencontrer les ruines parfaitement dégagées de l'ermitage Saint Antoine du Lac (de quel lac s'agit-il ? Nous l’ignorons !) Il semble que la chapelle ait été construite au 16ème siècle par les Antonins dont l'Ordre sera rattaché à celui des Chevaliers de Malte. Les Antonins occupent un créneau particulier dans la société de leur temps, ils soignent les gens atteints du Mal des Ardents ou Feu-Saint-Antoine dont on saura plus tard qu’il est dû à l'ergot du seigle. Il est fait état d'un certain Louis Deschan, un Flamand qui se serait retiré là de 1701 à 1748 après avoir tué son adversaire au cours d'un duel.
On peut découvrir aussi la chapelle Saint-Nicolas de Talpusiac, à la croisée du cami Peissonier (chemin poissonnier) et du cami salinier (route du sel) avec dans le voisinage la Font du Loup où dit-on s'abreuvait l'âne de l'abbé d'Aniane lorsqu’il se rendait à Saint Thibéry.
Les « campagnes » de Montplaisir et Piquetalen, pourtant voisines, ont des appellations parfaitement contradictoires. Sur le territoire de la seconde a été découvert un sarcophage wisigothique en marbre du 6ème siècle dont une copie est visible dans la salle du conseil municipal de Castelnau de Guers, l'original étant au musée du Louvre.
Plus bas, au fil de l'Hérault, existent les vestiges de trois moulins médiévaux.
On pourrait ajouter que le plateau à l'est de Castelnau de Guers est un lieu de résistance : en 1944 on y a effectué un parachutage d’armes et plus récemment les gens se sont opposés à l'implantation d'éoliennes !

Journées zones humides

Posté le 24.01.2007 par cessenon
Le texte date de 2003 mais comme il est prévu ces jours-ci une nouvelle journée "Zones humides", ma foi il me paraît opportun de le mettre en ligne.

La photo est de Colette Dumas

C’était… il y a bien longtemps ! Le dimanche 2 février pour être précis. Ce jour-là c’était la journée « Zones humides. » Aussi l’association Patrimoine et Nature de Vendres avait invité le public à la découverte de « son » étang.
Une bonne quarantaine de personnes s'est retrouvée sur le coup de 10 h devant la mairie du village. Sous la conduite de Jean-Claude Crespo et de Anouck Boss, accompagné d’un géologue, d’un ornithologue et d’un botaniste, le groupe s’est engagé sur le chemin qui mène vers le Temple de Vénus.
Tout de suite on peut observer à la jumelle – oui, des jumelles étaient fournies aux participants – les aigrettes garzettes, nombreuses dans le secteur. Il y a aussi, dans le ciel et sur l’eau, des mouettes rieuses ainsi que des goélands. De quel goéland est-il question ? Eh bien l’auteur de ces lignes avoue qu’il ne l’a pas su. Il a simplement retenu qu’il diffère de la mouette rieuse par son envergure qui peut atteindre un mètre.
On apprend que quelque 200 espèces d’oiseaux ont été recensées sur l’étang de Vendres et qu’environ une centaine y nichent. Parmi les espèces rares, et en régression, on relève le butor étoilé. On pourra voir ou apercevoir une buse variable, des hérons, des cormorans, des flamants… et l’après-midi, une colonie de milouins.
Diverses empreintes sont relevées sur le sol boueux : de sangliers, d’oiseaux, de ragondins… Il paraît que ceux-ci pullulent et qu’après recensement on doit en éliminer quelques-uns.
Nous arrivons sur le site du Temple de Vénus. Quelle est donc ce commando qui progresse d’un pas décidé sur nos traces ? Il s’agit d’une quinzaine de chasseurs qui apostrophent… à vrai dire il est difficile de savoir qui. Les animateurs de Patrimoine et Nature ? Le public invité ?
Quelles sont leurs doléances ? Il est difficile de les connaître. Ils se présentent comme respectueux de la nature et soucieux de l’environnement. Mais leur avait-on fait un quelconque reproche ? Le ton monte sans qu’il soit possible de situer vraiment la nature du débat.
La tension baisse quand ils repartent mais ils ont laissé un certain climat dans les esprits et Anouck a des difficultés à nous faire l’exposé qu’elle avait prévu de faire.
Essayons de comprendre ce que pouvait être le Temple de Vénus dont le nom vient de la statue qu’on y a trouvée. Il semblerait que c’était tout simplement un port sur ce qui était à l’époque non pas un étang mais une baie. On y a découvert, en quantité, des ossements de porcs. On peut imaginer que des troupeaux de ces siudés étaient conduits ici, saignés, salés (sur place le sel était abondant) et expédiés en échange des produits qui y étaient débarqués (dans un premier temps il devait s’agir de vin.)
M. Bouteiller nous explique la formation de l’étang qui, pour employer le terme juste, est une lagune. Il y a quelque 15 ou 20 000 ans, nous étions dans une ère glaciaire et la côte était à une cinquantaine de km plus loin. Nos ancêtres pratiquaient la chasse là où aujourd’hui leurs descendants conduisent leurs bateaux de pêche. Le courant circulaire qui parcourt la Méditerranée, consécutif à l’évaporation intensive dont elle est l’objet, a, ainsi que l’Aude qui se déverse dans le secteur, déposé des sédiments qui ont créé le cordon littoral.
La baie est devenue lagune. Dans celle-ci l’eau est saumâtre et la salinité varie en fonction des circonstances, pouvant aller de 10 g/l à 60 g/l c’est à dire qu’elle peut être inférieure ou supérieure à celle de la mer. Tout l’écosystème est tributaire de cette situation.
Les poissons, en particulier les daurades, les bars, les muges… viennent se nourrir dans l’étang où ils trouvent des crustacés, mais ils ne s’y reproduisent pas. A noter aussi que si faune et flore sont capables de s’adapter à des degrés de salinité élevée il leur est plus difficile de subir les variations qui peuvent s’opérer rapidement en un même point.
Parmi les plantes citées par M. Lopez nous avons retenu le nom de la marsilia, « petite fougère aquatique à rhizome dont le limbe à quatre lobes le fait ressembler à un trèfle à quatre feuilles » dit le dictionnaire Larousse. Il paraît qu’elle est rarissime et qu’elle a disparu sur le Crès, la colline qui domine l’étang où on pouvait la rencontrer, victime de désherbant.
Naturellement il sera beaucoup question des roselières, en recul constant depuis une quinzaine d’années. L’examen d’une carte IGN dressée à cette époque est particulièrement éloquent quand on regarde ce qu’il en reste. Un courant d’eau salée vient en effet jusque vers la partie orientale de l’étang où il fait disparaître les phragmites.
Naturellement cela réduit la faune qui y trouvait refuge. C’est en particulier le cas pour les colonies de hérons qui s’y étaient établies. Mais de là à imaginer qu’on peut régler la question en amenant de l’eau douce, il y a un monde. En fait ce n’est sans doute pas si simple.
Retour vers la terre… ferme. Personne n’avait cependant les pieds dans l’eau ! Ah les roseaux qui poussent ici sont des cannes de Provence. On rejoint l’endroit où est prévu le pique-nique et où l’apéritif est offert aux participants. Tiens les viscères d’un sanglier qui a été dépecé là ont été abandonnés sur le talus. Mais peut-être que c’est écologique ?
Bon… le pique-nique ? Eh bien il est arrosé avec les vins du cru. Trop arrosé ? Eh, quand on voit un convive rouler dans les cactus en descendant le talus on se demande ce qu’aurait donné l’alcool test !
Il sera suivi l’après-midi d’une balade qui permettra de voir les restes de l’aqueduc qui conduisait l’eau jusque… au Temple de Vénus ? Les bornes, en ciment, au nombre de 35, sont en attente des informations qu’elles doivent recevoir pour éclairer le promeneur. La balade s’achèvera au niveau de La Gairarde où le propriétaire élève des chevaux et des agneaux fermiers tandis que sur une parcelle il cultive du safran.
Une journée intéressante qui précisément a intéressé un public divers : outre les autochtones on y a en effet croisé Belge et Ecossais ! Le monde devient un grand village !

Les Mariannes de l'Hérault

Posté le 03.02.2007 par cessenon
En bordure de la Nationale 112,
la Marianne de Puisserguier et son foudre jupitérien
Photo Jean Piacère

C’est le titre d’une étude fort documentée effectuée par Mme Andrée Piacère et M. Jean Piacère qui résident une bonne partie de l’année à Neffiès. Elle a été publiée dans le N° 74-75 de la revue du G.R.E.C. (Groupe de Recherches et d’Etudes du Clermontais) paru en juin 1995.
Le nom de Marianne, donné à la République, est dû à Guillaume Lavabre, un protestant né à Puylaurens le 2 mai 1756 qui l’a introduit dans le public avec la chanson « La garisou de Marianno » écrite en 1792. Le mot est adopté par les Républicains mais aussi par leurs adversaires qui le tournent en dérision.
Suite aux recommandations de l’Abbé Grégoire, Antoine-Jean Gros réalise un tableau représentant une allégorie de la République. Elle est casquée, habillée d’une tunique courte, à l’antique, qui laisse voir un sein. Elle tient dans la main droite une pique surmontée du bonnet phrygien. Sa main gauche est posée sur un niveau de maçon, symbole d’égalité, lui-même placé sur un faisceau de licteur qui exprime la force de l’union.
L’histoire du bonnet phrygien mériterait à elle seule tout un développement. Les plus anciens vestiges de ce bonnet appartiennent à Mithra, la divinité iranienne du Soleil, de l'amitié, du serment et des contrats. Le mithraïsme était la religion la plus répandue en Europe avant le christianisme. Le bonnet phrygien était porté par les esclaves affranchis puis par les galériens et les marins de la Méditerranée et enfin par les Révolutionnaires de 1789.
Le 20 juin 1792, alors que la foule envahit les Tuileries, il est présenté au Roi au bout d’une pique par un certain Mouchet, officier municipal. Ne sachant comment réagir, Louis XVI s’en coiffe !
Mais revenons à notre sujet : les Mariannes de l’Hérault. Notre département compte actuellement 52 de ces monuments en place publique : 35 en pied et 17 bustes. Avec l’Aude il est l’un des mieux achalandés en la matière ! La première commune de L’Hérault qui décide d’ériger une Marianne est Marseillan. La statue, ½uvre du sculpteur Taillefer, payée par souscription, est inaugurée le 1er novembre 1878. Foulant au pied la fleur de lys, la Marianne de Marseillan est considérée comme la plus ancienne de France
La situation politique à Marseillan à cette époque mérite qu’on s’y attarde. En 1846 une société républicaine secrète de Carbonari y est solidement implantée puisqu’elle compte plus de cent adhérents. Aux élections de 1848 un de ses affiliés, Henri Maffre, est élu conseiller municipal. Il tente, sans succès, d’impulser une action sociale contre la vie chère par la suppression de l’octroi. Les événements de 1851 marquent la commune. Henri Maffre s’en trouve maire en 1871 mais est destitué en 1873 par le gouvernement d’Ordre Moral. Il retrouve sa place de premier magistrat en mai 1876 et est confirmé à ce poste lors des échéances de janvier 1878. C’est sous son autorité qu’une délibération du conseil municipal en date du 7 février 1878 décide qu’une statue sera érigée Place de la Mission, rebaptisée Place de la République.
Les auteurs de l’étude distinguent les ½uvres originales, en pierre, des ½uvres de série. Le nombre de ces statues en pierre n’est que de 3. Elles sont à : Marseillan, Montblanc et Lieuran les Béziers. Celle de Montblanc, exécutée par Jacques Villeneuve rappelle la Marseillaise de Rude. Elle brandit un étendard criblé de balles et foule aux pieds l’Ignorance aux yeux bandés. Parmi les ½uvres en bronze 3 ont disparu. Ce sont celles d’Agde, d’Aniane et de Paulhan.. Elles ont été fondues pendant la Deuxième Guerre Mondiale.
Pour les ½uvres de série les auteurs recensent : 10 Mariannes « au flambeau », 8 « à la pique », 8 « à la Paix », 4 « aux Droits de l’Homme ». La Marianne de Puisserguier est de ce dernier style. Celle de Pézenas a retrouvé, à l'occasion du bicentenaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ses « Droits de l’Homme » originels qui lui avaient été enlevés ainsi que le foudre jupitérien auquel avait été substitué, sous l’Etat Français, une plus raisonnable couronne de lauriers.
Il faut dire que sous Pétain la chasse aux symboles républicains était la règle. On peut d’ailleurs mesurer la modération de certaines municipalités républicaines dans le choix des attributs de leur Marianne. Ici par exemple le bonnet phrygien laisse la place à un diadème. A Nizas l’allégorie de la République est une déesse gréco-romaine, mi-Diane, mi-Artémis. A Lunel c’est une réplique de la statue de la Liberté due à Bartholdi qui tient lieu de Marianne.
Les Mariannes de la Paix sont caractérisées par un bouclier posé à la droite de la statue. Celles de Neffiès, de Bessan (dont l’histoire ne manque pas de rebondissements !) sont dans ce registre.
Les sculpteurs sont souvent anonymes et parfois illustres. Thézan les Béziers s’était offert les services de J.A. Injalbert pour la réalisation du buste qui surmonte un haut piédestal faisant office de fontaine publique. La dernière représentation de la République installée l’a été à Gignac en 1967. ¼uvre de Raymond Verdu, qui habitait Causses et Veyran, il s’agit d’un buste qui remplace une Marianne endommagée par un camion.

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