Patrimoine
Posté le 05.03.2007 par cessenon

La très belle photo ci-dessus a été prise par Marianne Perrot au cours d’une randonnée effectuée le vendredi 23 février 2007.
Nous étions alors sous la « campagne » de Balleste laquelle se trouve sur le territoire de la commune de Cazedarnes.
La barre rocheuse qui limite l’horizon fait partie d’une longue chaîne qui domine ici le Rhonel, un affluent de l’Orb dont le nom a la même origine que Rhône. Pour les savants il vient du pré-indo-européen rhod-an-ellu et c’est un terme d’hydronymie.
Cette barre forme à cet endroit le rebord septentrional du plateau de Fontcaude. Un peu sur la gauche un ruisseau dont la source s’appelle Font Gaillarde la traverse en formant une cascade qui porte le nom de Saut du Chien.
Cette source de Font Gaillarde permettait autrefois d’irriguer les jardins qui avaient été créés dans le secteur. Elle est alimentée par la même nappe phréatique que celle dont dépend la source de Fontcaude et il y a trace d’un conflit entre les propriétaires de ces jardins et l’abbaye à propos du nombre de godets autorisés pour une noria.
La photo ne permet pas de voir La Plâtrière. A l’origine c’était La Geissièra car on y extrayait du gypse dans des galeries creusées à flanc de colline. Elle est aujourd’hui reconvertie en résidence.. secondaire ?
La vigne au premier plan a été plantée en échalas comme elles le sont toutes à présent afin de permettre d’être vendangées à la machine. On voit que les sarments ont été attachés aux fils de fer à l’aide de cordons faits d’une matière synthétique blanche.
La haie de cannes de Provence qui borde la vigne sur la gauche est l’indice que le coin est humide.
La terre est rouge, signe probable qu’elle contient de l’oxyde de fer ce qui n’a rien d’exceptionnel, le fer occupant dans la classification périodique une place qui en fait un élément stable, il est très répandu dans l’univers. Les atomes dont le noyau est plus léger évoluent vers lui par fusion, ceux qui ont un noyau plus lourd font de même par fission.
Au fond le pylône qui gâche le paysage fait partie de la ligne à haute tension (du 400 000 volts) qui relie la France à l’Espagne à qui EDF vend de l’énergie.
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Posté le 09.06.2007 par cessenon

Tiens, puisque c'est la fête des écluses ce week-end, je mets en ligne un article rédigé pour L'HERAULT du Jour en août 1998.
J’avais été sollicité pour aller, ce mardi 25 août, faire un compte-rendu de la visite guidée du Canal du Midi. Je me rends donc ce jour là, à 10 H à FONSERANES, où ma guide, qui ne s’appelle pas Nathalie mais Bérangère, constate qu’elle n’a pas de client. Elle me propose de revenir jeudi m’assurant que, dans le cas où elle n’aurait personne, elle me donnera les renseignements nécessaires à mon article. Eh bien le jeudi 27, c’est un groupe conséquent, une vingtaine de participants, qui se présente à l’heure et au lieu indiqués pour le rendez-vous.
Premier contact avec Pierre Paul RIQUET. Il est né à BEZIERS, entre 1604 et 1608, on n’a pas retrouvé trace de son acte de naissance. On peut voir sa maison natale, sur le côté gauche des halles. Il n’avait pas de formation d’ingénieur mais, comme le soulignera un monsieur qui accompagne son épouse en traitement à la Clinique CAUSSE, du moment qu’il était Italien... A cette époque on ne traquait pas encore les étrangers Sans-Papiers ! Non, Paul RIQUET, qui allait devenir Baron de BONREPOS, occupe en LANGUEDOC la fonction de Fermier des Gabelles. Une fonction très impopulaire puisqu’elle consistait à prélever un impôt sur le sel.
L’idée d’un canal reliant la Méditerranée à l’Atlantique avait été maintes fois évoquée et ce dès l’Antiquité, puis sous François 1er. C’est Paul RIQUET qui va réaliser le projet. En 1662 il le présente à COLBERT qui le transmet à Louis XIV. La question à résoudre était l’alimentation en eau du canal. Elle trouve sa solution avec les sources de l’Alzaux situées au nord du Seuil de NAUROUZE. Celles-ci sont captées et déversées dans le bassin réservoir de Saint FERREOL établi sur la ligne de partage des eaux. Chantier gigantesque que celui qui est entrepris en 1666. 12000 personnes, hommes et femmes, sont employées, à creuser pour les uns, à transporter la terre pour les autres. Leur statut est enviable pour l’époque. Il est prévu un jour de repos par semaine et une indemnité est versée si les intempéries empêchent de travailler. Il paraît même qu’il y avait une manière de sécurité sociale en cas de maladie ou d’accident.
Le canal est inauguré en 1681, six mois après la mort de Paul RIQUET lequel est pratiquement ruiné par la réalisation de son entreprise. Ses deux fils par contre tireront un plein profit du travail de leur père. Le Canal Royal des Deux Mers, ainsi qu’on l’appelle, passe par BEZIERS, Paul RIQUET ayant tenu à faire profiter sa ville de cet axe important de communication, et relie le port de SETE, lequel vient d’être fondé, à TOULOUSE, où la GARONNE devient navigable. Plus tard un canal latéral à la GARONNE permettra d’atteindre BORDEAUX sans avoir à passer par le fleuve. Pour l’heure le Canal des Deux Mers compte quelque 240 km et 64 écluses.
Le principe des écluses a été inventé par Léonard de VINCI. A FONSERANES ce sont neuf écluses qui se succèdent, comme autant de marches d’un gigantesque escalier, depuis le bief le plus haut jusqu’au Port Notre-Dame. Afin de limiter l’action des forces qui s’exercent sur les bajoyers, les sas sont en forme d’amande. Ici à FONSERANES la manœuvre des vantaux est électrique, ailleurs elle peut être encore manuelle. Il faut, dans un sens comme dans l’autre, vingt cinq minutes pour franchir les sept écluses qui sont en service aujourd’hui. Oui, le Port Notre-Dame étant désaffecté, on ne descend plus jusqu’à lui, le canal qui y conduisait est un bras mort qui mériterait une autre fin que celle qu’on lui connaît actuellement. Le dispositif en plan incliné qui avait été mis en place à la fin des années 70 pour franchir rapidement l’obstacle n’a pratiquement jamais été utilisé. Outre son prix de fonctionnement onéreux il n’intéresse pas les touristes lesquels, en promenade sur le canal, ne cherchent pas particulièrement à gagner du temps.
L’œuvre de Paul RIQUET a joué un rôle important dans l’économie de la région. Par rapport à la situation antérieure, où il fallait contourner la péninsule Ibérique et payer un péage à GIBRALTAR, aller de SETE à BORDEAUX était plus rapide et moins coûteux. Les grosses barques chargées ralliaient TOULOUSE à partir de SETE en cinq jours. Elles transportaient jusqu’à cent tonnes de fret. Deux hommes attelés à une bricole pouvaient les faire avancer à la vitesse de 1 km / h, et à 2 km / h quand elles étaient vides. Mais en général elles étaient tractées par des chevaux. Le coche d’eau, réservé aux passagers, faisait le même trajet en trois jours. Il y avait des auberges au bord du canal pour l’hébergement de ceux qui l’empruntaient ainsi que pour celui des chevaux. L’intérieur de l’une d’elles est reconstitué au Musée du Vieux Biterrois. Un personnage célèbre est passé à FONSERANES avec le coche d’eau, dans des conditions particulières. Il s’agit d’ABD EL-KADER, emmené en captivité en FRANCE après que celle-ci ait occupé intégralement l’ALGERIE.
Les arbres qui bordent le Canal permettent de fixer les berges, de produire de l’ombre et d’éviter une trop grande déperdition d’eau par évaporation. Aujourd’hui le Canal du Midi, classé au patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1996, n’est plus utilisé que par des péniches de tourisme. Le trafic est croissant, les étrangers, Hollandais, Anglais, Espagnols aussi, d’autres encore, y sont nombreux. On peut louer une péniche ou naviguer sur la sienne. A l’heure où nous sommes il y a, au niveau des écluses, beaucoup de passage, dont une grosse embarcation qui manœuvre avec difficulté sur l’espace où était plantée la scène de la pièce « MON ROYAUME POUR UN CANAL ». Des gens du troisième âge sont sur le pont. Ils déjeuneront à bord, on voit le couvert mis sur les tables, dans l’entrepont.
Nous montons jusqu’au bief amont où le bâtiment qui se trouve là abritait les écuries de l’ancienne auberge. Nous en redescendons pour aller jusqu’au Pont Canal. A l’origine, les péniches qui circulaient sur le canal devaient traverser l’ORB. Situation difficile l’été à l’étiage et dangereuse au moment des crues. Aussi la décision a été prise de construire cet ouvrage qui enjambe le fleuve. C’était une première. Le Pont Canal est classé monument historique, et il le mérite, même si le monsieur d’ARCACHON qui fait partie du groupe, prétend que celui d’AGEN est plus beau encore. Il a été terminé en 1857, pratiquement en même temps que le pont de chemin de fer qui se trouve en amont de l’ORB. La concurrence entre le rail et la navigation fluviale est amorcée.
Pour atteindre le pont canal nous avons marché le long d’un des chemins de halage, bordés de cyprès. Quelques salicaires mettent une note rose dans le paysage qui rappelle étonnamment l’Italie. Nous avons aperçu les anciens entrepôts du Quai Port Notre-Dame qui avaient connu une ère florissante au moment de la prospérité du vignoble Biterrois. Fourrage, grains, soufre, sulfate, engrais... y étaient débarqués cependant qu’on embarquait les tonneaux de vin. Une bande de canards, qui prennent un bain de soleil sur la rive, n’est guère effarouchée par notre passage.
Depuis le Pont Canal on découvre en amont, et dans l’ordre : le pont d’Occitanie - cher (très cher, trop cher !) aux Biterrois – le pont de chemin de fer, le Pont Neuf et le Pont Vieux. Ce dernier a été reconstruit au XIII ème siècle à peu près au niveau de l’emplacement d’un pont romain sur lequel la Voie Domitienne franchissait l’ORB. Il est resté le seul pont de BEZIERS jusqu’à l’édification du Pont Neuf qui serait due, c’est du moins l’information donnée au groupe par un Monsieur de SERIGNAN qui suivait la visite, à une intervention du Maréchal SOULT.
Au fond de la perspective on aperçoit la Femme Allongée, c’est à dire Le CAROUX, jugée par certains... un peu plate. « C’est que dans cette position elles le sont toutes » commente un humoriste. Plus près de nous c’est l’ancienne Usine à Gaz, reconvertie en discothèque (elle a gardé ce nom), l’Eglise Saint Jacques, étape sur le Chemin de COMPOSTELLE, la cathédrale Saint-Nazaire un des théâtres, avec l’Eglise de La Madeleine, de la sanglante boucherie du Sac de BEZIERS le 22 juillet 1209. Bien que des visites guidées soient prévues le soir au départ de la cathédrale, à 17 H et 18 H, Bérangère accepte de nous donner quelques compléments sur le sujet.
Pour la modique somme de 20 F, une visite fort intéressante, le charme de Bérangère en prime (sans parler de son patronyme !) La saison s’achève, mais l’Office de Tourisme répond aux demandes de groupes, scolaires, troisième âge... qui lui sont faites.
Posté le 09.08.2007 par cessenon

Entrée de la mine par une galerie boisée
Photo Robert Ciscar
Elles sont sur le territoire de la commune de Cabrières. Elles ont été exploitées dès la fin du néolithique, c'est-à-dire il y a environ 5 000 ans. En fait elles ont été l’objet ultérieurement de nouvelles activités d’extraction : au premier siècle avant notre ère par les Romains, au 19ème siècle sous Napoléon III.
Nous avons eu l’occasion de visiter la mine de Pioch Farrus le 5 août dernier après la marche de la paix effectuée en 2007 sur le secteur. Le guide est un personnage pittoresque, extrêmement amusant !
Mais voyons d’abord l’histoire du cuivre. On peut le trouver, mais c’est rare et aujourd’hui pratiquement inexistant, à l’état natif, c'est-à-dire sous la forme métallique, la seule utile pour l’homme. C’est certainement le cuivre natif qui le premier a servi à la fabrication de divers objets.
Le plus souvent le cuivre se présente combiné à d’autres éléments, c'est-à-dire que c’est un minerai. A Cabrières ce sont des carbonates qui sont présents, azurites et malachites, ainsi que de la tétraédrite. L’avantage de ces minerais c’est qu’ils sont facilement transformables en cuivre métallique. Il suffit de les chauffer à 400 °C en présence de carbone, on réalise ici la réduction du cuivre.
Naturellement les hommes de la Préhistoire n’avaient absolument aucune idée de la réaction chimique qu’ils réalisaient. Le métal ainsi obtenu, fusible à une température accessible, guère plus de 1000 °C permettait la fabrication de haches, de lames de poignards, d’alènes, de perles.
Le minerai de cuivre est venu des profondeurs de la terre dans des solutions hydrothermales dans lesquelles régnaient de fortes températures et de fortes pressions. Des filons se sont ainsi formés dans le quartz également apporté par ces solutions.
La première extraction du minerai s’est faite en surface mais ces gisements épuisés il a bientôt fallu creuser des puits pour atteindre d’autres filons. Selon notre guide c’était une activité saisonnière, complémentaire de l’agriculture et de l’élevage qui restaient la principale ressource. Les outils étaient plus que rudimentaires, des marteaux de pierre, appelés maillets, de gros cailloux en fait, avec lesquels les « mineurs » effectuaient des percussions. Des bassins destinés au lavage des produits obtenus ont été identifiés. Un véritable échange commercial s’était établi avec le village de Courtinals et le comptoir grec d’Agde.
Les Romains entreprirent à plus grande échelle l’exploitation de la mine, employant un millier d’esclaves sur le site. Il fallait résoudre une série de problèmes : l’évacuation de l’eau, de la terre, l’éclairage du front de taille, la remontée du minerai… Les outils avaient sensiblement évolué, les mineurs utilisaient des pointerolles en fer sur lesquelles on tapait avec un marteau. Les traces de ces pointerolles dans la roche sont encore visibles.
Selon les spécialistes on ne pouvait séjourner trop longtemps dans les galeries, pas plus d’une heure, à cause de la raréfaction de l’oxygène. L’eau pouvait être évacuée par une noria d’une cinquantaine de femmes et d’enfants qui faisaient passer les seaux depuis le fond jusqu’à la surface.
L’exploitation d’un filon restait aléatoire, il pouvait disparaître ou déboucher sur une cavité dans laquelle le minerai formait une boule, le jackpot a commenté le guide !
On ne sait pas si les mines ont été en activité ou en sommeil pendant le Moyen Age. Elles sont remises en service sous Napoléon III avec évidemment des méthodes modernes par rapport à celles employées par les Romains. C’est ainsi qu’on pénètre à présent dans l’ensemble par une galerie horizontale, boisée au départ car elle traverse du schiste. A présent ce sont la barre mine et la dynamite qui sont employées. Malgré cela les résultats sont décevants, les Romains avaient semble-t-il tout pillé !
A signaler, avant l’entrée de la galerie, la pièce d’accueil qui comporte deux vitrines intéressantes. L’une est consacrée à la vie de l’homme de la fin du néolithique, à son habitat, à ses activités. Le cuivre n’est pas encore le matériau dominant dans les outils ou les armes. La pierre reste majoritaire, d’où le nom de chalcolithique qui caractérise cette période de transition.
Une deuxième vitrine montre de manière très pédagogique ce qu’était la métallurgie du cuivre, depuis la réduction du minerai sur un feu de charbon de bois activé par un soufflet en peau de chèvre jusqu’au moulage des objets produits.
Ah, n’oubliez pas de mettre votre casque en entrant… et de le rendre à la sortie !
La mine est ouverte tous les jours de 14 h à 19 h du 1er avril au 1er novembre, les visites durent 45 minutes et commencent chaque heure, le prix d’entrée est de 8 euros.
Posté le 15.08.2007 par cessenon

Nous devons les photos ci-dessus à Jean-Christophe Pagliarin, garde forestier de son état, Vosgien d’origine et contrebassiste à ses heures. Elles ont été prises le 25 juillet du côté de Pech Redon (que l’on peut traduire par colline arrondie).
En occitan on prononce Rédou, le « e » fermé n’existe pas, le « o » sans accent se dit « ou » et le « n » final, comme le « r », disparaît à l’oral.
Pech Redon n’est pas très élevé, 209 m, mais domine suffisamment l’espace environnant pour qu’un relais de Radio Ciel Bleu y ait été installé. Il avait d’ailleurs été plastiqué par les viticulteurs il y a une dizaine d’années.
En grimpant par la face est (sans oxygène mais ce n’était pas cependant une hivernale) notre photographe a relevé la preuve des dégâts de la mondialisation dans le secteur de la viticulture. Voici en effet avec la photo du tracteur abandonné un témoignage éloquent.
Mais peut-être que tout simplement il faut dire « Aquí tanben lo papeta es mort e l'enfant es partit gendarma ! » (Ici aussi le grand-père est mort et le fils est parti gendarme !)
Avec la première photo nous sommes sur le versant sud de Pech Redon, et le propriétaire du terrain est Michel Clerc qui a hérité d’une vigne qui appartenait à ses parents. Pas un fort rendement sans doute mais un très bon vin à coup sûr !
Au premier plan le mur de soutènement est bâti à « peira sec » (à pierres sèches). Au-dessus c’est un clapas (un pierrier) joliment construit. En haut pointe la cime d’un figuier cependant qu’on devine, plus qu’on ne voit, le toit d’une « baraque » de vigne. C’est que nous sommes loin du village, trois ou quatre kilomètres peut-être et dans ce cas était prévu un abri pour le viticulteur et son cheval. Ah, ces « baraques » ont abrité aussi des amours d’adolescents et qui sait béni plus d’unions que le curé de la paroisse !
Sur la droite et faisant un peu d’ombre autour de la baraque est un pin, pin d’Alep probablement. Oui, on s’y mettait pendant les vendanges au moment du repas de midi.
Au-dessous le buisson qui retombe sur le mur est un câprier. Il y en a deux autres et visiblement l’endroit leur est favorable, ils sont épanouis. Hélas nous sommes arrivés un peu tard beaucoup de boutons de câpres étaient déjà fleuris !
A gauche le buisson vert est un filaire à feuilles étroites
Ce 25 juillet nous avons eu droit au cours de la petite randonnée que nous avons effectuée autour de Pech Redon à un concert de cigales. Même que Jean-Christophe a pu faire des macros de Cicada orni. Cherchez la bête sur la troisième photo !
Ah le concert ? Il est gratuit et dure de fin juin à début septembre. Les chanteurs sont uniquement des mâles et ils cymbalisent, c’est le terme officiel, à qui mieux mieux !
Posté le 30.08.2007 par cessenon

Presque impressionniste, une vue de La Renarderie depuis sans doute Madalle
Photo Marie-France Célor
C’est une belle bâtisse, nichée au milieu de chênes verts, sur la commune de Saint Nazaire de Ladarez. Elle est visible de loin et était jusqu’ici accessible en voiture. Il fallait pour cela prendre la petite route qui conduit à La Lande où elle finit en cul de sac. Un ou deux kilomètres avant d’arriver sur le plateau d’Entrebuc, on emprunte sur la gauche un chemin qui y conduit. Hélas ce chemin se dégrade et il n’est pas sûr qu’il reste longtemps carrossable.
Le propriétaire des lieux était un certain Pierre Hebles, Cessenonais d’origine qui s’était marié à Saint Nazaire. La bâtisse appartenait en fait à son épouse mais il l’avait correctement rénovée avant de décéder. Naturellement il n’y a pas l’électricité. Toutefois un panneau solaire avait été installé là qui devait permettre l’alimentation de quelque appareil peu gourmand en énergie.
Question eau la source n’est pas vraiment fiable et un système de citerne avait été aménagé. Bref on devait pouvoir y passer quelques jours dans une solitude tout ce qu’il y a d’absolu. Il me semble que Pierre Hebles avait le projet proposer le gîte à la location.
Il avait par ailleurs eu, sa vie durant, une activité de charbonnier. On voit par places les aires où avaient été préparées les meules permettant la production de charbon de bois. Plus loin, à quelques dizaines de mètres de La Renarderie, on rencontre une immense marmite qui était également utilisée à cette fin.
Le charbon de bois était utilisé autrefois dans les potagers, dispositifs qui existaient dans les cuisines sur lesquels on pouvait faire cuire les aliments sans avoir à faire feu dans la cheminée. Il a connu un débouché pendant la dernière guerre pour servir de combustible aux véhicules à gazogène et plus récemment comme combustible pour les barbecues. L’été Pierre Hebles faisait la tournée des campings pour placer sa production.
Il est probable qu’à une époque antérieure de la vigne avait été cultivée autour de La Renarderie. C’était le cas à Boutigné, une ferme en ruines située à quelques centaines de mètres, à peu près à la même altitude, où on peut voir les vestiges d’un pressoir et d’un foudre. On imagine aussi qu’il devait y avoir chèvres et moutons, qu’on récoltait des châtaignes et qu’on engraissait un cochon mais là nous sommes remontés très loin dans le temps !
Nous pouvons ajouter que La Renarderie a quelque chose de tout à fait prenant, presque angoissant dans son isolement au milieu d’une végétation qui, en l’absence d’activité humaine, gagne sur l’environnement.
Aujourd’hui non seulement le chemin qui y conduit s’est dégradé mais un sentier que nous souhaitions emprunter lors d’une randonnée effectuée au départ de Saint Nazaire de Ladarez pour rejoindre Boutigné était tellement embroussaillé que nous avons préféré renoncer et sommes revenus sur nos pas.
Posté le 24.09.2007 par cessenon

Le mot noria vient, via l’espagnol, de l’arabe naeurah. La noria égyptienne, manœuvrée par des bœufs, a un nom particulier, sakièh. En occitan on l’appelle senha.
Voici la définition qu’en donne Le Robert : « Machine à godets qui sert à élever l'eau et qui fonctionne suivant le principe du chapelet hydraulique ».
On notera que ladite machine peut-être mue par la force de l’eau qu’elle élève ou par l’action d’une bête de somme. Dans le premier cas il faut un courant pour entraîner une roue.
La photo qui illustre le présent article a été prise à Roquebrun en aval du pont, sur la rive droite de l’Orb. La noria qui est là, désuète, à deux pas du fleuve, n’est plus en service en service depuis sans doute longtemps. Toutefois j’en ai vu fonctionner.
Une bête de somme, cheval, mulet, âne, était attelée au bras et tournait indéfiniment sur une piste circulaire autour d’une margelle surélevée. Eventuellement on pouvait bander les yeux de l’animal pour qu’il n’ait pas le tournis.
Une chaîne de godets plongeait dans l’eau. Les godets se remplissaient et se vidaient en se renversant au niveau de la margelle. On arrosait ainsi les jardins, les vignes aussi quelquefois.
Un dispositif, appelé « renard », bloquait la descente des godets pleins et évitait d’entraîner le bras dans un mouvement de rotation quand on cessait d’exercer une force sur lui.
Il était d’ailleurs arrivé à Cessenon un accident à un jeune garçon qui avait enlevé le renard. Le bras avait fait un tour complet et était venu le frapper violemment à la tête. On avait dû le trépaner.
A Cessenon toujours la roue du Moulin Neuf était entraînée par l’eau canalisée par un chenal alimenté par une retenue créée par une digue. Je l’ai vue en état de marche quand j’étais enfant et cela m’avait beaucoup impressionné ! Par la suite un accord avait été passé entre les propriétaires des jardins du secteur qui l’utilisaient et un industriel qui avait employé la force de l’eau pour produire de l’électricité à l’aide d’une turbine. L’irrigation a alors été assurée par des moteurs.
Le mot noria est employé en généralisant la fonction : une noria de camions, d’avions… « Système de transport fondé sur une grande fréquence des passages » dit encore Le Robert.
En termes militaires il a également un sens très précis. Toujours de la même source : « Monte-charge à godets servant à élever les munitions de la soute jusqu'au parc à munitions voisin de la pièce ».
Posté le 15.10.2007 par cessenon

A Cessenon on a deux quartiers historiques, celui du Château et celui des Rues Basses. Les deux étaient enserrés dans les remparts qui entouraient le village. Les rues y sont tortueuses, étroites, les maisons formées de pièces superposées. La recherche de la lumière, du soleil, de la vue, n’était pas l’exigence prioritaire lors de leurs constructions.
L’extension du village, effectuée en étapes successives, a vu apparaître des rues droites, des maisons plus spacieuses.
Mais très souvent, dans les quartiers nouveaux comme dans les anciens, on avait, au moment de la prospérité viticole, remplacé les foudres en bois, encombrants et qui demandaient un entretien particulier, par des cuves en béton. Celles-ci ont été par la suite, lorsque la cave coopérative a été créée, désaffectées.
En plusieurs endroits la municipalité a acheté et démoli des maisons sans grande valeur dégageant ainsi des espaces ouverts dans les quartiers historiques.
C’est le cas dans la Rue du Fer à Cheval, ainsi nommée à cause de la forme qui est la sienne. Ici ce sont deux maisons contiguës qui ont été rasées, celle de la gitane, et une remise qui avait appartenu à Georges Borras.
Dans cette dernière avaient été construites deux cuves, dos tinas, dont la capacité devait être de l’ordre d’une centaine d’hectolitres. Ces cuves, en partie enterrées, étaient restées en service bien après l’édification de la cave coopérative. Les charrettes ne pouvant accéder à la rue, on devait charrier les comportes avec les pals semalièrs pour apporter le raisin jusqu’à elles.
De plus comme il n’y avait pas de pressoir il fallait utiliser celui du viticulteur chez lequel travaillaient Georges ou François, son père. En l’occurrence il s’agissait de Berlan. On le voit, tout un travail supplémentaire qui s’ajoutait à celui des vendanges.
La municipalité a eu l’heureuse idée de conserver ces cuves. Elle a même trouvé des fermetures pour les trappes. La Burla, le cercle occitan de Cessenon, a offert une pompe à main que l’on utilisait pour diverses opérations effectuées dans les caves de vinification.
L’ensemble, baptisé Placette des Cuves, a de l’allure, en tout cas de l’originalité. Vous pouvez en juger avec la photo qui illustre le présent article.
Posté le 20.10.2007 par cessenon

Comme son nom l’indique Murviel est un village avec de vieux murs. La photo ci-dessus montre la Rue Joseph Lavagne. Comme d’autres à Murviel celle-ci porte le nom d’une victime de la guerre de 14-18. Un « Mort pour la France » affiche sur son site Mémoire des Hommes le ministère de la défense. Elle s’appelait autrefois Rue des Moulins à Huile.
Oui, au Moyen Age la culture dominante dans le Biterrois n’était pas la vigne mais l’olivier. En fait c’étaient des champs de céréales (blé, orge, avoine…) complantés d’oliviers qui constituaient les cultures dominantes.
La particularité de la Rue Joseph Lavagne c’est d’avoir été construite sur l’emplacement d’un ancien rempart de ce qui était une circulade typique. Les pavés sur le bord permettaient le roulage sans difficulté des charrettes. La partie centrale, aujourd’hui cimentée, était laissée en terre battue pour que les chevaux ne glissent pas.
Un peu plus bas la Rue Paul Julien, une autre victime de l’horrible boucherie, où habite notre ami Pierre Escande, avait un nom curieux, elle s’appelait Rue de l’Enfer. Ah, pourquoi ce nom ?
Nous avons diverses hypothèses. L’une d’elles est donnée par un habitant d'Aulnay-sur-Muzy dans l'Eure où une rue porte également ce nom. Il s’agirait d’un quartier où on mettait en quarantaine les pestiférés ! Malheureusement aucune preuve ne vient appuyer cette version.
Dans son dictionnaire topographique et étymologique des noms de lieux du département de l’Hérault Frank R. Hamlin cite deux tènements qui s’appellent L’Enfer, à Félines Minervois et La Livinière. Selon lui il s’agit d’endroits arides, exposés au soleil. Il ajoute que c’est le même sens qu’il faut donner au cirque d’Infernet à Saint Guilhem le Désert.
Pierre a lui une autre explication. Nous vous la livrons. La rue de l’Enfer recevait les déchets produits par le fonctionnement des moulins à huile de la rue voisine. Nous laisserons la réponse définitive en suspens, attendant d’autres informations, d’autres interprétations susceptibles de nous éclairer.
Posté le 02.11.2007 par cessenon

Photo Marianne Perrot
En français méridional le mot « baraque » a un sens sensiblement différent de celui qu’on lui donne dans la langue « fédérale ».
Une « baraque » de vigne c’est une construction de dimensions modestes, en dur quand même, avec murs maçonnés et toit en tuiles.
Dans la région de Nîmes on les appelle des mas (avec pour diminutif masets ou mazets) bien qu’en Provence l’expression désigne une ferme d’importance.
Chez nous une « baraque » de vigne servait d’abri au viticulteur. Il pouvait y entreposer des outils, des produits tels que soufre, sulfate, engrais… La baraque était conçue pour, à la saison des labours, faire manger le cheval le temps du midi. En général les baraques étaient équipées d’un râtelier et le plus souvent une réserve de foin était prévue sur un plancher qui formait comme un premier étage.
Souvent aussi, dans un angle, était aménagée une cheminée qui permettait au laboureur de faire cuire un morceau de saucisse dans une petite poêle ou un gril accrochés là à demeure. Eventuellement on trouvait dans la baraque une table rudimentaire et une chaise mais qui n’était pas en très bon état.
Il n’était pas rare que l’eau de pluie soit récupérée dans une citerne attenante à l’édifice afin d’avoir sur place le liquide nécessaire à la préparation de la bouillie bordelaise. Celle-ci se faisait dans une auge cylindrique standard, una piala, munie d’un rebord sur lequel on pouvait poser la machine à sulfater.
Mon oncle Aimé avait une petite vigne dans un tènement appelé La Teulièra (La Tuilerie) justement parce qu’avait existé là un four de tuilier. Il utilisait, avec son accord, l’eau de la citerne de son voisin de terre surnommé, à cause de son mauvais caractère, Lo Sergent d’Aiga Roja. Puis je ne sais pour quelle raison la mésentente pris le pas sur les bonnes relations et mon oncle fut « interdit de citerne ». En fait ce fut une vraie guerre à laquelle on assista. Mon oncle fit un trou dans le haut de la citerne pour siphonner le précieux liquide. La riposte ne se fit pas attendre, un croisillon en fer fut placé sur l’orifice. Il y est toujours.
L’oncle Cordier, un peu spécialisé en matière de citernes, fut sollicité pour en bâtir une sur la vigne de l’oncle Aimé, alimentée par un plan incliné qui permettait de recueillir la pluie. Hélas Cordier, alias Le Panard, était déjà âgé et avait perdu la main, sa réalisation n’était pas étanche et elle ne garda jamais l’eau.
Naturellement ces baraques de vigne n’accueillent plus les chevaux de labour, il n’y en a plus. Les nouveaux produits pour le traitement de la vigne ne nécessitent que très peu d’eau et celle-ci est apportée par les tracteurs qui viennent faire l’opération.
Le conseil général a dégagé quelques crédits pour faire peindre, de manière artistique, diverses baraques de vigne. Le résultat est très esthétique. Toutefois la photo qui illustre le présent article ne concerne pas l’une d’elles. Celle-ci était en effet une baraque de jardin et elle est à Cessenon, après le pont sur l’Orb, sur la rive gauche.
Elle est cependant très belle et nous devons la décoration à des élèves de l'école élémentaire de Cessenon, ceux de la classe de Mme Devine (la directrice) plus précisément, les cours élémentaires 1 et 2 nous a-t-on dit.
Posté le 22.11.2007 par cessenon

Le moignon de la cheminée et les bâtiments diversement reconvertis
C’est par ce vocable qu’on désignait la tuilerie. En fait l’usine produisait aussi des briques. Elle appartenait à la famille Riche. Elle a fermé définitivement au début des années 80 mais elle avait déjà fortement réduit son activité et son personnel.
Elle a dû compter jusqu’à 140 salariés. Des logements avaient été construits pour les ouvriers qui n’avaient pas de maison. On désignait l’ensemble sous le nom assez péjoratif de « Les baraques ». A vrai dire ce n’était pas très confortable : une cuisine et deux ou trois chambres, petites, avec un point d’eau à l’extrémité des allées.
A l’entrée de l’usine étaient le bureau du comptable et le logement du contremaître, en l’occurrence Camille Bayou, le père du futur député maire de Cessenon.
Naturellement qui dit tuilerie dit four. La cheminée, dont il ne reste aujourd’hui qu’un moignon, avait une hauteur de cinquante mètres. J’ai le souvenir, alors que j’étais à l’école maternelle, d’un spécialiste grimpant sans échafaudage le long de la colonne pour la réparer. Il a été dit qu’il avait été par la suite victime d’un accident mortel en restaurant la flèche de la cathédrale de Strasbourg.
Ce four a utilisé le charbon produit par la mine de lignite des Mattes. Je revois Alphonse Miro transportant le combustible avec un tombereau tiré par un cheval. Le chemin qu’il empruntait en était tout noir ! Plus tard c’est du mazout qui a été employé.
L’énergie électrique était fournie par deux usines, celle du Mainard d’abord, celle du Moulin Neuf ensuite.
Pendant longtemps le rebut était évacué par un tombereau et il venait garnir au bord de l’Orb, du côté du cimetière, une décharge que mon père appelait « Los tesses ». On utilisait aussi ce rebut pour combler les trous dans les chemins.
J’ai eu l’occasion de parcourir l’usine le dimanche après-midi avec d’autres enfants alors qu’elle ne fonctionnait pas, sauf les fours qu’on n’arrêtait jamais. Je l’ai vue aussi quelquefois en état de marche avec sa chaîne, ses tapis roulants, ses presses… et des ouvrières qui les servaient. D’immenses séchoirs recevaient tuiles et briques en attente d’être enfournées. Il y avait alors tout un travail de manutention, les ouvriers courant presque en conduisant des brouettes dont l’avant était muni d’un dossier très haut.
Il y a eu trois terriers pour fournir la matière première. Le premier, celui de Fontramy était appelé le vieux terrier. Celui situé au-delà de la Blanquière comportait des terrasses. Ici arrivait une ligne aérienne de wagonnets qui franchissait l’Orb et permettait de transporter l’argile jusqu’au point de réception. Enfin un troisième avait été ouvert du côté de Varailhac.
Je me rappelle le fonctionnement de ces wagonnets et j’ai même passé une après-midi entière à observer leur embarquement sur le câble. J’étais très jeune, moins d’une dizaine d’années sans doute, et j’avais accompagné ma mère qui « levait des bûches » dans le secteur. Sur la plate-forme opérait Péret, enfin c’est ainsi qu’on l’appelait, mais son vrai nom c’était Pla et son prénom Pierre peut-être.
Le terrier formait un immense cratère et un plan incliné, pourvu de rails, permettait de monter les wagonnets chargés de terre à l’aide d’un treuil. En haut la benne était décrochée de son châssis et amenée sur la ligne d’où elle partait pour sa destination. Il y avait ainsi un aller retour incessant des wagonnets. En cas d’urgence l’opérateur pouvait stopper leur déplacement.
Plus tard ce système a été abandonné et c’est une noria de camions qui assurait le ravitaillement de l’usine. Des pelles mécaniques installées, non sans risque, il y eut des accidents, sur les terrasses, étaient en service et les chargeaient.
Le terrier de Fontramy n’avait pas été abandonné car il fournissait une terre qui assurait plus de solidité à la brique ou à la tuile et plus de couleur à cette dernière. La mode des tuiles délavées n’était pas encore là !
Avec la fin de l’exploitation du terrier de Varailhac s’est formé sur la carrière un étang dans lequel il est agréable de se baigner l’été, l’eau y étant argileuse et chaude.
Du côté de La Blanquière on peut voir une baraque de vigne, elle appartenait à Pla le maréchal, avec deux meules en pierre qui servaient à broyer l’argile. L’emplacement d’une première tuilerie sans doute qui avait fonctionné sur le site. D’ailleurs mon oncle Aimé qui avait une vigne sur ce tènement la désignait sous le nom de « La Teulièra ».
Ma dernière visite de l’usine de la tuilerie remonte au printemps 1981. Accompagné de plusieurs collègues j’avais conduit une classe du collège de La Devèze et Jean-Jacques Bullich, qui était alors contremaître, nous avait reçus. Il ne restait que quelque vingt cinq ouvriers, l’usine fonctionnait suivant les trois huit. Elle s’était orientée vers la fabrication d’hourdis. Ceux-ci entraient dans le four où ils étaient séchés puis cuits et sortaient sans qu’il soit besoin de les manipuler.
Malgré ce, victime du prix du pétrole, de l’évolution des techniques de construction, la tuilerie n’a pas tardé à fermer ! Et bien sûr des conflits sociaux, des problèmes d’écologie, n’avaient pas manqué de surgir tout au long de son histoire.
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