Patrimoine
Posté le 19.01.2008 par cessenon

Elle se trouve sur la face sud de l’église de Cessenon mais elle n’a pas toujours été à cet endroit. Elle est restée longtemps au croisement de ce qu’on appelle aujourd’hui l’avenue du Pont et l’avenue de la Gare. On l’appelait « La croix de Cambounet » en référence au surnom du propriétaire de la maison devant laquelle elle était érigée. C’est assez récemment, à la suite d’aménagement des voies de circulation, qu’elle a été déplacée.
L’Eglise qui n’a pas disparu avec la Révolution Française va tout au long du XIX° siècle couvrir le pays de croix. Un ami historien m’a fait remarquer que les branches de celle qui nous intéresse sont des fleurs de lys.
Le socle porte l’inscription 1827. Ceci explique cela. En effet, à cette date la France connaît sa Seconde Restauration. Le Comte d’Artois, chef du parti ultra, nostalgique de l’Ancien Régime, a depuis trois ans succédé à Louis XVIII et est monté sur le trônesous le nom de Charles X.
Par ailleurs on notera à l’arrière l’existence d’une porte murée. Sans doute s’agissait-il d’une Porte des Morts. C’est que le cimetière qui entourait l’église était fait de deux parties, la plus grande constitue le Plan Jean Moulin, et la plus petite occupait la partie de la route de Béziers qui longe l’édifice. C’est par la rue de Caville, le chemin de Béziers, qu’on quittait Cessenon en direction de l’est.
Perpendiculaire à ladite rue une impasse porte le nom d’impasse de Caville mais on l’appelait autrefois « chemin des Litanies » et je ne désespère pas de la voir baptisée un jour impasse Jacques Cros. Diantre c’est là qu’habitaient mes parents quand je suis né ! Oh, un logement minuscule : une petite cuisine et une grande chambre munie d’un fenestron ! Quand je conduis une visite du village et que j’en suis à ce stade de ce que je fais découvrir, je me justifie régulièrement d’un : « Je suis communiste mais j’ai des excuses ! »
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Posté le 21.02.2008 par cessenon

Il est sur le versant nord du Pech de Lugné, que Christian Laux appelle "La Cooa de la Cabra", pas très loin du col de Castel Pourtié mais il n’est pas facile à découvrir et de nombreux Cessenonais ignorent comment on l'atteint. Le col de Castel Pourtié est aujourd’hui accessible en voiture grâce à une piste carrossable, récemment aménagée pour la lutte contre les incendies de forêt.
Il faut, à ce niveau, suivre un sentier qui part en gros en direction de l’est. Un premier cairn signale une bifurcation. On continue à gauche, en restant à l’horizontale. On traverse ainsi un bois de chênes verts et d’arbousiers.
Plus loin on rencontre un deuxième cairn. On prend alors à droite un tracé assez peu marqué qui monte et conduit à une manière de clairière.
Il s’agit en fait d’un pierrier fait de schiste gréseux, c’est du moins ainsi qu’une agrégée de sciences naturelles a identifié les cailloux qui occupent l’espace.
Le dolmen n’est pas d’une dimension imposante, c’est une espèce de couloir couvert d’une dalle. A l’avant un mur de pierres sèches forme un enclos qui en précède l’entrée. Quelle était la fonction de cet enclos ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre à la question !
Que dire de plus ? Pas davantage sans doute sinon que j’en avais entendu parler quand j’étais élève mais qu’il m’a fallu attendre de nombreuses années avant de le situer. J’ai d’ailleurs pu le faire grâce aux indications que m’a données un chasseur.
Tout à côté de celui qui est photographié ici, à quelques mètres vers l’ouest, au milieu de la végétation, il y en a un deuxième mais la couverture s’est effondrée et il ne reste que la fosse. Celle-ci a été fouillée par Francis Fernandez qui y a trouvé des perles en verre aujourd’hui exposées au caveau de vente de la cave coopérative de Berlou.
J'ai appris qu'il en existe un troisième mieux conservé mais j'ignore où il est.
Posté le 22.03.2008 par cessenon

Photo Maryse Aigon
Lors de la journée de printemps de la section des retraités du SNES34 les participants ont été invités à déambuler dans quelques rues du vieux Pézenas. Ils ont également eu l’occasion de visiter le Musée de la porte et de la ferronnerie.
Celui-ci se trouve rue de Montmorency, à deux pas de la butte du château. Il a été créé en 1993 par Serge Ivorra, un menuisier dont l’atelier est situé quelques mètres plus haut. Serge Ivorra est par ailleurs responsable de l’Association pour la Sauvegarde des Métiers du Bois.
Ah, n’allez pas croire que dans la hiérarchie des métiers le menuisier est au-dessous de l’ébéniste, Monsieur Ivorra nous a détrompés à ce sujet !
Le musée ? Il occupe cinq salles auxquelles on accède par des escaliers assez abrupts. Eh diantre c’est qu’il n’y avait ce jour-là que des retraités pour cette visite !
Que contient-il ? Des portes tant que vous en voulez, datées du XV° au XX° siècle, récupérées à Pézenas ou dans les environs. Il y a aussi toute une exposition de ferronnerie : outil, clous, heurtoirs, espagnolettes, crémones, gonds, moustaches (ah oui, les moustaches sont des éléments de fixation qui ont précisément la forme de moustaches !)…
Notre conservateur est tout à fait en accord avec la signification première de sa fonction, il est résolument contre le PVC responsable de beaucoup de choses : ça brûle vite, ça dégage des fumées toxiques, ça se dissout dans le liquide qu’il contient… bref il n’y a que le bois qui a grâce à ses yeux !
Il n’est pas non plus trop d’accord avec la peinture qui pénètre et abîme ce qu’elle recouvre
Le bois des portes ? Nous avons eu un faible pour le noyer mais beaucoup d’autres ont été utilisés par les artisans : pin, châtaignier, chêne, peuplier… Sur cette porte achetée en Tunisie les montants sont en jujubier et les panneaux en palmier. Son système de fermeture, tout en bois, est assez sophistiqué. Une barre de bois coulissante assurait la sécurité. Sans doute est-ce l’origine de l’expression « Barrer la porte » ! Des anneaux de diamètres différents servaient de heurtoirs à tel ou tel membre de la famille.
Bon, les clous ? Très souvent les portes étaient cloutées avec des clous dont la tête à la forme d’un losange. Ils permettaient l’assemblage de plusieurs panneaux superposés.
Le bas de la porte a souvent été endommagé par le temps et des réparations se sont soldées par des planchez horizontales qui ont détruit l’harmonie de l’ensemble. Voilà justement un dispositif équipé de charnières qui permet de voir ce qu’était la porte avant sa réfection.
Ici une fenêtre est pourvue de carreaux de taille modeste enchâssés dans une armature de plomb. On ne savait pas encore fabriquer de grandes surfaces en verre.
Cette porte colossale est munie d’une serrure dont le trou est si grand que son propriétaire s’est déclaré incommodé par le courant d’air qui en résultait ! Nous livrons l’anecdote telle qu’elle nous a été racontée !
Pour finir nous citerons la « sublime porte » une œuvre réalisée par une élève en formation dans les métiers du patrimoine. Elle n’est pas encore patinée par le temps !
Posté le 22.04.2008 par cessenon

Il n’est pas rare de trouver dans les Cévennes protestantes une pierre tombale dressée dans un jardin, un pré, un champ, une « faissa » (une bande de terre entre deux murets)…
Celle-ci se trouve à Grizac, un hameau de la commune de Pont-de-Montvert en Hautes Cévennes. On la doit à Jacques Mauduy.
La pratique des protestants d’enterrer leurs morts sur leurs terres remonte à l’époque de la persécution religieuse dont ils ont été victimes de la part de l’Eglise et du pouvoir qui s’appuyait sur elle. Pour tout dire les protestants étaient interdits de cimetière catholique. « Mais voit-on que le somme en perde de son prix ? » a dit La Fontaine.
La tradition s’est perpétuée et se perpétue encore bien que la législation en la matière ne le permette plus. Toutefois il y a une manière de tolérance puisque aussi bien l’employé communal vient creuser la tombe dans la propriété privée où est prévue l’inhumation.
Les paysans ne sacrifiaient pas trop d’espace pour constituer leur cimetière familial. C’est que la terre est quelque chose de précieux. Aussi, au enterrait les générations, les unes sur les autres, seuls les derniers arrivants pouvaient être repérés.
Ici la pierre tombale est, comme c’était souvent le cas, en granit. Le maçon qui l’a gravée n’avait pas une parfaite maîtrise de l’orthographe puis qu’il est écrit EGENIE en lieu et place d’EUGENIE.
Il était habituel de raccourcir le nom des mois en « bre » en utilisant des chiffres : 7bre, 8bre, 9bre, 10bre. La défunte est décédée le 6 septembre 1872. Il n’est pas facile de déchiffrer l’âge qu’elle avait.
On pouvait aussi inscrire sur la pierre tombale un extrait de la Bible. J’ai trouvé très émouvant ce qu’a choisi mon épouse pour sa mère. Celle-ci, handicapée par l’âge, ne sortait plus de sa maison et son contact avec l’extérieur se réduisait au cocorico venu de la basse-cour. Ce dont rend compte le texte : « En ce temps là le coq chantait. »
Jean-Pierre Rouméjon vivait seul. Ses voisins le voyaient sculpter, d’une manière discrète, une pierre. C’était sa pierre tombale. Il est mort en 1925, son œuvre n’était pas tout à fait terminée. On la plaça tout de même sur sa sépulture aménagée dans le pré des « Faus » qui lui avait appartenu.
Chaque été la faux puis la motofaucheuse ont coupé l’herbe qui avait poussé sur le petit tumulus orienté est / ouest formé devant la pierre. Chaque année cette herbe est séchée, fanée, engrangée, consommée avec le reste.
Dans le Biterrois, on peut voir des tombeaux érigés au milieu de vignes. Il ne s’agit pas de protestants mais de propriétaires aisés qui avaient le désir de reposer pour l’éternité sur leurs terres. La législation actuelle, l’évolution des mœurs, font qu’ils ne sont plus utilisés.
Posté le 29.04.2008 par cessenon

L'intérieur du maset
Pierre, quel Pierre ? Mais l’ami Pierre Escande de Murviel ! Peppone si vous préférez !
Ce lundi 28 avril Pierre m’a emmené voir le petit maset qu’il possède sur une terre située à quelques centaines de mètres des Carratiers, une « campagne » où vivent présentement trois familles, dans le tènement du Plô de l’Euze.
Pierre a fait remarquer qu’il n’y a pratiquement pas de maset à moins de deux kilomètres du village. Mais ici nous sommes au-delà de cette distance, pas loin de trois kilomètres sans doute.
Apparemment la bâtisse a servi d’habitation, au moins de manière saisonnière. On peut voir en effet una aiguièra (un évier) en pierre ainsi qu’un potager, un peu abîmé. La cheminée a été enlevée mais son emplacement est repérable. Un fenestron, aujourd’hui muré, devait éclairer la pièce qui est au rez-de-chaussée. A l’étage la petite fenêtre existe toujours Ah il n’y avait pas d’escalier pour accéder à ce niveau, mais une échelle. Il n’y a là qu’un simple plancher, pas très en état, qui a dû recevoir la pastura (le fourrage) destinée à nourrir le cheval à la pause de midi.
Pierre a entreposé à l’intérieur quelques petits trésors récupérés ici ou là. Il y a par exemple un ventaire (un tarare) et un dispositif volumineux qui servait à tamiser une farine grossière afin d’en obtenir une plus fine laquelle était utilisée pour fabriquer le pain. C’est un vrai meuble ! Pierre explique qu’une étoffe en soie entourait un châssis en bois que l’on faisait tourner à l’aide d’une manivelle.
On trouve encore à l’intérieur du maset une motopompe Bernard avec une « poulie folle » sur laquelle on plaçait la courroie quand on voulait débrayer. Elle a dû être employée pour soutirer du vin. Il y a aussi une roue de charrette de grand diamètre. Sans doute une charrette dont le plancher pouvait recevoir quatorze comportes estime Pierre. Des tronçons de cercles de vaissel (de foudre) sont entreposés dans un coin.
Il y a le traditionnel gril qui servait à faire cuire la côtelette ou la saucisse sur des braises de sarments ! Il y en a même deux : l’un rudimentaire bricolé avec du fil de fer, l’autre plus solide avec des barres. Par contre la petite poêle a disparu.
Quelques reliques ont été rassemblées pour une photo de groupe : ciseaux de taille tout en métal, podet (serpette) sans manche, piège à perdreau… Il y a même le levier de commande per sarrar la mecanica (manœuvre qui consiste à freiner une charrette en appuyant fortement des sabots sur le bandage des roues.)
On pourrait citer les « servants », barres de bois qui soutenaient les brancards quand on avait dételé le cheval et lo bilhard, pièce de bois en forme de V renversé qui brinqueballait à l’arrière de la charrette… Il y a encore un ròsse (un traineau, même si le mot désigne aussi une herse !) Bref c’est presque un musée que le maset de Pierre !
Posté le 30.04.2008 par cessenon

Cette superbe capitelle se trouve sur le site de l’ancienne mine de lignite des Mattes, sur la commune de Cessenon. Nous y avions effectué un arrêt lors de La Passejada organisée par La Burla, le cercle occitan du village, qui avait eu lieu le dimanche 30 mars 2008.
Jacques Durantou, notre photographe, est revenu sur les lieux pour la prendre en photo.
Rappelons d’abord le peu que nous savons sur la mine des Mattes. Elle apparaît pour la première fois dans les textes le 28 avril 1633. Un prix fait est alors passé entre Hercules de Fraissinet de Vessas, châtelain de Cessenon, et Claude Janin, écuyer habitant Gabian, pour l’exploitation de la charbonnière.
Un bail est signé le 24 janvier 1771 par Jean Constans demeurant à la métairie dite de La Matte pour la mise en chantier de la mine et l’extraction de charbon par Jean Milhau de Combejean et Pierre Clary de Graissessac.
On a la trace de différends entre la communauté de Cessenon et diverses personnes ayant pris du charbon de manière non autorisée, notamment avec Jean Milhau et le sieur Giral entrepreneur de verrerie à Hérépian.
Dans une lettre au sous-préfet de Saint-Pons, en date du 22 juin 1812, Rossel, le maire de la commune, rend compte de la situation de la mine. Elle a été achetée au sieur de Jougran, acte notarié du 27 frimaire An VI, par Charles Vigne. Elle est restée fermée un an à la suite d’un arrêt du préfet puis a repris son activité avec un seul ouvrier un unique puits ouvert. Le charbon est utilisé pour chauffer un four à chaux.
La mine fonctionne pendant la guerre de 14-18 ferme ensuite et rouvre pendant celle de 39-45. Une soixantaine d’ouvriers et d’ouvrières, celles-ci triant le charbon en surface, travaillent sur le site.
Une partie du lignite est apporté à la tuilerie, Alphonse Miro a obtenu l’adjudication du charroi qu’il effectue avec un tombereau et un cheval. Le chemin qu’il suit est noirci par la poussière de charbon. Le lignite est également employé par les locomotives du chemin de fer d’intérêt local.
La société qui exploite la mine des Mattes a une maison à Cessenon, dans laquelle officie Gaston Bullich le comptable, sur la route de Saint-Chinian. Celle-ci s’effondrera sans toutefois faire de victime mais en causant à coup sûr une belle peur aux voisins. Cela se passait avant les années 50.
Guère plus tard la mine prendra feu et sera définitivement abandonnée. Des fissures d’où s’échappait une fumée peu engageante se formèrent alors sur le sol de diverses vignes du secteur. Même qu'un cheval qui labourait s'était enfoncé dans une crevasse qui s'était formée sous lui et avait été brûlé aux pattes !
Une des galeries partait de la baraque de l’âne. Ah, pourquoi ce nom ? Eh bien nous devons l’explication à Jean-François Favette. Un jour d’orage un viticulteur se trouvait dans sa vigne située au-dessus. Il vint se mettre à l’abri dans la capitelle. L’âne l’y suivit. Il y rentra très bien, quant à en sortir ! Essayez donc de faire reculer un âne qui s’y refuse ! Son propriétaire dut demander de l’aide pour l’en extirper.
Posté le 06.05.2008 par cessenon

Photo Paul Barbazange.
Traduction : Le puits avec son seau, sa poulie et sa chaîne.
Le puits se trouve près de la « campagne » de La Matte qui est sur la commune de Prades s/ Vernazobre, à la limite de celle de Cessenon. C’est un puits couvert (il ressemble assez à une capitelle mais les pierres sont reliées les unes aux autres avec un mortier), étroit, profond, 4 ou 5 m au moins, qui devait alimenter la maison d’habitation, laquelle se trouve à quelques dizaines de mètres de là.
Il y a longtemps que La Matte n’est pas occupée, sauf peut être de manière épisodique, vacances ou week-end. Et longtemps aussi que le seau n’a pas remonté de l’eau du puits. Il est d’ailleurs complètement inutilisable, es tot traucat (il est tout troué), pour tout dire il manque le fond.
La Matte est pourvue d’une citerne (une date, 1954, indique l’année de sa construction) qui récupère l’eau de ses toits.
Dans un écrit de 1771 concernant la mine de lignite des Mattes il est fait état d’un certain Jean Constans qui était à la métairie dite de La Matte. S’agit-il de La Matte près de laquelle est ce puits ? Quel lien entre La Matte et Les Mattes ?
Nous sommes ici sous le bois de Pierrerue dont la majeure partie appartient à un Danois. Un bois de 220 hectares situé sur Pierrerue donc, Cazedarnes, et surtout Prades s/ Vernazobre. Des chemins ont été tracés, des clôtures ont été mises et une chasse privée a été constituée.
Ce bois fournissait le combustible à des fours de verrier dont l’existence est attestée tout au long du Moyen Age.
Le tènement produit un vin haut de gamme, un des meilleurs de l’AOC Saint-Chinian avec un faiblement rendement à l’hectare : 30 hectolitres. Dans le secteur les ceps manquant d’une vigne ont été remplacés par des somesas (par marcottage.)
Le paysage est plutôt beau mais la randonnée dans le coin n’est pas conseillée en été, il y fait chaud. Personnellement j’étais dans les parages le 11 septembre 2001 avec des amis. Mais à ce moment là nous ne savions pas ce qui se passait à Wall Street. Arrivée chez elle une des participantes avait allumé son poste de télévision, avait vu la scène des avions percutant les tours, avait changé de chaîne et se demandait pourquoi c’était le même film de science fiction qui était programmé au même moment sur toutes les stations !
Posté le 09.05.2008 par cessenon

La pièce en bois en forme de Y renversé est désignée en occitan sous le nom de « bilhard. » Elle était suspendue à l’arrière de la charrette, sous le talon de celle-ci et elle se balançait lors de son déplacement. « Lo bilhard » pouvait aussi avoir la forme d’un V, également renversé.
La photo a été prise dans la cour de l’ami Pierre Escande à Murviel qui a récupéré la pièce dans quelque remise où elle avait été abandonnée.
Bien qu’ayant vu souvent un bilhard brinqueballer à l’arrière d’une charrette je n’avais pas vraiment compris sa fonction : empêcher que le talon ne racle le sol dans les endroits en pente ? Permettre que la charrette soit maintenue horizontale quand on avait dételé ?
A cette dernière fin existait à l’avant, des béquilles qui se rabattaient sous les brancards et qu’on désignait sous le nom de chambrières. Une chambrière pouvait aussi avoir la forme d’un V et se replier sous le plateau de la charrette.
J’ai pu voir ailleurs, un poids, en fait une pierre, dans laquelle était fichée un crochet, et qui permettait d’équilibrer de grosses charrettes transportant de lourds chargements sur de longues distances. Je suppose qu’on devait déplacer le poids en fonction de la pente.
En fait, nous devons l’explication à Pierre, lo bilhard permettait à la charrette de ne pas lever les bras au ciel quand on voulait atteler.
Posté le 11.05.2008 par cessenon

Photo Paul Barbazange
Cette croix se trouve à Cessenon au-dessus de qu’on appelle Lo Roc d’Aiga Ca. D’ailleurs elle est mentionnée dans une délibération du 18 février 1731 des consuls concernant la réfection de la route de Cazedarnes comme la Croix du Roc d’Aigue Ca.
Ce Roc d’Aiga Ca est un énorme rocher qui domine le village côté sud et où en période de pluie l’eau se fraie un passage et forme la cascade de La Pairola.
La croix en question est à la bifurcation des chemins qui vont, à gauche au Viala, et au-delà à Cazedarnes, à droite à Ratiès.
L’abbé Segondy indique dans son ouvrage sur Cessenon qu’elle est en marbre rose et qu’elle a été mise en place à la suite d’une décision du conseil municipal prise le 10 août 1788 sur un piédestal qui en avait supporté une plus ancienne.
Selon les indications qui figurent sur une plaque apposée sous son socle elle date du 17ème siècle et est dénommée « Croix des litanies. »
Il existe à côté de l’église du village une impasse, l’impasse de Caville, autrefois appelée « Chemin des Litanies. » Il est probable qu’il devait conduire à la croix d’Aigue Ca.
Ah, les litanies ? Ce sont des suites de prières (en grec le mot signifie prière) avec des répétitions que les fidèles récitaient lors des processions. Par exemple on pouvait entendre presque indéfiniment « Seigneur prends pitié » ou « Priez pour nous. »
J’ai entendu dire par mon père qu’autrefois passaient dans le village des personnes qui psalmodiaient d’une manière parfaitement incompréhensible, devant la maison de celui qui en avait payé le prix, les « Dix psaumes », qu’on appelait d’ailleurs les « chisaumes. »
Posté le 15.06.2008 par cessenon

Vers le haut des Mattes Basses
Une carabelle imposante
Oui à Faugères le mot « carabelle » désigne ce qu’ailleurs on appelle « capitelle. »
Evidemment l’Association Pierres Sèches vie qu’anime de manière si dynamique Mme Claude Froideveaux ne pouvait que participer, via diverses initiatives, à la semaine consacrée au sujer.
Nous avons suivi celle pour laquelle rendez-vous avait été donné au public le samedi 14 juin à 14 h 30 devant le caveau de Faugères. Nous allons être une vingtaine à y participer.
Au programme visite d’un ensemble situé dans un tènement appelé « Les Mattes Basses » le mot « mata » signifiant touffe, buisson dans la langue occitane. Ici une superficie de 3.5 hectares est traversée ou limitée par un dédale de murets, qui soutiennent las laissas, ces terrasses dont le nom est dû à la bande de toile que les Romaines utilisaient en guise de soutien-gorge.
Il y a eu de la vigne ici, c’est peut-être pour la planter au moment de la prospérité viticole que le terrain avait été défriché. Par endroits le viticulteur a été amené à composer avec la roche qui affleure. Il a donc fallu qu’il soit obstiné pour arriver à faire prendre puis cultiver ses ceps dans cet environnement ingrat. C’est qu’on n’avait pas alors la ressource du désherbant !
Plusieurs « carabelles » sont déjà restaurées. Certaines sont intégrées dans un mur, d’autres sont isolées. Curieusement, comme les centres de résistance à Dien Bien Phu, elles portent souvent des prénoms féminins : Hélène, Florentine, Mireille, Sylvie…
La plus grande est vers le haut des Mattes Basses. Elle possède une embase rectangulaire de 3 x 4 m d’où part, en ellipses successivement réduites, la voûte qui se termine très haut au-dessus de nos têtes. Claude nous donne ici les techniques de la construction, les pierres avançant d’un cinquième sur celles sur lesquelles elles reposent.
Curieusement cette capitelle contient une citerne alimentée de façon très imparfaite par un tuyau qui a eu vocation à récupérer l’eau du toit. En fait il y a là une source qui remplit la citerne.
Notre guide évoque le propriétaire des lieux qui emportait pour son casse-croûte una alencada e una ceba (un hareng et un oignon.)
Là quelques pieds de vigne ont survécu cependant qu’ont pu être sauvés, un olivier, deux cognassiers, un abricotier… Deux autres oliviers, arbres de paix, ont été plantés par les élèves de l’école de Faugères. Ah celui-ci a été baptisé Eddy, le prénom du bébé né à la station service de Bel Air sa maman n’ayant pas pu aller accoucher plus loin !
Ici los budèls (les éboulis) ont été remontés lors de stages effectués sur le site. Budèl ? Un terme qui ressemble à vudèl (les deux mots se prononcent de la même façon !) la version locale de « veau » la traduction exacte étant vedèl. A propos d’un mur qui s’est effondré sur une grande longueur on dit « Es pas un budèl es una vaca ! » (Ce n’est pas un veau, c’est une vache !)
Lors de la réfection de ce muret on a aménagé un assetador (un endroit pour s’asseoir.) Exposé au soleil et abrité du vent on emploie aussi l’expression « un canhard » pour désigner un tel dispositif.
Tout cela est « sur-veillé » par les gardiens, des réalisations en céramique représentant des êtres aux allures parfois inquiétantes, placées dans les branches des chênes verts qui ont prospéré sur las barras (c’est aussi ainsi que j’ai entendu appeler las laissas) depuis la fin de l’exploitation de la vigne il y a pas loin de soixante-et-dix ans.
On va revenir vers le caveau où est prévue une dégustation. Pour y avoir goûté, le chroniqueur peut vous parler en termes élogieux du vin blanc étiqueté « Floréal. » Par contre il ne peut rien dire de la cuvée « Pierres Sèches ! »
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