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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Personnages pittoresques

le poste radio et la moto de Vicente

Posté le 11.08.2006 par cessenon
Il s’appelait Vicente. C’était un homme de petite taille. Par dérision on le surnommait de Gaulle. Il était venu d’Espagne, n’avait pas la maîtrise du français et ne devait savoir ni lire ni écrire.
Il avait été embauché comme ramonet à la campagne de Saint Denis qui est tout à côté de celle de La Bousquette. Il y vivait avec sa famille.
Ayant gagné un peu d’argent dans son emploi, il était allé à Béziers acheter un poste de TSF. C’était au moment de la guerre de Corée. Il aimait bien Tino Rossi mais les informations concernant ce qui se passait de part et d’autre du 38ème parallèle dont on rebattait les oreilles des auditeurs ne le passionnaient pas. Aussi il voulait un poste radio diffusant Tino Rossi mais pas les communiqués sur la Corée. Le vendeur trouva facilement une station sur laquelle on pouvait, au moment de l’achat, entendre le chanteur préféré de notre bonhomme. Evidemment rentré chez lui il fut confronté à la diversité de ce que diffusait la station !
Tiens à propos de 38ème parallèle, La Lolotte, l’ami de mon père, avait une vigne dans le tènement de Las Tres Carriers fort éloigné du village et qui est dans le même secteur que La Bousquette. Quand il partait la travailler il déclarait qu’il se rendait au « 38ème parallèle » !
Mais revenons à notre Vicente. Le domaine de Saint Denis avait changé de propriétaire et de ramonet il était devenu ouvrier agricole à Saint Blaise qui est en contrebas. Il habitait alors à Cessenon et circulait à moto entre le village et la campagne où il était à présent employé. Il avait une 125 cm3, engin qui n’avait pas jusque là besoin d’un permis pour être conduit.
Plus tard la législation ayant changé, il en fallait un. Toutefois ceux qui possédaient de telles cylindrées au moment du changement pouvaient par simple demande être dispensés de passer le permis.
Hélas, mal informé de la procédure à suivre, il n’avait pas fait le nécessaire, il fut donc arrêté et verbalisé par les gendarmes. Il n’avait plus que la ressource de passer le permis de 125 cm3 lequel ne comportait d’ailleurs qu’une épreuve de Code.
Mais comme apprendre le Code quand on ne sait pas lire et qu’on ne maîtrise pas le français ? Ses nombreux essais se soldèrent systématiquement par un échec. Il me semble qu’il se présenta onze fois sans jamais obtenir le permis et mourut sans l’avoir.
Après chaque tentative mon père, qui était son collègue de travail, l’interrogeait sur les questions auxquelles il avait dû répondre. Les réponses qu’il donnait n’étaient jamais les bonnes. Ainsi devant un panneau indiquant un virage dangereux il avait commenté, avec un fort accent espagnol, « C’est oun croc ! »
Une autre fois, interrogé sur les consignes de prudence qu’il fallait respecter à la traversée d’une agglomération, il avait buté sur le mot agglomération et le lendemain avait expliqué à la còla son échec d’un « ¡ En España no hay de aglomeración ! »



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Vitòret le pétomane

Posté le 26.06.2006 par cessenon
Le prix du pétomane !

Je ne crois pas l’avoir connu, du moins je n’en ai pas de souvenir de lui. Son nom de famille devait être Lavit et son prénom sans doute Victor. C’était un petit viticulteur, comme il y en avait dans les villages du Biterrois.
Vitòret était un grand-oncle d’Edgar Faure lequel, né à Béziers en 1908, avait été un moment scolarisé à Cessenon pendant la guerre de 14. C’est Pascal Beltran, un Cessenonais, décédé il y a peu de temps, qui m’avait appris qu’il l’avait eu comme camarade de classe à l’école primaire du village. Le père d’Edgar Faure était médecin-major et sa mère s’était repliée de Béziers à Cessenon pendant une partie de la guerre. Ce Vitòret avait un frère docteur qui exerçait au village.
Je ne sais pas si Edgar Faure ressemblait à Vitòret mais quand il passait à la télévision mon père ne manquait pas de dire : « Aquí avèm Vitòret ! » (Voilà Vitòret !)
Le grand-oncle viticulteur avait deux particularités : c’était une basse remarquable et par ailleurs il pouvait péter pratiquement à volonté. D’ailleurs un pari avait été engagé sur la place avec un marchand de chapeaux. Celui-ci avait parié à Vitòret que s’il pouvait faire cent pets d’affilée il lui donnerait un chapeau. Marché conclu, les cent pets furent consciencieusement comptés et Vitòret en rajouta même une tirade supplémentaire pour le cas où il y aurait eu des erreurs dans le décompte.
L’épouse de Vitòret s’appelait Albanie. Le mari ne finassait pas avec sa femme et les voisins l’avaient entendu, de sa voix grave, menacer de détruire une cuvette qui se trouvait sur son passage d’un « Albania ramba aquela cornuda autrament te l’engruni ! » (Albanie, enlève cette cuvette, sinon je te l’abîme !) En avril 1939 quand les troupes de Mussolini ont envahi l’Albanie, Vitòret avait eu cette réflexion « Se disputan per l’Albania i la li doni tota ! » (Ils se disputent pour l’Albanie je la leur donne entièrement !)
Le frère de Vitòret n’était assurément pas le médecin des pauvres. Son premier souci quand il allait voir un malade, à l’époque où la sécurité sociale n’existait pas, était de savoir qui le paierait : « Qual sap qual me pagara ? » (Qui sait qui me paiera ?) Une fois au cours d’une visite, ayant entendu un coassement, il avait découvert, remède de bonne femme, un crapaud sous le lit du patient. Il s’était indigné d’un : « Es tot fotut se creses a-n-aquò ! » (C’est tout perdu si vous croyez à cela !)
Le frère de Vitòret avait eu une occlusion intestinale, ou quelque chose d’approchant, qui devait l’emporter. Vitòret était allé lui rendre visite et, comme à l’accoutumée, pétait sans retenue particulière dans la chambre du mourant. Cela n’avait pas indisposé l’agonisant qui avait dit au pétomane : « Peta Vitor que si podiái petar seriái pas mortel ! » (Pète Victor que si je pouvais péter je ne serais pas à l’article de la mort).

Cucarella, « lo marmoton »… et la suite

Posté le 24.06.2006 par cessenon
Le tableau, aux couleurs fanées,
du train à la sortie du tunnel de Réals.
(Photo prise par Jean-François Favette)


Il s’appelait Cucarella. Je l’ai un peu connu car il habitait dans ma rue, plus exactement au fond d’une impasse qui en forme un appendice. Il était peintre en bâtiment et un peu artiste aussi. Je suppose qu’il était d’origine italienne, mais je ne garantis rien.
Quand il est né son père était très fier et avait projeté de « faire sautar lo marmoton ». Lo marmoton ? C’était une pyramide tronquée à base carrée, en fonte, évidée en son centre. Quand on voulait célébrer un événement important on la bourrait de poudre et on mettait le feu. Cela imitait un coup de canon.
J’ai vu mon grand-père charger lo marmoton derrière le roc d’Aiga Ca où en période de pluie coule la cascade de La Pairóla. Cela devait se passer en 1945, soit pour l’armistice, soit pour le 14 juillet qui l’a suivi. Je me rappelle qu’accompagné de mon père nous revenions d’une vigne récemment acquise et que nous nous étions arrêtés pour le saluer.
Je crois que la dernière fois où fagueron petar lo marmoton a été en 1958 lors de la première élection de Raoul Bayou comme député. Du moins c’est ainsi que j’ai identifié le bruit que j’ai entendu ce soir-là et c’est l’explication que j’ai donnée à la jeune fille avec laquelle… j’étais dans l’herbe.
L’ambition du père de Cucarella donnait presque dans la démesure puisqu’il avait rêvé de faire de son fils un artilleur. Il faut dire qu’on recrutait les artilleurs parmi les hommes forts. Hélas Cucarella fils ne répondit pas à l’attente du père. Il était handicapé et claudiquait un peu.
Cela ne l’empêchait pas d’exercer son métier. Il le faisait avec un certain humour. Chargé de peindre la devanture d’un café - restaurant qui s’installait au village, il avait demandé au propriétaire quel nom il devait lui donner. La réponse de celui-ci lui avait laissé toute latitude : « Fai lo a ton idea » (Fais-le à ton idée). La consigne avait été strictement respectée, l’établissement s’était appelé « Café - Restaurant A MON IDEA ».
Il avait décoré la maison de maître du domaine de Viranel et avait demandé à son commanditaire l’autorisation de lui mettre des « serpientes » sur la façade, en fait des serpentins. Ils y sont toujours !
Je tiens l’information qui suit de mon collègue et ami Jean-François Favette. Cucarella avait peint une « baraque » de vigne sur la rive gauche de l’Orb, du côté de Varailhac, aujourd’hui démolie. De là on pouvait voir l’entrée du tunnel de Réals situé en aval, sur la rive droite. A l’intérieur, sur un des murs de la « baraque », notre artiste avait fait un tableau montrant la locomotive sortant du tunnel et s’engageant dans la plaine avec, tout à côté une pendule indiquant de manière immuable l’heure de son passage à cet endroit.
Cucarella est enterré au cimetière de Cessenon. Mais je ne connais pas l’emplacement de sa tombe.

Le four à pain de chez Le Céléric

Posté le 24.06.2006 par cessenon
Photo Jean-François Favette

Il s’agit de ce que l’on appelait un four banal, c’est à dire lié au domaine du seigneur du lieu. Il y avait pour les habitants obligation d’utiliser ce four et bien sûr son usage était payant.
Il se trouve à Cessenon sur une petite place, joliment rénovée, que précisément on appelle La Placette, en appendice de la rue du Barry d’Orb. Il était resté longtemps caché dans une maison qui appartenait à un certain Léon Gatorze.
Ladite maison devait abriter un musée mais son état de délabrement était tel qu’il a été préférable de la démolir faisant donc apparaître ce qui était resté caché pendant des siècles. Evidemment La Placette en est devenue d’autant plus spacieuse, ce dont les riverains ne se plaindront pas !
Il y aurait eu deux fours à pain banaux dans le village. Ce qui est remarquable ici c’est le système de fermeture de l’entrée du four. C’est une pierre d’une dizaine de centimètres d’épaisseur, montée sur un châssis en fer qui pivotait. C’est le même dispositif que l’on peut voir sur le four de Thézanel, une « campagne » située sur la commune de Cazouls les Béziers, avec cette particularité que là la porte est pentagonale.
Le Léon Gatorze qui habitait là était un personnage. On lui connaissait au moins deux surnoms : Céléric et La Grossa Violona. Ce dernier pouvait éventuellement se décliner en Le Violon. Vieux garçon, c’était pratiquement un marginal, mais un marginal à l’ancienne !
Il avait un bout de vigne et faisait des journées de greffe. C’était un greffeur réputé. Il n’avait par ailleurs pas d’activité professionnelle régulière. Il n’avait pas de jardin non plus mais circulait avec… constamment une musette en bandoulière. Il devait bien braconner quelque peu aussi.
Il était d’assez forte corpulence et invariablement vêtu d’un bourgeron noir. Il allait prendre son café au Helder, l’un des deux bistrots du village, où il lisait le journal, prenait les nouvelles qu’il colportait ensuite. Question… « affectif » La Goudoune (l’épouse du Goudou, que celui-ci avait sortie de la prostitution) lui rendait quelque peu service, du moins tant qu’il a pu monnayer ses faveurs avec ce qu’il y avait dans sa maison.
Selon la version de mon père, quand il n’y eut plus rien de négociable, La Goudoune cessa toute relation et aurait eu ce commentaire : « Ce grand coco, il croyait que je faisais ça au sentiment ! » Mais il faut se méfier de ce que racontait mon père, il savait très bien enjoliver les choses !
Quoi qu’il en soit c’est une belle rénovation du patrimoine qui a été réalisée ici par la commune avec cette restauration de ce four à pain médiéval.

Las auberginas de Jean Frieu

Posté le 22.06.2006 par cessenon
Spécimen de Datura stramonium

Je n’ai pas connu ce Jean Frieu, qui s’appelait d’ailleurs de son vrai nom Andrieu. Je sais, par son petit-fils qui m’a récemment donné cette information, qu’il était bourrelier de son état. C’était un de ces personnages un peu marginaux, excentriques en tout cas, comme il y en avait tant à l’époque dans les villages.
Celui-ci aimait bien boire et quand il avait bu il déambulait la nuit dans les rues en chantant : « Jean Frieu ne veut pas mourir il est trop jeune encore », ceci alors qu’il n’était déjà plus un gamin !
Mais ce qui a fait sa célébrité c’est l’histoire des aubergines. Il avait remarqué qu’au bord de l’Orb poussait une plante, un datura, qui ressemble beaucoup, quand elle n’est pas encore pleinement développée, à un pied d’aubergine.
En fait c’est une plante herbacée annuelle de la même famille, les solanacées, que l’aubergine et il n’est pas étonnant qu’il y ait des ressemblances. Le datura abonde au bord des rivières, dans les terrains sablonneux ou limoneux. Il est plus rare, et même inexistant, dans la garrigue.
Il existe une espèce de datura, le datura meteloides, qu’on appelle aussi l’herbe à la taupe, dont la fleur, blanche, tubulaire, a la forme d’un pavillon. Le datura meteloides sert d’élément décoratif dans les jardins.
On peut ajouter qu’une autre espèce voisine, le datura stramoine, qui donne des fruits ronds garnis de piquants, est connue des toxicomanes lesquels, faute de mieux, peuvent l’utiliser comme narcotique. Point n’est besoin de dealer pour s’en procurer, celle-ci ne manque pas, particulièrement sur les rives des cours d’eau !
Notre Jean Frieu fait donc provision de jeunes plants de datura et se rend à Causses et Veyran, un village sans rivière où l’espèce n’est pas présente. Il s’installe sur la place afin d’y vendre sa récolte comme plançon d’aubergine.
Je ne connais pas la fin de l’affaire et j’ignore si Jean Frieu est revenu entier de son expédition. Mais ce que je sais c’est qu’à Cessenon l’histoire est restée dans les mémoires : les daturas sont toujours « las auberginas de Jean Frieu». J’ai appris, par une collègue originaire de Causses et Veyran, que là-bas aussi on se souvient de l’épisode et qu’on y sait encore ce que désignent « las auberginas de Jean Frieu ».

Un docteur du terroir

Posté le 22.06.2006 par cessenon
C’était le docteur Pierre Calas et il exerçait à Cessenon où il était né au début du XX° siècle. Il connaissait bien le village et les gens qui l’habitaient. Il tutoyait, et c’était réciproque, les patients de son âge. Il pratiquait volontiers l’Occitan, ses diagnostics, exprimés dans cette langue, ne manquaient pas de saveur !
Par exemple ce consultant ayant des problèmes liés au foie s’était entendu dire : « As lo feche coma una aubergina ! » (Tu as le foie comme une aubergine !)
Un peu dans le même registre, ma grand-mère, déjà âgée, l’avait « fait venir » pour un excès d’urée. L’annonce du traitement avait été « Sètz una vielha caçairòla, vòi ensaja de vos estamar » (Vous êtes une vieille casserole, je vais essayer de vous étamer). A quoi ma grand-mère avait répliqué : « Ta maire es de mon temps ! » (Ta mère est de mon âge !)
Le malade pouvait contester le régime qui lui était ordonné. Ainsi La Lolotte, un ami de mon père, avait répondu à la perspective de supprimer la consommation de charcuterie qui avait été envisagée : « Comprenes ben que per faire plaser al feche vòli pas contraria l’estomac !» (Tu comprends bien que pour faire plaisir au foie je ne veux pas contrarier l’estomac !)
Junior Peytavi et son copain Charles Gareilla, l’un vieux garçon, l’autre veuf, allaient régulièrement manger au restaurant de Mauroul où les repas étaient pantagruéliques. Junior, qui était allé consulter, s’était plaint de ce qu’en fermant les yeux il voyait des moustiques. « Quand tanqui los uelhs vesi de moissals ». A quoi le docteur Calas, au courant des excès de nourriture de son client, avait conclu : « As qu’a continuar a anar à Mauròl amb Charles tardaras pas a veire de tavams » (Tu n’as qu’à continuer à aller à Mauroul avec Charles, tu ne tarderas pas à voir des taons).
Le remède proposé pouvait être expéditif. Ainsi un certain Mitsingles (c’était son surnom) s’était plaint de ce qu’il avait mal quand il faisait l’amour : « Quand vòi amb la femna aquò me fa mal » (quand je vais avec ma femme, ça me fait mal). Le traitement était tombé comme un couperet : « as qu’a pas i anar » (Tu n’as qu’à ne pas y aller).
Nous ne le faisions pas venir souvent à la maison mais quand cela arrivait ma mère ne manquait pas après la visite de lui verser de l’eau-de-vie sur les mains pour qu’il se les lave. Je crois que cette pratique avait cours dans toutes les maisons.
J’ai deux anecdotes sur sa venue chez nous. Je n’ai pas vécu la première, et pour cause ! Ma mère n’étant pas bien, le docteur Calas avait été appelé. Après examen il avait constaté qu’en fait elle était tout simplement enceinte, j’allais naître quelque mois plus tard. Mon père avait été surpris de cette situation. Mais le docteur Calas était sûr de son affaire et avait apostrophé mon père d’un : « T’i vòli jogar quaranta sòus » (Je veux t’y jouer quarante sous).
La deuxième concerne une histoire qui avait fait du bruit dans la famille mais sur le moment je n’avais pas compris les choses. Mon frère était adolescent, il était malade et on ne savait pas ce qu’il avait. Oh, ce n’était pas compliqué, il avait une blennorragie ! Eh oui, il s’était offert les services d’une prostituée. Il y a eu bien sûr scandale dans la maison toutefois contre toute évidence, mon frère niait la réalité. A quoi mon père excédé avait déclaré : « C’est ça, tu l’as attrapée en pissant contre le vent ! » C’était resté dans les mémoires et bien plus tard mon frère répétait encore : « Je l’avais attrapée en pissant contre le vent ! »

Les crieurs publics

Posté le 12.06.2006 par cessenon
Chaque village d’importance en avait un, équipé d’un tambour, d’une corne ou d’un autre instrument.
Raphaël, celui de Murviel, avait le défaut majeur d’être bègue m’a appris l’ami Pepone. Avec son remplacement par le système moderne des hauts-parleurs, c’est le garde-champêtre qui officiait au micro. L’annonce de l’installation sur la place du marché d’un charcutier venu d’ailleurs ne manquait pas de redondances : « Saucisses sèches, à l’ancienne, fabriquées comme autrefois » A sa décharge le garde-champêtre expliquait qu’il ne faisait que lire ce qui était écrit.
A Montblanc m’a raconté Henri Galtier c’est assez tôt que le crieur public a été remplacé par le dispositif des hauts-parleurs. Ici, invariablement, la personne chargée de publier le programme de fin de semaine à la salle de cinéma ne manquait pas d’annoncer, quels que soient le titre et le sujet, qu’il s’agissait d’un : « Grand film d’action et d’amour » !
Le même Henri Galtier m’a indiqué que le crieur public de Pézenas prononçait son « Avis » de manière inaudible. Cela donnait quelque chose comme « Awouit ! » à tel point que le père d’Henri, receveur des Postes dans la localité, ne manquait pas de l’imiter en se moquant.
A Cessenon j’ai connu deux crieurs publics. L’un était « La Jacquetoune », c’est à dire la femme de Jacquetou. En fait elle s’appelait Margot. C’était une figure. Elle parcourait les rues du village avec sa corne et se plaçait aux points stratégiques pour faire les annonces.
Je crois qu’elle ne savait pas lire et qu’elle apprenait ses textes par c½ur pour les réciter. En tout cas elle n’avait pas de papier à la main. Elle n’articulait pas clairement mais quand on lui faisait répéter ce qu’elle venait d’annoncer elle se fâchait. « De qu’as dit Margòt ? – De mèrda ! » (Qu’as-tu dit Margot ? – de la merde !)
Son mari la surveillait et lui réclamait de l’argent pour aller boire. Voici ce que donnait le dialogue « Vailò me de mil – n’ai pas – t’ai entendut crida ! » (donne-moi de l’argent – je n’en ai pas – je t’ai entendu crier !)
Les annonces pouvaient devenir parfaitement comiques dans certains cas. J’ai le souvenir de celle-ci : « Ce soir au cinéma Palace, un grand film d’amour, Le mensonge de Nina Pétrovnia ». Je ne garantis pas l’orthographe et n’ai aucun souvenir de ce film. Mais le « Pétrovnia » prononcé par La Jacquetoune avait beaucoup de saveur !
Il y avait des raccourcis qui auraient pu conduire à l’émeute. Par exemple une marchande ambulante de chaussures avait une fourgonnette à l’enseigne « La révolution sandalière. » Eh bien une fois l’annonce de La Jacquetoune avait donné « La Révolution vient d’arriver sur la place. »
La Jacquetoune faisait des efforts pour s’exprimer en Français mais ça n’allait pas toujours de soi. En témoigne cette demande au boucher : « Combien que vous vendez ce feche (ce foie) pendu à ce claveau (ce clou) ? » Ou encore : « Vous me donnerez pour deux sous de morre de porcel qu’amb aquò me recatarai Lo Jacquet » (de museau de cochon qu’avec ça je régalerai le Jacquet).
Oui, La Jacquetoune soignait quand même son mari. Ainsi le voyant à l’agonie elle avait pris une initiative qu’elle avait par la suite jugée heureuse. « Fotut per fotut, qual sap s’ensajavi de le vailar un pauc de vin ? » (Fichu pour fichu, qui sait si j’essayais de lui donner un peu de vin ?) Elle avait introduit le goulot d’une bouteille entre les lèvres du mourant et avait été satisfaite du résultat : « Se reviscocolet ! » (il s’était ragaillardi). Bien sûr le lendemain il était quand même décédé.
L’autre crieur public était Charles Garreilla. Il était handicapé d’un bras mais arrivait quand même à gagner sa vie de divers petits métiers. Le samedi et le dimanche en particulier il tenait, au café du Helder, un jeu d’argent, « Le biribi ». Des cartes, collées sur une planche qui se repliait, étaient présentées sur une table. Dans un sac étaient entreposés des cylindres de laiton contenant, enroulées, des cartes plus petites, identiques à celles qui étaient exposées. Après qu’une main neutre, celle d’un enfant souvent, ait plongé dans le sac et choisi un cylindre, Charles sortait la carte de son étui à l’aide d’une petite tige et celui qui avait misé sur la carte de même valeur avait gagné vingt fois la mise.
Pour Noël, le Premier de l’An, Charles organisait des tombolas, faisant gagner notamment des bourriches d’huîtres.
Charles était au parti communiste et d’ailleurs les réunions de cellule avaient lieu chez lui. Une année les communistes du village n’étaient pas vraiment satisfaits du candidat que le parti présentait dans le canton car il y avait été parachuté. Charles était quand même décidé à voter pour lui, indiquant : « I metriatz un ase, votería per aquel ase ! » (Vous y mettriez un âne, je voterai pour cet âne !)
Un certain André Déjean, un communiste lui aussi, l’avait sollicité comme crieur public pour une mission un peu particulière. Un jour ce Déjean revenait de la vigne avec son cheval attelé à sa charrette. Une bâche, déposée sur la charrette, avait manqué à l’appel à l’arrivée au village. Elle avait dû glisser. Déjean était revenu sur ses pas mais ne l’avait pas retrouvée. Il avait par contre remarqué la présence dans le secteur d’un nommé Pétesquoy, connu pour « prendre avec la main tout ce qui ne nécessitait pas d’échelle » ! Ledit Pétesquoy était donc fortement soupçonné d’avoir récupéré la bâche perdue.
Charles avait été chargé d’annoncer que celui qui aurait trouvé une bâche… était prié de la rapporter… Déjean n’avait pas lésiné sur la dépense, il avait payé à Charles le prix d’une tournée complète du village mais avait ajouté qu’il suffisait de faire l’annonce devant la maison du Pétesquoy. Celui-ci, qui était dans la rue, avait bien entendu l’annonce mais n’avait pas bronché. Déjean qui surveillait sa réaction l’avait interpellé d’un : « As ausit ? » (Tu as entendu ?)
A Cessenon encore, traditionnellement, quand un époux ou une épouse s’interrogeait sur l’endroit où pouvait se trouver son conjoint on lui conseillait de « le faire publier » !
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