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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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Souvenirs d enfance

Le chemin de fer d'intérêt local

Posté le 05.01.2008 par cessenon
La gare de Cessenon
Carte postale


Le chemin de fer d’intérêt local qui reliait Béziers à Saint-Chinian a atteint Cessenon en 1877. Le chef lieu de canton ne le sera que dix ans plus tard.
La voie ferrée était à écartement normal et à Béziers elle partait de la gare du Nord où aboutissait la ligne Montpellier Béziers qui passait par l’intérieur des terres.
Il n’est pas dans mon propos de faire ici un historique de cette ligne de chemin de fer mais d’évoquer quelques souvenirs que j’en ai ou de rapporter quelques anecdotes qui m’ont été contées.
En 1944 mes parents ayant acheté une maison dans la rue de l’Orb nous étions à quelques dizaines de mètres de la voie qui passait sur le rempart qui protège le village des crues du fleuve.
A chaque passage d’un train tout vibrait dans le secteur. A cette époque il y avait, pour le service des voyageurs, quatre allers retours quotidiens Béziers – Saint-Chinian. Le premier passage, dans le sens Saint-Chinian – Béziers devait avoir lieu vers les 7 h du matin, heure solaire s’entend !
A cette époque ce devaient être des locomotives à vapeur qui tractaient les convois. Plus tard sont venues les Micheline dont le sifflet était fort différent des locomotives à vapeur.
J’ai encore dans ma tête l’image du train avec ses wagons désuets circulant de l’autre côté de Orb, en face de mon jardin au niveau de Limore. Là existait un passage à niveau non gardé où j’avais failli me faire accrocher, alors que je le franchissais à bicyclette, par une Micheline qui allait vers Saint-Chinian.
Un passage à niveau non gardé, il en existait un autre à côté de l’école maternelle de Cessenon. La sœur de mon arrière-grand-père y avait été tuée vers les années 1930. Elle était un peu sourde. Sa petite-fille, Lucienne Azorin, née Paraluelo, m’avait dit que le corps avait été déchiqueté et que les morceaux avaient été rassemblés dans une couverture.
Celui du pont sur l’Orb par contre était équipé de barrières manœuvrées par l’épouse d’un employé de « L’intérêt local » qui avait un logement de fonction situé à quelques dizaines de mètres. Il était dans une maison il était dans une maison qui appartient aujourd’hui à Antoine Mendez. Les barrières s’abaissaient et se relevaient à l’aide d’une manivelle tandis que deux portillons permettaient de traverser la voie, à pied ou en conduisant un vélo à la main. Sans doute distrait, Cazas, je n’ai plus son prénom en tête, un artisan maçon qui habitait de l’autre côté du pont, avait un jour foncé dans la barrière avec sa moto !
Quand nous allions au terrain de football le mercredi après-midi il nous arrivait d’avoir à attendre la fin des manœuvres effectuées en gare de Cessenon.
J’ai aussi le souvenir d’un rond de fumée, fermé, échappé de la cheminée d’une locomotive. Même qu’Henri Milian, émerveillé, avait lâché « Une soucoupe ! » Eh non, ça n’en était pas exactement une !
En quittant Cessenon en direction de Béziers la voie était rectiligne. Je revois, c’était en 1951, disparaître la Micheline qu’avait empruntée ma mère qui se rendait à Millau rendre visite à sa sœur aînée avant qu’elle ne meure.
Emile Maillé m’avait raconté l’opération à laquelle il lui était arrivé de se livrer sur cette portion de voie. Il avait été chauffeur puis mécanicien à « L’intérêt local. » A ce titre il venait quelquefois prendre une rame de wagons foudres mise en place sur une voie que la cave coopérative avait fait construire à l’arrière des bâtiments. En général on offrait au mécanicien et au chauffeur un tonnelet de vin « Lo barral. » Mais ce n’était pas toujours pendant les heures d’ouverture de la coopérative qu’ils venaient accrocher la rame à la locomotive. Alors pour avoir quand même lo barral ils profitaient de la ligne droite où ça ne tanguait pas trop pour percer avec une chignole un des wagons foudres (ils étaient en bois) présenter un récipient sous le jet et boucher la perforation avec une cheville après que celui-ci soit rempli.
L’habitation du chef de gare n’était pas un logement très spacieux. J’ai connu son occupant, Roux, qui avait deux fils, Louis et Georges, peu ou prou de mon âge. Ce Roux a fini sa carrière à Montpellier à la gare de Palavas. J’ai eu mangé chez lui alors qu’il avait déménagé. A Cessenon le bâtiment que la famille occupait a été détruit et est devenu une petite place qui porte le nom de Place du 19 mars 1962. Un bon point pour les édiles qui lui ont donné ce nom !
Henri Pignol avait succédé à Roux comme chef de gare mais il n’habitait pas sur le site.
A Réals la gare n’avait rien d’une gare de triage, c’était une simple station, la bâtisse est toujours debout, mais elle permettait à la jeunesse biterroise de venir passer la journée en campagne le lundi de Pâques.
A l’arrêt de Commeyras Emile Maillé faisait descendre les réfractaires au STO qu’il avait amenés jusque là, cachés dans le caisson avec de l’eau jusqu’aux épaules. Ils rejoignaient ensuite le maquis à pied.
Junior Peytavi qui était né en 1900 se rappelait le passage du train venant de Saint-Chinian bondé des jeunes gens mobilisés pour partir à la guerre de 14. Il évoquait cet événement avec beaucoup de tristesse et un peu de colère aussi. C’est que beaucoup de ceux qui étaient dans ce train ne sont pas revenus !
Georges Borras citait le propriétaire d’un hôtel restaurant installé au Foulon, sous la source qui alimente Cessenon en eau potable. Il venait à la gare du village chercher ses clients avec un âne et une carriole. Il annonçait « Cessenon – le Foulon, la ville la campagne ! »
J’ai emprunté quelquefois ce train pour aller à Millau voir mes grands-parents maternels. Je me souviens aussi de l’avoir pris pour participer à une manifestation viticole qui a eu lieu aux arènes de Béziers au début des années 50.
Le service des voyageurs a été supprimé en janvier 1954. Il faut préciser que la crue du 6 décembre 1953 avait emporté le rempart qui supportait la voie et qu’on a dû déplacer celle-ci contre les maisons pour permettre le passage, très au ralenti, des convois.
Le transport des marchandises ne s’est définitivement arrêté que le 31 octobre 1968 (cf. vote du conseil général de l’Hérault en date du mardi 16 janvier à 12 h 25 : 23 voix pour la suppression et l’exploitation du réseau, contre 8 voix.)
Le tronçon Cazouls les Béziers Saint-Chinian était relié au réseau SNCF à Colombiers par une voie qui existe toujours. Elle appartient au conseil général mais sa gestion a été confiée à une société privée.
De ce transport de marchandises je revois une locomotrice diesel à laquelle en dernier on n’accrochait plus qu’un seul wagon. J’ai aussi le souvenir d’une plaque tournante qui avait été placée dans la cour de la tuilerie et des blogs de marbre de la carrière de Coumiac qu’un camion conduit par Germain Blanc apportait à la gare. Ils partaient nous disait-on pour l’Amérique. Depuis nous avons appris que ce marbre a servi a décorer la chambre rouge de la Maison Blanche !
Ah, encore, et ce sera la fin, une image tout à fait insolite : un employé de « L’intérêt local » cultivait une vigne située au bord de la voie, à peu près au carrefour des routes de Saint-Chinian et de Roquebrun. Il utilisait pour le transport de sa récolte une manière de wagon plat qu’avec des collègues il devait pousser à la main pour le conduire jusqu’à la cave coopérative.



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Le drame de Saint-Blaise

Posté le 31.12.2007 par cessenon
Saint-Blaise ? C’est une « campagne » située sur la commune de Cessenon, un peu avant Réals, sur la droite, en venant du village. De même que Sainte-Lucie, elle avait appartenu à un de Millet et c’est son petit-fils Yves Bergasse qui en avait hérité. Aujourd’hui c’est Gaston Bergasse, un des deux fils d’Yves Bergasse, qui gère le domaine.
Le drame a dû se dérouler entre 1945 et 1950. Vivaient alors à Saint-Blaise, le ramonait, un certain Landes, son épouse et leur fils Jeannot âgé de deux ans. C’était la mésentente au sein du couple. Etait-elle frivole, était-il jaloux ? C’étaient constamment des querelles. Lui menaçait sans cesse des pires choses. Loin de calmer le jeu elle le provoquait lui disant qu’il n’était pas capable de mettre ses menaces à exécution.
Hélas ce soir-là il en fut parfaitement capable : avec je crois un fusil l’homme tua sa femme et se fit justice. L’enfant resta seul toute la nuit dans le ramonetage avec les deux cadavres, un spectacle que découvrirent les ouvriers en arrivant au travail le lendemain matin.
Jeannot Landes fut recueilli par des parents, Mme et M. Vareille, un couple qui n’avait pas d’enfant. J’ignore si c’est ce qu’il avait vécu qui a conditionné la suite mais il était assez handicapé au plan psychique. Il avait un temps travaillé au Centre d’Aide par le Travail Thierry Albouy à Béziers. Il est mort jeune, à moins de soixante ans, alors qu’il était déjà pensionnaire à la maison de retraite de Cessenon.
Les meubles des époux Landes furent vendus aux enchères, lesquelles eurent lieu à la Maison du Peuple qui se trouvait alors Rue des Serpentins. Mon frère qui devait avoir 17 ou 18 ans fut mandaté par mes parents pour voir ce qui pouvait être intéressant à acheter.
Il en revint avec une corbeille dans laquelle on avait réuni tout un tas d’objets sans grande valeur et en fait sans aucune utilité, notamment une lampe à pétrole. Cette corbeille et ces objets restèrent longtemps dans la maison familiale, au second étage, dans une pièce qui servait de débarras. Ce que j’ai pu être passionné par les trésors qu’elle contenait !

L’histoire de la petite voiture

Posté le 29.12.2007 par cessenon
Tenant sans doute de mon grand-père maternel, le pastre du Larzac, j’ai toujours été plutôt économe, ce qui ne me conduisait pas d’ailleurs à maîtriser systématiquement mes impulsions d’achat !
Je devais avoir une dizaine d’années et je disposais d’un capital de 40 f. Evidemment je vous parle là de francs anciens, légers si vous préférez. Autant dire que la conversion de mon avoir en valeur actuelle est à peu près impossible à effectuer.
Mon cousin Jeannot Cros, de trois ans plus âgé que moi, avait lui une petite voiture, je la revois, elle était de couleur bleue et c’était la reproduction d’une fourgonnette. Lui avait le sens du commerce, il a d’ailleurs fait carrière dans ce secteur.
Je ne sais pas qui a proposé à l’autre la transaction mais mes 40 f sont passés de ma poche dans la sienne et la petite voiture est devenue mon bien.
Chez moi on me demanda des comptes sur le nouveau jouet qui était le mien. J’expliquai comment je me l’étais procuré. Eh bien ce commerce n’allait pas du tout avec l’état d’esprit de mes parents. Les deux familles s’en mêlèrent et il fut convenu que je devrais rendre mon bien et récupérer mon avoir.
L’affaire dura quelques jours mais un dimanche je rendis la voiture et j’encaissais mes 40 f. Oh, il ne restèrent pas longtemps dans ma poche.
Mon cousin qui avait des visées très claires sur ce magot me proposa de jouer aux billes. Oui, il s’agissait de « quiller » une pièce contre un petit remblai de terre et de la « déquiller » avec une bille ! Nous n’allâmes pas très loin, dans une courette située devant une maison de la Route de Béziers en face de l’endroit où habitaient mon cousin et ses parents. Le lieu était désert, il était parfait !
La partie ne dura pas longtemps, par tranches successives je fus méthodiquement et rapidement dépossédé de tout mon avoir. J’ai en mémoire la scène et surtout la résignation qui l’avait accompagnée. Je n’avais plus ni petite voiture ni mes 40 f mais là je n’avais pas de recours, je me sentais pleinement responsable de ce qui m’était arrivé !
Il n’est pas sûr que cette histoire n’a pas eu des conséquences et conditionné des comportements ultérieurs que j’ai pu avoir ! C’est en faisant des erreurs que l’on avance et là j’avais à coup sûr avancé d’un grand pas !

Lo canton rascanhut

Posté le 07.12.2007 par cessenon
Je n’arrive pas à traduire correctement le mot rascanhut ! Il signifie escarpé quand il qualifie un terrain mais là il s’agit d’autre chose.
Lo canton rascanhut c’était à l’origine une raclée que les jeunes gens flanquaient à celui qui, venu d’un autre village, fréquentait une fille qui était du leur ! Le coin où l’on donnait et prenait des coups donc !
Il est resté longtemps une survivance symbolique de ce canton rascanhut. Les garçons de la classe d’âge d’une jeune fille qui devait se marier avec quelqu’un de l’extérieur se présentaient à son domicile et se faisaient offrir à boire. L’un de ces garçons prononçait un « compliment » au terme duquel étaient vantés les mérites de la future épouse.
Je sais que mon frère avait eu la charge de rédiger et de dire le compliment à l’occasion du mariage d’une fille de Martin, le receveur des PTT de Cessenon. Il paraît qu’il avait très bien rempli sa mission.
J’ai assisté à une manifestation plus spectaculaire. A la sortie de l’église, les garçons de la classe d’âge de la mariée avaient formé une double haie et, munis de fusils, avaient tiré en l’air. Je n’ai malheureusement aucun souvenir du nom de la jeune fille, ni de l’année, ni de la classe qui avait organisé la cérémonie mais je revois la scène, au demeurant très sympathique !
En cas de refus de la famille de recevoir la jeunesse venue réclamer à boire, fait tout à fait rare, était organisé un « charivari » ! Cela consistait à protester bruyamment, à manifester devant la maison, jusqu’à ce que la situation évolue positivement.
En Lozère l’expression « charivari » avait un sens sensiblement différent. C’était un rituel auquel avait droit une veuve qui se remariait. On pouvait mettre en exergue les défauts de celui qu’elle prenait en secondes noces ! Ainsi à L’Hermet, le hameau de ma femme, une veuve avait épousé son valet de ferme. Celui-ci, Brès de son nom et Bressou de son surnom, était originaire de Grizac un autre hameau de la commune, en rivalité avec L’Hermet. Aussi lors du discours prononcé avait-on reproché à la veuve d’être allé chercher « Aquel Bressou de Babylone ! » Il faut dire qu’on est ici en milieu huguenot et que Babylone avait évidemment mauvaise réputation !

A propos de la salle d'Occitanie

Posté le 30.11.2007 par cessenon
A Cessenon, la salle d’Occitanie, lieu de réunion dont dispose présentement la commune, a été aménagée sur un établissement de bains-douches municipaux lui-même construit dans la première moitié des années 50 sur un ancien « magasin ».
L’adjudication avait été emportée par un certain Barbal, un entrepreneur cessenonais. Il avait d’ailleurs eu des inquiétudes lors cette réalisation. Il avait confié à son épouse : « Je fais les douches mais je serai peut-être le premier à prendre le bain ! »
A l’époque cet établissement correspondait à un besoin pour la majorité de la population. Peu de gens avaient en effet chez eux une salle d’eau. Il y avait bien quelques esprits conservateurs, tiens c’était le cas de mon père, qui considéraient que nous avions la rivière et que c’était bien suffisant, mais ils finirent par se faire une raison !
Comme beaucoup de jeunes j’allais prendre ma douche le samedi en fin d’après-midi. C’est Ginot, le garde-champêtre, qui le plus souvent délivrait les billets. On pouvait acheter une petite savonnette et un berlingot de shampoing en plastique transparent que l’on perçait avec un clou de maréchal qui était fourni avec !
Il me semble que l’établissement était également ouvert le dimanche matin.
Naturellement il y avait un côté hommes, à droite, et un côté femmes, à gauche, mais je ne suis pas sûr que la cloison qui délimitait les deux parties montait jusqu’au plafond !
En général ça chantait sous la douche, un vrai concert, certes pas très synchronisé, chacun puisant dans son répertoire personnel sans souci de ce qui était au programme dans la cabine voisine.
Il y a eu, parmi les cartes postales consacrées au village, une vue des bains-douches municipaux avec sur la photo, devant la porte d’entrée, votre serviteur et Jacki Douarche équipé d’un pantalon golf comme en a eu porté à certaines époques.
Les bains-douches municipaux ont été fermés sans doute dans les années 70 mais je ne jure de rien quant à la date.
Ah puisque j’ai parlé de Barbal, je vais ajouter une anecdote. Sa femme tenait un commerce de volailles dans la rue du Moulin à Huile. Elle s’était plaint de son statut qui l’obligeait à rester dedans toute la journée. Utilisant une manière de volapuk dans lequel se mêlaient français, espagnol, occitan, catalan peut-être, elle avait déclaré « J’en un sadoul de ploumer des cambes de piot derrière le comptador ».
Faisant preuve de sollicitude, son mari l’avait consolé d’un « Yo te compreré la télévision » et à l’adresse de sa fille avait ajouté « et tou pétite oun piano » Même que mon père, et mon frère après lui, avaient précisé « un piano mâle », c'est-à-dire un piano à queue ! Mais là je crois qu’ils avaient extrapolé !

A propos de Bramefan

Posté le 08.11.2007 par cessenon
Après le vignes, devant un bosquet :
La « campagne » de Bramefan

Comme son nom l’indique Bramefan (que l’on peut traduire par affamé, meurt-de-faim) ne désigne pas un tènement fertile. Il existe beaucoup d’endroits qui sont ainsi appelés. On trouve une variante avec Piquetalen.
Le Bramefan dont je vais parler ici est entre Cessenon et Murviel, sur cette dernière commune. C’est une « campagne » située à quelques centaines de mètres au nord de la D 36.
Le domaine appartenait à un certain Gauch, qui était à Montpellier, mais était affermé à Joseph Avérous qui habitait Cessenon. Denis Jean y était ramonet et il vivait là avec Jeanne son épouse.
Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’y a guère d’eau à cette campagne, même que régulièrement Jean Denis devait aller avec le cheval et une citerne s’approvisionner à Murviel.
Je n’en connais pas les causes mais dans la première moitié des années 50 un incendie avait ravagé les bâtiments, le cheval avait péri dans l’écurie. J’ai le souvenir d’être allé à bicyclette, voir le spectacle. Un cheval roux qui gisait sur le sol.
Les meubles du couple avaient été brûlés et une quête avait été organisée pour aider financièrement les victimes à les remplacer.
L’histoire que je vais rapporter ici est antérieure à l’événement. Mon oncle Aimé travaillait pour Joseph Avérous. A ce titre il venait à Bramefan distant de cinq ou six kilomètres de Cessenon à bicyclette. Naturellement il emportait son repas de midi dans la saqueta qu’il suspendait à un arbre jusqu’à l’heure de la pause.
Las au moment de manger mon oncle constatait qu’il n’avait pas grand-chose dans sa musette ! Il s’était plaint à ma tante qu’elle ne prévoyait pas assez. Celle-ci avait juré ses grands dieux qu’elle avait mis ce qu’il fallait pour son repas.
Mon oncle eut des doutes. Il soupçonna fort la Jeanne qui, il faut le dire, était soumise à un régime alimentaire un peu sévère, Denis lésinant sur la dépense, alors qu’elle était enceinte et avait besoin de plus que ce dont elle disposait.
Mon oncle se prépara lui-même le repas et le lendemain il constata qu’il manquait une partie de ce qu’il avait mis dans sa gamelle. Il interpella la suspecte et devant ses dénégations rétorqua : « Je me suis préparé moi-même la saqueta et j’ai compté les talhons !» Il avait d’ailleurs prononcé le mot « talhons », qui signifie morceaux, à la française, c'est-à-dire « taillons » alors qu’en occitan il se dit « taillous ».
Puisque j’en suis à l’histoire de Denis et de Jeanne je vais ajouter quelques compléments. Plus tard Denis s’était embauché à Ratiès et ils habitaient au village une petite maison dans la rue des Lavoirs. Je suppose qu’ils ne devaient pas fermer les volets de la chambre. Aussi les nuits de pleine lune il faisait clair dans celle-ci et Jeanne, pensant que c’était le matin, réveillait son mari d’un « Denis, c’est l’heure, lève-toi, il fait jour ! »
Elle avait toujours faim et allait se ravitailler au réfrigérateur.
Je tiens l’anecdote suivante de l’ami Georges Borras qui était un familier du couple. Denis et Jeanne rangeaient leurs économies dans une boîte et le soir leur plaisir était de compter les billets qu’elle contenait.
Ah, je peux ajouter encore que le père de Denis était un viticulteur qui avait un peu de bien, en tout cas, significatif, il avait un cheval. Il devait sans doute y avoir un peu d’argent dans cette maison. Malheureusement Denis avait un frère, Yves, célibataire, qui vivait avec le père. A la mort de celui-ci Denis demanda des comptes d’un « Mais il n’y avait pas d’argent ? » Yves ne s’embarrassa pas de scrupules dans sa réponse : « Mais si tu l’avais trouvé tu ne me l’aurais pas dit ! »

Le lance-pierre

Posté le 26.10.2007 par cessenon
On le désignait sous le nom de flèche. C’était formé d’une armature, en général en bois, quelquefois faite d’un gros fil de fer, ayant la forme d’un Y. Deux élastiques d’égale longueur, récupérés dans une chambre à air, étaient reliés par un bout aux branches de l’armature, par l’autre à une pochette en cuir dans laquelle on plaçait la pierre.
Au temps de ma jeunesse la division entre activité intellectuelle et activité manuelle était sans doute plus marquée qu’aujourd’hui dans notre société. Pour tout un faisceau de raisons je n’étais pas doué dans le deuxième registre. C’était général dans ma famille. Personne n’avait de compétence en matière de bricolage et je peux même préciser qu’il n’y avait pratiquement aucun outil dans notre maison. Quand j’avais besoin d’une pince universelle j’allais l’emprunter chez Paul Marsinhac, le voisin d’en face.
Mais il y avait d’autres jeunes, pas spécialement bons élèves, tout le contraire même le plus souvent, qui savaient faire des tas de choses de leurs dix doigts et donc en particulier des flèches. C’est qu’il fallait savoir accrocher les élastiques à leurs extrémités avec soit de la ficelle forte, soit avec du fil de fer fin.
En principe les flèches étaient destinées à tirer sur les oiseaux, nombreux dans les vignes à cette époque. Je ne pense pas qu’il n’y ait jamais eu d’hécatombe avec cet engin de chasse. Il était en effet difficile d’atteindre sa cible bien que certains aient essayé d’augmenter leur chance en remplaçant la pierre par de la grenaille de plomb.
Toutefois j’ai été témoin d’un coup au but. L’auteur en était René Gutzwiller, aujourd’hui retiré à Cazouls les Béziers. Cela devait se passer autour de 1954. J’avais pris l’habitude de sortir en campagne le dimanche après-midi avec lui et ses deux cousins, Paul et Philippe Humbert, ce dernier, que plus tard on a appelé Pipo, est décédé il y a une dizaine d’années.
Ce jour-là il avait plu et un peu au hasard de notre inspiration nous avions pris un chemin qui arrivait perpendiculairement au ruisseau du Landeyran. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un torrent tumultueux !
Retour sur nos pas et retour vers le village. A l’entrée du pont, à l’angle du chemin qui aujourd’hui dessert le camping, était un figuier qui prenait racine dans un jardin que cultivait alors Louis Petit. Il y avait aussi une noria et j’ai le souvenir de la mule qui la faisait tourner permettant ainsi à Marius, le père de Louis, d’arroser ses plates-bandes.
Un moineau, peut-être plusieurs d’ailleurs, était sur ce viguier. René arma sa flèche, le projectile dût atteindre l’oiseau. Celui-ci chercha à s’envoler mais visiblement il était blessé car il partit avec difficulté. René courut après lui, l’attrapa et me semble-t-il l’étouffa en lui serrant le cou. Cela m’avait fortement impressionné !
J’ai deux autres souvenirs attachés à cette affaire de lance-pierre. Derrière la distillerie avait été découvert tout un gisement de petits morceaux de fer en forme de cylindre aplati qui étaient considérés comme de meilleurs projectiles qu’un simple caillou.
Le second concerne un moment de bonheur que j’avais eu en contrebas de la voie ferrée du chemin de fer d’intérêt local où se trouvait un pré qui appartenait à Alphonse Miro. Plus tard ce terrain a été planté en vigne, aujourd’hui disparue, et il me semble que le cépage employé avait été un hybride.
Oui, un moment de bonheur comme ils arrivent sans qu’on sache pourquoi. Robert Calas, très en train, m’avait enthousiasmé par l’ambiance qu’il avait créée auprès du groupe de garçons qui se trouvaient avec lui.
Je ne sais plus si c’est lui ou un autre mais l’un d’entre nous avait utilisé comme projectile pour son lance-pierre une tige de roseau. C’était une découverte de voir ainsi partir dans le ciel la tige comme si elle avait été lancée par un arc.
Tiens à propos d’arc je complète mon histoire avec la méthode de pêche que j’avais vu employer par Roger Sénégas. Après avoir vécu à Murviel, il habite aujourd’hui Cessenon, rue de la Fontaine Sucrée. On l’avait baptisé Tarzan, encore que le surnom familial était plutôt La Caque. Son père avait été un des mutins de la Mer Noire. Il utilisait un arc et des baleines de parapluie en guise de flèche. Je crois qu’il arrivait à attraper ainsi quelques poissons. L’ancêtre du fusil sous-marin en quelque sorte, sauf que lui opérait depuis la berge.

De quelques souvenirs de Bédarieux

Posté le 08.09.2007 par cessenon
Le décès de Pierre-Henri Bonet m’a rappelé quelques souvenirs de Bédarieux où je l’avais connu en 1959. J’y débutais ma carrière d’enseignant, c’était mon premier poste d’instituteur à la sortie de l’Ecole Normale. Lui était mineur de bauxite et conseiller municipal dans la municipalité de René Pagès. Ce maire était une figure !
En fait je connaissais davantage les filles Bonet qui étaient de ma génération et avec lesquelles j’étais aux Jeunesses Communistes. Claudette, l’aînée, doit avoir deux ou trois ans de moins que moi, la seconde Danièle ne devait avoir que 14 ans à cette époque. Ceci étant, je la trouvais belle !
J’exerçais à l’école de La Plaine et on m’avait confié, c’était tout à fait illégal pour un débutant, des instructions strictes avaient été données à ce sujet, un cours moyen 2ème année. Il y a eu une mise au point de Favier, l’inspecteur primaire après qu’il m’a eu fait passer mon Certificat d’Aptitude Pédagogique au mois d’octobre. Il avait obligé les maîtres plus anciens à prendre en cours d’année la classe dont ils n’avaient pas voulu à la rentrée.
Dans cette classe de CM2 j’avais un élève du nom de Grau, je n’ai pas son prénom en mémoire, dont la famille avait habité Cessenon. Deux de ses frères, José et Octave, qu’on appelait Tatave, étaient à peu près de mon âge. Je n’avais pas fait le lien entre mon élève et ses frères dont j’ignorais qu’ils vivaient à Bédarieux. Je l’ai en fait appris en même temps que le décès de José, tué en Algérie.
Oui il est mort, « Pour la France » ne manque-t-on pas de dire en pareilles circonstances, le 14 octobre 1959. Il avait dix mois de plus que moi. Je me souviens vaguement de la cérémonie au cimetière où nous avions conduit les élèves. Je me rappelle la veste pied-de-poule que j’avais et je perçois de manière très floue un incident qui avait éclaté avec la mère du défunt !
De ce temps là date mon premier contact avec les pages dactylographiées du livre d’Henri Alleg « La question ». J’ignore auprès de qui je me les étais procurées.
De ce temps là aussi date le combat du Syndicat National des Instituteurs pour la libération de René Domergue auquel j’avais participé, de manière sans doute pas très efficace.
J’ai le souvenir d’un déplacement avec un car d’une trentaine de places emmenant les JC de Bédarieux à Béziers où avaient lieu une rencontre à la salle Azam. J’avais été très impressionné d’entendre « La jeune garde » chanté par les jeunes filles dont à coup sûr Danièle et Claudette.
Octave Grau était avec nous et avec sa « copine », encore que le mot n’était pas employé à cette époque avec le sens qu’il a pris par la suite. Il était manœuvre maçon et m’avait présenté à elle en indiquant que nous avions été à l’école ensemble à Cessenon et que j’étais à présent instituteur. Elle l’avait interpellé d’un « Pourquoi n’as-tu pas suivi la même branche ? » Philosophe il avait répondu : « C’est que nous n’étions pas sur le même arbre ! »
J’ai aussi le souvenir d’une manifestation importante qui s’était tenue dans la rue de la République contre la fermeture annoncée des mines de charbon du secteur.
Je me revois encore à un rassemblement organisé à l’Hôtel de Ville pour protester contre les agissements des émeutiers lors des barricades d’Alger en janvier 1960.
Je ne sais trop où le situer dans le temps mais je sais que j’avais assisté à un meeting avec Raoul Calas à la salle du peuple où par ailleurs le jeudi j’assurais la projection cinématographique pour le compte du patronage laïque.

Le moulin près de l’Hortalèche

Posté le 17.08.2007 par cessenon
Le moulin est à peine visible au premier plan entre les feuilles des platanes
Photo Guy Bousquet


Parmi les personnages pittoresques que j’ai connus à Cessenon il y avait un certain Omar qui se faisait appeler Langouste. Il était maghrébin et squattait l’ancien moulin qui se trouve à la sortie du village, sur la route de Saint-Chinian avant le carrefour de l’Hortalèche.
Ce moulin a d’ailleurs une histoire. Une digue avait été édifiée sur l’Orb au niveau d’un endroit qu’on désignait, sans que j’en connaisse la raison, sous le nom de La Vache. Un chenal dont le tracé pouvait être vu depuis Fourque Esquine devait emmener l’eau jusqu’au moulin. L’entrée de ce chenal était voûtée et pouvait servir de cabine pour les adolescents qui se baignaient. L’eau est bien arrivée jusqu’aux pales mais elle n’a jamais eu la force de mettre la roue en mouvement. En fait ce moulin n’a paraît-il jamais fonctionné.
Les vestiges de cette digue avaient été dynamités dans les années cinquante pour permettre un meilleur écoulement de l’Orb, opération destinée à réduire les dégâts occasionnés par les crues. Les propriétaires des vignes situées sur la rive droite s’étaient chargés de l’affaire et je me rappelle qu’officiait dans le maniement de la dynamite Armand Tarbouriech alors ramonet chez Lau. Même que des pierres avaient atterri sur le toit du cabanon de notre jardin lors de l’explosion !
Après celle-ci mon père et moi nous étions rendus sur les lieux pour voir s’il n’y avait pas du poisson à récupérer. Non, nous n’en avions pas vu, par contre dans les plantes aquatiques situées en aval s’étaient réfugiés d’énormes barbeaux que je n’avais toutefois pas réussi à attraper, je les avais simplement touchés !
Antérieurement à Omar / Langouste, le moulin avait été occupé par un groupe d’ouvriers agricoles saisonniers, également Maghrébins. J’ai le souvenir du spectacle de la prière qu’ils effectuaient en fin d’après-midi, tournés vers La Mecque en se prosternant jusqu’au sol. Nous observions la scène, elle était tout à fait insolite pour moi, depuis notre jardin situé à peu près en face du moulin.
Plus tard le moulin a été aménagé et, bien qu’à l’ombre tout l’hiver, il est aujourd’hui habité en permanence.
Un complément sur Langouste : il vendait des cacahuètes au cinéma pendant l’entracte. Je ne sais pas s’il avait d’autres revenus. Une fois s’était tenue, dans le cadre d’une campagne électorale, une réunion publique. L’orateur était une personne aisée, un négociant peut-être. En tout cas il était dans le commerce. Langouste avait demandé à intervenir mais avait sans doute été rabroué. A la suite de quoi il avait déclaré : « on ne va pas se manger le nez entre commerçants ! »

La fête foraine

Posté le 04.03.2007 par cessenon
A Cessenon la fête foraine était appelée la Foire. Elle avait lieu… voyons ? Le 2 février ? A moins que le 2 n’ait été plutôt le jour du marché qui la suivait ?
Quoi qu’il en soit quand j’étais jeune nous étions assez émerveillés par les manèges et les baraques qui s’installaient sur la place du village ou le plan de la mairie.
J’ai la vision d’une foule dense qui occupait l’espace laissé libre devant les diverses attractions. Comme je disposais d’une somme très modeste mes activités pendant la foire consistaient surtout à « bader ».
Parmi les manèges on trouvait celui, classique, de Baron. La plupart des pièces étaient fixes sur une plate-forme qui tournait. Il y avait quand même une paire de chevaux qui montaient et descendaient et le fameux « Pissador ». Oui, une manière de tronc de cône qui basculait quand il passait devant le public.
Mon cousin Jeannot Cros m’avait asséné d’un air inspiré cette vérité que ce manège « était un casse-gueule ».
Il y en avait pourtant un autre, pas toujours présent, qui devait être plus dangereux. Il s’agissait des « casseroles ». Des sièges, suspendus à des chaînes étaient envoyés en l’air par la rotation de l’arbre auquel celles-ci étaient accrochées. Je crois que quelque part un accident mortel était arrivé lorsqu’une chaîne s’était cassée ou décrochée.
Naturellement il y avait au moins un manège pour enfants avec le traditionnel pompon à attraper pour avoir droit à un tour gratuit.
Il arrivait aussi qu’il y ait quelque chose d’original tel celui qui consistait à accéder au haut d’une piste en bois sur un tapis roulant et descendre celle-ci sur une luge.
Je pense qu’il y a eu plusieurs fois des montagnes russes, la chenille disions-nous, qui se réduisaient à un train d’éléments qui tournait sur un circuit certes bosselé mais qui n’avait rien d’aérien.
Il me semble aussi que les autos tamponneuses (une expression qu’il fallait préférer à celle d’autos scooters nous recommandait Monsieur Combes notre maître de cours complémentaire en charge de l’enseignement du français) sont arrivées plus tard.
Naturellement les baraques vendant de la confiserie ne manquaient pas. Je revois les pommes enrobées de rouge sur lesquelles on avait planté un bâtonnet pour les prendre en main, les berlingots de Carpentras (les chiques m'a fort opportunément rappelé l'ami Peppone de Murviel) que les forains fabriquaient sous les yeux du public, tronçonnant à coups de sécateurs, donnés dans des sens perpendiculaires, un cylindre bigarré.
Il ne me semble pas avoir souvent vu de la barbe à papa mais il arrivait qu’on puisse en acheter auprès d’un forain qui ne disposait pas de moyens considérables, sa boutique était réduite au minimum !
Il y avait des stands de tir. J’ai le souvenir, très ancien, de tir au pigeon vivant. Je crois que cela a par la suite était interdit. Les pigeons étaient enfermés dans des espèces de niche et par moments on pouvait voir leurs têtes dans une fenêtre.
Il y avait aussi des loteries diverses avec d’énormes peluches et même une roulette. Je crois savoir que les jeux d’argent étaient interdits mais de fait tolérés. Des boîtes de sucre, censées être les lots en jeu, étaient ostensiblement placées sur le tapis vert pour sauver les apparences !
Je me rappelle avoir gagné un bol à une tombola. J’étais très fier de moi mais je ne suis pas sûr que le bol gagné valait les 30 F que m’avait coûté le billet que j’avais pris pour jouer !
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