Souvenirs d enfance
Posté le 18.10.2006 par cessenon

Une affiche de la campagne
C’est une inscription qui est longtemps restée, écrite en gros caractères et à la peinture noire, sur le rempart qui protège Cessenon de l’Orb. Elle était parfaitement visible depuis le pont. J’ai participé à l’initiative. C’était une nuit de l’été 1958.
Rappelons la situation. Aidé par les factieux d’Alger, le général de Gaulle avait fait un Coup d’Etat le 13 mai précédent. Il entendait légitimer son opération avec le référendum du 28 septembre qui portait sur les fonts baptismaux la constitution de la 5ème république.
La question posée était simple : Êtes-vous pour la création de la Vème République ? Naturellement rien n’était clair dans la tête des électeurs. Deux ans plus tôt le parti socialiste avait remporté les élections sur un programme de paix en Algérie mais avait trahi la confiance qui lui avait été accordée puisque Guy Mollet avait envoyé le contingent en AFN et rappelé les soldats qui avaient effectué leur période légale sous les drapeaux.
Seul en tant que parti, le PCF était opposé au retour de de Gaulle au pouvoir (le PSU sera créé en 1960). Il s’opposait de fait à une constitution qui instituait en France un bipartisme au terme duquel l’alternance politique pouvait s’exercer sans rien changer quant au fond.
Mon frère m’avait donc proposé d’écrire ce NON A DE GAULLE. Nous avions acheté une boîte de peinture, du noir métallique, dans une droguerie biterroise, peut-être un pinceau. Il devait être entre minuit et 1 h du matin et il était entré dans ma chambre pour que je l’accompagne. Je me rappelle que j’avais plutôt sommeil et que j’avais suggéré de remettre notre affaire à un autre jour.
Finalement il me décida, nous voilà donc partis. Nous habitions tout à côté du rempart, dans la rue de l’Orb. Celle-ci était en cul de sac mais une échelle avait été laissée en place et permettait d’atteindre la voie ferrée qui courait le long du rempart. Il me semble que mon frère avait mis une blouse.
Une fois sur la voie nous avons hissé l’échelle et nous l’avons placée de façon à descendre dans une rue parallèle, la rue du Bac, qui atteint l’Orb par Lo portal de Tamben. Nous avons ensuite placé notre échelle contre le rempart, mon frère y est monté et s’est occupé de peindre, j’ai dû me rendre utile, soit en tenant l’échelle, soit en faisant passer le pot de peinture.
Il existait alors à Cessenon une cellule du parti communiste qui avait fait campagne pour le NON au referendum. Je me souviens vaguement du texte de l’une des affiches qui déclarait « Les châteaux voteront OUI, les chaumières voteront NON ». Mais nous n’étions pas en contact avec ses adhérents et, je l’ai su plus tard, ceux-ci se sont longtemps interrogés sur les auteurs de l’inscription.
Evidemment à Cessenon comme ailleurs, le OUI a été largement majoritaire : 680 voix contre 323. Toutefois le pourcentage des NON (plus de 32%) a été supérieur au score qu’il a obtenu au plan national. Il y a eu en effet 82,6% de OUI et 17,4% de NON. Je ne prétends pas bien sûr que notre inscription sur le rempart en a été la cause !
Lors des élections législatives qui ont suivi le parti communiste n’a eu que dix députés et n’a donc pas pu constituer un groupe à l’assemblée nationale.
Mais assez rapidement l’opinion publique s’est retournée contre la politique du gouvernement du général de Gaulle et Cessenon, comme beaucoup de villages du Biterrois, a vu dès 1962 une forte opposition au pouvoir central.
Il faut dire que les socialistes s’étaient ressaisis. Mon père leur avait prêté, en guise d’acte de contrition, le propos suivant : « Nos sem tornarmai engarçats ! » (nous nous sommes trompés encore une fois !)
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Posté le 04.08.2006 par cessenon

La procession à la sortie du village
Photo Gaston Riche
J’ai le souvenir, assez flou, du passage à Cessenon de Notre-Dame de Boulogne à l’occasion du pèlerinage national dont l’objectif était de ramener la statue de la Vierge, depuis Lourdes où elle avait été mise en sûreté en 1942, à Boulogne s/ Mer où elle était exposée.
C’était en 1944, sans doute en été. J’avais entre 4 et 5 ans, aussi je n’ai dans ma tête que des images très imprécises.
Mais voyons d’abord l’histoire de Notre-Dame de Boulogne. La légende affirme que la statue, en bois, a été trouvée dans une barque sans équipage à l’époque de Dagobert, c'est-à-dire au VII° siècle.
Elle avait été brûlée sous la Révolution puis reproduite en 1875. En 1939 elle avait été entreposée à Reims pour la soustraire aux risques de la guerre. L’église de Boulogne s/ Mer qui l’abritait a d’ailleurs été fortement endommagée par les bombardements.
Le « Grand Retour » de la Vierge a été l’occasion d’une manifestation religieuse qui a duré de 1943 à 1948. C’était alors la mode des vierges « pèlerines ». Le pèlerinage a traversé toute la France et parcouru pour la circonstance tous les diocèses.
Les clichés qui m’en sont restés c’est un socle sur lequel était la statue porté par des gens habillés d’une robe de bure et chaussés de sandales, los pès descauç (littéralement les pieds nus), c’est ainsi qu’on désignait les moines.
Tout à fait insolite pour moi ont été les cavaliers qui l’accompagnaient. Je ne devais en avoir jamais vu jusque là.
Ce qui je crois m’avait marqué profondément c’est la fugacité de la scène à laquelle j’ai assisté. Le cortège a traversé la place du village à une vitesse qui m’a impressionné. D’où venait-il je l’ignore, mais je sais qu’il se rendait à Béziers, peut-être par Murviel car j’ai toujours associé sans en connaître vraiment la raison la procession et le pont de Réals.
Naturellement il y avait du monde sur le passage. Nous étions en guerre et son retour dans son port d’attache devait marquer la fin de celle-ci. C’est du moins ce qu’il m’avait semblé entendre dans la bouche de certaines femmes.
Je crois me rappeler aussi la mauvaise humeur de mon mécréant de père qui avait commenté l’événement en maugréant !
Quelle n’a pas été ma surprise de trouver récemment, dans le fascicule de Jean-Denis Bergasse et Philippe Marassé, édité par la société archéologique scientifique et littéraire de Béziers titré « De l’artisanat à l’industrie dans l’Hérault : le cas exemplaire de Cessenon du XVIII° au XX° siècle », une photographie de la procession quittant le village.
Elle avait été prise par Gaston Riche, menuisier de son état, et photographe à ses heures, devant le Sacré-C½ur qui marque toujours l’entrée de l’agglomération et… qui tourne résolument le dos aux écoles laïques !
A l’arrière-plan la belle maison, de style ville thermale, avait été édifiée en 1919 par l’architecte Harant pour le compte des époux Martin. Elle appartient aujourd’hui aux descendants des anciens propriétaires de la tuilerie.
Posté le 30.07.2006 par cessenon

Je devais avoir sept ou huit ans quand je l’ai lu mon premier livre. Il avait pour titre « Le sang des Finoë ». Je ne crois pas qu’il ait été adapté à mon âge. Je n’en connais ni l’auteur ni le contenu.
Peu de temps après j’ai dû lire « La bande des aoûtats ». Là je sais qu’il s’agissait d’une bande de garçons qui s’était baptisée ainsi. Mais j’ai longtemps ignoré que les aoûtats étaient des larves d’insectes !
Un des ouvrages qui m’avaient le plus marqué est sans doute « Sans Famille » d’Hector Malot. Il faut dire que dès les premières pages j’avais reconnu un texte qui était sur le livre de lecture que nous avions en classe.
Je ne vais pas développer plus longuement mais raconter comment je suis devenu un fidèle lecteur du journal « Vaillant ». C’est tout à fait par hasard que je suis entré en contact avec ce magazine.
Ce jour-là, je devais avoir une dizaine d’années, j’avais un peu d’argent de poche. Un exemplaire de Vaillant était sur la porte vitrée d’une personne qui diffusait quelques journaux, notamment « La Voix de la Patrie », l’ancêtre de La Marseillaise. Ce n’était pas vraiment un magasin de marchand de journaux, plutôt un local qui servait de dépôt pour une activité annexe. Il me semble que la dame qui faisait la tournée était surnommée « La Patrie ».
J’ai donc acheté un premier numéro et j’avais été passionné par Salammbô qui était publié en bande dessinée et par épisodes. Dans ce numéro il était question de la bataille du Macar. Le combat contre les éléphants m’avait marqué. Voulant connaître au plus tôt la suite de l’épisode je me retrouvais à acheter… deux fois le même numéro !
Le pli était pris, j’allais chaque semaine, le jeudi sans doute, me procurer Vaillant chez ma pseudo marchande de journaux. Plus tard ce commerce fut abandonné par la dame mais Vaillant était en vente chez mon oncle Jules, le frère de mon père, coiffeur de son état et qui avait pris le relais en matière de diffusion des journaux. Plus tard encore je m’y étais abonné et je recevais mon hebdomadaire par La Poste.
Autant que je peux en juger aujourd’hui c’était un excellent journal pour enfants et il correspondait tout à fait à mon profil. Je suis resté abonné jusqu’à mon entrée à l’Ecole Normale, c'est-à-dire jusqu’à 15 – 16 ans.
Son contenu a évolué au fil du temps et il ne me semble pas que Pif le chien était présent à cette époque. Il y avait par contre Placid et Muzo, la pension Radicelle, A. Bâbord et Père O.K.… Et puis toute une série de héros, Yves Le Loup (un chevalier de Moyen Age), Bob Mallard (l’aviateur), Nasdine Hodja (l’insaisissable, qui officiait à Bagdad !), Ragnar le viking… Tiens Fils de Chine n’avait pas dû m’enthousiasmer, je n’en ai guère de souvenir ! Avec « Les pionniers de l’espérance » on abordait le fantastique ou la science fiction. Plus tard sont arrivés d’autres personnages, Arthur le fantôme justicier, Rahan le fils des âges farouches… Vers la fin j’ai connu Group-group tandis que débutait la série « Les aventures potagères du concombre masqué ».
C’était un journal d’un bon niveau de vulgarisation scientifique. Je me rappelle au moins deux textes qui m’avaient marqué, l’un sur la relativité, l’autre sur les couleurs, le blanc étant la superposition de toutes, le noir leur absence. Il y avait des nouvelles, des reportages, des enquêtes… Traditionnellement le numéro de Noël était copieux.
C’était un magazine engagé pour la paix, la démocratie, contre le racisme… Je ne crois pas que Pif qui lui a succédé ait été au même niveau, ce qui n’enlève rien aux qualités des personnages (Pif, Hercule, Tonton et Tata) créés par Arnal.
A propos de Pif et de Tonton je vais pour finir placer ici une anecdote. J’ai connu à Saint Pons Henri Lauriol, ancien directeur d’école et membre du parti communiste. Il avait un chien qu’il avait appelé Pif. Ses élèves de Fin d’Etudes n’avaient pas manqué de baptiser leur instituteur Tonton, ce que celui-ci savait parfaitement. Traditionnellement le mercredi Monsieur Lauriol emmenait ses élèves faire du sport. Mais cette fois là il y avait entre lui et eux un contentieux dont j’ignore les tenants. Par contre j’en connais les aboutissants. Ils avaient été privés de sortie au terrain de football d’un « Tonton vous dit tintin ! »
Posté le 14.07.2006 par cessenon

Je ne sais à quelle époque de mon enfance situer la période des maillots de bain de laine rouge que ma mère nous avait tricotés. Evidement que de la laine ce n’était pas l’idéal, mais comme en été il fait chaud ça séchait vite quand même ! L’inconvénient c’est plutôt que « ça feutrait » et qu’on se retrouvait un peu à l’étroit dans son maillot et finalement, bien qu’il n’y en ait guère, gêné « aux entournures ».
Nous n’étions pas les seuls à « bénéficier » de maillots en laine, il me semble en effet que d’autres enfants en avaient aussi. De plus ma mère qui était toujours débordée par le travail au jardin mettait beaucoup de temps à terminer son entreprise de tricotage. Je crois même qu’il avait fallu attendre la saison suivante pour disposer de ce qu’elle avait commencé l’été précédent !
Mon père avait le sien dont il se servait quand il allait à la pêche avec mon oncle Fouilhé et son copain La Lolotte. Celui de l’oncle n’était pas en laine mais en coton sans doute. Il n’était pas vraiment fait sur mesure et il pendait entre les jambes ne cachant en fait pas grand-chose de ce qui aurait dû l’être !
Quand il réclamait son maillot de bain mon père questionnait d’un : « Où sont mes maillots ? » Oui comme pour le mot pantalon il employait le pluriel. C’est qu’on ne disait pas un pantalon mais « des » pantalons. Dans la traduction de las cauças on conservait le pluriel !
Ah tiens puisque je parle de Las Cauças c’était le surnom d’un Cessenonais, j’en ignore l’origine. On l’appelait aussi « Les Pantalons », du moins j’ai entendu ma mère le désigner par cet autre surnom.
Et à propos de pantalon je donne une autre acception occitane du mot : las bragas. En Lozère on dit las bralhas. Dans tous les cas cela vient du gaulois braies, une étymologie qui est à l’origine de débraillé, braguette…
Il existe en Cévennes une fleur sauvage au nom révélateur : las bralhas de cocut, une primevère qui fleurit au printemps et dont les sépales forment un calice qui évoque une jambe de pantalon bouffant.
Je vois que je me suis éloigné de mon sujet. C’est que de fil en aiguille (à tricoter !)…
Posté le 11.07.2006 par cessenon

Si Montpellier avait Le Merdanson, qu’on a rebaptisé Verdanson, Cessenon avait Lo Cagaròt qui comme son nom l’indique… était un égout à ciel ouvert. Enfin il avait, depuis des temps, été couvert devant l’église. Mais en amont il restait une manière de dépotoir de tout ce qu’on voulait. Plus loin, en aval, aussi…
Vers 1950, j’avais donc une dizaine d’années, un projet de couverture du Cagaròt était en cours de réalisation. C’était un chantier d’importance qui devait s’effectuer sur une centaine de mètres. Aujourd’hui c’est une rue, la Rue Neuve..
Pendant la durée des travaux les gamins allions jouer le dimanche dans cet espace. Nous courions sous la couverture, nous éclairant, pour les plus fortunés avec des bâtons de magnésium (des soleils) achetés chez Marie-Louise la bonbonnière, pour les autres avec des sacs de ciment que l’on enflammait. Cette dernière méthode était d’ailleurs la plus efficace.
Il y avait trois ouvertures pour sortir de l’égout : une à chaque extrémité, une au milieu. J’avais déjà fait quelques allers retours dans l’espèce de boyau, très large, que constituait à présent l’égout. Et puis, en arrivant à l’extrémité inférieure j’ai trouvé la sortie fermée par la plaque de fonte prévue à cet effet. J’ignore qui l’avait ainsi posée. J’étais bien incapable de la soulever. Je suis remonté à l’extrémité supérieure et j’ai été confronté à la même situation.
Cela a été la peur de ma vie, j’étais complètement paniqué ! J’ai couru au milieu du boyau et là la plaque n’avait pas été placée. J’ai donc pu sortir mais j’étais extraordinairement angoissé. Je suis arrivé chez moi en tâchant de reprendre mes esprits.
Et c’est alors que j’ai connu la première crise d’urticaire de ma vie. C’était atroce, des cloques sur tout le corps, des démangeaisons insupportables. Je suis allé me coucher et fort heureusement, je ne sais pas comment cela a été possible, en général il n’y avait aucune produit pharmaceutique dans la maison, ma mère avait ce qu’il fallait pour me soulager : du talc.
J’ai donc résorbé cette première crise d’urticaire qui m’avait profondément marqué.
Aussi j’ai été mieux armé quand la seconde s’est produite quelques mois plus tard dans des circonstances différentes quoique étant encore le résultat d’un problème psychique. Mais j’en ai parlé par ailleurs. Je n’en ai pas connu d’autre par la suite.
Posté le 05.07.2006 par cessenon

Là c'est moi qui arrive vainqueur d'un cross à Quarante en 1958.
Autant que je me le rappelle cela avait mal commencé. J’ai le souvenir d’un cross-country que M. Bourdier avait organisé pour les garçons du cours complémentaire. Le circuit longeait « Les baraques », les logements des ouvriers de la tuilerie. Eh bien si je n’avais pas fini dernier c’est qu’il y avait derrière moi Robert Sigé un peu handicapé par un certain embonpoint. Je devais avoir 13 ou 14 ans.
C’est sans doute guère plus tard que lors d’épreuves de course de 40 m sur le petit stade devant le groupe scolaire j’avais progressé de manière sensible !
Ce stade s’appelait Léo Lagrange et il avait été créé grâce à la volonté de M. Tournet qui était instituteur et qui a fini sa carrière comme inspecteur départemental de la jeunesse et des sports. Je crois savoir que des prisonniers allemands avaient participé à sa réalisation.
Dans un premier temps la piste était vraiment courte : 150 m. Pour le fond et le demi-fond les coureurs n’arrêtaient pas de tourner. Puis la piste a été allongée jusqu’à ce que son tour atteigne 200 m. La ligne droite permettant les épreuves de sprint s’arrêtait rapidement devant les logements de fonction des enseignants.
Il s’y faisait chaque année au mois de juillet le challenge de la ville de Cessenon, une manifestation sportive populaire qui attirait les gens du village. J’ai pu par la suite mesurer son impact dans le Biterrois et même au-delà chez les gens de ma génération.
Ce que je trouvais le plus spectaculaire c’était le saut en hauteur. Eric Battista, qui a été par la suite champion de France du triple saut, avait bien failli battre le record de France cadet de la spécialité. La barre avait été touchée mais avait failli rester en place sur ses supports. Et d’ailleurs à cette époque le saut était considéré comme valable si l’athlète avait pu sortir de l’aire de réception avant que la barre tombe.
A Cessenon nous n’avions guère l’habitude de voir des hommes de couleur. Il y avait un très bel athlète noir, il s’appelait Mongorin et il est devenu professeur d’éducation physique, qui était remarquable au saut en longueur et au 100 m.
Invariablement la compétition se terminait par les épreuves de relais (4 x 100 m me semble-t-il).
Je sais qu’à plusieurs reprises c’est l’équipe de Clermont l’Hérault, la Clermontaise, qui a remporté le challenge. Les vainqueurs ne manquaient pas d’effectuer un tour d’honneur en portant le trophée. Une année le Club Olympique de Cessenon, le C.O.C., avait été battu in extremis par l’ASPTT de Montpellier grâce à sa victoire dans le 3000 m.
Mais je reviens à l’épisode de cette course de 40 m. J’avais donc battu mes concurrents et Jacky Chavardez qui avait eu l’occasion de faire de la compétition à Béziers avait estimé que je serai appelé à participer à de tels déplacements.
Mon problème c’est que je n’avais pas de maillot de corps que nous appelions d’ailleurs un tricot de peau mais dont le vrai nom doit être débardeur. Je rêvais de ce vêtement sans manche qui me semblait indispensable pour concourir. Je m’ouvris de ce besoin à ma mère mais une telle dépense n’entrait pas dans ses projets.
Finalement il s’avéra que ma sélection en vue de participer à une compétition extérieure n’était que le fruit de l’imagination de Jacky Chavardez.
Là mes souvenirs deviennent plus précis quant aux dates. Nous avions organisé une course de 1000 m entre garçons du cours complémentaire. C’était en 1954, j’avais alors 14 ans. Je m’en sortis très bien. Aussi lors du challenge de l’année j’avais été embauché pour courir le 1000 m.
Il y avait dans cette épreuve, au titre du C.O.C., Jacky Chavardez et Jean-Pierre Clavel lequel s’était déjà illustré sur cette distance. Je me rappelle que j’étais équipé de chaussures à pointes, que j’avais le tricot de peau rouge du C.O.C. et… un trac fou au moment du départ.
Un Marseillais portant un nom arménien (j’ai revu ce nom dans les palmarès que j’ai pu consulter ultérieurement) avait pris la tête et avait distancé les trois Cessenonais. J’étais juste derrière Jacky Chavardez et je revois le moment où il s’est effacé pour me laisser passer. J’ai fini second dans le temps de 3 mn 15 s ce qui n’était pas bien sûr une performance ! (mon record personnel sur cette distance ? Je l’ai établi à Limoux en 1959 avec un temps de 2 mn 39 s et quelques dixièmes !)
Après ce succès j’ai poursuivi une carrière dans le demi-fond et j’avais gagné un cross qui avait eu lieu l’année suivante à Servian, le second étant Jean-Pierre Clavel. Je n’avais toujours pas de tricot de peau mais là nous avions revêtu des maillots jaunes de l’équipe de football.
J’ai remporté le challenge de Cessenon avec l’Association Sportive Biterroise en 1959 et mes exploits se sont arrêtés quelque temps après que je sois parti faire flotter le drapeau français aux confins du Sahara. La dernière compétition à laquelle j’ai participé est un cross organisé dans le cadre d’un championnat militaire qui s’est déroulé à Oran en 1961.
Posté le 03.07.2006 par cessenon

Je devais avoir sept ou huit ans. Mes parents n’avaient guère les moyens de m’offrir des jouets si ce n’est à Noël où, comme dans toutes les familles, un effort était fait.
A midi en rentrant de l’école je m’étais arrêté sur la place où s’était installé un marchand ambulant qui vendait des articles de bazar. J’avais repéré une balle au prix quasiment astronomique de 30 f.
Arrivé chez moi j’ai fait état, mais sans conviction, de cette balle et de son prix. J’ai trouvé avec mon frère un appui précieux qui a plaidé ma cause. Il avait été efficace, s’indignant qu’on ne me donne pas satisfaction pour une revendication (qui n’en était pas vraiment une) somme toute modeste. Ma mère a donc dégagé une somme de 30 f.
En repartant à l’école j’ai acheté ma balle. Je n’ai pas trop de souvenir de l’usage que j’en avais fait au cours de l’après-midi, au moment de la récréation notamment. Par contre ce que je me rappelle c’est que nous avions joué avec sur le chemin du retour.
A défaut de balle les garçons se servaient d’un carton, d’une boîte de conserve… dans lesquels étaient donnés des coups de pieds de façon à faire progresser le projectile ainsi reconverti par rapport à sa fonction initiale, dans une direction qui était celle que nous suivions. Enfin cette fois-là nous avions une balle !
Eh bien les choses se sont déroulées sans incident particulier jusqu’à la place. Là… des travaux récents avaient créé une bouche d’égout, destinée sans doute à recevoir et canaliser l’eau de pluie.
Lancée je ne sais par qui, peut-être par moi, la balle a roulé, assez lentement, suivant une trajectoire rectiligne qui la conduisait tout droit… à la bouche d’égout. J’ai assisté, impuissant au déroulement des choses. Même si à cette époque j’ignorais l’usage des mots « fatal » et « irréversible », dans ma tête d’enfant ces idées là étaient présentes.
J’ai donc vu la balle arriver jusqu’à la bouche d’égout et celle-ci engloutir celle-là. Il n’y avait rien à faire, aucun recours possible contre cette catastrophe. Le mieux était sans doute d’en atténuer les conséquences psychologiques en agissant sur mon psychisme. Je ne dis pas que c’est un concept que j’aurais pu exprimer mais je suis persuadé que c’est ainsi que j’ai organisé la suite des événements pour les rendre moins douloureux.
On ne m’a jamais rien demandé au sujet de cette balle, personne n’a rien su de ce qui lui était advenu. C’était mon affaire, c’était mon malheur, j’avais gagné la première manche, puis perdu la seconde. J’étais en quelque sort revenu à la case départ. Ma façon de gérer mon histoire m’avait déjà marqué à l’époque. Rétrospectivement elle m’impressionne encore !
Posté le 02.07.2006 par cessenon

Je n’y suis allé qu’une fois, en juillet 1952, l’année de mes 12 ans. C’est moi qui avais demandé à mes parents d’aller en colonie de vacances.
Roucan était une réalisation de la commune de Cessenon. C’était une ancienne maison forestière située sur le Somail, en aplomb du hameau de Prouilhe qui fait partie de Courniou. Il n’en reste plus grand chose car, désaffectée, elle a je crois pris feu et les restes des divers bâtiments ont été rasés.
Le directeur en était Monsieur André Rouaix que nous avions pendant l’année scolaire comme maître du cours complémentaire. Celui-ci est devenu par la suite C.E.G. puis collège et a pris le nom de Basile Rouaix, le père d’André Rouaix, un instituteur du village tué à la guerre de 14-18. André Rouaix a fini sa carrière comme chef d’établissement du collège qui portait le nom de son père.
A l’occasion de ces vacances j’ai connu plusieurs nouveautés. Par exemple j’ai mis des slips pour la première fois de ma vie ! Jusque là je faisais sans ! Sans doute aussi est-ce la première fois que j’ai mangé du beurre.
Le car qui nous amenait ne pouvait atteindre la colonie car sur la fin le chemin n’était pas praticable pour lui. Après avoir traversé une forêt de hêtres on arrivait après une courte descente sur un terre-plein qui dominait la vallée en contrebas. Le point de vue depuis la terrasse était superbe.
A l’époque il n’y avait qu’une seule bâtisse avec au rez-de-chaussée la cuisine et le réfectoire, à l’étage les dortoirs.
Nous avions trois monitrices : Christiane Bastélica, Lucienne Bonnafous et Mimi Cougnenc avec laquelle j’avais une relation de parenté, sa grand-mère maternelle était la sœur de ma grand-mère paternelle.
André Rouaix avait avec lui son fils Yves, un garçon trisomique dont il s’occupait de mieux qu’il pouvait mais qui était évidemment un lourd handicap familial.
Monsieur Rouaix utilisait un sifflet pour nous annoncer qu’il fallait se lever. Un matin, comme il s’en servait dans la cour, j’avais lâché depuis l’étage où je me trouvais un « Bufa ! » (Souffle !) irrévérencieux. Monsieur Rouaix avait reconnu ma voix et m’avait interpellé. Contre l’évidence j’avais nié avec une telle conviction que j’étais arrivé à me persuader moi-même que je n’avais rien dit. J’ai longtemps pensé depuis à cette capacité qu’on peut avoir d’oublier ce dont on est responsable !
Il y eut en cours de séjour une affaire assez délicate. Une odeur épouvantable régnait dans les dortoirs. Cela avait duré quelque temps et avait perturbé la colonie. Finalement c’est un colon honteux qui, s’étant sali, avait caché slip et pantalon souillés !
Cette année là on chantait « Le petit chat fait sa toilette, fait sa toilette en se levant, soleil levant… » Et puis il était dit dans la chanson que tel ou telle « … en fait autant ! » André Clerc avait improvisé sur ce thème un texte qui donnait « avec ses couilles en arbalète, le chien Ténor en fait autant ! » Ténor ? C’était le chien d’une des cuisinières. Un chien noir, haut sur pattes, bien pourvu en attributs virils.
A propos des cuisinières je me rappelle aussi cette autre qui le soir, alors que nous étions couchés avant demandé l’heure en employant, au lieu de l’expression consacrée « Quelle heure est-il ? » une variante « Quelle heure est-ce ? » à laquelle nous n’avions rien compris. Certains se demandaient de quelle scie elle nous parlait, le mot occitan « rèssa » que l’on prononce « resso », désignant cet outil !
Il n’y avait pas encore de douches à la colonie. Mais vers la moitié du séjour nous nous mettions en slip dans la cour et Monsieur Rouaix nous arrosait d’abondance avec un tuyau relié à un réservoir, placé sur une butte, dont l’eau avait été naturellement chauffée par le soleil.
Il ne devait pas y avoir l’électricité non plus et comme n’existaient pas encore les postes radio à transistors, nous n’avions pas les nouvelles. L’information concernant le vainqueur de l’étape du jour du Tour de France nous était criée de Prouilhe par Monsieur Marcel Tournet, un instituteur qui exerçait à Cessenon et qui avait là une maison de famille où il passait ses vacances avec sa famille.
Nous descendions assez souvent à Prouilhe en promenade. Il s’y trouvait une épicerie désuète où nous faisions des achats avec notre argent de poche. Quelque part sur le trajet nous longions un champ de céréales, du seigle sans doute, dont nous mâchions les grains en guise de chewing gum.
J’ai quelques autres souvenirs des expéditions hors de la colonie. Nous étions par exemple allés jusqu’à Sabo, un autre hameau de la commune de Courniou, et nous étions rentrés dans la classe, une classe unique, de Monsieur Collot. Ce n’était pas encore le 14 juillet et donc pas encore les congés scolaires. Je revois vaguement le local exigu, les élèves peu nombreux, la carte de France vieillotte…
Nous avions fait aussi une sortie jusqu’au Soulié où l’épicerie, plus importante que celle de Prouilhe, avait permis des achats plus conséquents.
Il y avait eu la visite à la colonie de Gransagnes où j’avais trempé mes sandales dans précisément la sagne qui se trouve devant les bâtiments. Cela m’avait fortement contrarié d’avoir à marcher sans chaussures adaptées dans cette zone marécageuse !
Nous avions trouvé des cardabèles et j’avais été positivement émerveillé de découvrir que l’on pouvait les manger comme des artichauts.
Mais la journée la plus riche avait sans doute été la descente à Courniou pour voir passer le Tour de France. En dehors de la caravane je n’avais pas vu grand chose car nous étions placés sur une portion de route plate et droite et les coureurs roulaient vite. Si quand même, j’avais identifié le maillot jaune. Fausto Coppi peut-être ? En enfilade nous étions allés voir la grotte de La Devèze dont l’entrée est à côté de la gare de Courniou.
Pour moi qui n’avais connu que le paysage sec de la garrigue, la forêt de hêtres du Somail avait quelque chose d’extraordinaire. A l’avant de la colonie il y avait un espace dégagé, en pente. Vincent Foch, un colon avec lequel j’avais sympathisé, m’avait appris à faire des cabanes. Des branches mortes servaient pour le squelette que nous recouvrions de fougères. C’étaient d’ailleurs plutôt des huttes, mais j’avais trouvé cela génial. Au retour nous en avions fait près de l’Orb avec des roseaux et le feuillage d’un arbuste que j’ai toujours entendu appelé « bichère » sans avoir jamais vu écrit le mot. En fait il doit s’agir du saule pourpre.
Le dimanche qui était situé vers le milieu du séjour, dont je suppose qu’il devait durer un mois, les parents venaient voir leurs enfants. Il n’était pas prévu que les miens fassent le déplacement. En cette saison, le samedi et le dimanche ils tenaient le marché pour vendre des légumes et du plançon. Aussi je leur avais demandé de me faire parvenir, par les parents de Jacki Chavardez, une boîte de coco. Le coco était une poudre jaune que l’on dissolvait dans l’eau pour obtenir une boisson à goût de réglisse.
Mon père était allé porter la boîte en question chez les parents Chavardez. Il avait dû passer du temps à parler de choses et d’autres et était reparti en oubliant de laisser la boîte. Ne sachant pas ce qu’il était advenu de celle-ci et s’imaginant responsables de sa perte, les Chavardez m’en avaient acheté une autre. Finalement, au dernier moment, mon père avait décidé de venir à Roucan avec le car affrété à cette fin. J’eus donc et mon père et… deux boîtes de coco !
J’ai bien quelques autres détails de ce mois de juillet à Roucan. Notamment l’épisode de la visite de notre maire. Comme je me trouvais à tailler je ne sais trop quel bout de bois avec mon couteau, il m’avait montré comment le tenir pour ne pas me blesser. Qu’il s’intéresse à moi, la chose m’avait marqué !
Posté le 01.07.2006 par cessenon

Voilà le chauffeur !
C’était en juin 1952, la semaine après que j’ai fait ma communion solennelle. Il y avait huit jours plus tard une manière de répétition. On disait je crois qu’on « renouvelait ».
Ce dimanche matin mon père tenait le marché avec son plançon et ses légumes. Mon oncle Aimé vient lui demander 50 F pour acheter un billet à un pêcheur qui faisait « loter » une carpe d’une dizaine de kilos. La chance sourit à mon oncle, il gagna le lot.
Il fut convenu que nous irions manger la carpe à Cazouls les Béziers chez la fille et le gendre de mon oncle. Justement il y avait ce jour-là à Cazouls un festival de musique qui se tenait dans la cour des écoles.
Je n’ai pas de souvenir du repas, sinon peut-être que la carpe avait été farcie ? J’en ai par contre quelques-uns de la soirée musicale. Des fanfares se produisaient sur une estrade et nous étions attablés sous une galerie. Je me rappelle en particulier la glace que ma mère avait accepté de me payer.
Quand le spectacle fut fini nous montâmes dans, ou sur, la camionnette de Roger, le mari de ma cousine, pour revenir à Cessenon distant d’une dizaine de km. Ma tante Rose était dans la cabine avec peut-être aussi Yvon, le fils de Roger, âgé de 5 ou 6 ans. Le reste, c’est à dire mon oncle, mes parents et moi-même, étions à l’arrière sur la plate-forme.
Je revois la route éclairée par la lune. Nous avions grimpé le Roujas, étions passés à la Croix de Fer puis devant la campagne de La Bousquette. Et puis là… je ne sais pas ce qui est arrivé à notre chauffeur, au lieu de suivre la chaussée il s’est engagé sur un terre-plein qu’un reste de dépôt de gravier rendait blanc et qu’il avait sans doute confondu avec le bitume.
Bien sûr au bout du terre-plein il y avait un talus. La camionnette l’a franchi et s’est retrouvée en contrebas. Roger eut juste le temps de crier « N’i a ! » (littéralement « il y en a ! »). La roue de secours qui était sur la plate-forme roula sur ma mère et le véhicule se trouva immobilisé, arrêté par les buissons sur lesquels elle avait buté.
Le bilan fut vite dressé : personne n’était blessé. Très rapidement nous sortîmes de là. Nous étions à trois km de notre but. Déjà mon oncle déclarait qu’il fallait nous mettre en route à pied, oubliant que son épouse était encore coincée dans la cabine. Il ne fut pas sourd !
Nous nous retrouvâmes sur le terre-plein avec plus de peur que de mal si on excepte le fait qu’il allait falloir faire venir une dépanneuse pour sortir le véhicule de la situation délicate dans laquelle il était.
Je me souviens d’un échange entre la sœur de mon père, et celui-ci. Assez croyante, ma tante invoqua quasiment un miracle : « Des fois on se demande à quoi ça tient ». Plus réaliste mon père avait répliqué : « Aqueste còp ten a un garrol ! » (Cette fois ça tient à un chêne kermès !)
Nous voilà donc partis à pied, en pleine nuit, pour rallier Cessenon. Il devait être entre 3 et 4 h du matin quand nous y arrivâmes. La matinée s’annonçait calme, sans vent, des viticulteurs s’apprêtaient déjà à partir pour soufrer leurs vignes.
Le peu de chose qui me reste de la journée qui suivit c’est que j’avais terriblement sommeil et que j’avais trouvé bizarre l’état d’esprit dans lequel je me sentais quand, en fin d’après-midi, j’étais allé me baigner dans l’Orb pour me rafraîchir.
Posté le 30.06.2006 par cessenon

J’étais tout jeune, sans doute avais-je à peine sept ou huit ans. C’était en été et c’était la fête à Cazouls les Béziers. J’y avais été emmené par ma tante Rose, la sœur de mon père, et mon oncle Aimé dont la fille vivait là bas. Le dimanche celle-ci tenait un petit commerce de bonbons ou autres friandises.
Nous avions pris le train en gare de Cessenon. Les billets comportaient des perforations. Ne fallait-il pas les couper au niveau de ces perforations ? C’est ce que fit ma tante. Et puis elle eut des doutes à ce sujet et déclara que si un contrôleur demandait des comptes elle dirait que c’était moi qui étais en cause. Il n’y eut pas de contrôle.
J’imagine que nous avons mangé chez ma cousine, laquelle vit toujours et s’appelle Simone. C’était aussi ma marraine et elle était mariée à Roger qui est mort très jeune, à 39 ans je crois.
La foire, c’est ainsi qu’en français méridional on appelle l’ensemble des manèges et des stands divers, se tenait sur une place en haut d’un escalier. Je n’en ai gardé qu’une vague image.
Je sais qu’il y avait mon cousin Jeannot Cros, de trois ans plus âgé que moi. Je me rappelle qu’il s’amusait, avec un ballon de baudruche percé, à recevoir l’air qu’il contenait sur son visage.
J’avais à ma disposition un peu d’argent de poche dont je devais réserver une partie, 11 F je crois, pour le retour qui devait se faire vers minuit avec ma grand-mère paternelle. Je suppose que mes oncle et tante devaient rester pour coucher chez leur fille et gendre.
J’étais déjà très sérieux, très raisonnable et pourtant j’avais dépensé plus que ce que je devais et il me restait moins que les 11 F qui m’étaient nécessaires pour payer le billet de retour. Certes ma grand-mère m’aurait subventionné mais cette situation était quand même gênante pour moi !
Il y avait un jeu de hasard constitué par un cercle compartimenté en cases par une suite de clous et un bras terminé par une plume qui tournait autour d’un axe central. Une roue de la fortune en somme avec des lots en général de moindre valeur que la mise. Dans l’une des cases était plié un billet de 50 F, le gros lot bien sûr !
J’avais assez pour miser. Je l’ai donc fait. La roue a tourné et la plume s’est immobilisée dans la case du billet de 50 F. Je revois assez précisément l’arrêt de la plume entre les deux clous. La dame qui faisait tourner la roue ne devait pas être heureuse, ça se sentait ! Et moi j’avais alors non seulement de quoi payer mon retour mais encore de quoi faire la fête !
Le temps s’est écoulé ensuite avec la lenteur caractéristique de la jeunesse jusqu’à l’heure de notre train. Tout ce qui me reste comme souvenir du retour c’est une rue droite qu’avec ma grand-mère nous avions empruntée pour nous rendre à la gare.
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