Souvenirs d enfance
Posté le 07.04.2008 par cessenon

Certes l’enclos est grand, très grand même, mais comme tout enclos il a ses limites, aussi on rêve d’évasion. C’est du moins ce que laisse penser la scène de ces deux ânes penchés sur le sac de randonnée posé sur le sol pendant qu’opère le photographe.
Comme ils n’avaient ni gourde (et qu’il est difficile de faire boire un âne qui n’a pas soif !) ni chaussures de marche (les sabots ce n’est pas l’idéal) ils n’ont pas été invités à nous suivre lors de la balade, effectuée le dimanche 6 avril, au cours de laquelle nous les avons rencontrés.
Ce sont des ânes de meunier, blancs en principe mais, conflit de génération, les ânons peuvent être gris. Encore qu’on peut penser qu’ils vont changer de couleur avec l’âge. Ils sont une dizaine, peut-être plus, dans l’enclos que traverse un circuit de randonnée répertorié dans le topo-guide des circuits de l’Orb et du Vernazobres. A quoi sont-ils destinés ? Nous l’ignorons.
L’enclos ? Il s’appelle La Prades, une ancienne prairie qui faisait partie du domaine de La Grange Neuve, et qui aujourd’hui est propriété de la commune de Cessenon. Oui, un arrangement avait été trouvé à la suite du captage de la source du Foulon dont l’eau sert de boisson aux profanes du vin ( « L’aiga del Folon als profans del vin i servís de bevenda » avait écrit mon père dans un de ses poèmes.)
Le fourrage produit permettait de nourrir les quatre chevaux du domaine de la Grange Neuve. Un habitant de Lugné en fanait une partie et rentrait son foin à l’aide d’une barque qui lui servait pour traverser l’Orb avec son chargement.
Aujourd’hui lo besal (le canal d’irrigation) n’étant plus entretenu, la prairie est devenue un pâturage. Bernat y aurait fait paître son troupeau, c’est du moins ce qu’affirme le refrain de la chanson de Cessenon : « Monta amont al castèl / E veiràs lo puèch de Pissacabra / E quand fara plan bel / Bernat et son tropèl / Aval dins la prada. » (Monte là haut au château / Et tu verras le Pech de Pissechèvre / Et quand il fera très beau / Bernard et son troupeau / Là-bas dans La Prades.)
Quand j’étais enfant j’accompagnais ma mère ramasser du bois mort sur le rivage qui borde La Prades. Nous partions avec une carriole attelée à… un âne précisément qui nous était prêté par un ami de mon père. A cette époque les ânes n’étaient pas rares, ils ont par la suite étaient remplacés par les cyclomoteurs.
Ah, mon frère qui faisait partie de ces expéditions, dételait souvent l’âne et allait faire de l’équitation dans le voisinage. Au moment du départ il fallait quelquefois attendre qu’il est soit revenu pour repartir !
Posté le 25.02.2008 par cessenon

L’illustration ci-dessus a été obtenue en scannant un tortillon de corail branchu fossile ramassé sur une assise qui en est formée. Cette assise se trouve sous « la campagne » de La Blanquière, laquelle est située sur la commune de Cessenon, en bordure du chemin à côté de quelques chênes verts.
La campagne en question appartient à Sylvette et André Belissent qui ont joliment aménagé l’habitation, où avaient vécu Jeanne et Michel Soulié, les grands-parents maternels de Sylvette, pour en faire un gîte rural haut de gamme.
Nous nous sommes interrogé sur l’étymologie du mot « blanquière. » Selon Frank R. Hamlin et son dictionnaire des noms de lieux il viendrait de « blaquière » qui signifie « chêne blanc. » On pourrait penser toutefois que c’est dû à la couleur blanche, dominante, due au calcaire qui forme le sol.
Nous sommes ici sur des couches sédimentaires qui se sont déposées dans les temps géologiques où la mer occupait l’espace environnant.
On peut trouver d’autres coraux fossiles et notamment du corail tubulaire dont la coupe a l’apparence d’un nid d’abeilles, dans des secteurs voisins.
Dans le ruisseau du Landeyran qui a fait son lit en contrebas on pouvait voir la bauma qui a donné son nom au tènement situé en amont. Une bauma c’est une grotte, une caverne, un abri sous roche. Mais la partie supérieure s’est effondrée et il ne reste plus grand-chose de la cavité.
J’ai été témoin à cet endroit, il y a sans doute une cinquantaine d’années de cela, dans le gouffre qui était en aval de la bauma, de quelque chose d’insolite : une boule de crapauds ! J’ai appris beaucoup plus tard que lorsqu’une femelle allait pondre ses œufs, un puis deux, puis trois, quatre… mâles s’agglutinaient sur elle pour les féconder. Le spectacle était à vrai dire plutôt répugnant.
J’ai eu pêché à la main, dans les trous d’eau où du poisson se retrouve prisonnier, lorsque le Landeyran s’assèche, ce qui est immanquable dès qu’il n’a pas plu depuis quelque temps. J’y avais une fois salué Claude Pino, occupé à prendre de l’eau dans des récipients pour arroser les jeunes ceps d’un malhòl (un plantier) que son père avait au-dessus sur la rive droite.
Presque au confluent du Landeyran et de l’Orb était la station de pompage de l’eau pour la commune de Causses et Veyran. C’était le logement de fonction de la famille Sénaux dont le fils, nettement plus âgé que moi, venait à l’école de Cessenon à bicyclette. Il avait la particularité en arrivant de lancer son vélo dans la cour et de courir après pour le rattraper avant qu’il ne s’arrête et ne tombe. Il l’accrochait ensuite sous le préau.
Cette « usine » (oui c’est encore ce qu’on peut lire sur la façade de la bâtisse) a été désaffectée après qu’un forage a été réalisé sur les flancs du Montpeyroux.
Entre l’usine des eaux de Causses et La Blanquière qu’avaient occupée Jeanne et Michel Soulié existe une autre « campagne » (elle s’appelle peut-être aussi La Blanquière !) qui avait appartenu au premier mari de la seconde épouse de mon ancien conseiller général !
Posté le 07.02.2008 par cessenon

L’autre jour un avion à réaction qui faisait des arabesques en laissant des traînées dans le ciel du plus beau village de la Galaxie (si, si, il a été homologué !) m’a rappelé ma première confrontation avec un tel phénomène.
Je devais avoir une dizaine d’années, c’était l’après-midi, nous étions en récréation dans la cour de l’école primaire de garçons de Cessenon.
J’avais été le premier intrigué par une trace blanche que laissait derrière lui un corps, dont je ne pouvais pas préciser la forme, qui se déplaçait à une vitesse qui de loin ne paraissait pas excessive.
J’avais signalé le fait autour de moi aux autres gamins. Personne n’avait encore vu une telle chose !
Les supputations sont allées bon train pendant un long moment. Je ne sais pas d’où est venue l’explication mais il a été rapidement acquis qu’il s’agissait d’une planète ! Evidemment ce n’était pas justifié mais affirmé avec tellement d’aplomb, et colporté avec tant de conviction, que ça ne pouvait effectivement qu’être une planète !
On a donc observé la progression de l’objet errant ! Oui à la réflexion c’était bien une planète, du moins au sens de l’étymologie du mot telle qu’elle est donnée par Le Robert : du grec planêtês « errant » !
Comment une planète aurait-elle pu laisser un sillage lors de sa course dans l’espace intersidéral ? Ah, nous ne nous étions pas posé la question ! C’est que nous n’étions pas en mesure de le faire !
Les maîtres ont dû être intrigués de voir les élèves le nez en l’air et ont dû entendre les commentaires que nous faisions.
Ils ne nous laissèrent pas plus longtemps dans notre erreur (dommage, c’était si merveilleux une planète qui circulait avec une traîne extravagante !) Monsieur Bourdier nous fournit la raison de cette traînée : il s’agissait de la trace d’un avion, et d’un avion à réaction plus précisément !
Nous avions à présent une réponse scientifique, pas plus justifiée que la précédente, mais du moment qu’elle venait d’un instituteur elle n’était ni contestée ni contestable !
L’erreur persista cependant quelque temps. Je sais que la ramonette de Saint Blaise, elle s'appelait Murcia, avançait encore quelques jours plus tard comme une évidence l’argument que c’était une planète que nous avions vue !
Posté le 04.02.2008 par cessenon

Cessenon vu de La Pairòla
Le village était alors plus peuplé qu’aujourd’hui, en ce temps là le calendrier des PTT faisait état d’une population de plus de 2000 habitants. 2123 a-t-on pu lire sur celui-ci pendant plusieurs années.
A cette époque il y avait peu de voitures et on ne connaissait ni hyper, ni supermarché, même pas les supérettes. J’ai connu trois boulangeries, trois bouchers, deux charcutiers et une dizaine d’épiceries. Je me rappelle aussi trois endroits où on vendait du lait (chez Calveyrac, Marguerite Cros, Mme Mendez, alias La Biscotine), sans compter un laitier (Aimé Cros) qui avait des vaches qui ne sortaient pas de leur étable sauf peut-être pour boire.
Nous nous approvisionnions généralement aux deux épiceries les plus proches : Momone dans la rue de La Fontaine Sucrée et le Mayorque, de son vrai nom Raymond Ros, qui était sur la route de Saint-Chinian (aujourd’hui avenue Raoul Bayou) en face de la rue des Quatre Coins. Pour le pain également nous allions au plus près : la boulangerie, aujourd’hui fermée, qu’a longtemps tenue Bernard Sanche et qui avait été ouverte par un certain Llaurens marié avec une Passebosc dont le père était un cousin germain de ma grand-mère.
Momone ne fermait pas son magasin le temps de midi et on pouvait aller chercher ce qui manquait à tout moment. Une pompe permettait de mesurer l’huile extraite d’un fût cependant que les légumes secs (haricots, pois chiches, lentilles, pois cassés…), le café aussi, étaient en vrac dans des casiers en bois. Un tonneau placé verticalement contenait des olives. De la morue, mise à dessaler dans l’eau, attendait le chaland.
J’ai le souvenir d’une cliente, Marcelle Marsinhac, soupçonneuse quant à la quantité de morceaux de sucre échappés d’une boîte qui s’était ouverte. Le Mayorque les avait comptés sous ses yeux pour prouver qu’ils y étaient tous. On trouvait des choses anciennes dans son magasin comme des cruchons en terre, des pots en grès pour les confits ou pour mettre le cochon…
Un peu plus haut, toujours sur la route de Saint-Chinian mais de l’autre côté, il y avait Julie Cordier, une sœur de ma grand-mère, dont la petite épicerie a fermé vers la fin de la guerre. Ma mère s’y procurait des rouleaux de papier qu’elle plaçait en garniture sur le rebord de la cheminée lors du grand nettoyage de printemps ou d’automne.
J’ai connu la période où Mme Sanche, la boulangère, complétait le poids du pain de quatre livres en ajoutant une tranche que nous appelions la tourne. Je la mangeais très souvent avant d’arriver à la maison !
On faisait les courses au compte-gouttes, il n’était pas rare que quelqu’un achète un quart de beurre. Ce n’était pas un quart de kilo mais un quart de livre, soit 125 g ! Il faut préciser qu’à cette époque on n’avait pas de réfrigérateur dans les maisons.
Il y avait deux Docks Méridionaux le Dock d’en bas et le Dock d’en haut qui était tenu par Mme Bonnet, une veuve de guerre qui vivait avec André Déjean. Jouxtant le Dock d’en haut, il y avait un Economat où avait officié Plòvia (le surnom de Jules Pons) avant qu’il ne soit remplacé par Farret, lequel avait également un autre magasin, une manière de quincaillerie / droguerie où on se procurait divers matériaux de construction, situé dans ce qui est aujourd’hui l’avenue de la Gare.
Il y avait aussi le bazar Marty à côté de l’ancienne Poste. On y accédait en descendant quelques marches. Je m’y rendais pour acheter mon matériel de pêche.
Presque à côté de l’épicerie Farret était un marchand de chaussures dont s’occupaient Mme et M. Flourens tandis qu’au début de la rue du Four M Cazes avait installé son bureau de tabac qu’il avait déplacé de l’endroit, excentré, près de la cave coopérative, où il était resté un temps. Lui aussi vendait des articles de pêche.
Mme et M. Cazes avaient été propriétaires d’une épicerie sise dans la rue du Moulin où officiait également une marchande de volailles Mme Barbal. Tiens je me rappelle un autre volailler mais je ne suis pas sûr du nom, Assier peut-être ?
J’ai connu trois cafés : Le Helder et l’Europe (qui ne s’appelait pas ainsi !) qui existent toujours et La Source dont le local a accueilli, après fermeture, l’épicerie Tailhades. J’ai même entendu parler de « La Micheline », une manière de buvette qui se trouvait de l’autre côté du pont et où j’avais vu au cinéma en plein air « Le corbeau ».
Sur la place était Louisou qui tenait La Ruche où avait opéré Emile Taillades, le père de Lucien. Louisou avait par la suite créé la supérette Huit à huit. Sur l’avenue de Béziers était une toute petite épicerie. Ses propriétaires étaient deux sœurs, les demoiselles Barthez (je ne garantis pas l’orthographe !) Je n’ai qu’un vague souvenir du magasin de Célina en activité mais il était resté longtemps sur la porte une plaque publicitaire de je ne sais plus quel produit. Il était à l’emplacement du Crédit Agricole.
Nous avions trois coiffeurs (Raymond Reygade, Martial Azorin, Félicien Cros et Jules Cros, le frère de mon père), deux bourreliers, l’un reconverti en électricien vendeur d’électroménager, quatre maréchaux-ferrants (Pla, Calas, Manant, Cros), un garagiste, Fabre, un réparateur de bicyclettes puis de cyclomoteurs et enfin de matériel agricole, Pierre Enjalbert. Ah oui, il y a eu aussi Victor Sala, le mécano qui officiait dans la rue de la Fontaine sucrée. Je me rappelle qu'il avait repeint en bleu le moteur Conord que lui avait confié mon père. Il me semble que c’est après lui que Lucien Gau a tenu là un atelier de réparation de bicyclettes.
Quel était le nom de l’électricien qui avait sa petite boutique près du Plô d’en Haut ? Maurel m’a-t-on soufflé !
Je n’ai pas connu de tonnelier à temps plein mais j’ai vu le père de monsieur Bourdier qui bricolait dans sa remise et Germain Blanc qui prenait ses congés veille de vendanges pour réparer les comportes.
Ah, il y avait encore une pension de famille. La tenancière, Mme Bastelica, se voyait adjoindre un article défini quand on la désignait. Elle était en effet appelée « La Bastelica. » Je n’ai qu’un très vague souvenir d’un restaurant situé à côté du Plô d’en Haut.
Auriol avait un commerce de produits agricoles à l'emplacement qu’occupent actuellement les établissements Péris.
J’ai décrit par ailleurs l’antre de Marie-Louise des Bonbons et j’avais fait état de la naissance de la Maison de la Presse qu’avait créée mon oncle Jules Cros.
Il y avait trois menuisiers (Riche, Meljac, Cambon) un serrurier, Guiral, un taillandier, Valette, un tailleur (Le Sastre !), un cordonnier (un Andorran), une mercerie, Giral…
Ah par contre pendant longtemps, jusqu’à ce que Joseph Querol crée une poissonnerie, nous n’avions pas de poissonnier. C’est une dame qui venait de Cazouls avec son fils, assez obèse, et qui installait son étal devant la porte de l’église. Parfois venait Louisette de la Mer, une personne particulièrement volumineuse !
J’en oublie sans doute, mais vous pourrez m’aider à compléter mon billet !
Posté le 01.02.2008 par cessenon

Le moment solennel de la communion qui l'était aussi !
Les pratiques religieuses étaient assez réduites pour la majorité des Cessenonais. Toutefois chacun cédait au conformisme et en règle générale les enfants étaient baptisés, faisaient leur communion, plus tard se mariaient à l’église et avaient droit à des obsèques religieuses.
Mon grand-père paternel était assez anticlérical, il citait volontiers l’argument avancé dans les débats théologiques « Las platanas de Mourgues son pas batejadas e se pòrtan plan ! » (Les platanes de Mourgues – deux platanes immenses – ne sont pas baptisés et ils se portent bien !) Cela ne l’avait pas empêché de « faire comme tout le monde ».
Mon père lui n’avait pas fait la communion mais c’est à la suite d’un conflit avec le curé de la paroisse. Si mes souvenirs sont bons celui-ci s’appelait Lartigues. Il avait donné une gifle à mon père. La réponse ne se fit pas attendre, il reçut un coup de pied dans le tibia ! Mon père se trouva exclu du groupe des catéchumènes !
Comme mon grand-père maternel était catholique pratiquant mon père fit sa communion au moment de se marier afin qu’une cérémonie religieuse puisse être célébrée.
C’étaient les femmes qui formaient la majorité des fidèles qui assistaient à la messe. Pour les enterrements la tradition était que les hommes attendent à l’extérieur la sortie de l’église pour former le cortège qui se rendait ensuite au cimetière où avaient lieu les remerciements.
Par la suite ceux-ci ont été reçus sur le parvis de l’église puis à présent à l’intérieur de celle-ci, ce qui a conduit les hommes à assister à la messe d’enterrement. Ce n’est d’ailleurs pas toujours une messe qui est dite car, faute de curé, Cessenon n’a plus qu’un diacre à sa disposition. Si vous tenez absolument à avoir un prêtre il vous faut programmer votre décès !
Ma génération était donc baptisée et faisait sa communion. Je ne crois pas qu’il y ait eu une exception pour ma classe d’âge. Nous suivions une instruction religieuse le jeudi matin. Elle nous était dispensée par le curé Guippert qui avait succédé à l’abbé Segondy.
Je ne révisais pas le sujet mais comme j’avais bonne mémoire j’enregistrais sans difficulté ce qui nous était raconté ! D’autant qu’il y avait des réponses qui ne demandaient pas de subtilité particulière par exemple concernant la question « Dieu est-il un être parfait ? » il fallait simplement dire « Oui, Dieu est un être parfait ! »
Il y avait eu une manière d’épreuves et j’avais été second au classement, la première place était revenue à Lucienne Joval, plus sérieuse que moi dans l’étude des leçons de catéchisme.
Guippert faisait de son mieux et justifiait la foi par des arguments simples. Ainsi à propos du crayon de son calepin il faisait remarquer que quelqu’un l’avait bien fabriqué. Il en était nécessairement de même pour le monde. Nous n’avions pas suffisamment de répartie pour interroger sur qui avait fait celui qui avait fait cela ! Il s’appuyait aussi sur le fait que toutes les civilisations avaient une religion.
Par ailleurs il y avait des obligations liées à notre statut de catéchumènes : nous devions assister à la messe le dimanche matin et aux vêpres le dimanche après-midi. Pour les vêpres, si ce n’étaient pas les enfants du catéchisme, il n’y aurait pas eu grand monde à part quelques bigotes. Pénible cette corvée du dimanche après-midi, ça vous mettait l’après-midi en l’air !
J’ai donc fait ma communion « solennelle » au mois de juin 1952 c'est-à-dire, comme c’était la coutume, l’année de mes 12 ans. Une forte dépense pour mes parents qui n’étaient pas fortunés, c’est le moins qu’on puisse dire ! J’avais manifesté ma mauvaise humeur pour le cierge qui coûtait 400 F et que nous devions abandonner alors qu’il n’en était consommé que quatre ou cinq centimètres ! Cela avait quasiment créé un incident !
Ma grand-mère avait acheté auprès d’un « voyageur » le tissu pour me confectionner le costume de communiant, il me semble que c’est mon frère – il effectuait son service militaire au Tchad à ce moment là – qui m’avait offert une montre qui n’a pas fonctionné très longtemps ! Le cadeau des patronnes de mon père, les demoiselles Aïn, était un crucifix en plâtre…
La semaine précédent la cérémonie nous effectuions une « retraite ». Nous n’allions pas à l’école ces jours-là et nous étions quelque peu encadrés par une dame dévote Mlle Sigé qui nous gardait pendant ce que je pourrais appeler des récréations. Tiens j’ai le souvenir d’une devinette qu’elle nous avait posée : « Je commande à 25 et sans moi Paris serait pris, qui suis-je ? » Eh bien c’est la lettre « a » !
Ah le repas avait eu lieu chez ma tante Rose. Oh, là, là ! Mon père et mon oncle étaient allés à la pêche et il y avait tout un tas de poissons à ce repas : de gros barbeaux je crois, des anguilles aussi…
Mon père avait eu ce commentaire à propos de la tenue de ma mère « On dirait un mannequin de chez Paquin ! » Je ne suis pas sûr que celle-ci avait apprécié !
Ma tante Manou et mon oncle Raoul de Millau étaient venus pour la circonstance.
Le soir de cette journée de communion il y eut l’incendie de la maison de Lucien Taillades. Coup de sirène, tout le monde se mit en état de porter secours. Mon oncle Aimé se changea dans la cuisine et dans la précipitation, sous l’effet peut-être de l’alcool, se retrouva en chemise, un pantalon enlevé mais l’autre pas encore mis, sans slip bien sûr on n’en portait pas dans notre milieu, devant un public assez fourni. Il ne fut pas sourd, ma tante Rose était hors d’elle !
L’incendie ? Il s’était déclaré dans un grenier où on avait rentré du foin. Mon oncle Raoul, plombier-zingueur de son état, avait constaté que les pompiers ne savaient pas manœuvrer correctement la grande échelle. Le feu avait pris dans la partie supérieure de la maison et l’eau des lances inondait copieusement l’épicerie située au rez-de-chaussée ce qui avait fait dire à mon oncle Aimé « los fromatges seràn totes mosits ! » (les fromages seront tous moisis !)
Je n’ai pas dû assister à une messe après cette communion solennelle et son renouvellement la semaine suivante sinon pour un mariage ou des obsèques.
Mon costume de communiant eut une fin malheureuse : je l’ai déchiré en grimpant à la Crotz de la Gardia pour chercher des asperges.
Mes parents furent enterrés civilement, dans ma famille nous avions rompu avec le conformisme ambiant.
Posté le 26.01.2008 par cessenon

Le bassin aujourd'hui, près du cabanon, restauré, qu'il jouxte.
Le puits que mon père avait fait creuser pour pomper l’eau nécessaire à l’irrigation du jardin se tarissait quand la motopompe restait trop longtemps en service. Aussi la construction d’un bassin avait été décidée.
Elle fut entreprise au mois d’août 1950, une inscription dans le ciment l’atteste. La crue de 1953 qui avait emporté la partie supérieure de la cabane qu’il jouxtait l’a épargné.
Il n’était pas commode de puiser l’eau du bassin avec un arrosoir car c’était assez haut. Aussi un dispositif supplémentaire l’avait complété. Il s’agissait d’une manière de chaudron que mon père avait récupéré dans une ancienne usine d’équarrissage qui avait appartenu à un certain Chauvin et qui je pense devait s’appeler L’Hortalèche.
Mon père avait été en compte avec ce Chauvin, en ce temps là décédé, car il lui avait je crois prêté de l’argent. Il estimait donc qu’il pouvait se servir ! Nous allâmes donc sur les lieux avec un âne attelé à une jardinière qui nous avaient été prêtés afin d’en rapporter le chaudron. Celui-ci fut placé sous le bassin d’où l’eau pouvait sortir par une vanne qui avait dû être un robinet de foudre ou de cuve.
Mais L’Hortalèche avait été achetée par un épicier du village. Il était surnommé « Le Mayorque », sans doute parce qu’il était originaire de cette île des Baléares. Il y eut protestation du propriétaire légitime toutefois le chaudron resta au jardin, il y est encore !
Mes parents mettaient à tremper dans ce bassin les salades, les paquets de carottes, de radis… qui étaient proposés à la vente, soit sur la place du marché soit lorsque ma mère effectuait sa tournée avec sa carriole.
Ce bassin servit aussi quelque peu de jeu à l’enfant que j’étais. J’y avais mis un bateau auquel j’avais fixé un fil de pêche terminé par un hameçon. Celui-ci avait été enfoncé dans la gueule d’un goujon ou dans celle d’une perche soleil et j’avais là de quoi tracter le navire !
Un jour, je ne sais trop quelles étaient nos occupations du moment. J’étais avec Henri Bastelica et je me suis blessé au tibia sur une arête vive du bassin. L’entaille était profonde, elle atteignait l’os.
Nous n'avions pas chez nous l’habitude d’aller chez le docteur. Je restai quelque temps avec ma plaie ouverte, soignée par des moyens sommaires. Voyant qu’elle ne se refermait pas ma mère m’amena chez le pharmacien qui prescrivit de la pénicilline. Un vrai miracle : quelques jours plus tard j’étais guéri ! Certes la balafre fut longtemps visible mais parfaitement cicatrisée.
Plus tard, à l’été 1956, alors que la baignade dans l’Orb était interdite à cause de l’épidémie de poliomyélite qui avait affecté Cessenon, elle nous avait servi de piscine ! Il me semble m’y être baigné en compagnie d’Albert Flourens.
Ah le souvenir que j’ai encore c’est l’utilisation d’un baquet renversé utilisé comme cloche de plongée !
Posté le 05.01.2008 par cessenon

La gare de Cessenon
Carte postale
Le chemin de fer d’intérêt local qui reliait Béziers à Saint-Chinian a atteint Cessenon en 1877. Le chef lieu de canton ne le sera que dix ans plus tard.
La voie ferrée était à écartement normal et à Béziers elle partait de la gare du Nord où aboutissait la ligne Montpellier Béziers qui passait par l’intérieur des terres.
Il n’est pas dans mon propos de faire ici un historique de cette ligne de chemin de fer mais d’évoquer quelques souvenirs que j’en ai ou de rapporter quelques anecdotes qui m’ont été contées.
En 1944 mes parents ayant acheté une maison dans la rue de l’Orb nous étions à quelques dizaines de mètres de la voie qui passait sur le rempart qui protège le village des crues du fleuve.
A chaque passage d’un train tout vibrait dans le secteur. A cette époque il y avait, pour le service des voyageurs, quatre allers retours quotidiens Béziers – Saint-Chinian. Le premier passage, dans le sens Saint-Chinian – Béziers devait avoir lieu vers les 7 h du matin, heure solaire s’entend !
A cette époque ce devaient être des locomotives à vapeur qui tractaient les convois. Plus tard sont venues les Micheline dont le sifflet était fort différent des locomotives à vapeur.
J’ai encore dans ma tête l’image du train avec ses wagons désuets circulant de l’autre côté de Orb, en face de mon jardin au niveau de Limore. Là existait un passage à niveau non gardé où j’avais failli me faire accrocher, alors que je le franchissais à bicyclette, par une Micheline qui allait vers Saint-Chinian.
Un passage à niveau non gardé, il en existait un autre à côté de l’école maternelle de Cessenon. La sœur de mon arrière-grand-père y avait été tuée vers les années 1930. Elle était un peu sourde. Sa petite-fille, Lucienne Azorin, née Paraluelo, m’avait dit que le corps avait été déchiqueté et que les morceaux avaient été rassemblés dans une couverture.
Celui du pont sur l’Orb par contre était équipé de barrières manœuvrées par l’épouse d’un employé de « L’intérêt local » qui avait un logement de fonction situé à quelques dizaines de mètres. Il était dans une maison il était dans une maison qui appartient aujourd’hui à Antoine Mendez. Les barrières s’abaissaient et se relevaient à l’aide d’une manivelle tandis que deux portillons permettaient de traverser la voie, à pied ou en conduisant un vélo à la main. Sans doute distrait, Cazas, je n’ai plus son prénom en tête, un artisan maçon qui habitait de l’autre côté du pont, avait un jour foncé dans la barrière avec sa moto !
Quand nous allions au terrain de football le mercredi après-midi il nous arrivait d’avoir à attendre la fin des manœuvres effectuées en gare de Cessenon.
J’ai aussi le souvenir d’un rond de fumée, fermé, échappé de la cheminée d’une locomotive. Même qu’Henri Milian, émerveillé, avait lâché « Une soucoupe ! » Eh non, ça n’en était pas exactement une !
En quittant Cessenon en direction de Béziers la voie était rectiligne. Je revois, c’était en 1951, disparaître la Micheline qu’avait empruntée ma mère qui se rendait à Millau rendre visite à sa sœur aînée avant qu’elle ne meure.
Emile Maillé m’avait raconté l’opération à laquelle il lui était arrivé de se livrer sur cette portion de voie. Il avait été chauffeur puis mécanicien à « L’intérêt local. » A ce titre il venait quelquefois prendre une rame de wagons foudres mise en place sur une voie que la cave coopérative avait fait construire à l’arrière des bâtiments. En général on offrait au mécanicien et au chauffeur un tonnelet de vin « Lo barral. » Mais ce n’était pas toujours pendant les heures d’ouverture de la coopérative qu’ils venaient accrocher la rame à la locomotive. Alors pour avoir quand même lo barral ils profitaient de la ligne droite où ça ne tanguait pas trop pour percer avec une chignole un des wagons foudres (ils étaient en bois) présenter un récipient sous le jet et boucher la perforation avec une cheville après que celui-ci soit rempli.
L’habitation du chef de gare n’était pas un logement très spacieux. J’ai connu son occupant, Roux, qui avait deux fils, Louis et Georges, peu ou prou de mon âge. Ce Roux a fini sa carrière à Montpellier à la gare de Palavas. J’ai eu mangé chez lui alors qu’il avait déménagé. A Cessenon le bâtiment que la famille occupait a été détruit et est devenu une petite place qui porte le nom de Place du 19 mars 1962. Un bon point pour les édiles qui lui ont donné ce nom !
Henri Pignol avait succédé à Roux comme chef de gare mais il n’habitait pas sur le site.
A Réals la gare n’avait rien d’une gare de triage, c’était une simple station, la bâtisse est toujours debout, mais elle permettait à la jeunesse biterroise de venir passer la journée en campagne le lundi de Pâques.
A l’arrêt de Commeyras Emile Maillé faisait descendre les réfractaires au STO qu’il avait amenés jusque là, cachés dans le caisson avec de l’eau jusqu’aux épaules. Ils rejoignaient ensuite le maquis à pied.
Junior Peytavi qui était né en 1900 se rappelait le passage du train venant de Saint-Chinian bondé des jeunes gens mobilisés pour partir à la guerre de 14. Il évoquait cet événement avec beaucoup de tristesse et un peu de colère aussi. C’est que beaucoup de ceux qui étaient dans ce train ne sont pas revenus !
Georges Borras citait le propriétaire d’un hôtel restaurant installé au Foulon, sous la source qui alimente Cessenon en eau potable. Il venait à la gare du village chercher ses clients avec un âne et une carriole. Il annonçait « Cessenon – le Foulon, la ville la campagne ! »
J’ai emprunté quelquefois ce train pour aller à Millau voir mes grands-parents maternels. Je me souviens aussi de l’avoir pris pour participer à une manifestation viticole qui a eu lieu aux arènes de Béziers au début des années 50.
Le service des voyageurs a été supprimé en janvier 1954. Il faut préciser que la crue du 6 décembre 1953 avait emporté le rempart qui supportait la voie et qu’on a dû déplacer celle-ci contre les maisons pour permettre le passage, très au ralenti, des convois.
Le transport des marchandises ne s’est définitivement arrêté que le 31 octobre 1968 (cf. vote du conseil général de l’Hérault en date du mardi 16 janvier à 12 h 25 : 23 voix pour la suppression et l’exploitation du réseau, contre 8 voix.)
Le tronçon Cazouls les Béziers Saint-Chinian était relié au réseau SNCF à Colombiers par une voie qui existe toujours. Elle appartient au conseil général mais sa gestion a été confiée à une société privée.
De ce transport de marchandises je revois une locomotrice diesel à laquelle en dernier on n’accrochait plus qu’un seul wagon. J’ai aussi le souvenir d’une plaque tournante qui avait été placée dans la cour de la tuilerie et des blogs de marbre de la carrière de Coumiac qu’un camion conduit par Germain Blanc apportait à la gare. Ils partaient nous disait-on pour l’Amérique. Depuis nous avons appris que ce marbre a servi a décorer la chambre rouge de la Maison Blanche !
Ah, encore, et ce sera la fin, une image tout à fait insolite : un employé de « L’intérêt local » cultivait une vigne située au bord de la voie, à peu près au carrefour des routes de Saint-Chinian et de Roquebrun. Il utilisait pour le transport de sa récolte une manière de wagon plat qu’avec des collègues il devait pousser à la main pour le conduire jusqu’à la cave coopérative.
Posté le 31.12.2007 par cessenon

Saint-Blaise ? C’est une « campagne » située sur la commune de Cessenon, un peu avant Réals, sur la droite, en venant du village. De même que Sainte-Lucie, elle avait appartenu à un de Millet et c’est son petit-fils Yves Bergasse qui en avait hérité. Aujourd’hui c’est Gaston Bergasse, un des deux fils d’Yves Bergasse, qui gère le domaine.
Le drame a dû se dérouler entre 1945 et 1950. Vivaient alors à Saint-Blaise, le ramonait, un certain Landes, son épouse et leur fils Jeannot âgé de deux ans. C’était la mésentente au sein du couple. Etait-elle frivole, était-il jaloux ? C’étaient constamment des querelles. Lui menaçait sans cesse des pires choses. Loin de calmer le jeu elle le provoquait lui disant qu’il n’était pas capable de mettre ses menaces à exécution.
Hélas ce soir-là il en fut parfaitement capable : avec je crois un fusil l’homme tua sa femme et se fit justice. L’enfant resta seul toute la nuit dans le ramonetage avec les deux cadavres, un spectacle que découvrirent les ouvriers en arrivant au travail le lendemain matin.
Jeannot Landes fut recueilli par des parents, Mme et M. Vareille, un couple qui n’avait pas d’enfant. J’ignore si c’est ce qu’il avait vécu qui a conditionné la suite mais il était assez handicapé au plan psychique. Il avait un temps travaillé au Centre d’Aide par le Travail Thierry Albouy à Béziers. Il est mort jeune, à moins de soixante ans, alors qu’il était déjà pensionnaire à la maison de retraite de Cessenon.
Les meubles des époux Landes furent vendus aux enchères, lesquelles eurent lieu à la Maison du Peuple qui se trouvait alors Rue des Serpentins. Mon frère qui devait avoir 17 ou 18 ans fut mandaté par mes parents pour voir ce qui pouvait être intéressant à acheter.
Il en revint avec une corbeille dans laquelle on avait réuni tout un tas d’objets sans grande valeur et en fait sans aucune utilité, notamment une lampe à pétrole. Cette corbeille et ces objets restèrent longtemps dans la maison familiale, au second étage, dans une pièce qui servait de débarras. Ce que j’ai pu être passionné par les trésors qu’elle contenait !
Posté le 29.12.2007 par cessenon

Tenant sans doute de mon grand-père maternel, le pastre du Larzac, j’ai toujours été plutôt économe, ce qui ne me conduisait pas d’ailleurs à maîtriser systématiquement mes impulsions d’achat !
Je devais avoir une dizaine d’années et je disposais d’un capital de 40 f. Evidemment je vous parle là de francs anciens, légers si vous préférez. Autant dire que la conversion de mon avoir en valeur actuelle est à peu près impossible à effectuer.
Mon cousin Jeannot Cros, de trois ans plus âgé que moi, avait lui une petite voiture, je la revois, elle était de couleur bleue et c’était la reproduction d’une fourgonnette. Lui avait le sens du commerce, il a d’ailleurs fait carrière dans ce secteur.
Je ne sais pas qui a proposé à l’autre la transaction mais mes 40 f sont passés de ma poche dans la sienne et la petite voiture est devenue mon bien.
Chez moi on me demanda des comptes sur le nouveau jouet qui était le mien. J’expliquai comment je me l’étais procuré. Eh bien ce commerce n’allait pas du tout avec l’état d’esprit de mes parents. Les deux familles s’en mêlèrent et il fut convenu que je devrais rendre mon bien et récupérer mon avoir.
L’affaire dura quelques jours mais un dimanche je rendis la voiture et j’encaissais mes 40 f. Oh, il ne restèrent pas longtemps dans ma poche.
Mon cousin qui avait des visées très claires sur ce magot me proposa de jouer aux billes. Oui, il s’agissait de « quiller » une pièce contre un petit remblai de terre et de la « déquiller » avec une bille ! Nous n’allâmes pas très loin, dans une courette située devant une maison de la Route de Béziers en face de l’endroit où habitaient mon cousin et ses parents. Le lieu était désert, il était parfait !
La partie ne dura pas longtemps, par tranches successives je fus méthodiquement et rapidement dépossédé de tout mon avoir. J’ai en mémoire la scène et surtout la résignation qui l’avait accompagnée. Je n’avais plus ni petite voiture ni mes 40 f mais là je n’avais pas de recours, je me sentais pleinement responsable de ce qui m’était arrivé !
Il n’est pas sûr que cette histoire n’a pas eu des conséquences et conditionné des comportements ultérieurs que j’ai pu avoir ! C’est en faisant des erreurs que l’on avance et là j’avais à coup sûr avancé d’un grand pas !
Posté le 07.12.2007 par cessenon

Je n’arrive pas à traduire correctement le mot rascanhut ! Il signifie escarpé quand il qualifie un terrain mais là il s’agit d’autre chose.
Lo canton rascanhut c’était à l’origine une raclée que les jeunes gens flanquaient à celui qui, venu d’un autre village, fréquentait une fille qui était du leur ! Le coin où l’on donnait et prenait des coups donc !
Il est resté longtemps une survivance symbolique de ce canton rascanhut. Les garçons de la classe d’âge d’une jeune fille qui devait se marier avec quelqu’un de l’extérieur se présentaient à son domicile et se faisaient offrir à boire. L’un de ces garçons prononçait un « compliment » au terme duquel étaient vantés les mérites de la future épouse.
Je sais que mon frère avait eu la charge de rédiger et de dire le compliment à l’occasion du mariage d’une fille de Martin, le receveur des PTT de Cessenon. Il paraît qu’il avait très bien rempli sa mission.
J’ai assisté à une manifestation plus spectaculaire. A la sortie de l’église, les garçons de la classe d’âge de la mariée avaient formé une double haie et, munis de fusils, avaient tiré en l’air. Je n’ai malheureusement aucun souvenir du nom de la jeune fille, ni de l’année, ni de la classe qui avait organisé la cérémonie mais je revois la scène, au demeurant très sympathique !
En cas de refus de la famille de recevoir la jeunesse venue réclamer à boire, fait tout à fait rare, était organisé un « charivari » ! Cela consistait à protester bruyamment, à manifester devant la maison, jusqu’à ce que la situation évolue positivement.
En Lozère l’expression « charivari » avait un sens sensiblement différent. C’était un rituel auquel avait droit une veuve qui se remariait. On pouvait mettre en exergue les défauts de celui qu’elle prenait en secondes noces ! Ainsi à L’Hermet, le hameau de ma femme, une veuve avait épousé son valet de ferme. Celui-ci, Brès de son nom et Bressou de son surnom, était originaire de Grizac un autre hameau de la commune, en rivalité avec L’Hermet. Aussi lors du discours prononcé avait-on reproché à la veuve d’être allé chercher « Aquel Bressou de Babylone ! » Il faut dire qu’on est ici en milieu huguenot et que Babylone avait évidemment mauvaise réputation !
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