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cessenon
Description du blog :
Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
27.04.2006
Dernière mise à jour :
24.11.2009

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Découverte d'une borne géodésique

Publié le 23/11/2009 à 14:00 par cessenon
Découverte d'une borne géodésique

 

 

Je devais avoir une douzaine d’années. J’étais allé excursionner tout seul, dans un triangle dont les sommets doivent être le Trou des Corbeaux, Aumet et Le Viala.

Quelle n’a pas été ma surprise de rencontrer un trépied de trois ou quatre mètres de haut avec à sa base une borne en granit de forme parallélépipédique gravée sur la face supérieure d’un X colorié en noir. Evidemment c’était pour moi un mystère complet !

Naturellement j’ai appris depuis qu’il s’agissait d’un point géodésique avec sa borne et sa mire mais à cet âge là c’était quelque chose de nouveau et d’insolite.

J’avais donc mobilisé une petite équipe pour faire état de ma découverte. Combien étions-nous pour cette expédition ? Je ne sais pas mais je sais qu’il y avait André Calas qui habituellement m’impressionnait beaucoup.

L’équipe constituée n’était pas plus au fait que je ne l’étais sur la signification de ma découverte. André Calas tenta de faire le tour de la question en utilisant des mots latins, ce qui avait ajouté à l’admiration que je lui portais. Je ne sais pas quelles considérations il avait formulées mais il avait employé les mots « Primo » suivi sans doute d’un « Secundo » et peut-être d’un « Tertio » mais là je ne jure de rien !

Il me semble que dans le « Primo » il avait dit que celui qui… voulait sans doute qu’on sache que… mais comme c’est très flou dans ma mémoire à présent je ne saurais donner plus de précision !

Géoportail m’a permis d’apprendre que la borne géodésique est à la côte 174. Il faudra que j’aille la revoir ! Ah, j’ai appris aussi que la mire ne sert que le temps de la triangulation qui permet de positionner le point géodésique, elle a donc dû disparaître aujourd’hui !

Je n’ai pas trouvé sur la carte IGN le nom du « pech » sur lequel est implantée la borne.

A propos de la salle d'Occitanie

Publié le 22/03/2009 à 12:00 par cessenon
A propos de la salle d'Occitanie


De gauche à droite : Michel Peytavi, Jacques Cros, Jacki Douarche,
Louisette Martinez, Joseph Ginot

A Cessenon, la salle d’Occitanie, lieu de réunion dont dispose présentement la commune, a été aménagée sur un établissement de bains-douches municipaux lui-même construit dans la première moitié des années 50 sur un ancien « magasin ».
L’adjudication avait été emportée par un certain Barbal, un entrepreneur cessenonais. Il avait d’ailleurs eu des inquiétudes lors cette réalisation. Il avait confié à son épouse : « Je fais les douches mais je serai peut-être le premier à prendre le bain ! »
A l’époque cet établissement correspondait à un besoin pour la majorité de la population. Peu de gens avaient en effet chez eux une salle d’eau. Il y avait bien quelques esprits conservateurs, tiens c’était le cas de mon père, qui considéraient que nous avions la rivière et que c’était bien suffisant, mais ils finirent par se faire une raison !
Comme beaucoup de jeunes j’allais prendre ma douche le samedi en fin d’après-midi. C’est Ginot, le garde-champêtre, qui le plus souvent délivrait les billets. On pouvait acheter une petite savonnette et un berlingot de shampoing en plastique transparent que l’on perçait avec un clou de maréchal qui était fourni avec !
Il me semble que l’établissement était également ouvert le dimanche matin.
Naturellement il y avait un côté hommes, à droite, et un côté femmes, à gauche, mais je ne suis pas sûr que la cloison qui délimitait les deux parties montait jusqu’au plafond !
En général ça chantait sous la douche, un vrai concert, certes pas très synchronisé, chacun puisant dans son répertoire personnel sans souci de ce qui était au programme dans la cabine voisine.
Il y a eu, parmi les cartes postales consacrées au village, une vue des bains-douches municipaux avec sur la photo, devant la porte d’entrée, votre serviteur et Jacki Douarche équipé d’un pantalon golf comme en a eu porté à certaines époques.
Les bains-douches municipaux ont été fermés sans doute dans les années 70 mais je ne jure de rien quant à la date.
Ah puisque j’ai parlé de Barbal, je vais ajouter une anecdote. Sa femme tenait un commerce de volailles dans la rue du Moulin à Huile. Elle s’était plaint de son statut qui l’obligeait à rester dedans toute la journée. Utilisant une manière de volapuk dans lequel se mêlaient français, espagnol, occitan, catalan peut-être, elle avait déclaré « J’en un sadoul de ploumer des cambes de piot derrière le comptador ».
Faisant preuve de sollicitude, son mari l’avait consolé d’un « Yo te compraré la télévision » et à l’adresse de sa fille avait ajouté « et tou pétite oun piano » Même que mon père, et mon frère après lui, avaient précisé « un piano mâle », c'est-à-dire un piano à queue ! Mais là je crois qu’ils avaient extrapolé !

Cessenon sous la neige

Publié le 21/03/2009 à 12:00 par cessenon
Cessenon sous la neige


La photo nous a été envoyée par Jean Ginot. Evidemment elle est floue mais on y reconnaît, à droite, Joseph, le père de Jean. L’autre homme est Cayla, la dame n’a pas été identifiée. La scène se passe au-dessous du Roc d’Aiga Ca
Joseph Ginot sait que la photo ne peut pas avoir été prise après 1947 car, dit-il, là-dessus il a encore ses deux jambes !
Peut-être s’agit-il de 1947 ? En janvier ou février de cette année-là, il est tombé sur Cessenon, c’est tout à fait exceptionnel, quelque 70 cm de neige.
J’étais dans la classe de Mme Auriol et j’étais allé à l’école où nous nous sommes retrouvés trois ou quatre élèves de sa classe seulement. Notre maîtresse nous a pris chez elle, elle habitait à deux cents mères du groupe scolaire. Je crois me souvenir d’un piano.
Je n’avais pas vraiment de chaussures adaptées à la situation. Antoinette Ciscar, notre voisine, m’avait proposé de gros souliers qu’elle avait récupérés à la décharge. Ils étaient trop grands mais elle avait suggéré de mettre des journaux au fond ! Finalement je ne les avais pas pris.
Il me semble que c’est avec cette chute de neige-là que nous avons été sans bois pour le chauffage de notre maison et que j’ai accompagné mon père qui, à l’aide d’une brouette, est allé chercher des ceps qui étaient entreposés le long d’un muret, dans une vigne que nous avions près du Verdier et qu’on appelait La Baquelle.
Les gens plaçaient des pièges pour les oiseaux, la chasse était bonne. Sans doute est-ce à cette occasion que mon frère, qui avait alors 16 ans et qui accompagnait mon père dans cette activité, avait eu un début de malaise dû au froid. Mon père l’avait giflé vigoureusement pour qu’il ne s’effondre pas m’avait-il été rapporté par la suite.
A Murviel le village avait été privé d’électricité pendant plusieurs jours, les poteaux ou les fils entre Réals et le village étaient tombés et la ligne coupée nous a raconté Pierre Escande.
Une autre chute de neige importante a également été enregistrée en janvier ou février 1950. Fernand Bordes se souvient que ses parents, qui habitaient Combejan et devaient s’installer à Cessenon avaient différé le déménagement prévu à cause des intempéries.

Du côté du Verdier

Publié le 02/09/2008 à 12:00 par cessenon
Du côté du Verdier

Le Verdier ? Un toponyme fréquent ! Selon le dictionnaire étymologique de Frank R. Hamlin il signifie « verger. » Le Verdier dont il est question ici est sur la commune de Cazedarnes. Il y a eu plusieurs familles qui ont habité ce lieu.
Les maisons ont été vendues et une cave aménagée en luxueux appartement. C’est une descendante du mécène biterrois Castelbon de Beauxhostes qui l’occupe.
La photo ci-dessous représente la source du Verdier. Oui, évidemment qui dit occupation humaine dit aussi présence d’eau.Elle se déverse dans une auge qui alimente à son tour une gorga laquelle devait servir à l’irrigation de jardins. Une inscription affirme que c’est une eau non potable mais des générations en ont bu et personnellement je ne m’en prive pas quand je passe dans le secteur.
La touffe de végétation qui s’est développée sur la paroi humide de la source est le capillaire de Montpellier. On l’appelle aussi Cheveux de Vénus et son nom scientifique est Adiantum capillus-veneris.
Nous sommes ici à la limite de la commune de Cessenon. Mon père qui avait une vigne dans le tènement voisin de La Baquelle avait acheté une parcelle contiguë qui était sur Cazedarnes.
Tiens j’ai une anecdote à propos du chemin qui y conduisait. Traditionnellement chaque été les propriétaires de vignes étaient invités un certain jour du mois d’août à aller entretenir les chemins. Mon père et mon oncle Aimé venaient systématiquement s’occuper de la partie qui se trouve au col situé entre la Baquelle et La Vallongue, laquelle se dégradait régulièrement.
Quand j’étais enfant je suivais. Un jour je regardais de très près mon oncle qui cassait des cailloux avec une masse, je fus invité à m’éloigner quelque peu avec citation de cet adage « Val mai estre darrèr un cagaire que darrèr un asclaire ! » Il suffit sans doute que je traduise le mot « asclaire » ! C’est quelqu’un qui fend du bois.
Au cours d’une randonnée je racontais l’anecdote à des amis vosgiens, l’un d’eux m’a dit qu’il y avait l’équivalent dans les Vosges : « Il vaut mieux être derrière un qui chie que derrière un qui scie ! »

Autour du Viala

Publié le 31/08/2008 à 12:00 par cessenon
Autour du Viala


Le mot Viala est assez répandu dans notre région. C’est probablement un terme latin qui signifiait à l’origine « Maison de campagne » mais qui par la suite a désigné un domaine rural, voire un hameau.
A Cessenon Le Viala est au sud du village, à moins de 1 km. C’est le berceau des ancêtres de Francès, le maire actuel de la commune. J’ai connu trois personnes qui habitaient au Viala avec leurs familles. Il s’agissait des divers ramonets et c’était ce que nous appellerions aujourd’hui un logement de fonction. A l’époque on disait « un ramonetatge. »
Ces trois ramonets étaient Marius Prunet, François Pérez, son gendre, qu’on appelait François de La Marotte, et Raymond Parra.
A cette époque il n’y avait pas encore l’électricité, le chemin d’accès n’était guère carrossable et question eau il y avait une source qui ne se tarissait jamais et qui alimentait un grand bassin.
L’eau est captée un peu en amont, au flanc d’une colline. Divers conduits, dont l’un est un toat (une canalisation en pierres) la mènent en plusieurs points : outre la source que l’on voit sur la photo, elle remplissait una gorga (un réservoir en terre) qui permettait l’irrigation d’un jardin situé en contrebas.
Mon père avait une vigne un peu plus-haut et quand je l’accompagnais nous revenions souvent par Le Viala et nous nous arrêtions à la source pour boire. Aujourd’hui il y a toujours un quart pour que le passant puisse se désaltérer. A vrai dire il ne passe plus grand monde, les chemins sont bouchés au-delà de l’oliveraie qui jouxte les bâtisses.
J’ai quelques souvenirs attachés au Viala. Mon père y avait eu vendangé et il était convenu que son patron lui rentrait sa propre récolte. Il me semble qu’il devait suffire d’un seul voyage pour l’emporter. Le cheval s’appelait Marceau.
Un jour la pluie menaçait, le charretier avait cru bon de rentrer charrette et cheval dans un bâtiment, situé à l’arrière, dont le plancher ne devait pas être très solide. Enfin, il ne s’était rien produit !
Une autre fois après avoir posé le voyage à la cave coopérative j’avais été chargé de ramener cheval et charrette au Viala. Je n’avais eu aucune difficulté à dételer mais j’avais été dans l’impossibilité d’attacher Marceau dans l’écurie. Je l’avais laissé libre à l’intérieur, en ayant quand même pris soin de fermer la porte. Cela devait se passer en 57 / 58, l’occupant des lieux était alors Raymond Parra et c’est en vain que j’avais sollicité de l’aide, il n’y avait personne de présent !
L’autre histoire est beaucoup plus récente. J’avais emmené une classe, « une 4ème techno » (ceux qui connaissent sauront ce que la chose signifie !) faire une randonnée dans le secteur. Les circonstances m’avaient conduit à pique-niquer à côté de la source du Viala. J’avais fait ramasser les détritus du repas dans une pochette en plastique que j’avais confiée à un élève en lui demandant de la garder dans son sac jusqu’à notre arrivée au village.
L’élève fit tournoyer sa pochette en plastique et celle-ci échoua sur un arbre. Ma main ne tournoya pas longtemps et sous les yeux assez indulgents du Principal Adjoint qui nous accompagnait, l’élève reçut une gifle magistrale qui, si elle ne lui avait rien appris, m’avait en partie soulagé !

De quelques évolutions dans le monde rural

Publié le 30/08/2008 à 12:00 par cessenon
De quelques évolutions dans le monde rural


Il est difficile à une personne de moins de quarante ans d’imaginer ce qu’était l’hygiène dans les villages au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Pratiquement personne n’avait de salle d’eau ni de WC. On n’utilisait pour ainsi dire pas de poubelle. L’enlèvement des ordures ménagères était donné en adjudication à quelqu’un qui avait un cheval et un tombereau.
J’ai un vague souvenir de ce tombereau, remplacé dans les ruelles non accessibles par une brouette, et de tas de déchets enlevés à la pelle.
Des déchets il y en avait beaucoup moins qu’aujourd’hui. Peu d’emballage, peu de verre non consigné, les matières plastiques ne faisaient pas encore partie du quotidien…
Il y avait quand même déjà des boîtes de conserve, de sardines en particulier. Tiens chez moi on n’enlevait jamais complètement le couvercle ! On dégageait la clef et on laissait le métal enroulé sur la boîte. De même les boîtes qui nécessitaient un ouvre-boîte n’étaient jamais complètement ouvertes.
La décharge publique était au bord de l’Orb, pas très loin du cimetière. On voyait là des tessons de briques et de tuiles apportés par la tuilerie qui formaient une avancée protectrice contre les crues. Mon père appelait cet endroit « Los tesses. » Il lui arrivait assez souvent d’aller là récupérer quelque trésor !
Il y avait aussi ici et là quelques décharges sauvages, c’était le cas notamment sous le pont.
Plus tard la commune a acheté un cheval qui, outre l’enlèvement des ordures ménagères, servait aussi à tirer le corbillard lors des enterrements. Jusque là il fallait que la famille sollicite un propriétaire en possédant un pour ce faire.
Ce corbillard était entreposé dans une manière de remise aménagée sur le plan de la mairie entre deux contreforts de l’église.
Le cheval lui était logé à la salle du peuple alors située dans la rue des Serpentins.
A l’image des ramonets qui avaient le droit de se servir du cheval de leurs patrons le dimanche pour leurs propres vignes l’employé de mairie qui avait en charge l’entretien de ce cheval, un certain Marquet, devait sans doute l’utiliser dans les mêmes conditions.
La commune avait acheté une benne métallique peinte en vert sombre et une inscription sur son usage. Celle-ci comportait une faute d’orthographe qui a fini par être corrigée mais pendant quelque temps il était resté écrit en rouge sur fond vert « VOIERIE. »
Le corbillard a été être remplacé par une voiture, Marquet la conduisait lors des obsèques en lieu et place du cheval. A cette époque le cortège funèbre accompagnait le défunt jusqu’au cimetière où avaient lieu les remerciements.
Je me souviens d’une anecdote. Nous revenions du cimetière et étions à peu près au niveau de l’école maternelle. Marquet nous a doublés avec sa voiture corbillard. Il a été apostrophé par André Déjean d’un « Qualque cóp tornaras pas ! » (Quelquefois tu ne reviendras pas !), ce qui n’a pas manqué d’arriver, pour Marquet comme pour Déjean.
La situation avait évolué, chacun avait à présent une poubelle qu’il suspendait à des crochets et le ramassage des ordures se faisait avec un camion benne. La décharge a été déplacée du côté du Siala où le vent éparpillait à la ronde les sacs en plastique ce qui faisait désordre dans le paysage.
Des containers ont été placés aux endroits stratégiques et la décharge du Siala a été abandonnée et le site restauré. A présent la collecte est intercommunale et las escobilhas finissent dans une déchetterie.
Bien sûr on a vu aussi la mise en place de récup verre, de récup papier, de récup plastique, de récup piles usagées… pas toujours utilisés correctement !
Les boîtes de conserve ? Mais on n’a souvent besoin de rien pour les ouvrir un dispositif est fixé dessus !
Quant aux obsèques on n’a plus le temps de défiler. Par ailleurs, même si cela reste encore minoritaire, la crémation s’est développée, ce qui au demeurant n’a pas permis à la commune d’éviter d’avoir à agrandir le cimetière.
Bref le monde rural que nous connaissons aujourd’hui est fort différent de celui que les gens de ma génération ont connu dans leur enfance.

Joseph et Thérèse

Publié le 21/07/2008 à 12:00 par cessenon
Joseph et Thérèse
Vue du vignoble
Photo Guy Bousquet

Lui s’appelait Corbière et le patronyme de Thérèse était Vidal. Joseph était ramonet chez les demoiselles Aïn, deux vieilles filles qui se prénommaient Marie-Louise et Lucie.
Je n’ai pas connu leur père qu’on surnommait « Lo Cagarau » (L’Escargot) ses filles avaient hérité de l’escais, plus ou moins modifié « Las Cagaraulas » ou encore « Las Cagarauletas. » J’ai par contre une anecdote à son sujet.
Ce Cagarau avait des vignes dans un tènement qu’on appelle Martel. Un terrain caillouteux et pas très fertile qu’on désigne par le vocable péjoratif de crès. Il était par ailleurs capitaine de réserve et à ce titre effectuait des périodes.
Il était également chasseur et c’est ici que débute mon histoire. Au cours d’une partie de chasse il avait eu un différend avec un certain Pierre Julia plus connu sous le surnom de Pierrique. Le ton était monté et sur la place du village Pierrique avait ironisé d’un « Lo Cagarau cultiva los cresses et l’art militar ! » (Le Cagarau cultive les mauvaises terres et l’art militaire.)
Le propos avait été relevé comme une insulte grave par Lo Cagarau. Aussi il avait provoqué Pierrique en duel ! Mon oncle Aimé qui était à cette époque là ramonet chez Lo Cagarau découvre dans le « magasin » où il arrivait pour prendre son service un mannequin en paille et son patron un sabre à la main se jetant sur lui en annonçant « Pierrique touché, Pierrique mort ! » On doit à la vérité d’ajouter que le duel n’a pas eu lieu.
Mais je reviens à Joseph et Thérèse. Joseph était de l’âge de mon père et quand il était jeune il habitait la campagne de Coumiac distante d’une paire de kilomètres de Cessenon. En hiver les écoliers qui avaient un trajet à faire pour rentrer chez eux étaient autorisés à quitter l’école un peu avant les autres.
Joseph était un homme mince, avec une moustache et une voix de fausset. Avec Thérèse ils habitaient aux Tendes, aux Tendes hautes plus précisément. Ils avaient un poste de radio qui avait la forme d’un vaissel (un foudre) et je pense que c’est en écoutant « Le bal champêtre » du grenier de Toulouse qu’ils dansaient dans leur cuisine après avoir poussé les meubles pour faire de la place.
A l’inverse de mon père Joseph n’était pas braconnier. Toutefois il lui était arrivé de placer un piège à oiseaux « amb una mica de pan ! » (avec une mie de pain) ce que mon père avait rapporté avec une certaine ironie.
Je ne sais pas si Thérèse avait du poil au menton mais elle était autoritaire et mon père ne manquait pas de rappeler à son sujet le dicton « Luna mercruda, femna barbuda, cada cent ans n’i a pro amb una ! » (Lune venant un mercredi, femme barbue, chaque cent ans il y en a assez avec une !)
J’en ai parlé par ailleurs, pour les vendanges Joseph conduisait le cheval des demoiselles Aïn, un petit cheval gris, très vaillant, baptisé Mignon. Quand il a été en fin de carrière ce cheval a été remplacé par un autre qui lui ressemblait comme une goutte d’eau.
Je l’ai dit les demoiselles avaient l’essentiel de leur propriété dans le tènement de Martel distant de trois ou quatre kilomètres. Il y avait là une baraque de vigne avec un plancher à l’étage où était entreposé du foin. Je peux vous en parler ! Elles avaient trois autres vignes, l’une à Mascarinié, l’autre au Viala et la troisième vers Ribaute.
A la cóla, outre mon père qui pressait les comportes et les charriait avec Joseph, il y avait Thérèse la menaire, Berthe Guiral, la femme de Lucien Guiral le serrurier, sa fille Lucette et son fils Roger, mort jeune des suites d’une tumeur au cerveau. Marie-Louise, celle des deux sœurs qui était en meilleur état, venait couper elle aussi quelquefois. J’ai également connu une année, sans doute en 1954, un certain Fornel qui venait à la vigne avec un cyclomoteur et repartait chez lui pour y déjeuner.
Thérèse avait avoué sa passion pour Tino Rossi. Information savamment exploitée par ce Fornel qui avait déclaré en revenant au travail qu’il avait entendu à la radio, le temps du midi, que le célèbre chanteur corse venait de mourir
Il y avait des débats théologiques entre mon père et Marie-Louise à propos de l’existence de Dieu. Mon père était mécréant et déclarait qu’il ne l’avait pas vu et que donc… A quoi Louise, fort dévote comme sa sœur, opposait l’argument que mon père ne mettait pas en cause l’existence de Napoléon bien qu’il ne l’ait jamais vu. Ah, certes mais Napoléon n’était pas Dieu !
Je ne sais pas ce qui avait encanaillé Joseph mais un jour il avait touché un des seins de Lucette en déclarant qu’il était étonné de constater que c’était mou. A quoi Lucette avait tranquillement répondu que c’est parce qu’il n’avait pas touché le bout !
Joseph avait une vigne à lui au Clau, sur la rive gauche du Récambis limitée par une haie de cannes de Provence, en amont de son confluent avec le Vernazobre. Quand nous allions la vendanger ma mère était embauchée. Naturellement je suivais ! J’adorais cette journée où je partais le matin alors que d’habitude je n’allais à la vigne que l’après-midi.
Il avait également un jardin, de l’autre côté du pont, un peu au-delà de l’ancien abattoir.
Plus tard Joseph avait acheté à La Baquelle des terres qui avaient appartenu à Louis Garreta (si mes renseignements sont exacts ce Louis Garreta était veuf d’une sœur de Joseph) proche de la vigne que possédait mon père dans le secteur. Mais à cette époque mon père ne travaillait plus pour les demoiselles Aïn.
Les demoiselles Aïn avaient mis leurs biens en rente viagère, sans doute quand Joseph a pris sa retraite. Mon père avait demandé à Joseph si Martel ne lui manquait pas. Eh bien non, il ne semblait pas !
Choix délibéré ou impossibilité, le couple n’avait pas eu d’enfant. Joseph est mort en 1980. J’étais en vacances au Pays Basque, mon frère avait téléphoné pour donner la nouvelle. C’est ma femme qui avait pris la communication et avait oublié de me transmettre l’information. Je n’ai donc su son décès que plus tard !
J’avais rencontré Thérèse quelques années après, je ne l’avais pour ainsi dire pas reconnue !


Nos postes de radio

Publié le 10/07/2008 à 12:00 par cessenon
Nos postes de radio


Pendant longtemps nous n’avons pas eu de poste de radio chez nous. Le premier qui est arrivé dans la maison a été apporté par mon frère, venu en vacances depuis Argentan où il avait commencé sa carrière de postier au centre de tri.
C’était un petit poste en bakélite de couleur rouge avec des taches noires. Ah, problème : il n’y avait pas de prise de courant dans la maison. C’est que jusque là nous n’avions rien à brancher !
Le fer à repasser ? C’était un blog de fonte noire que ma mère posait verticalement devant le feu de cheminée. En fait il y en avait plusieurs, les uns chauffaient pendant qu’un autre était manipulé.
Il fut trouvé une solution provisoire : une douille voleuse qui se plaçait entre l’ampoule et son support et sur laquelle on pouvait raccorder un appareil électrique. Ah, évidemment le cordon d’alimentation pendait !
On fit venir un électricien professionnel, Maurel sans doute, qui plaça une prise dans chacune des pièces où nous mangions : la cuisine en hiver, la salle à manger en été.
Je n’avais aucune maîtrise des choses, sans que l’on m’ait interdit l’usage du poste je ne le mettais pas en route. Mon père s’intéressait à l’actualité et écoutait donc les nouvelles. J’avais remarqué que dans la journée, à chaque émission, on avait droit à peu près aux mêmes !
Où placer le poste ? J’ai le souvenir d’une table haute légère en osier, un peu bancale sans doute. Un jour, alors qu’un os avait été jeté à notre chien Médor, celui-ci renversa l’ensemble pour aller récupérer son os. Le poste radio n’en souffrit pas trop me semble-t-il.
Il supporta aussi sans trop de dommage le rôle de planque qu’une pie voleuse que nous avions élevée lui fit jouer. Oui, elle allait camoufler ses larcins à l’arrière de l’appareil.
On se décida à faire mettre par un menuisier, Meljac probablement, deux étagères, symétriques par rapport à la cloison qui séparait la cuisine de la salle à manger afin d’y déposer le récepteur radio.
Suite à des désaccords que mon frère avait eus avec mon père au cours d’autres vacances ce poste de radio fut transporté chez mes grands-parents paternels qui habitaient dans le quartier du château. C’est que pendant cette période de mésentente mon frère prenait ses repas chez eux !
Je crois toutefois que c’est encore lui qui apporta un autre poste de radio. Il était plus grand, mais pas de meilleure qualité, ce n’était pas encore le temps des « ampli op » ! Une partie des noms des stations était effacée mais je revois celui de l’émetteur de Stuttgart qui bien sûr n’a jamais été écouté.
J’ai le souvenir d’une émission qui s’appelait « Le Midi et ses gens » qui passait à l’heure du déjeuner. J’avais entendu, suivant les paroles avec une grande attention, et trouvant le texte très clair, « Le parapluie » de Georges Brassens.
Ah si mon père était absorbé dans l’écoute des informations il ne fallait pas lui adresser la parole, on se faisait remballer ! Il lui arrivait également de manifester de la mauvaise humeur contre des décisions politiques qu’il n’approuvait pas. Je pense, mais j’étais déjà adolescent, à la décision des députés communistes de voter les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet.
Je manipulais un peu cet appareil qui grésillait pas mal. Il captait des signaux en morse et je n’étais pas loi de penser que c’était parce que j’étais sur Monte Carlo et qu’étant près de la mer je recevais des messages de bateaux !
Je n’ai pas de souvenirs très précis des émissions, sinon de vagues réminiscences du jeu « Quitte ou double ? » ni des chansons qui m’avaient marqué sauf peut-être « La fille de Londres. » Je me rappelle quelques publicités genre « Un tampon Gex en vaut deux, et il nettoie bien mieux ! »
Je ne comprenais pas toujours parfaitement les paroles des chansons. Tiens c’est le cas par exemple de « La danseuse est créole ! » j’entendais « la danse des créoles ! »
Ah, j’ai quelques images sonores de « Catinou et Jacouti » sur Toulouse le mardi soir, des chansonniers du « Grenier de Montmartre » le dimanche midi, le leitmotiv de Radio Andorre : « ¡ Una rata, el gato la mata ! » ou le « ¡ Viva Franco, arriba España ! » qui terminait vers minuit les émissions des stations espagnoles.

La bugada

Publié le 05/07/2008 à 12:00 par cessenon
La bugada

Les lavoirs du pont avaient cette allure !

Oui, une expression occitane qui désigne le travail consistant à faire la lessive.
Les générations actuelles ne se doutent pas de tout ce qui n’existait pas dans les maisons il y a seulement une cinquantaine d’années. Pas de réfrigérateur, pas de téléphone, pas de télévision, chez moi même pas de poste de radio ni de gazinière et naturellement pas de machine à laver le linge (ne parlons pas bien sûr de lave-vaisselle !) Il n’y avait pas bien sûr de salle d’eau ni de WC (le tas de fumier n’était pas clos et il n’y avait pas de châsse !)
La lessive ?
Une corvée pour les femmes. J’ai quelques souvenirs de cette activité. L’été c’était traditionnel, comme de nombreuses Cessenonaises, ma mère allait laver son linge à la « rivière ». C’est ainsi que nous appelions l’Orb, même si c’est un fleuve.
Une fois rincé il était étendu sur un banc de gravier parfaitement propre, maintenu au sol par des pierres posées sur le bord de chacune des pièces. Les draps étaient soigneusement étirés et ma mère ne les repassait pas, se contentant de les plier. J’aidais quelquefois pour cette phase des opérations.
Ah, on ne changeait pas de draps chaque semaine ni de chemise chaque jour. Quant au slip, c’est simple, nous n’en portions pas !
Certains qui prônent, via une idéologie de pacotille, la croissance zéro ne doivent pas avoir connu cette période. Les pauvres des pays riches seraient en quelque sorte responsables, par leur appétit de modernisme et leur soif de consommation, des désordres écologiques et seraient donc invités au titre de la solidarité avec le Sud à revenir au temps de la lampe à huile et de la marine à voile.
L’hiver la lessive se faisait dedans, sur l’évier, mal commode à utiliser. Il me semble que ma mère ne possédait pas de lessiveuse, cette espèce de chaudron permettant de chauffer l’eau. Elle allait rincer à la fontaine publique puis plus tard dans des lavoirs construits à côté du pont.
Je me souviens, c’était en 1951, j’avais 11 ans, ma mère avait dû partir en catastrophe voir sa sœur aînée qui se mourait à Millau. Elle avait voulu faire la lessive avant de partir et j’avais été chargé d’aller ouvrir le robinet d’un de ces lavoirs. Je m’étais exécuté mais j’avais oublié de mettre la bonde ! Heureusement quelqu’un l’avait fait pour moi !
Ma mère, débordée par son travail au jardin, n’avait jamais trop le temps de repasser, le linge en attente s’accumulait sur une étagère de la cuisine ou sur celle, symétrique par rapport à la cloison, de la salle à manger. Il arrivait qu’en été ou à l’automne, quand nous changions de pièce pour prendre nos repas, elle se contente de déplacer le tas !
Ah je vais ajouter une anecdote. C’était en 1977 lors du dernier meeting électoral de la campagne électorale qui avait permis à la liste de Paul Balmigère de gagner la mairie de Béziers. Les dirigeants communistes n’avaient pas alors de problème de manque de rigueur morale. Aussi, évoquant quelques magouilles perceptibles dans les affaires de la ville il avait conclu son intervention d’un « Dimenge farem la bugada » (Dimanche nous ferons la lessive.)

Sur un stage à l’Institut National des Sports

Publié le 07/06/2008 à 12:00 par cessenon
Sur un stage à l’Institut National des Sports


Il me semble bien que c’est ainsi que s’appelait l’organisme qui avait accueilli quelques coureurs de demi-fond proposés comme stagiaires par la Fédération Française d’Athlétisme.
Ce stage avait eu lieu un week-end de février 1960. J’étais alors instituteur à l’école de La Plaine, à Bédarieux.
J’avais pris le train dans cette ville et j’avais rejoint la capitale par la ligne du centre.
A Millau étaient montés des Maghrébins qui avaient pris place dans mon compartiment. Nous avions sympathisé. Ils venaient d’être libérés du camp d’internement qui avait été installé sur le Larzac. Nous vivions alors les dernières années de la guerre d’Algérie.
Je leur avais appris que la France venait de faire exploser sa première bombe atomique dans leur pays. Cela s’était passé le 13 février 1960 à Reggane, et s’était accompagné d’un « Hourra ! » enthousiaste du général De Gaulle. Le stage à l’INS où je me rendais avait donc dû avoir eu lieu quelques jours plus tard.
Mes interlocuteurs m’avaient parlé de leur vie au camp d’internement : ils s’étaient efforcés de ne pas trop perdre leur temps, profitant de la présence dans le camp de compatriotes qui avaient des compétences dans divers domaines pour s’instruire et se cultiver.
Nous avions échangé sur la question de l’indépendance de l’Algérie pour laquelle ils étaient engagés et sur l’état de l’opinion publique en France. Naturellement j’étais pour la Paix en Algérie et ipso facto pour la reconnaissance du droit des Algériens à l’autodétermination. Hélas, la guerre allait durer, pour mon plus grand désagrément, encore deux ans avant qu’il ne soit effectif.
Arrivé à la gare d’Austerlitz et ne connaissant guère Paris j’avais pris un taxi pour me rendre à l’INS, indiquant simplement « INS » au chauffeur. Celui-ci m’avait déclaré : « Ah, vous allez faire le stage ? » Après coup je me suis dit que cela devait être habituel des stages à l’Institut National des Sports.
Il me semble que nous étions quatre pour ce stage. Il y avait André Lopez qui était de l’Aude, de Salles d’Aude me semble-t-il, à moins que ce ne soit de Sallèles d’Aude, et Jean-Marie Argelès originaire de la région de Grenoble mais qui pour l’heure se trouvait en Allemagne.
J’avais couru plusieurs fois avec le premier et assez régulièrement il me battait au sprint jusqu’à ce que j’aie compris qu’il me fallait adopter une autre tactique : décrocher « au train » ! Jean-Marie Argelès avait été champion de France scolaire du 1500 m l’année précédente au stade Charléty. Je concourais aussi pour ces championnats de France, également sur 1500 m, mais dans la catégorie junior alors que lui, de quatre ans mon aîné, était senior. Mon résultat ? Eh bien bousculé par le peloton je m’étais foulé une cheville sur la lice et j’avais souffert pour finir la course.
En marge du stage nous avions vu Mimoun venu s’entraîner sur les infrastructures du site. Je me rappelle qu’André Lopez m’avait dit : « Tiens à l’apogée de ma carrière athlétique je voudrais seulement être comme Mimoun à présent ! » Je n’étais pas loin d’avoir de plus grandes ambitions. C’était oublier qu’il y avait quelque part une guerre coloniale où à la suite de décisions prises par des hommes politiques qui n’avaient rien compris à l’évolution des choses, on allait m’envoyer.
Le bilan du stage ? J’avais été bon au niveau respiratoire et de l’influx nerveux, faible ou insuffisant au plan cardiaque et musculaire. Je ne le savais pas encore, mais je n’avais guère plus rien à faire de cela ! J’allais faire un excellent Deuxième Canonnier !
Jean-Marie Argelès m’a rappelé récemment que nous avions été hébergés dans la même chambre et que nous avions pas mal dialogué sur la guerre d’Algérie. C’est que nous étions tous les deux communistes mais lui en savait beaucoup plus que moi sur l’aide, notamment financière, que les Algériens qui vivaient en France, apportaient au FLN ainsi que sur les réseaux leur permettant de quitter le pays quand ils étaient appelés pour effectuer leur service militaire dans les rangs de l’armée ennemie !