Vie sociale
Posté le 20.06.2006 par cessenon

Lettre dactylographiée de Charles Caffort envoyée le 1er mars 1918
depuis la Chambre des Députés à Joseph Cros
C’étaient deux hommes politiques qui, au début du XX° siècle, briguaient le siège de député dans une circonscription qui devait recouvrir une partie de celle qui est aujourd’hui la V° de l’Hérault. Caffort était d’Olonzac, Razimbaud de Cébazan.
Ce dernier était radical, je n’ai pas de précision sur l’étiquette de Caffort. Peut-être était-il radical lui aussi, à cette époque c’était le parti majoritaire. Les programmes politiques n’étaient pas très alambiqués, le mot d’ordre des partisans de Caffort était même assez simple : « E cridarem totjorn pus fort viva Caffort » (Et nous crierons toujours plus fort vive Caffort.) A quoi répondait chez les supporters de Razimbaud le slogan : « Per nostre Juli s’en totes enrabiats » (Pour notre Jules nous sommes tous enragés.) Une chanson des fans de Razimbaud disait : « Se Charlo nos podià governa, al pais de l’Orb i porien pas manja » (Si Charles pouvait nous gouverner, au pays de l’Orb on ne pourrait pas y manger !) Le refrain ajoutait : « Chuca la codena !» (Suce la couenne !) et le soir du vote, en cas de défaite de Caffort, ses soutiens risquaient de voir une telle inscription sur leur porte.
En 1903 Razimbaud siège à l’assemblée nationale au sein du Groupe de la Gauche Démocratique qui compte alors 118 membres. En 1907 l’intitulé du groupe évolue et devient le Groupe de la Gauche Démocratique Radicale et Radical-Socialiste. Il compte maintenant 156 membres, Adrien Savary a succédé à Emile Combes comme Président du groupe. Parmi les vice-présidents on relève le nom de Maurice Faure.
Les villages sont partagés en deux : il y a en général un café Caffort et un café Razimbaud, une clique Caffort et une clique Razimbaud. On assiste à un phénomène de clientélisme : les viticulteurs Caffort emploient du personnel Caffort, les viticulteurs Razimbaud du personnel Razimbaud.
Il arrivait qu’il y ait des drames familiaux. A Cessenon, la ligne de démarcation au sein d’un couple passait entre l’homme et la femme. Celle-ci, passionnée par Razimbaud, s’était accommodé du choix de son mari car jusque là c’est son candidat qui « sortait. » Mais, à la veille de la Guerre de 14-18, il y eut un retournement de situation et c’est Caffort qui fut élu. Le ton monta entre les époux. Le ton monta entre les époux, l’épouse qui avait préparé deux poissons pour le repas se trouva confrontée au fait que l’un était parfaitement doré tandis que l’autre était franchement brûlé. Elle servi celui-ci à son mari en déclarant « As aquí Caffort ! » Les choses allèrent en s’aggravant, Madame se refusa à Monsieur pendant plusieurs semaines. Le pauvre en était paraît-il tout couvert de boutons ! Au paroxysme de la crise elle ouvrit les robinets des foudres de son viticulteur de mari, ferma la maison à clé et s’en alla en emportant celle-ci. Précisons qu’en ce temps là il n’y avait pas encore de cave coopérative, les gens faisaient donc leur vin chez eux. De plus chaque famille n’avait qu’une clé de la maison. Notre pauvre partisan de Caffort voyait, impuissant, son vin couler dans le caniveau !
Mon grand-père paternel était un ardent supporter de Jules Razimbaud. Et d’ailleurs un frère de mon père, né en 1910, s’appelait Jules en hommage à l’homme public. Aussi lors des élections qui ont précédé la guerre de 14-18, quelle ne fut pas la déconvenue de mon grand-père en apprenant que son fils aîné, mon père, alors âgé d’une dizaine d’années, s’était infiltré dans le café Caffort et avait réussi à boire le punch de la victoire de l’adversaire de son candidat. Et en plus il rentrait un peu « pompette » à la maison !
Mais le pire c’est qu’en représailles, après les résultats, il se retrouva muté dans sa fonction de cantonnier. Jusque là il avait été affecté à une portion de route qui va du pont de Ronnel à celui de Réals. Il se vit déplacé à Cazedarnes, avec obligation d’y résider. Bien que Cazedarnes ne soit distant de Cessenon que de 7 km c’était suffisant pour que ma grand-mère y ait le mal du pays. Aussi le soir mon grand-père l’emmenait jusqu’à un tournant de la route d’où l’on pouvait voir les lumières de Cessenon !
Fort heureusement ce bannissement fut de courte durée. Rencontrant mon grand-père sur la nouvelle portion de route qu’il avait à entretenir, Razimbaud lui demanda ce qu’il faisait là. Après les explications que lui fournit mon grand-père celui-ci se vit réintégrer sur son poste initial.
Charles Caffort dut rester député pendant toute la durée de la guerre de 14-18. J’ai retrouvé, dans les archives familiales, une réponse dactylographiée qu’il fait à mon grand-père à propos d’une demande de démobilisation. Datée du 1er mars 1918, cette lettre de Charles Caffort indique que mon grand-père n’ayant pas quatre enfants (il en avait trois), il ne peut bénéficier des mesures concernant les classes plus anciennes. De même sa demande de sursis en tant que cantonnier n’est pas recevable.
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Posté le 19.06.2006 par cessenon

Une photo de la clique de Cessenon devant la mairie du village retrouvée dans les archives familiales
Il y avait à Cessenon, comme dans la plupart des villages du Biterrois, une clique. On l’appelait « La clica de Fouilhé » car mon oncle, Aimé Fouilhé, le mari de la s½ur de mon père, en était le chef.
Mon oncle avait créé une manière d’indicatif qu’il avait intitulé : « Per davant, per darrèr » (par devant, par derrière). Sur l’air ainsi défini il se chantait : « Per davant, per darrèr, per davant, per darrèr, la clica de Fouilhé ». Les enfants avaient un peu modifié les paroles et avaient remplacé le mot « clica » par « femna » (femme). Vous voyez ce que cela donnait !
Il y avait des clairons, des tambours, des cymbales et une grosse caisse. Mon père faisait partie de cette clique. Il avait eu joué du clairon mais un problème de dentition l’avait empêché de poursuivre dans ce registre. Il s’était donc rabattu sur les cymbales ou la grosse caisse. Je me rappelle ces instruments de musique, l’un particulièrement volumineux, entreposés dans la chambre de mes parents.
La grosse caisse avait subi des avatars et la peau avait été rapiécée en plusieurs endroits. D’ailleurs un jour, au cours d’une prestation, elle s’était crevée. Mon père avait cru résoudre provisoirement le problème en frappant, avec sa mailloche, l’autre face de son instrument. Cela n’avait évidemment rien rendu !
Je l’ai écrit par ailleurs, notre chien Médor aimait cette ambiance animée et accompagnait mon père lorsque la clique défilait. Mon père prétendait même qu’il marchait au pas !
Marcher au pas n’était pas à la portée de tous. Robert Parramon, qui aurait voulu jouer dans la clique, avait finalement dû renoncer car il n’y arrivait pas !
Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu de tenue pour les musiciens, sauf une casquette blanche. Sur la photo, prise devant la mairie de Cessenon, il y a seize participants. Le chef de clique est évidemment au premier plan, mon père est le premier à gauche au troisième rang. En haut le porte-drapeau est Phalip que l’on connaissait sous le surnom de « La Verdure ». Les seize musiciens sont tous décédés aujourd’hui, le dernier disparu est Pascal Beltran. C’est le deuxième à gauche au deuxième rang.
Les répétitions avaient lieu à la Salle du Peuple mais, je ne sais pas à la suite de quelles circonstances, il est arrivé une fois que la clique vienne jouer dans la cave de notre maison. En été cela se faisait en plein air et le soir, après le dîner. La clique défilait en jouant jusqu’à la « campagne » de La Blanquière distante de quelque deux kilomètres. Celle-ci appartenait à Michel Soulié, un joueur de tambour. Arrivés à La Blanquière les musiciens avaient droit à un « coup » de vin blanc.
Michel Soulié est à droite de Fouilhé. A la gauche de celui-ci c’est un autre joueur de tambour, Kléber Bonnafous, le père de Lucienne Bousquet, alias « Lulu des chèvres », lequel était borgne ! L’autre joueur de tambour, tout à fait à droite, s’appelait Pons mais on ne le désignait que sous le surnom de « Plòvia » (traduction : il pleuvait !)
A la date où la photo a été prise mon père devait jouer des cymbales puisque la grosse caisse est tenue par Louis Benavent, du même âge que mon père et qui avait effectué avec lui une partie de son service militaire à Bizerte.
Posté le 17.06.2006 par cessenon

Toujours al Cafe de l'Escopinha
Je ne sais pas le nom de celui-ci. Il s’était chargé de relever le temps qu’il faisait chaque jour pour le compte d’un almanach. Il se levait la nuit et mettait le nez à la fenêtre. Il notait ainsi si le ciel était couvert, dégagé, s’il faisait froid, chaud, sec, humide, si c’était calme, s’il y avait du vent… Ayant sans doute un peu bu, cette nuit là il s’était trompé et n’avait pas ouvert la fenêtre mais la porte d’un placard dans lequel étaient les réserves de nourriture. Il s’y trouvait du lard et l’odeur dégagée était caractéristique. Aussi notre préposé aux informations météorologiques avait soigneusement écrit : « Aujourd’hui »… suivait la date et l’heure… « Temps au lard ».
Cet autre avait trois filles à marier. Il invitait donc la jeunesse dans l’espoir de leur trouver un parti. Il offrait à boire. L’affaire se savait et les galants ne manquaient pas qui venaient… boire gratuitement le vin blanc du père sans s’engager plus avant dans ce qui constituait le projet de celui-ci. La victime finit par se rendre compte de ce qu’il en était réellement de la venue chez lui de ces jeunes gens. Il avait eu ce commentaire : « Tastèm, tastarèm, lo vin blanc s’en va e las filhas demòran » (nous goûtons, nous goûterons, le vin blanc s’en va et les filles restent).
En voilà un qui était toujours mal habillé mais qui ne mourait pas de faim. Il avait un ventre rebondi que couvraient – mal – des épaisseurs de vêtements dépenaillés. Il commentait son état à déclarant : « Ventre, je ne te ferai jamais tort, mais des habits tu n’en auras pas ! »
Mon père était un peu ami avec un gitan du nom d’Amador. Ce dernier prétendait que les gitans étaient honnêtes, dans une certaine limite toutefois, ce qu’il nuançait d’un « Raubam pas res à digús mai la primièra frucha es per nosautres ! » (Nous ne volons rien à personne mais le premier fruit est pour nous !)
L’histoire qui suit se passe à Cazouls les Béziers pendant l’épidémie de grippe espagnole. La consigne était d’enterrer au plutôt ceux qui mouraient car la maladie était très contagieuse. Dans une famille on venait d’enregistrer le décès d’un des membres et le croque-mort était là pour remplir son office. Mais voilà qu’on s’aperçoit que le mort ne l’était peut-être pas, quelqu’un affirmant qu’il l’avait vu bouger. L’employé municipal ne tenait pas à ce qu’on le retarde dans ce qu’il avait à faire : « S’òm voliá escotar tot lo mond on enterrariá pas digús ! » (si on voulait écouter tout le monde on n’enterrerait personne ! )
Jean Jammes avait une foule de prénoms et il devait cela au caractère facétieux d’un secrétaire de mairie. Son père qui habitait près de la gare était allé le déclarer. Las ! Il ne se souvenait plus des instructions qu’on lui avait données pour ce qui devait être enregistré à l’état civil. Comme il n’avait pas envie de perdre du temps à revenir chez lui, le secrétaire lui avait proposé d’inscrire une liste de huit prénoms, certains originaux. La proposition fut retenue et notre homme s’est donc appelé Jean, Balthazar, Melchior, Nabuchodonosor, Louis, Philippe, Bonaparte, Miquel Jammes.
Ces deux frères venaient de procéder au partage des biens des parents. Deux lots avaient été faits. L’un des deux frères trouvait qu’il était désavantagé avec l’attribution de son lot. Conciliant l’autre lui proposa d’échanger les lots. Mais cela ne convenait toujours pas au premier. Le second avait alors lâché : « Prend-lo tot ! » (Prends-le tout !)
Les propriétaires viticulteurs chez qui travaillait cet ouvrier agricole étaient un frère et une s½ur, vieux garçon et vieille fille. Tous les deux boitaient. En marge de son activité, l’employé, bien que marié, avait une liaison avec Valérie sa patronne. L’affaire était venue aux oreilles de l’épouse qui avait interpellé son mari d’un « Te lo fau pas tan plan qu’aquela ranca ? » (Je ne te le fais pas aussi bien que cette boiteuse ?) Sans doute, mais avec Valérie il y avait un plus puisqu’il précisait « Fasèm aquò en diagonala ! » (nous faisons ça en diagonale !)
Gransac était particulièrement paresseux. Pour sa nuit de noces il s’apprêtait à s’endormir sans souci de devoirs conjugaux. Sa femme l’avait interrogé d’un « Me dises pas res ? » (Tu ne me dis rien ?) Il s’était excusé d’un « I pensavi pas ! » (Je n’y pensais pas !)
Une jeune fille était très amoureuse d’un jeune homme, hélas tuberculeux. On employait d’ailleurs l’expression de « poitrinaire » pour désigner ce type de malade. En général on en mourait. Compte tenu de l’état de l’heureux élu, le père ne voulait pas de ce mariage. Mais sa fille s’obstinait d’un « Quand seriá qu’una nuèit ! » (Quand ce ne serait qu’une nuit !)
A la mort de Calas, Calassou, le fils, avait hérité de la maison, des vignes et de la compagne de son père qui était veuf. Celle-ci s’appelait Claire et on la désignait sous le vocable de « Claire de Calassou ». Quand Calassou fut mort à son tour la Claire était à nouveau disponible. Elle s’était embauchée pour quelques travaux agricoles chez Junior, un vieux garçon. Comme elle n’était pas farouche La Claire lui rendait service dans d’autres domaines que viticoles. Mais comme elle n’était pas toujours d’une extrême propreté le dialogue qui suit aurait été entendu : « Te siás lavada ? – Òc – Fa pas res, refresca-lo ! » (Tu t’es lavée – Oui – Ça ne fait rien, rafraîchis-le !)
Le mari de Malbine avait quasiment intimé à sa femme l’ordre suivant : « Malbina monta que farèm la sièsta » (Malbine monte que nous ferons la sieste). Malbine s’était exécutée mais apparemment elle n’était pas partie prenante dans l’opération, s’occupant plutôt à chasser les mouches qui l’agaçaient. Cela lui avait valu une paire de gifles accompagnées d’un : « Malbina ten-te a ton trabalh ! » (Malbine tiens-toi à ton travail !)
Dans le même registre un mari s’était plaint de ce que quand il s’échinait à remplir ses devoir conjugaux sa partenaire ne s’intéressait guère à ce qui se passait. En plein action elle aurait même lâché : « De que metrai deman per dinnar ? » (Qu’est-ce que je mettrai demain pour déjeuner ?) Oui, comme le dit Jean Effel, « Contrairement à ce qui se passe en mathématiques, là le plaisir double quand il est partagé ! »
En voici un qui n’osait pas demander à son épouse légitime une certaine gâterie. Son envie devenant une obsession il s’était offert les services d’une péripatéticienne. Mais il avait le défaut d’enregistrer toutes ses dépenses sur un carnet. Sa femme avait découvert qu’une somme de 600 F avait été ainsi déboursée. Elle avait eu ce commentaire : « Mais s’il l’avait dit, pour 600 F, je le lui aurais fait ! »
Il était de tradition chez les viticulteurs aisés des villages d’aller à Béziers le vendredi, jour de marché, pour connaître le cours du vin, acheter du matériel agricole ou des produits nécessaires à la viticulture. Beaucoup en profitaient pour sacrifier à Vénus auprès de professionnelles de l’amour tarifié. C’est ce qu’on appelait « Faire vendredi ». Un Cessenonais était allé à Béziers pour en ramener un cochon. Il avait profité de sa sortie pour « Faire vendredi ». Soit que la chose ait pris du temps, soit qu’il ait voulu profiter pleinement de l’escapade et en quelque sorte « remettre le couvert », son train était parti et il était encore à Béziers avec son cochon. Il avait envoyé à sa femme un télégramme ainsi libellé : « Train manqué, cochon arrivera demain ». L’épouse n’était pas dupe et à la réception du texte avait fait remarquer : « Il aurait pu mettre ça au pluriel ! »
En voici un autre qui racontait, en mélangeant, comme c’était l’usage, le français et l’occitan, l’émotion qu’il avait provoquée chez la dame qui avait reçu sa déclaration d’amour : « Quant i diguèri "Je t’aime" se pleguèt comme un roseau ! » (Quand je lui ai dit "Je t’aime" elle se plia comme un roseau !)
C’est que la maîtrise du français n’était pas parfaite. Ainsi ce villageois qui était allé au restaurant avait cru que le plat référencé « Céleri à l’italienne » serait quelque chose d’excellent. Il racontait sa déception en déclamant « Veses pas que me porteron d’api ! » (Tu ne vois pas qu’ils m’ont apporté du céleri !) A côté de lui un client mangeait une portion de pigeon. Quand il eut fini son plat il en redemanda d’un « Idem ! » Notre occitaniste crut comprendre que c’est ainsi qu’on désignait lo colomb. Voilà la suite : « Cridèri "Idem". Veses pas que me torneron portar d’api ! » (J’ai crié "Idem". tu ne vois pas qu’ils m’ont rapporté du céleri !)
Ah, à propos de pigeon, lors d’un banquet organisé par une association, il y a avait au menu du pigeon aux lentilles. La ration était de un pigeon pour deux. Mais un des convives avait pris un pigeon en entier pour lui tout seul. Devant la désapprobation de son vis-à-vis il s’était justifié d’un : « Aimi pas los mendilhs ! » (Je n’aime pas les lentilles !)
Au cours d’un autre banquet étaient servis des émincés de veau empilés dans un plat. Un des participants avait, avec sa fourchette, piqué dans la pile et en avait ainsi retiré une certaine épaisseur. Devant la remarque du restaurateur expliquant qu’il était prévu un émincé par personne, il s’était excusé en faisant état d’une méprise : « Pensavi qu’eran d’auberginas ! » (Je pensais que c’étaient des aubergines !)
Je ne sais pas si cela remonte à l’époque où, le pont ayant été emporté par une crue, il fallait emprunter le bac qui avait été installé pour traverser l’Orb où c’est plus ancien. Quoi qu’il en soit au milieu de la rivière un passager se prend de querelle avec le batelier, et celui-là, qui s’appelait Barboteau, avait jeté celui-ci dans l’eau. L’affaire était allée devant la justice et un témoin avait déclaré : « Oui c’est Barboteau qui a jeté le batelier dans l’eau ». A quoi le coupable avait répondu « Te deviá plan preissar de lo venir dire ! » (Cela devait te presser beaucoup de venir le dire !)
Là l’histoire se passe dans une famille aisée. Le fils, un peu attardé je pense, ne cessait de répéter : « Vòli èstre Cadet Roussel ! Vòli estre Cadet Roussel ! » (Je veux être Cadet Roussel ! Je veux être Cadet Roussel !) Excédé le père finit par répondre « E ben, siá Cadet Roussel ! » (Eh bien, sois Cadet Roussel !)
Dans cette autre famille on avait fait des sacrifices pour envoyer le fils au collège. L’occitan n’est qu’un latin populaire. Aussi notre élève trouvait que le latin lui-même était facile. Il expliquait que laurar (labourer) donnait lauratis, fotjar (piocher) fotjatis… le reste à l’avenant. Oui mais quand le bulletin de notes est arrivé le père se rendit compte que la vision de son fils était plus que simple, elle était simpliste. Aussi avait-il mis fin à la poursuite des études d’un : « Deman atelaràs Bacchus et a l’escòla anaràs pas pus » (Demain tu attelleras Bacchus et à l’école tu n’iras plus).
Un certain Pâris, je crois bien que c’est de lui qu’il s’agit, avait le projet de se présenter aux élections municipales. Il s’habillait en tenue « de dimanche » et sollicitait sa femme afin de lui servir de public pendant qu’il répétait son discours électoral. Et même, quand il avait fini, il se tournait vers elle lui demandant ‘E ara pòrta-me la contradiccion ! » (Et maintenant porte-moi la contradiction ! ) Il devait être radical et sans doute anticlérical. Il avait pris ses dispositions pour être enterré civilement. Il habitait à la périphérie du village, près du cimetière, mais avait stipulé que le cortège funèbre devait passer quand même devant l’église, qui est au centre, sans toutefois s’y arrêter !
Il y avait des élections et une réunion du parti communiste s’était déjà tenue sans incident. Le maire de Cessenon, qui s’appelait Eloi Cahuzac, avait fait venir Emile Claparède, son collègue de Béziers, pour une réunion du parti radical. Les communistes présents dans la salle avaient été interpellés d’un : « Vos avèm pas emmerdats, nos emmerdètz pas perque vos emmerdariem ! » (Nous ne vous avons pas emmerdés, ne nous emmerdez pas parce que nous vous emmerderions !)
A propos de communiste il y avait eu ce mot de Mme Décor. Son mari étant malade elle était allée à la pharmacie, court-circuitant le médecin comme c’était l’habitude en ce temps-là. Le pharmacien lui avait donné des suppositoires en soulignant que ce serait radical. A quoi elle avait répondu : « Radical ou socialiste, c’est pour mettre dans le cul d’un communiste ! »
Il me semble que c’est le père de Durandeu, l’ancien maire de Murviel les Béziers, qui est en scène pendant cette campagne électorale. A Causses et Veyran il s’était trompé de commune pour son programme de réalisations et avait annoncé : « Si je suis élu je vous ferai un pont ». L’auditoire avait été surpris : « Un pont pourquoi faire, nous n’avons pas de rivière ? » Mais le candidat ne s’était pas démonté et avait enchaîné d’un : « Je vous ferai passer une rivière ». Plus loin, à Roquebrun, il est mis en cause par un électeur qui lui reproche de laisser ruiner ses vignes pour s’occuper de politique. La réponse est cinglante : « De que venes dire qu’as laissat morir ton papeta a l’espital ? » (Que viens-tu dire toi qui as laissé mourir ton grand-père à l’hôpital ?)
Posté le 13.06.2006 par cessenon

Cessenon était évidemment, comme tous les villages du Biterrois, peuplé d’Espagnols, les uns ayant demandé et obtenu leur naturalisation, les autres ayant gardé leur nationalité d’origine. Il y avait les Républicains qui avaient fui l’Espagne après la victoire du franquisme et d’autres qui étaient venus dans des temps plus reculés, notamment pendant la guerre de 14-18 où la France avait des besoins de main d’½uvre.
La xénophobie allait bon train et certaines expressions employées étaient significatives du mépris dans lequel on pouvait les tenir. C’était le cas de « Travailler comme un Espagnol » qui avait succédé au plus ancien « Travailler comme un Gavach. » Mais celle qui rendait bien compte de leur marginalité par rapport à la communauté autochtone c’était la réponse à la question qui était posée « Qual es qu’es mòrt ? » (Qui est-ce qui est mort ?) quand on entendait sonner un glas. Si le défunt était un Espagnol récemment immigré celui qui savait répondait « Pas digùs, un Espanhòl ! » (Personne, un Espagnol !)
Pourtant les Espagnols étaient en règle générale des gens vaillants et économes. Economes notamment en ce qui concerne la nourriture, se contentant souvent d’una arencada (c’est la graphie que donne Christian Laux mais nous disions plutôt alencada et cela désignait un hareng salé) en guise de viande. Vaillants au point comme un certain Ramade, ramonet dans une « campagne », d’aller piocher les nuits de pleine lune le lopin de terre qui lui appartenait en propre. Assez souvent d’ailleurs ces immigrés s’élevaient dans la hiérarchie sociale et on oubliait alors… que leur nom se terminait en ez (cf. les « Fernandez, Lopez, Martinez… » )
Toutefois il restait encore des gens dont l’intégration se faisait mal. Quand j’avais une dizaine d’années j’ai connu dans mon quartier des Espagnols, alors âgés de plus de 70 ans, qui avaient, en 1898, fait « la guerra de Cuba », en fait une guerre hispano-américaine. L’un d’eux, un nommé Saboye, racontait volontiers quelques épisodes de ce qu’il avait vécu à cette occasion ou à d’autres. Je tiens ces histoires de mon père qui, à coup sûr, les avait enjolivées.
Ce Saboye avait été « cabo de corneta » (caporal clairon ?) dans les rangs de l’armée espagnole. La lutte contre les Américains était assez inégale au niveau de l’armement. Les Espagnols étaient équipés de fusils qui se chargeaient par le canon, ce qui prenait un certain temps. L’ordre « Fuego » avait été donné par un officier. A quoi Saboye avait fait remarquer – respectueusement sans doute – que les fusils n’étaient pas chargés. Cela n’avait pas arrêté l’officier qui avait maintenu l’ordre d’un impératif « cargado o no cargado, ¡ Fuego ! »
Une autre fois l’armée espagnole avait dû battre en retraite et les dernières lignes avaient été acculées à la mer, de l’eau jusqu’au menton, quand l’ordre de la contre-offensive avait enfin été donné. Ouf ! Précision : pour cette contre-attaque les fantassins avaient été chaussés d’espadrilles légères en lieu et place des lourds godillots dont ils avaient été pourvus jusque là.
Saboye avait un âne et la rumeur publique laissait entendre qu’il le nourrissait mal. Certains allaient jusqu’à prétendre qu’il avait supprimé toute nourriture à son animal et que le pauvre en avait péri. Saboye n’avait pas su de quoi son âne était mort et il regrettait d’autant plus la chose que celui-ci commençait à bien s’habituer à ne pas manger !
Posté le 11.06.2006 par cessenon

Une image parmi d'autres :
Fernandel dans « Le boulanger de Valorgue »
La disparition programmée du Kursaal à Béziers renvoie à ce que représentait, dans les villages d’un peu d’importance, la salle de cinéma. Oui, en règle générale, à partir d’une certaine population, il y avait dans chaque village un cinéma. A Cessenon il s’appelait Le Palace et sa gestion était assurée de manière familiale par les deux viticulteurs qui l’exploitaient en marge de leur activité principale.
En fin de semaine on pouvait choisir entre trois séances : la première le samedi soir, puis deux le dimanche, une en matinée, l’autre en soirée. Traditionnellement les adolescents allaient au cinéma le samedi. Les notables préféraient plutôt la séance du dimanche soir. La salle de cinéma était le lieu privilégié où se retrouvaient les jeunes qui profitaient de l’obscurité pour flirter.
Comme tous les villages viticoles du Biterrois Cessenon avait une société hiérarchisée, aussi la salle était divisée en deux : au fond les Premières, devant les Secondes. A l’entracte on pouvait consommer une boisson dans le bar qui se tenait dans le hall d’entrée. On pouvait aussi acheter quelques confiseries.
On avait droit avant l’entracte à un documentaire et aux actualités cinématographiques. La projection du film proprement dit avait lieu après l’entracte. Les films n’étaient pas toujours de qualité mais n’étaient pas non plus systématiquement médiocres. Les westerns étaient appelés les « films de cow-boys », Fernandel figurait en bonne place mais on trouvait aussi, Raimu dans les ½uvres de Pagnol, Charlot, le cinéma italien… il serait vain d’espérer dresser une liste même non exhaustive ! Il y avait de quoi rire, s’émouvoir, fantasmer, réfléchir aussi…
Le spectacle n’était pas seulement sur l’écran, il était aussi dans la salle. Les commentaires fusaient aux moments essentiels. Par exemple quand une idylle déjà amorcée, se concluait par un baiser on pouvait entendre, comme au loto, « Quine ! » Des réflexions amusantes accompagnaient souvent le dialogue des acteurs. Ainsi une fois lors d’une séparation, le monsieur qui partait pour longtemps refusait le café que lui offrait la dame et déclarait : « Je le boirais quand je reviendrai » En écho il y avait eu cette réplique : « Sera freg ! » (Il sera froid !)
A propos de la publicité qui montrait un bonhomme lançant sa pioche sur une cible qu’il atteignait en plein dans le mille, j’ai le souvenir d’un « Qualque còp la mancaras ! » (Une fois ou une autre tu la manqueras !) Tout de suite après était égrené le N° de téléphone de l’agence de publicité : Balzac 0001. Ce qui avait fait dire à un spectateur : « Pour un peu il n’avait pas de numéro ! »
Le titre du film de la semaine était indiqué sur une affiche et annoncé par le crieur public. Certains villages moins importants ne bénéficiaient que du cinéma en plein air, ce qui évidemment ne pouvait avoir lieu qu’en été et forcément la nuit. Les humoristes prétendaient qu’un drap de lit faisait office d’écran et qu’avec les films en cinémascope il fallait en tendre deux.
L’ami Pepone de Murviel m’a indiqué qu’à une époque il fallait apporter sa propre chaise dans la salle où avait lieu la projection. Il a cité aussi l’intervention de ce spectateur qui, pris par le suspense, avait averti le bon qui était menacé par le méchant d’un « Atencion es darrièr la barrica ! » (Attention, il est derrière le tonneau !)
A Saint-Chinian, au temps du cinéma muet, certains, qui peut-être avaient du mal à pratiquer la lecture silencieuse, lisaient à haute voix le texte affiché à l’écran. En fait ce n’était pas vraiment du cinéma muet !
Quand il faisait chaud, et pour les séances en soirée, on laissait ouverte une porte latérale près de laquelle un des propriétaires se tenait en faction pour éviter qu’il n’y ait des rentrées en fraude.
J’ai rarement vu la salle du cinéma aussi pleine à craquer qu’en 44 je crois pour la projection d’un film sur la libération de Paris me semble-t-il. Tous les strapontins étaient occupés !
La salle servait aussi pour les réunions politiques, l’assemblée générale de la cave coopérative, de la distillerie… jusqu’à ce que la commune achète et aménage un local adapté.
A quelle époque le cinéma de Cessenon a-t-il fermé ? Dans les années 60 sans doute ? Aujourd’hui il abrite le garage des pompiers !
Bien sûr la généralisation des postes de télévision dans les foyers a grandement contribué à faire disparaître les salles de cinéma. Il est vrai aussi que les transformations économiques et démographiques, qui ont affecté le monde rural à partir des années 50 ont constitué un bouleversement sans précédent du mode de vie. Mais n’y avait-il pas à se poser des questions sur cette situation et sur ce que représentait ce lieu culturel somme toute unique, sinon original, dans les villages ?
Posté le 10.06.2006 par cessenon

Le procès-verbal d'une des réunions de la commission paritaire locale
Il y a soixante et dix ans, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 sont signés à Paris entre Léon Blum, le nouveau président du conseil des ministres, la Confédération Générale du Patronat Français (CGPF) et la Confédération Générale du Travail (CGT) les accords dits « de Matignon ».
Au terme de ces accords les ouvriers vont bénéficier de quinze jours de congés payés cependant que les salaires connaissent une revalorisation de 7 à 15%. En fait la loi sur les congés payés et la semaine de 40 heures sera votée le 20 juin.
Un ami vosgien, amateur de « vide greniers », nous a communiqué les comptes-rendus de deux réunions de la commission paritaire locale qui se sont tenues à Puisserguier, un village viticole classique du Biterrois, avec sans aucun doute un nombre important d'ouvriers agricoles, pour l'application de ces mesures. Nous n'avons pas la date précise de ces réunions. Voici le contenu de ces comptes-rendus.
Puisserguier Rajustement des salaires
Après l'accord établi le 31 août à Béziers par la commission paritaire d’arrondissement, la commission paritaire locale se réunit à la mairie sous la présidence de M. Chappert Henri premier adjoint. Après une discussion tout à fait franche et courtoise il fut décidé, sur proposition de la commission patronale, que la question serait résolue par une réunion générale de tous les patrons. Cette réunion eut lieu avec un peu de retard à cause de certaines circonstances mais malgré cela, à son issue, une réponse nous fut communiquée. L'accord était complet sur tous les points. Par conséquent les salaires seront les mêmes que ceux établis à Béziers à savoir,
Vendanges : hommes 42 f, femmes 27 f ; 8 heures de travail ; vin hommes 3 litres, femmes 1 l 1/2.
Salaires pour l'année : hommes 7 heures 29.25 f, femmes 6 heures 25 f ; le vin comme précédemment.
Pour tous les autres salaires rajustement selon le pourcentage établi à Béziers sur la base de 7.73 %
La commission paritaire locale invite donc tous les patrons et ouvriers à se conformer à l'accord ainsi conclu.
Ce procès-verbal est signé de Léonard Edouard, président patronal et Vidal André, président ouvrier.
Puisserguier Application des congés payés. Vendredi soir à 8 heures, dans une des salles de la mairie, la commission paritaire locale s'est réunie pour discuter de l'application des congés payés en faveur des ouvriers agricoles de la localité. Le maire étant pris par d'autres occupations c'est Chappert Henri 1er adjoint qui préside. Il expose d'abord le but de la réunion et invite les délégués patronaux et ouvriers à faire le maximum d’efforts pour que l'entente s'éablisse entre les deux parties et cela dans l'ntérêt de tous. La discussion s'ngage et l'ccord est vite conclu. Conformément à la loi voici ce qui a été décidé :
1- Tous les ouvriers des deux sexes qui au 1er juillet 1936 ont eu 1 an de présence et de services continus dans la même exploitation ont droit aux 15 jours de congés dont 12 sont payés et doivent en prendre la moitié avant le 31 décembre 1936. L'utre moitié sera prise du 1er janvier au 30 juin 1937. La date du départ en congé sera l'bjet d'ne entente entre patron et ouvrier.
2- Les ouvriers qui ont seulement 6 mois de services continus dans la même exploitation ont droit à 6 jours de congés payés à prendre d'ci au 31 décembre 1936 en accord avec le patron.
3- La commission, après avoir calculé le salaire moyen annuel, a décidé que les congés seraient payés au tarif de 2.75 f de l'eure et le vin comme d'abitude. Quant aux congés pour l'anée 1937 la commission décide qu'un nouvel accord aura lieu soit avant soit après les vendanges 1937. La commission paritaire locale invite tous les propriétaires de bien vouloir se conformer à l'accord ainsi conclu et cela dans l'intérêt de tous à seule fin que la bonne entente qui a toujours régné dans Puisserguier continue.
Ce deuxième procès-verbal n'est pas suivi de signatures.
Dans les deux cas l'écriture est tout à fait correcte et le texte ne comporte guère de fautes, ni d'orthographe ni de français.
Posté le 30.05.2006 par cessenon
… comme à Cessenon et ailleurs quelques spécialistes racontaient des craques invraisemblables auxquelles ils semblaient croire eux-mêmes. Celles qui suivent m’ont été rapportées par l’ami Pepone et concernent un nommé Marcel, ancien propriétaire de la campagne de Trébosc, située sur la route de Causses et Veyran.
Il était chasseur et un jour, en marge de sa journée de travail il était allé faire un tour à la chasse, accompagné comme toujours de sa chienne qui avait récemment fait ses chiots. Un coup de fusil heureux et voilà que tombe un lapin. En fait c’est une lapine et apparemment il doit y avoir quelque part une portée de lapereaux orphelins car ladite lapine a les mamelles gonflées de lait. Ne voilà-t-il pas que notre Nemrod aperçoit deux petites larmes (une sur chaque ½il !) aux yeux de sa chienne ! Le gibier est néanmoins emporté dans la musette de notre chasseur.
Et puis, plus tard, celui-ci constate que régulièrement sa chienne s’absente sans qu’il sache où elle va. Pour en avoir le c½ur net il décide de la suivre et découvre ainsi une portée de jeunes lapereaux bien vivants, bien en forme et qu’à l’évidence la chienne a allaités. Et d’ailleurs, confirmation de la chose, ces lapereaux aboyaient et même, si notre conteur n’y avait pris garde, ils l’auraient mordu semble-t-il !
De plus cette chienne devait être bien coquine. Comme Marcel était en train de clôturer le chenil, des explications lui ont été demandées. Eh bien c’était à cause d’un renard dont elle ne repoussait pas les avances !
Une autre fois il était parti à la pêche du côté du château de Mus. Sans doute pratiquait-il la pêche dite « à la volante. » C’est le matin, le temps est calme et notre homme, bon pêcheur aussi donc, envoie sa mouche d’un coup de fouet efficace. Celle-ci est à peine tombée que la canne se plie sous l’effet d’une prise. Le pêcheur connaît son affaire : il mouline rapidement et ramène… un perdreau ! Mouillé certes mais ni mort, ni blessé, ni malade. Malgré l’insolite de la situation le perdreau est occis et entreposé dans la galigosta (le panier à pêche que l’on portait en bandoulière.)
Deuxième coup de fouet, le même scénario se reproduit. L’explication ? Eh bien le coup de fouet est tellement énergique que la mouche a atterri sur l’autre rive où précisément s’égaille une compagnie de perdreaux. Toute la compagnie s’est finalement retrouvée dans la galigosta. L’histoire ne dit pas combien elle comptait de membres !
Question pêche il lui en était arrivé une bonne. Il avait repéré dans le Saintyourre, un ruisseau qui commençait à sécher, un trou d’eau dans lequel s’était réfugiée une grande quantité de poissons. Il suffisait d’un còp de rasal (un coup d’épervier) pour faire une pêche miraculeuse. Oui mais le lendemain, arrivé sur les lieux avec le matériel adéquat, de poissons point ! Marcel s’est rappelé fort opportunément que la veille il y avait un arc-en-ciel qui reliait le Saintyourre au Rieutort voisin. Sans doute que les poissons, effrayés par la perspective de la disparition de l’eau dans le trou où ils se trouvaient avaient préféré profiter de la situation pour, grâce au pont formé par l’arc-en-ciel, effectuer un transfert salvateur !
Ah, la craque du cheval ! C’est la période des labours. Ce matin-là le laboureur s’est oublié. Il accuse un certain retard quand il arrive à l’écurie pour atteler le cheval. De cheval point ! Oh, il n’est pas loin : dans la cour de la campagne, dans les brancards de la charrue plus précisément où il est allé se mettre de lui-même. Peut-être même avait-il réussi à s’atteler ?
Marcel avait cinq poules. De très bonnes pondeuses. En effet chaque jour il relevait dix ½ufs ! On ne parlait pas encore d’animaux transgéniques mais ce devait être ça !
Et puis il y a aussi la craque des vendanges de Coursan d’où est originaire un certain Cros, autre Murviellois. La plaine de Coursan ? Elle est riche mais plate et peut être inondée par l’Aude quand il y a de fortes pluies. Cela arrive, hélas, quand la récolte est prête à être enlevée. En ces circonstances il faut vendanger rapidement pour ne pas que le raisin périsse. Un travail difficile pour les coupeuses qui vont « al cabus » (en plongeant) couper les grappes. Pour les charrieurs par contre ce n’est pas trop pénible : les comportes flottent et il suffit de les pousser pour les amener jusqu’au talon de la charrette !
Le même raconte volontiers ses exploits pendant la guerre. Lui et quelques camarades, cernés par les Allemands se réfugient dans une maison. Ils grimpent à l’étage, basculent l’échelle et ferment la trappe. Les Allemands entrent dans la pièce du rez-de-chaussée et l’un d’eux pique avec sa baïonnette le plafond / plancher. Au-dessus la réaction est simple : d’une coup de pied on plie la baïonnette et la met à l’équerre. C’est le sort que connaissent toutes celles qui tentent la même opération. Puis comme aucune autre ne perce le plancher, nos héros descendent et découvrent leurs ennemis suspendus au plafond accrochés à leurs fusils ! Il n’eurent plus qu’à les cueillir pour les faire prisonniers.
Posté le 29.05.2006 par cessenon
Il était courant autrefois dans les villages d’appeler les gens non pas leurs noms mais par leurs surnoms. Une pratique telle que des fois on ne connaissait pas réellement le vrai patronyme.
J’ai longtemps cru que le voisin de terre de mes parents s’appelait Sabier. Ils ne le désignaient en effet, quand ils parlaient de lui, que sous le vocable de Jules Sabier. En fait, mais je ne l’ai su que beaucoup plus tard, son patronyme était Peytavi. L’origine de ce surnom ? Quand il était enfant, on l’appelait Jules de Xavier, Xavier étant le prénom de son père.
C’était une pratique assez largement répandue que d’accoler au prénom d’un jeune celui de son père. Ainsi j’ai connu Denis et Paul de Tancrède, deux frères qui n’avaient rien de noble même si la particule et le côté moyenâgeux du prénom de leur père pouvaient me laisser des doutes. Dans le même registre je me souviens d’un Paulet de Martí.
Les surnoms pouvaient passer d’une génération à une autre. J’ai connu le vieux « Malgache ». Il s’était porté volontaire pour aller, à la fin du siècle dernier, et sous les ordres de Gallieni, coloniser Madagascar. A ses parents inquiets de le voir partir si loin, il avait affirmé, que par temps clair, on pouvait voir Madagascar depuis Valras ! Après lui son fils, puis son petit-fils, qui est à peu près de mon âge, ont été appelés « Le Malgache ».
Nous avions « Lo Cabil », un surnom rapporté de Kabylie par un Cessenonais qui y avait fait son service militaire et qui parlait des Kabyles à tout propos.
La genèse de « La Youska », le surnom que portaient les membres d’une famille Cahuzac, est assez amusante. A l’époque il y avait à Cessenon un orphéon (aujourd’hui on dirait plutôt une chorale). Celui-ci était allé concourir à Oran et en était revenu avec un prix : pas le premier certes, mais un accessit honorable. Parmi les épreuves il fallait déchiffrer un texte musical inconnu et le présenter au jury. Les gens de Cessenon étaient allés à la gare pour un accueil triomphal de l’orphéon. Les chanteurs avaient fait cercle sur la place publique et avaient alors interprété le morceau qu’ils avaient eu à déchiffrer. Un soliste, le futur « La Youska », chantait « Dans les rues du Caire... » et, à intervalles réguliers, le ch½ur reprenait « La Youska, la Youska ».
Il ne fallait pas confondre « La Youska » avec « La Youyou » mais je n’ai aucune idée de l’origine de ce dernier surnom porté par un personnage connu pour être un travailleur acharné et... économe.
Certains surnoms portaient la griffe d’une particularité physique de celui qui en était affublé. Ainsi « Lapinon » était un homme particulièrement petit. « Lo Cap Blanc » était blond mais « La Cap Blanca » ne l’était pas. « Gauta Roja » avait le visage très coloré. Il y avait aussi « Lo Conflat », « Lo Frisat », « Lo Garrel »... Je n’ai d’ailleurs personnellement connu que « La Garelle », qui était la veuve du Garrel, et qui elle, ne boitait pas !
Par contre j’ai bien connu « El Cojo de Malaga », handicapé à vie à la suite d’une poliomyélite qu’il avait eue au moment de l’adolescence. Il n’avait pas d’attache avec la ville de Malaga mais « ça sonnait bien » d’adjoindre son nom à celui de « El Cojo ». Par la suite le surnom avait été déformé en « Le Coco de Malaga » puis tout simplement « Le Coco ». A ne pas confondre avec « Coco Bel ¼il » lequel n’avait de son côté rien à voir avec « L'¼il de Moscou » qui était d’ailleurs une femme.
Le surnom pouvait également rendre compte d’un trait de caractère. Ainsi « Lo Sergent d'Aiga Roja », qui était le beau-père d’un peintre biterrois à la notoriété établie, devait son surnom à son caractère autoritaire et au fait qu’il avait des vignes au bord de l’Orb, en un endroit où le lit du fleuve est rouge à cause des oxydes fer qui s’y trouvent.
L’escais avait parfois sa source dans le village d’origine de celui qui le portait. « Lo Berlonais » par exemple était natif de Berlou.
Les affinités idéologiques pouvaient également conduire à se voir surnommé du nom de son idole. Je suppose que le « Garibaldi » (mettre l’accent tonique sur l’avant-dernière syllabe !) que j’ai connu avait de l’admiration pour le célèbre révolutionnaire Italien. Tel autre qui s’était présenté aux élections cantonales sous l’étiquette du « Parti Radical » n’avait pas gagné le siège de conseiller général mais le surnom de « Daladier ».
Le surnom résultait quelquefois de l’état, souvent ancien, de celui qu’il désignait. C’est avec un certain mépris qu’un ex cordonnier continuait à être appelé « Lo Pegòt ». « Lo Gafet » lui, avait été longtemps apprenti.
« La Marie du B½uf » s’appelait effectivement Marie et devait le complément à son prénom au fait que pendant la dernière guerre son époux conduisait, pour les travaux viticoles, charroi ou labour, un b½uf à la place d’un cheval. Oui, un b½uf était plus facile à nourrir qu’un cheval, car il se contentait de l’herbe qu’il trouvait sur les talus, et on en voyait circuler dans le village.
Chez quelques-uns il y avait abondance de signifiants. Un nommé Grasset pouvait répondre à l’appel de « Cocanas », de « Piquòbora » et de « Lo Baron dels Crostets ».
Si beaucoup, par exemple « La Rouille », dont le visage était criblé de taches de rousseur, n’avaient aucune réticence à se faire appeler par leur surnom (c’est lui-même qui s’était baptisé ainsi), d’autres au contraire étaient particulièrement hostiles à leur emploi. C’était le cas d’un certain « Zio », un viticulteur qui employait un ouvrier agricole. Un matin celui-ci demande à son patron quel est le programme de la journée : « De qué fasen uèi Monsen Zio ? ». Fâché d’être appelé par son surnom, le patron le congédie sur-le-champ : « Zio Zao, vai-t-en à l'ostal ! ».
Des surnoms évoquaient le temps ou les calamités naturelles : « Lo Jalat », « Ploviá », « La Secada », ce dernier ayant donné chez le fils « Lo Secado ».
« Bonne Poire » résultait du fait que le premier individu ainsi surnommé avait été pris deux fois, à quelques jours d’intervalles seulement, en train de braconner, par les gendarmes. Il racontait ses malheurs en déclarant qu’il avait été une aubaine pour la maréchaussée : « sòi una bona pera ».
Dans ma propre famille nous avions un surnom, « Patiras », que le père et les oncles de ma grand-mère paternelle, avaient apporté avec eux lorsqu’ils étaient descendus de la Montagne Noire pour s’installer à Cessenon. L’origine ? Ils étaient domestiques dans la ferme de Patiras près de Saint-Amans-Soult et lorsqu’ils descendaient « en ville », notamment au café, on disait : «Los Patiras davalon ». Mon frère et moi avons été appelés « Patiras » quand nous allions à l’école et en ce qui me concerne j’avais droit à une manière de diminutif, « Pati ». Il n’y avait rien de péjoratif là dedans, c’était plutôt affectueux.
Nous avions d’ailleurs hérité du premier mari de mon arrière-grand-mère, outre d’un jardin qui m’appartient aujourd’hui, du surnom de « Lo Pesolh » c’est à dire « Le Pou ». Contrairement à ce qu’avait prétendu le beau-père d’un mien cousin qui reprochait à son gendre d’être issu d’une famille peu reluisante, cela n’avait rien à voir avec le niveau social du premier des « Pesolh ». Et de plus nous n’étions pas parents avec lui ! Il avait effectué son service militaire à Vesoul et quand on demandait à son père où était son fils il répondait « à Pesoul».
Il a plus de 90 ans mais « Lo Varlet de Còr » vit encore. Il doit son surnom au fait qu’il ressemblait, vraiment, à la figurine de la carte à jouer du même nom.
On pourrait continuer encore longtemps à évoquer ainsi tout un monde et toute une époque. Mais je craindrais de tomber dans de la nostalgie, ce qui n’est pas mon but !
Posté le 28.05.2006 par cessenon

Al cafe de l’Escopinha
(La Lolotte est le deuxième à partir de la gauche)
Au Café de l’Escopinha le souvenir du temps des restrictions revenait de manière récurrente dans les discussions. A vrai dire j’ai entendu cent fois plutôt qu’une les histoires que je vais raconter ici.
L’un des conteurs les plus constants sur le sujet était un certain Léon qu’on appelait Lolo et même La Lolotte. Il faisait état d’un fromage sur lequel était écrit « 0% de matière grasse », une information qu’il commentait d’un « Et il n’y en avait pas plus ! »
Un autre de ses souvenirs avait trait à un ersatz d’huile. La bouteille portait l’inscription « Garanti sans huile » ce qui l’amenait à dire « Ils n’avaient pas besoin de te le garantir ! »
Il avait une s½ur qui tenait une épicerie à Puisserguier. Elle lui avait procuré une boîte dont les indications étaient écrites en Anglais. Ayant mangé du corned-beef pendant son service militaire il rêvait d’un contenu carné. D’ailleurs cette boîte avait été longtemps soustraite à son appétit par sa mère qui la gardait pour des temps plus difficiles. Enfin le jour où elle devait s’ouvrir est arrivé. Hélas ! De viande point, nageaient dans du jus, des rondelles de carottes ! La colère l’avait emporté sur la déception et Lolo répétait à l’envi « Si j’avais tenu un Américain, je l’étranglais ! »
Il se racontait aussi un échange de propos qui avaient été tenus entre lui et mon père après un repas ordinaire qui n’avait pas permis d’atteindre les sommets de la gastronomie. « Qu’as-tu mangé aujourd’hui ? - Rutabagas bouillis, et toi ? - Topinambours rôtis ! »
On braconnait de diverses façons pour tenter d’améliorer l’ordinaire. Lolo rendait compte régulièrement du drame qu’il avait vécu en ces circonstances. C’était la nuit, une expédition de pêche avait été organisée. Signe qu’il faisait froid, « L’aiga era verda ! » (L’eau était verte !) Un filet avait été mis en travers de la rivière et la Lolotte avait été chargé de faire du bruit en aval pour effrayer le poisson et le faire remonter vers le piège. Il s’était donc dévêtu mais hélas, sa mission terminée, dans l’obscurité, il ne retrouvait pas l’endroit où il avait laissé ses habits « Trapi pas la farda » ce qui lui avait valu un minimum de commisération de la part de ses coéquipiers « Paure enfant ! »
Personnellement j’ai quelques souvenirs plus ou moins précis de cette période. Je devais avoir quatre ans, mon frère treize. Ma mère était malade et était allée se coucher sans que nous ayons mangé. Tenaillé par la faim mon frère avait suggéré à mon père d’aller « faire un coup de filet. » Pour ne pas me laisser seul avec ma mère j’avais été emmené. Eh bien l’affaire avait marché, nous étions revenus avec des « sofias » (de grosses ablettes) Ma mère s’était relevée et n’ayant aucune matière grasse à sa disposition les avait cuites à la braise, sur le gril.
Je me rappelle le pain fait avec de la farine de maïs, quelques pailles bien jaunes apparaissant dans la mie. Les miettes ne restaient pas sur la table, je me revois en train de m’en saisir une à une !
Ah, l’assiette de saindoux bien blanc qu’un certain Avérous avait donné à mon père en échange d’une friture de petits poissons attrapés au « baganaud » ! J’en avais fait des tartines absolument délicieuses.
L’épisode du sucre ne manque pas de… saveur ! Ma mère nous distribuait notre ration au compte-gouttes. J’ai dû hériter de mon grand-père aveyronnais mon côté « fourmi. » C’est ainsi que je gardais une partie des morceaux de sucre auquel j’avais droit et je l’entreposais dans le tiroir de la table de nuit. De temps en temps je pouvais contempler mon trésor jusqu’au jour où… il avait disparu. Eh oui, mon frère qui était en pleine adolescence, devait avoir très faim. Et par ailleurs il n’a jamais été vraiment économe !
Ma première banane ? Je devais avoir cinq ans et j’étais donc à l’école maternelle. Certains jours on nous fournissait le goûter et d’autres non. Dans ce dernier cas on l’emportait en s’y rendant. Ma mère ne savait plus si ce jour-là le goûter était prévu par l’école ou non. Moi je savais qu’il devait l’être mais je n’en avais rien dit. J’avais donc eu droit à une banane et il m’avait été recommandé de la rapporter pour le cas où le goûter nous serait servi. Sur le chemin de l’école je n’ai pas attendu longtemps avant d’éplucher et de manger cette banane. Je revois le lieu précis où cela s’est fait, dans la rue qui coupe à angle droit celle où nous habitions. Ce fut une révélation, je ne crois pas avoir jamais consommé de banane aussi savoureuse !
On a eu mangé de tout chez moi : du hérisson, très bon le hérisson, de l’écureuil, en civet cela avait un fumet ! On a même mangé du… renard que ma mère avait laissé un certain temps à dégorger dans la rivière pour que l’odeur et le goût de sauvagine soit un peu atténués !
Posté le 27.05.2006 par cessenon
Près du pont de Cessenon « Lo Café de l'Escopinha »
Il y avait à Cessenon, comme sans doute dans tous les villages, des farceurs qui racontaient des craques absolument incroyables. On se demandait d’ailleurs s’ils n’arrivaient pas, quelle que soit l’invraisemblance de leurs propos, à y croire eux mêmes.
Ainsi un certain Cabal prétendait qu’en Algérie le climat était tellement extraordinaire que son neveu, qui y faisait son service militaire, coupait le matin une tranche dans le meilleur d’un chameau, mais que le soir tout avait repoussé et qu’il n’y avait pas trace du beefsteak ainsi dérobé.
Un jour qu’il était à table chez ses beaux-parents à Escagnès, un hameau situé entre Roquebrun et Berlou, les convives avaient été intrigués par des coups donnés dans la châtaigneraie voisine. Le beau-père s’était même inquiété : « N’était-on pas en train de lui couper un arbre ? » Eh non, c’étaient des chercheurs de champignons qui, à coups de hache, abattaient un cèpe... sans doute de taille respectable !
Son beau-père avait un puits dont l’eau, sans qu’il puisse donner une explication au phénomène, titrait 9° au pèse-moût. Au moment des vendanges il devait être tentant d’en rajouter dans les comportes !
Une fois il avait tué des sangliers qui avaient quatre travers de doigts de glace sur le dos. Il donnait une justification à la chose : « Ces sangliers venaient directement de Sibérie ! »
D’ailleurs à propos de sangliers, au cours d’une autre partie de chasse, il y avait eu une véritable hécatombe. Cabal s’était adossé à un rocher devant un passage étroit surplombant un ravin. D’un coup de pied énergique il en avait précipité 17 dans le vide mais, curieusement, on n’en avait retrouvé que 15 lorsqu’on était descendu les récupérer.
Pendant la dernière guerre il était difficile de se procurer des cartouches classiques pour la chasse. Aussi notre Nemrod avait sorti un fusil « à bourre » qui donc se chargeait par le canon. Et comme le plomb était rare il avait utilisé de la semence de tapissier en guise de grenaille. C’est ainsi qu’il avait cloué, par les oreilles, un lièvre au tronc d’un chêne. Naturellement le lièvre s’est agité et, ce faisant, avait déterré sous ses pattes une truffe grosse comme le poing.
Ce même fusil « à bourre » lui avait permis un coup remarquable. Tirant sur un vol de canards il s’est rendu compte qu’il avait oublié d’enlever la baguette qui permettait de le charger. Eh bien ladite baguette avait embroché cinq de ces volatiles.
Il avait d’ailleurs dû avancer dans la rivière pour aller les récupérer. Et comme ses bottes n’étaient pas suffisamment hautes il en était ressorti avec de l’eau dedans et aussi… un kilo d’anguilles dans chacune !
Les coups heureux ne manquaient pas. Ainsi il avait abattu une bécasse qui était tombée en chute libre vers le sol, le bec en avant, un peu à la manière d’une fusée. Et là elle avait atterri sur le râble d’un lièvre qu’elle avait tué sur le coup.
Une année, parti ramasser des asperges sauvages dans un coin favorable où le feu était passé, il avait été confronté à une telle sortie qu’il était revenu chez lui prendre une faux pour être plus opérationnel dans sa cueillette.
Il y a aussi l’histoire de la purge. Victime de constipation Cabal se rend à la pharmacie et le pharmacien lui prescrit un remède particulièrement efficace. Eh oui, en allant à la selle il avait pu constater qu’il y avait des petits pois dans la matière fécale. Or des petits pois il n’en avait pas mangé depuis plus d’un an !
Un autre, pas mal non plus, était un nommé Léporc - enfin c’était son surnom, en fait il s’appelait Maurel - mort tragiquement (en rentrant chez lui à la nuit il s’était trompé de rue et était tombé dans le Cagarot, une manière d’égout à ciel ouvert.)
Longtemps après sa disparition on évoquait encore ses exploits al Café de l’Escopinha. Littéralement « au Café de la Salive. » En fait un endroit où se réunissaient les gens d’un certain âge et où les discussions allaient bon train, ce qui évidemment faisait couler beaucoup de salive !
A l’instar de nombreux Cessenonais, Léporc braconnait. Une fois il s’apprêtait à attacher son filet de pêche à ce qu’il croyait être une branche d’arbre quand il a réalisé qu’il s’agissait de la botte d’un gendarme qui dormait sur la berge !
Il avait un chien qui faisait le guet pendant ses man½uvres illicites. Un chien très subtil : il n’aboyait pas mais avertissait en écrivant sur le sable avec sa patte : « attention gendarme ! » et, ajoutait-il pour faire bonne mesure, « s’il y en avait deux il mettait un S. »
Il racontait encore qu’étant à la pêche, une carpe, qui devait être énorme, avait tiré sa barque et remonté la rivière sur 13 km !
Il lui était arrivé également de pêcher « une brette de sept quarts », c’est à dire un goujon de 875 g ! Oui le quart c’était le quart d’une livre soit 125 g et la brette c’est le nom Occitan du goujon.
Près du pont de Cessenon « Lo Café de l’Escopinha »
A la chasse Léporc avait attrapé deux lièvres dans des conditions particulières. Pris d’un besoin pressant il avait abandonné son fusil pour, selon l’expression consacrée, « poser pantalon ». Devant lui un lièvre est au gîte. Hélas le fusil n’est pas à portée. Qu’à cela ne tienne, sans bouger, sans faire de bruit, il balaie le sol derrière lui avec sa main afin de se saisir d’une pierre. De pierre point, par contre il sent quelque chose de chaud. Eh non ce n’est pas ce que vous imaginez ! Ce sont les oreilles d’un lièvre dont il se saisit et se sert comme d’une massue pour assommer celui qu’il avait aperçu devant lui. Finalement l’affaire se solde par la capture de deux lièvres !
Une autre fois Léporc était encore à la chasse et avait tiré toute la matinée sans rien tuer. Arrive devant lui, dans un carrairon (c’est un passage aménagé dans une vigne pour enlever la récolte), un lièvre qui fonçait tête baissée. Hélas plus de munitions. A la hâte Léporc récupère de la poudre dans sa cartouchière, trouve dans une poche un morceau de suif dont il fait une boule, place le tout dans son fusil et, avec son briquet, met le feu à la poudre. Le coup part, le lièvre est atteint en plein front. Mais que voulez-vous que fasse une boule de suif ? Ce n’est pas du plomb ! Notre lièvre fait demi-tour sans être autrement incommodé par le choc. Et c’est alors qu’il se cogne à un deuxième lièvre qui descendait le même carrairon. Les deux bêtes se sont trouvées collées par la boule de suif, notre chasseur n’a eu qu’à les ramasser comme des escargots !
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