Viticulture
Posté le 24.03.2007 par cessenon

C’est le titre de l’ouvrage qui vient de sortir aux éditions ALDACOM. Il est cosigné de Jean Sagnes et Jean-claude Séguéla. Le premier est historien de formation, le second, enseignant de langues vivantes, est également diplômé de l’information.
C’est une étude documentée qui est présentée ici. Elle est richement illustrée et constituera sans doute un des best-sellers des livres édités à l’occasion du centenaire des événements de 1907.
C’est un panorama complet qui rassemble à peu près tout ce qu’on savait – et qu’on ne savait pas – sur l’histoire de la vigne, la crise viticole, le déroulement des événements, les lieux, les personnages, les médias, les organisations, les institutions, les souvenirs dans la mémoire collective…
Parmi les éléments nouveaux dans l’analyse il faut citer notamment le fait que l’encépagement en aramon des vignes plantées dans la plaine a favorisé l’importation de vins venus notamment d’Algérie. Ces vins, qualifiés de médecins, permettaient en effet de rendre consommable celui produit par un jus de raisin qui ne titrait souvent guère plus de 6 °.
Autre question débattue, le terme de « fraude ». Pour les viticulteurs la fabrication de vin avec adjonction de sucre est une fraude. Pourtant le procédé est parfaitement légal et ne saurait constituer un délit aux yeux de la loi.
D’autres aspects sont mis en évidence, notamment l’incitation à l’insoumission par les civils d’Agde dans la mutinerie du 17ème.
La commune de Baixas dans les Pyrénées Orientales est citée comme ayant été à l’initiative de la grève de l’impôt dès février.
La raison essentielle de la crise, la surproduction, n’est pas masquée. La confusion des intérêts des ouvriers agricoles et des propriétaires terriens pendant la campagne des meetings du printemps comme après la création de la Confédération Générale des Vins n’est pas non plus escamotée.
L’influence du parti royaliste, le rôle du clergé, notamment de Monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier, l’émergence de la SFIO et l’implantation du parti radical socialiste sont développés de même les positions et interventions des députés ou maires des départements viticoles.
Bref, un travail sérieux, parfaitement accessible, même à celui qui sait peu sur 1907, et qui apportera aussi à celui qui sait déjà beaucoup.
C’est donc aux éditions Aldacom et le prix en est de 20 euros. Un très bon rapport qualité / prix !
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Posté le 05.02.2007 par cessenon

En haut l'en-tête du journal Le Tocsin
Au-dessous deux affiches avec Marcellin Albert, alias Le Rédempteur
Plus bas deux manifestations des "gueux" à gauche le 12 mai à Béziers à droite le 9 juin à Montpellier
Plus bas encore deux tableaux de Louis Paul peintre biterrois, à gauche le 17ème sur les Allées, à droite la reddition place Garibaldi
Enfin une photo des neuf mutins de Cessenon à Gafsa.
Il a surtout été question de 1907 lors du premier repas à thème de l’année qui avait lieu le 2 février au Cercle Populaire Joseph Lazare.
Hugues avait affiché sur un système de panneaux en accordéon toute une série de photos de la manifestation du 12 mai 1907 à Béziers laquelle avait rassemblé une foule de 120 000 personnes. Une exposition qui a intéressé les premiers rendus dans la salle.
Finalement c’est une quarantaine de participants qui a écouté l’exposé de ce qu’a été la crise viticole et la mutinerie du 17ème qui s’est inscrite dans ce cadre. Un exposé qui avait été confié à Jacques, lequel n’est pas historien de formation mais connaît bien son pays et son histoire.
Nous avons donc eu droit à toute la genèse des événements. La vigne est introduite dans notre région par les Grecs. Elle se développe avec les Romains mais n’occupe pas une place importante tout au long du Moyen Age. Ce qui domine ce sont les champs de céréales complantés d’oliviers, des troupeaux de moutons étant par ailleurs élevés sur les terrains vacants.
Lorsque la vigne prend de l’essor ce n’est pas le vin qui est commercialisé mais les Trois-Six. On relève à Béziers, à Pézenas… l’emplacement de Places de Marchés aux Trois-Six qui ont gardé ce nom.
Ce n’est qu’au milieu du 19ème siècle, avec l’apparition des nouveaux moyens de transports et la révolution industrielle, que le vin va être produit en grande quantité et vendu de manière massive en France.
Diverses maladies vont atteindre le vignoble et poser des problèmes aux viticulteurs. Si le remède à l’oïdium et au mildiou est vite trouvé avec le soufre et la bouillie bordelaise il n’en sera pas de même avec le phylloxéra qui apparaît dans le Gard en 1864. L’emploi du sulfure de carbone pour désinfecter les sols se révèlera impuissant. L’immersion des terres pendant une quarantaine de jours, ce qui avait des effets bénéfiques, est rarement possible. Elle a pu être pratiquée sur l’étang de Montady. Les sables résistent mieux à l’invasion de l’insecte car les galeries que celui-ci creuse s’effondrent. C’est un facteur qui est à l’origine de la constitution des vignobles des Salins du Midi.
En fait la solution sera apportée avec la greffe du plant français sur un plant américain qui résiste au phylloxéra. En attendant le vignoble est ruiné. Mais comme la maladie progresse lentement d’est en ouest, mettant un temps à franchir le Rhône, les viticulteurs de l’Hérault, de l’Aude et des P.O. vont bénéficier d’un répit qui leur permettra de réaliser de substantiels revenus dans une période où la production de vin a chuté et provoqué la hausse des cours. C’est de cette époque que date la prospérité viticole du Biterrois.
Dans les années 1890 le vignoble est reconstitué mais pas encore en plein rendement. Le vin se vend toujours bien et rapporte gros. On plante à tour de bras, dans la plaine notamment, jusqu’ici réservée à la culture des oliviers. On introduit la vigne en Algérie où elle était inconnue et on fabrique un vin artificiel en ajoutant du sucre au marc de raisin.
L’effondrement des cours ne se fait pas attendre. De 40 F l’hl en 1893 il passe à 16 F en 1900 puis à 5 F vers 1905 et descendra jusqu'à 50 centimes et encore on n’est pas sûr de vendre même en bradant les prix. Quelques anecdotes méritent d’être racontées. Par exemple à Marseillan on éteint l’incendie d’une maison à utilisant le contenu d’un foudre. A Berlou on gâche le ciment avec du vin pour obtenir des façades violettes. Dans les cafés on peut payer un forfait et boire du vin à volonté pendant une heure. A Cessenon un viticulteur jette les 97 hl d’un foudre dans le caniveau pour rentrer la vendange nouvelle.
C’est évidemment la ruine et pour certains la misère. Les gros propriétaires essaient de résoudre la crise en utilisant les méthodes habituelles en pareil cas : licenciement des ouvriers agricoles et diminution des salaires ce qui ne va pas sans réaction de la part des victimes. En 1906 une grève avec soupe populaire est organisée à Sérièges, un important domaine sur la commune de Cruzy.
A Béziers l’action proposée par Palazy pour faire face à la mévente, se heurte à la disparité des situations des petits, des moyens et des gros viticulteurs ainsi qu’à celle des ouvriers agricoles. C’est finalement à Argeliers que se crée une structure qui va gérer le mouvement.
On la doit à Marcellin Albert et à son comité d’Argeliers. Un hebdomadaire, « Le Tocsin », organe de la lutte viticole, est édité. Le premier numéro paraît le 21 avril.
Entre temps « Ceux d’Argeliers » ont organisé une marche sur Narbonne le 11 mars. Ils sont 87 et le clairon avec lequel Marty a sonné le départ du village a par la suite été offert à Staline.
A partir de là les manifestations vont se succéder au rythme d’une chaque dimanche, le nombre de manifestants allant crescendo : 1 000 à Ouveillan le 4 avril, 7 000 à Coursan le 14, 12 000 à Capestang le 21, 15 000 à Lézignan le 28, 120 000 à Béziers le 12 mai, 170 000 le 19 à Perpignan, 270 000 le 24 à Carcassonne, 150 000 à Nîmes le 2 juin et enfin entre 600 et 800 000 à Montpellier le 9 juin.
Dans les archives du secrétaire du syndicat CGT des ouvriers agricoles de Capestang on retrouvera le reçu des 300 billets achetés en gare de Nissan pour la participation des adhérents à cette dernière manifestation.
Si la mesure de l’ampleur de la crise a été prise, sa nature n’a jamais été clairement identifiée. Le mot d’ordre « NON à la fraude » est unificateur mais réducteur. Il ne rend pas compte de la vraie question. En fait il s’agit d’une crise économique cyclique telle que le capitalisme en génère. Cela est toutefois perçu par une minorité dans laquelle on compte Marcel Cachin mais l’analyse restera majoritairement absente tout au long du 20ème siècle. Ferroul, le maire de Narbonne, adoptera également une position conforme à son engagement socialiste.
Marcellin Albert lui refuse de donner au mouvement toute dimension politique. Il s’orientera même à partir du meeting de Carcassonne dans la revendication d’une identité régionale, faisant référence aux Cathares, à la croisade des Albigeois, à la domination du Nord sur le Midi. On est presque dans une perspective de sécession des quatre départements viticoles du Languedoc Roussillon. Le refus de l’impôt, les démissions de nombreuses municipalités, particulièrement massives dans l’Aude et l’Hérault (respectivement 219 sur 439 et 124 sur 340) alimenteront cette tendance.
Chez les conscrits chargés de la répression – à cette date il n’existe pas de corps particulier affecté au « maintien de l’ordre » – la sympathie va aux manifestants. Et pour cause, à cette époque les régiments sont formés au plus près de leurs lieux de recrutement. Ils sont donc bien placés pour mesurer la gravité de la situation sociale dont souffrent ses victimes puisque ce sont leurs parents. Ainsi les soldats du 100ème Régiment d’Infanterie cantonnés à Narbonne acclament ceux qui reviennent de Montpellier le 9 juin.
Dans le manuscrit de Joseph Fondecave, un des meneurs de la mutinerie du 17ème, qui rend compte du déroulement des événements, il est fait état d’un projet d’insurrection coordonnée avec le 100ème et le 12ème qui doit avoir lieu le 27 juin. Il faut dire que la troupe peut considérer que si les officiers ont eu des cas de conscience devant la mission qui leur incombait au moment des inventaires qui résultent de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, eux-mêmes ont le droit d’avoir une opinion.
Il faut rappeler ici que le meeting de Jean Jaurès à Béziers en avril 1905 a certes officialisé l’unité du parti socialiste mais celle-ci s’est réalisée avec des courants divers et parmi eux, dans notre région notamment, la tendance révolutionnaire est forte.
Quoi qu’il en soit la situation va évoluer rapidement. A Narbonne les 19 et 20 juin l’armée tire sur les manifestants. Il y aura six morts dont Cécile Bourrel, une jeune fille de vint ans, de Cuxac d’Aude. Cela nous voudra plus tard le très beau texte d’Yves Rouquette, chanté par Maria Rouanet « Cecilia era a Narbonna en 1907… demandàvem de pan en 1907… es de plomb que donnèron »
Le 18 juin les deux bataillons du 17ème de ligne en garnison à Béziers à la caserne Saint Jacques rejoignent le troisième bataillon, cantonné à Agde, pour des exercices de tir. Le 20 au soir la nouvelle du drame de Narbonne est connue par les soldats. L’exaspération est à son comble. Sans doute que ceux qui fomentaient l’insurrection du 27 juin sont amenés à devancer la date.
La poudrière est pillée, les mutins s’emparent de 16 000 cartouches et se mettent en route pour Béziers. A hauteur de Villeneuve les Béziers le général Lacroisade, commandant de la place, tente à la tête d’un détachement du 81ème, de s’opposer à leur passage. En vain, les cris des soldats du 17ème couvrent les injonctions du général.
Dans son manuscrit Joseph Fondecave avance l’idée que les officiers, peu acquis à la République, n’étaient pas mécontents des ennuis occasionnés à un gouvernement radical.
Le conférencier a oublié de signaler l’action menée à Paulhan pour empêcher le déplacement du 142ème Régiment d’Infanterie envoyé en renfort depuis le Larzac. Les rails seront déboulonnés et le train stoppé, le sous-préfet de Lodève retenu quelque temps en otage.
Révélateur de l’état d’esprit qui prévaut alors, à l’entrée de Béziers la musique du 17ème joue l’Internationale. Crosses en l’air les mutins montent jusqu’aux Allées où ils forment les faisceaux. Pour l’essentiel la population sympathise, apportant du ravitaillement, de la paille aux mutins mais, comme le note Fondecave, il n’y a pas de lien avec la classe ouvrière organisée. De plus ce qui se produit là ne correspond sûrement pas à ce que souhaitent les propriétaires terriens.
Il faut préciser que cette mutinerie d’un régiment est un fait unique en temps de paix. Il faut ajouter aussi que les meneurs risquent la peine de mort. D’ailleurs Clemenceau, alors président du conseil et ministre de l’Intérieur, envisage un moment de fusiller un mutin sur deux !
Finalement suite à une conversation téléphonique entre le sous-préfet et Clemenceau, Palazy brandit un télégramme au terme duquel l’amnistie est accordée aux mutins, pourvu qu’ils rentrent sur-le-champ à Agde. Il s’agit d’un faux mais il correspond sans doute à la conversation qui a eu lieu entre le président du conseil et le sous-préfet de Béziers. On assistera à la reddition des mutins au général Bailloud sur la place Garibaldi. Un tableau de Louis Paul, exposé au Musée Fayet, reproduit la scène avec peut-être quelques entorses à la vérité. Certains notables qui figurent sur le tableau n’étant pas présents !
Le régiment sera envoyé à Gap où un tri, sans doute pas très rigoureux, permettra une partition entre « bons soldats » et mutins. Ceux-ci seront envoyés à Gafsa dans un bataillon d’épreuve sous les ordres du commandant Vilarem qui s’est porté volontaire. Ils y finiront leur temps de service, quelques fortes têtes écopant d’un allongement de ce temps.
En 1914 le 17ème sera dissous et les mutins regroupés dans le 296ème Régiment d’Infanterie qui, contrairement à la légende, ne sera pas plus que d’autres exposé au feu. A titre de comparaison sur les neuf Cessenonais mutins un seul sera tué à la guerre alors que Cessenon comptera 69 morts.
On connaît la chanson de Montéhus « Gloire au 17ème » Elle a naturellement été chantée lors de ce repas à thème, Hugues ayant imprimé en nombre les paroles, les participants ont pu en disposer. On l’a également écoutée, interprétée par Yves Daunès. Elle était fredonnée par Lénine qui l’appréciait beaucoup et elle est restée dans le répertoire des chants révolutionnaires même si son auteur a eu par la suite un parcours un peu chaotique puisque, indice révélateur, il a reçu la Légion d’Honneur !
Marcellin Albert aussi a été renié après son déplacement à Paris et son entrevue avec Clemenceau mais ce n’est pas l’image qui est restée du Cigal comme on le surnommait et de nombreuses rues des villages et des villes du Midi portent son nom.
La mutinerie du 17ème marquera la fin du mouvement populaire. La crise ne sera pas vraiment résolue même si quelques mesures positives sont prises par le gouvernement : loi condamnant la fabrication de vin artificiel, obligation pour les viticulteurs de distiller les lies et les marcs afin d’obtenir un vin de meilleure qualité et d’assainir le marché, moratoire sur les impôts, création de la Confédération Générale des Vins du Midi…
En fait la crise se résorbera provisoirement avec la mauvaise récolte de 1909 et le déclenchement de la guerre qui, par manque de bras, verra un mauvais entretien des vignes cependant que la ration journalière de vin du soldat, portée de ¼ à ¾ de litre offrira des débouchés aux viticulteurs.
On connaîtra tout au long du 20ème siècle des périodes de mévente, les manifestants ayant à plusieurs reprises ressorti les pancartes rédigés en occitan qui avaient été brandies en 1907. On a pu relever sur l’une d’elles en 1954 alors que Laniel est président du conseil « Avèm avut lo tigre, aurèm l’aniel ! » (Nous avons eu le Tigre nous aurons l’Agneau !)
La discussion qui a suivi un exposé où fourmillaient les anecdotes a posé la question du rôle des caves coopératives dans la défense des viticulteurs, des menaces qui pèsent sur elles aujourd’hui, de la spécificité des ouvriers agricoles dans le mouvement de 1907, du retentissement qu’ont eu dans les consciences cette crise et la mutinerie du 17ème. Il a été aussi rappelé par Hugues qu’à la suite de celle-ci les conscrits ne restaient pas dans la région où ils avaient été recrutés.
Pendant la guerre d’Algérie des conscrits de la classe 55 du village créeront la chanson
« La Marche des trieurs de phosphate de Gafsa »
Quant au chile con carne préparé par Christiane il a lui aussi connu un succès mérité !
Posté le 30.01.2007 par cessenon

Elle est profonde, grave, douloureuse. Des coopératives, Thézan, Caux, disparaissent ou sont en difficulté. Les viticulteurs sont aux abois. Ils ont organisé le 19 janvier, au départ de Montpellier, un déplacement à Paris avec des tracteurs. Manifestation évidemment spectaculaire dans sa forme.
On ne peut plus biaiser. Il faut absolument analyser ce qui est en cause. Ce qui est en cause c’est la concurrence libre et non faussée qui s’exerce à l’échelle de la planète. Le vin arrive, à des prix défiant toute concurrence, du Chili, de Nouvelle Zélande, d’Australie, d’Afrique de Sud, des USA…
Le négoce s’approvisionne là où il trouve le mieux son intérêt, c’est la loi du marché. Au demeurant les consommateurs n’y trouvent guère leur compte. Les considérations sur l’utilisation de copeaux, la mosaïque des terroirs, l’identité régionale et occitane, l’originalité du vin, sa dimension culturelle… s’effacent devant cette réalité.
Que faire ? A vrai dire le problème est énorme et on ne voit pas comment on pourrait en sortir autrement qu’en s’en prenant au mécanisme même du libéralisme. L’expérience nous enseigne que les tentatives d’apporter une réponse individuelle sont condamnées à l’échec.
C’est autre chose qui est en jeu, d’une autre dimension. On ne peut pas tergiverser et laisser la viticulture familiale du bassin méditerranéen disparaître au profit des latifundia.
Les dispositions concernant l’arrachage des vignes n’ont rien réglé et ne règleront rien. Comme cela a été dit, la prime accordée aux viticulteurs consiste à leur payer la corde pour se pendre.
Nous appelons donc à définir d’autres objectifs que la ruine de nos villages et de ceux qui y vivent.
Posté le 16.10.2006 par cessenon

llustrations trouvées sur une revue de la Confédération Paysanne.
Oui, ce vendredi 13 octobre avait lieu au 2 rue Voltaire le premier repas à thème de la saison. Le sujet retenu, la viticulture, tombait on ne peut plus dans l'actualité avec l'adoption récente par les partenaires professionnels d'un plan d'arrachage des vignes.
Ce sont entre quarante et cinquante personnes qui ont répondu à l'invitation qui avait été lancée. A la tribune avaient pris place Serge Azaïs de la Confédération Paysanne, Roger Rabou, ancien président de la cave coopérative de Murviel les Béziers et Pierre Escande, viticulteur récemment à la retraite.
Au cours d'un exposé préliminaire Serge Azaïs a fait un historique de la viticulture depuis le 19ème siècle. Il a apporté là l'élément culturel qui en général accompagne le repas à thème. Nombreux sans doute ont été ceux qui à cette occasion ont découvert tout un volet du passé de la région. En particulier il a été rappelé que la prospérité viticole du Biterrois s'est développée alors que le phylloxéra ravageait le vignoble à l'est du Rhône mais n'avait pas encore franchi ce fleuve. Il a aussi indiqué que le record de la production de vin en France a été atteint au milieu du 19ème siècle avec un chiffre de 101 millions d’hectolitres, contre moins de 50 millions aujourd'hui.
Mais ce n'était pas qu'un élément culturel qui a été présenté. Pour Serge Azaïs, la situation que vit présentement la viticulture française, méridionale en particulier, s'inscrit dans le cadre des méfaits de la mondialisation libérale de l'économie. Il préfère ne pas employer le terme de crise lequel évoque des difficultés passagères que l'on peut rapidement surmonter. Il considère que les choses se sont inscrites dans la durée et que c'est plus grave, plus profond, qu'un phénomène conjoncturel. Il note aussi que ce n'est pas que la viticulture qui est touchée, la sidérurgie, le textile par exemple en ont déjà été victimes.
A travers la vigne c'est toute une identité, régionale, occitane, rurale… qui est battue en brèche. Le vin perd son âme et devient un produit industriel qui sera uniformisé alors que les atouts que constitue la richesse de la mosaïque du terroir ne sont pas exploités. Si le consommateur demande un arôme de citron ou de banane, les chimistes sauront l'intégrer sans problème.
Roger Rabou a très rapidement situé l'ampleur des difficultés. En six ans son propre chiffre d'affaire a baissé de 48 %. Une commune comme la sienne voit celui-ci passer de 3 milliards de centimes à 1,5 milliard.
Au cours de la discussion qui s'est engagée des questions techniques ont été mises en exergue. Les caves coopératives qui avaient joué un rôle de défense des petites et moyennes exploitations se voient la proie d'un individualisme forcené. C'est le sauve-qui-peut généralisé. Celui-ci cherche une autre coopérative qui vinifie à moindre frais, celui-là revient à la cave particulière, cependant que les structures qui se mettent en place pour les diverses catégories de production font éclater la solidarité mutualiste qui prévalait.
Le négoce fait la loi et Roger Rabou estime que ce n'est pas qu'un problème de changement dans la consommation. Il considère en effet que si les viticulteurs bradaient leur vin au prix de 15 euros par hecto ils trouveraient preneur. En fait c'est l'entrée de vin venu du monde entier qui pèse sur le marché.
Des questions se posent, par rapport à l'écologie, à l'environnement notamment, mais à la diversité biologique aussi et à la qualité du produit. Elles se posent encore plus pour ce qui est de la situation sociale dans les villages et par rapport aussi au choix de « Produire français » qui a été abandonné.
Que faire devant cette mondialisation libérale de l'économie ? Roger Rabou est on ne peut plus clair. Les communes du Biterrois se sont prononcées massivement contre le libéralisme lors du référendum du 29 mai 2005. Il faut poursuivre dans cette voie et aborder les prochaines échéances électorales dans cet esprit.
Pierre Escande a précisé la situation des viticulteurs à la retraite. Leur pouvoir d'achat est conditionné par le complément de revenu qu'ils tirent de la location de leurs terres. Si leurs fermiers disparaissent ils verront leurs ressources amputées par le tarissement de cette source.
L'adoption du plan d’arrachage auquel a souscrit la profession viticole ne manque pas de poser problème. On doit d'abord préciser qu'il faut défalquer de la somme de 6800 euros à l'hectare attribuée les 1500 euros de frais d'arrachage.
Question plus fondamentale : est-ce qu'on n'hypothèque pas l'avenir de la viticulture en jouant la carte de l'arrachage ? Est-ce que ce faisant on affronte vraiment la réalité du libéralisme mondialisé ou est-ce qu'on l'accepte en se contentant de mesures d’accompagnement qui, comme l'a dit Aimé Couquet, se réduisent à payer la corde du pendu ?
Serge Azaïs et Pierre Escande ont évoqué d'autres pistes : l’un avec la production de biocarburant, l’autre avec l'offre aux nouveaux arrivants dans l'Hérault de produits biologiques dans le domaine des fruits et légumes.
Un peu de scepticisme a accueilli ces perspectives : la première à cause du coût résultant de l'état actuel de la technologie, la seconde en raison de la concurrence internationale qui s'exerce aussi dans ces domaines.
Quoi qu'il en soit ce premier repas à thème de l'année a été apprécié par les participants. Comme toujours certains d'entre eux ne sont pas restés pour manger cependant que quelques autres ont « feinté » et ne sont venus qu'au moment de passer à table pour déguster le coq au vin (évidement c'était de circonstance !) qu'avait préparé Lili.
La soirée s'est terminée avec l'animation musicale assurée par Enrique, Jean-Claude et Maria.
Posté le 03.10.2006 par cessenon

La còla au travail
Photo Jean-François Favette
C’était ce dimanche 1er octobre la fête des vendanges d’antan à Cessenon. Le temps, qui les journées précédentes avait donné des angoisses aux organisateurs, était clément. A 13 h, au moment du repas, la terrasse du café restaurant « L’Europe » était garnie.
De nombreux marchands s’étaient installés sur le plan Jean Moulin ou aux abords immédiats. Parmi eux nous avons relevé les réalisations d’un nouvel artisan cessenonais dont l’atelier est aux métairies de Carbonel et qui aura bientôt un point de vente à la Maison Médiévale. Il s’agit de Claude Viguier qui fabrique des jouets et des jeux en bois d’une finition parfaite. L’intitulé de son affaire ne manque pas de saveur : Le fou du bois !
Original, le stand de la Burla, le cercle occitan de Cessenon, proposait aux chalands des photos d’époque. Des photocopies au format A4 avaient été reproduites et étaient vendues 3 euros pièce. Photos de classes, de vendanges, de fêtes, d’équipes de rugby, d’événements marquant de la vie du village…
Vers 14 h trois charrettes, dont deux adaptées au transport de la récolte, se sont ébranlées pour, suivies d’une còla nombreuse, aller vendanger une vigne appartenant à Yvon Roume située à quelques centaines de mètres à la sortie de Cessenon, dans le tènement du Pizou. Il y avait quatre rangées de quelque vingt-cinq ceps à cueillir ce qui a dû remplir quatre ou cinq comportes soigneusement quichées.
Au retour le raisin a été pressuré, dans un grand et un petit pressoir tandis qu’on en avait mis dans des comportes pour permettre aux enfants de lo faunhar amb los pès (de le fouler avec les pieds) comme cela se faisait autrefois. Le moût produit a été goûté, emporté…
La Peña biterroise avec ses airs entraînants a animé la fête cependant qu’en fin de journée un groupe d’enfants de l’école a, pour le plus grand plaisir de tous, exécuté la célèbre bufatiera.
Posté le 29.07.2006 par cessenon

Nous trouvons les deux graphies mais la plus fréquente est Cartagène, sans h, et c’est la bonne !
Mais qu’est-ce que la Cartagène ? C’est un vin apéritif, liquoreux, qui était produit autrefois en petite quantité par les viticulteurs. Il n’était pas commercialisé mais était destiné à la consommation familiale.
Comment le prépare-t-on ? Eh bien le procédé de fabrication consiste à adjoindre, avant fermentation, de l’alcool au moût de raisin. La technique, appelée mutage, a pour effet d’arrêter la fermentation, c’est à dire la transformation des sucres contenus dans le moût en alcool, le liquide alors obtenu, la mistelle, est à la fois sucré et alcoolisé. La Cartagène titre en général de 15 à 17,5 % en volume et peut se conserver plusieurs années.
C’est la même méthode qui est utilisée pour le Pineau des Charentes et, plus près de nous, pour le muscat de Saint Jean de Minervois. A propos de muscat de Saint Jean, celui de M. Miquel, à Barroubio, est particulièrement fruité. Naturellement la couleur, les arômes… dépendent des propriétés des moûts et des alcools utilisés.
La légende affirme que le Pineau est le fruit du hasard. « En 1589, alors qu'Henri IV accédait au trône de France, un vigneron charentais, au cours des vendanges, versa par mégarde du moût de raisin dans une barrique qui contenait de l'eau-de- vie de Cognac. Il remisa alors ce fût dans le chai du domaine seigneurial. Quelques années plus tard, lors d'une récolte abondante, la précieuse barrique lui devint nécessaire. Il eut la surprise d'y découvrir un merveilleux breuvage, limpide, ensoleillé comme la terre des Charentes. Le Pineau des Charentes était né. »
En principe on mélange un quart d’alcool à trois quarts de moût, ce qui serait à l’origine du mot Cartagène, « quartejar » signifiant partager en quatre et « quartar » voulant dire labourer sa vigne pour la quatrième fois. Rien à voir donc avec la ville d’Espagne homonyme.
Depuis plusieurs années quelques propriétaires et quelques coopératives, notamment dans notre secteur celles de Roquebrun et de Berlou, produisent et commercialisent de la Cartagène. Il faut compter environ 10 Euro la bouteille de 75 cl.
Celle de Roquebrun avait obtenu un « Barral d’Argent » en 1994. Voici le descriptif qui est donné du millésime 1998 : « 100% Grenache Blanc muté à l'alcool vinique pur, élevage en cuve de 24 mois. Robe ambrée, nez de raisin et de noyau ; alcool bien fondu. Pour l'apéritif, le melon, les desserts aux fruits. »
L’auteur de ces lignes a goûté à celle de Berlou, orthographiée « Carthagène », dont une bouteille lui a été offerte. Sa robe est plus rouge que celle de Roquebrun qui garde toutefois sa préférence ! Il a également dégusté, à Murviel, chez l’ami Pepone, une excellente Cartagène de même couleur que celle de Berlou produite au Domaine de Maury, situé sur la commune.
Frédéric Mistral appréciait les moments de détente « fuman la bofarda e chiman la cartagena » (fumant la pipe et sirotant la Cartagène.)
Posté le 29.07.2006 par cessenon

Photo Colette Dumas
Visiblement les rangées de ceps, las lagas, que l’on voit sur cette photo ne sont pas droites mais courbes.
La vigne photographiée ici est située près de Roujan et c’est une vigne vieille. Quel était le but du viticulteur qui a suivi les lignes de niveau pour effectuer sa plantation ?
Son souci était d’allonger les rangées au maximum de façon à réduire le nombre des manœuvres à chaque extrémité au moment des labours qui se faisaient alors avec un cheval et de supprimer le dénivelé sur le sillon tracé.
D’autres méthodes pouvaient être mises en œuvre, notamment une plantation rectiligne à l’oblique (en galis). L’inconvénient toutefois c’est que les rangs des bords se trouvaient raccourcis. On appelait ces rangées los perlats et cela nécessitait toute une stratégie pour que, pendant les vendanges, le travail soit équitablement réparti entre les différentes coupeuses de la còla.
Vers les années 80 la plantation suivant les lignes de niveau s’est répandue dans les terrains en pente. C’est le cas notamment dans le secteur de Faugères, vers Berlou… Il faut préciser que cela a permis l’emploi de tracteurs, les chevaux ayant à cette époque déjà disparu des exploitations viticoles. On pouvait en effet labourer en restant dans une position plane.
Par ailleurs le système a pour conséquence d’empêcher la terre d’être entraînée vers le bas en cas de forte pluie.
Ajoutons que, même si ce n’est pas l’objectif du viticulteur, cela donne un certain cachet au paysage.
Posté le 10.07.2006 par cessenon

Photo Françoise Deixonne
C’est una somesa (prononcer soumézo). Le viticulteur a voulu, par marcottage, faire pousser un nouveau cep à l’endroit où un ancien plant avait disparu. Il a donc laissé grandir un sarment d’un pied voisin et, quand il a été suffisamment long, il a enfoui son extrémité dans la terre, la faisant ressortir au niveau où il voulait voir apparaître le cep de remplacement.
L’avantage de la méthode c’est qu’il n’est pas nécessaire de creuser un trou pour placer le jeune plant, qu’il s’agisse d’un plant américain que l’on va greffer ensuite ou d’un soudé/greffé, comme cela se généralise aujourd’hui. L’inconvénient c’est que le nouveau cep n’est pas immunisé contre le phylloxéra puisqu’il n’est pas sur un porte-greffe américain mais qu’il s’agit d’un plant français. Ce procédé, appelé provignage, était précisément employé avant l’apparition du phylloxéra. Il paraît qu’il était, il y a peu, largement utilisé dans la région de GAILLAC.
On voit encore, plus dans l’AUDE que dans l’HERAULT, quoique la photo présentée ait été prise sur le Pech de Montmajou, dans un triangle VILLESPASSAN / ASSIGNAN / CEBAZAN, des somesas reliant le cep primaire au sol après que le cep secondaire en ait été séparé. Les racines nouvelles qui se sont développées sur la somesa alimentent alors le pied de vigne qui lui a donné naissance. Cela permet ainsi à celui-ci d’être mieux nourri quand, le vieillissement aidant, les racines de la vigne mère se révèlent insuffisantes pour la ravitailler correctement. « Une manière de perfusion en somme », estime une amie randonneuse !
La vigne où cette somesa a été photographiée est une vigne de garrigue, amoureusement entretenue par son propriétaire qui la renouvelle ainsi à moindre coût. Nous pouvons imaginer que notre viticulteur n’est pas très jeune et qu’il y a plus de poésie que de rendement dans son travail. Nous pouvons penser qu’après lui cette vigne sera abandonnée et que nous ne bénéficierons plus dans ce secteur d’un paysage reposant comme peut en créer l’activité humaine. Peut-être dirons nous alors en passant par là « aquí tanben lo papeta es mort e l'enfant es partit gendarma ».
Posté le 10.06.2006 par cessenon

Pendant le débat
Photo Hugues Bousquet
C’est sous un ciel lumineux que s’est tenu samedi 3 septembre à 17 h 30 le premier débat de la fête de La Plantade. Un ciel assombri toutefois par une nouvelle nécrologique qui a peiné tout le monde, le décès tragique du frère d’Aimé Couquet.
Quelque soixante et dix personnes étaient présentes pour ce premier échange qui avait lieu, comme c’est de tradition, à côté du bassin. Présidé par Christian Harquel, le secrétaire de la section de l’Ouest Biterrois, il a été introduit par les interventions de Serge Azaïs de la confédération paysanne et de Jacques Cros du comité de la section de Béziers. Le thème retenu, les questions de la ruralité, était un bon sujet de réflexion.
Les deux premiers intervenants se sont complétés, le premier axant sa contribution sur les problèmes de la viticulture, le second faisant état du déplacement vers les villages des difficultés socio-économiques qui caractérisaient jusqu’ici les banlieues déshéritées comme celle de La Devèze, une ZUP classée en ZEP.
Pour Serge Azaïs le vote du 29 mai a une part de populisme. Pour Jacques Cros, qui le relie au score inquiétant du Front National lors des élections présidentielles du 21 avril 2002, il est révélateur de l’ampleur de la crise dans le monde rural.
Au cours de la discussion Paul Barbazange relèvera que la différence essentielle entre le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005 c’est que cette dernière date est porteuse d’espoir parce que de victoire. Une appréciation confortée par Marcel Caille qui considère que même si ce n’était pas toujours conscient c’est bien contre le libéralisme qui fait des ravages que les gens se sont prononcés.
Serge Azaïs a apporté des éléments techniques précieux sur la situation des viticulteurs. Ils sont dominés par les sociétés agro-alimentaires qui font la loi, imposant les normes, nivelant les différences pour l’obtention d’un produit industriel dont il devient impossible de dire quelle est l’origine. A une question d’un habitant de Tourbes, revenu dans son village natal pour y passer sa retraite, concernant la vague de replantation à laquelle il assiste, il répond que les petites propriétés, disparaissent au profit des plus grosses qui peuvent mieux résister par la mécanisation poussée, les traitements phytosanitaires systématiques… à la crise viticole. Il s’attend à une réduction considérable du nombre de caves coopératives et regrette leur gestion de plus en plus inspirée par le modèle libéral !
On assiste dans les villages à un changement radical au plan sociologique, culturel, politique. Les viticulteurs qui dans leur majorité avaient une tradition républicaine de gauche ne sont certainement plus majoritaires dans la population. En zone rurale c’est le chômage et la précarité qui s’installent. Ils s’accompagnent d’une augmentation de la délinquance. La population qui vieillit est confrontée aux mesures prises contre la protection sociale : amputation du pouvoir d’achat des retraites, diminution des remboursements pour les soins… cependant qu’elle voit se réduire les services publics qui lui sont de plus en plus nécessaires.
Qu’il s’agisse de la viticulture ou de la problématique plus générale du monde rural, si l’analyse de ce qui est en cause est insuffisante, elle reste nécessaire. Les considérations politiciennes sur qui serait le meilleur candidat aux prochaines élections présidentielles ne présentent à vrai dire aucun intérêt.
Par contre une analyse sans concession des limites d’un système en fin de course qui fait au quotidien la preuve de son impuissance est indispensable. Comment s’appuyer sur les perspectives offertes par les résultats du 29 mai pour avancer ? Comment reconstruire le parti révolutionnaire dont nous avons besoin pour répondre aux exigences de l’histoire ? Voilà en quelque sorte ce qui devrait être à l’ordre du jour des débats du dimanche.
Posté le 08.06.2006 par cessenon

Les neuf mutins du 17ème originaires de Cessenon à Gafsa
C’est, cette année, le 90ème anniversaire des événements de 1907 qui ont si fortement marqué la conscience collective du Midi Viticole. A cette occasion l’Office Départemental d’Action Culturelle présentait vendredi 21 mars, dans la salle des fêtes de Cessenon, une conférence spectacle sur le sujet. Inscrite dans le cadre du Festival de la Vallée de l’Orb, cette manifestation s’est voulue décalée dans le temps par rapport à l’activité, habituellement estivale, du festival. L’expression employée « Les Printemps de l’Hérault » situe clairement le créneau choisi. Dans la démarche des organisateurs il y a volonté de cibler les gens du pays plutôt que les touristes.
Une centaine de personnes a assisté à la représentation. Ce n’est pas rien mais, comme l’a souligné le Maire de la commune, on aurait souhaité un public plus nombreux. D’autant plus que le thème plongeait profondément dans les racines de l’Histoire de la viticulture. Et malgré ce il y avait peu de viticulteurs dans la salle. Pourtant se pencher sur son passé permet d’éclairer son avenir.
La situation du monde viticole en 1907 est relatée de façon très documentée par Michel Cordes. Des éclairages nouveaux sont apportés. Quoique touchant toutes les couches de la société, la crise n’a pas les mêmes conséquences pour les riches propriétaires terriens - qui doivent simplement réduire la durée de leur cure au Boulou ! - que pour les ouvriers agricoles lesquels, massivement soumis à un chômage partiel ou total, n’ont tout simplement plus de quoi manger. Entre les deux, la classe des petits propriétaires hésite entre une conscience ancrée plutôt à gauche et la nécessité de trouver les moyens de survivre.
L’importance de la fraude dans l’affaire est relativisée. Certes il n’est pas dit nettement que la région est confrontée à une crise de surproduction classique telle qu’en génère le système capitaliste. La première crise de ce type dans le monde agricole moderne peut-être ! Mais si cela n’apparaît pas encore dans le spectacle, cela est déjà dans la conscience des acteurs, ainsi que j’ai pu en juger en discutant avec l’un d’eux après la représentation.
La personnalité de Marcellin Albert - Lo Cigal - est précisée. On apprend qu’il a des dons d’acteurs qui se sont exprimés au sein de la troupe de théâtre amateur qu’il a créée. Ainsi il connaît un succès mérité dans le rôle de Ruy Blas. On en sait plus sur les conditions de la création du Comité d’Argeliers, sur sa composition aussi. Marcellin Albert rentrera, penaud et dévalué auprès de ses concitoyens, de son voyage à Paris au cours duquel, après avoir tenté de se faire entendre par l’Assemblée Nationale, il sera manoeuvré par Clemenceau.
Le rôle de Ferroul, le maire socialiste de Narbonne, qui entend bien se saisir des circonstances pour faire avancer, sinon des solutions aux problèmes, du moins une réflexion politique sur le contexte, est mis en lumière. Il sortira grandi auprès de ses électeurs.
La chronologie des faits est donnée, avec des allers retours. Les conditions de la préparation des manifestations, leur déroulement, le nombre de participants, avec leur point culminant à Montpellier, où l’on compte 600 ou 800 000 personnes, sont décrites avec beaucoup de richesse dans le détail. La genèse du discours de Carcassonne, dans lequel le lien est fait entre la situation de l’époque et celle de la Croisade des Albigeois, est racontée.
Le discours est coupé par les interventions de Georges Ferré. Ici il évoque les difficultés de la vie, avec le recours systématique au crédit, dans une famille d’ouvriers, là il récite des articles du TOCSIN, le journal fondé par Ceux d’ARGELIERS, plus loin il lit des cartes postales écrites par un Biterrois, puis par un soldat cantonné à Narbonne... Le contenu des pancartes brandies par les délégations des divers villages est égrené successivement par les quatre acteurs.
Les morts de Narbonne sont l’objet de l’interprétation, par la chanteuse du Duo Mâlines, de Cécilia, la très émouvante chanson écrite par Yves Rouquette en hommage à Cécile Bourrel de Cuxac, tuée à 17 ans d’une balle perdue. Il y beaucoup de sensibilité, d’engagement chez la jeune femme. On croirait Edith Piaf ! Avec le récit de la mutinerie du 17ème de ligne, stationné à AGDE, nous avons droit au célèbre Gloire au 17ème de Montéhus. Moins connu, le chant créé à Gafsa en Tunisie par les mutins envoyés en camp disciplinaire, est gai et finalement porteur d’espoir. Hélas le 17ème de ligne sera à peu près anéanti en 1915, fauché à Montfaucon, dans l’Argonne, par les mitrailleuses ennemies. « Gouvernament te vengaras amb uno guèrra als Allemands » a écrit Marti. La chanteuse émaillera la soirée de ses multiples prestations, avec pour commencer, la chanson du Conscrit Occitan de 1810, perdu dans la Retraite de Russie. Il y a aussi le chant des manifestants, contre la fraude et les fraudeurs... d’autres encore.
Aujourd’hui les villages du Biterrois se meurent mais ils ne meurent pas de surproduction puisque la production nationale ne couvre plus les besoins de la consommation. Les problèmes actuels de la viticulture mériteraient une analyse sérieuse qui ne fasse pas l’impasse sur ce qui est réellement en cause. Naturellement les représentants du Conseil Général, qui a parrainé l’initiative, sont intervenus pour dire quelques mots. Naturellement aussi - hélas ! - les questions de la construction de l’Europe telle qu’elle se dessine, des critères de convergence de Maastricht, des perspectives qui résultent de l’adoption de la Monnaie Unique, n’ont pas été mises en cause.
Ceci étant, c’était une excellente soirée qui s’est terminée par un buffet offert par la municipalité de Cessenon. Un buffet bien garni et présenté avec art ! Les vins étaient de la partie, ils étaient nombreux et il était, du moins pour celui qui devait conduire une voiture au retour, impossible de goûter à tous. C’est bien dommage ! Auparavant, une douzaine de magnums, dont la superbe étiquette avait été conçue par les élèves du collège, avaient été tirés au sort, à l’aide des numéros figurant sur les billets d’entrée.
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