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cessenon
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Histoires de Cessenon et d'ailleurs, avec des textes d''actualité (cf. articles parus dans l'HdJ)
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27.04.2006
Dernière mise à jour :
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Viticulture

A propos du Trois-Six

Posté le 08.06.2006 par cessenon
Une bouteille d'Eau de Vie de Marc du Languedoc
Produite par la distillerie coopérative de Pézenas



L’expression est insolite, mais d’où vient-elle ? Eh bien c’est en fait le nom d’une boisson obtenue en additionnant trois mesures d’alcool à trois mesures d’eau, la proportion du liquide était alors de 3 / 6 ! On l’appelait également « Preuve de Hollande » et elle titrait 19° Cartier. Il y avait d’autres combinaisons possibles, notamment le Cinq-Six.
Toutefois dans la région le Trois-Six c’était l’alcool de vin à 95 / 96°, produit dans les distilleries avec le marc de raisin. Pourquoi ce degré ? Parce que le procédé de distillation permet d’obtenir facilement un tel mélange, dit azéotropique.
En Languedoc il existait dans plusieurs villes d’importants marchés aux Trois-Six. Il en reste le nom de places à Pézenas, Béziers… Le commerce des Trois-Six était strict et je tiens l’anecdote suivante de Gérard Garcia, lequel est originaire de Sérignan. Un viticulteur du village se livrait à un trafic illégal et camouflait ses opérations frauduleuses en badigeonnant de bouillie bordelaise les barriques dans lesquelles il transportait du Trois-Six. Peut-être était-il surveillé par les gendarmes. En tout cas son manège fut découvert. Il avait bien tenté de se justifier d’un « Qual m’empachariá de sulfatar amb de tressiès ? » (Qui m’empêcherait de sulfater avec du Trois-Six ?) mais sans doute que cela n’eut aucun effet sur la maréchaussée !
Le nom scientifique de l’alcool de vin anhydre (c’est à dire pur) est l’éthanol. On le désigne aussi sous le vocable d’alcool éthylique. C’est le second de la série des alcools, le premier étant le méthanol. Il a pour formule développée CH3 - CH2 - OH.
Contrairement à la fermentation qui transforme les sucres en alcool, la distillation, qui a pour but de séparer les constituants d’un mélange, n’est pas une réaction chimique mais une transformation physique. Elle est connue depuis l’Antiquité et, bien que le premier traité à ce sujet, ½uvre du chimiste français Arnaud de Villeneuve (il découvrit un distillat, qu’il nomma eau-de-vie – aqua vitæ – dont il introduisit l’usage en thérapeutique externe) ne soit paru qu’aux environs de 1311, l’« art de la distillation », daterait de plus de trois mille ans, et l’on pense que les Perses l’auraient découvert pour fabriquer l’eau de rose. Aristote proposait aux marins de distiller l’eau de mer pour obtenir de l’eau douce.
La production d’alcool est pratiquée depuis des millénaires. La tradition affirme que Noé en aurait fait un usage immodéré ! Le mot « alcool » vient de l’Arabe al-kuhl qui désignait à l’origine une poudre d’antimoine servant de médicament. Une eau-de-vie est une boisson alcoolisée titrant moins de 70°. Le Cognac, la Fine, le Kirsch, le Calvados mais aussi le whisky, la vodka… sont des eaux-de-vie.
Dans notre région les distilleries coopératives ont été créées bien avant les caves coopératives de vinification. Suite au phénomène de surproduction dont les conséquences les plus dramatiques se sont révélées en 1907, elles répondaient à des impératifs d’assainissement des cours. Une législation, connue sous le nom de « prestations viniques », a obligé en effet les viticulteurs à distiller une partie de leur récolte. Des alambics ambulants ont également circulé dans les communes où aucune distillerie coopérative n’avait été construite.
La distillerie de Cessenon, aujourd’hui disparue, était à côté du groupe scolaire. Des défis étaient lancés par ceux qui voulaient en découdre : « Je t’attends ce soir après la classe derrière la raca (le marc) » Effectivement il y avait à l’arrière de la distillerie des tas de marc et l’endroit, désert, était propice aux… duels ! Il ne semble pas toutefois que le gant ait été souvent relevé, l’invective restant au niveau de la menace !
J’ai le souvenir aussi d’une machine, montée sur une carcasse métallique assez impressionnante par ses dimensions, qui permettait le transport du marc sur un tapis roulant, qu’on appelait « La sauterelle ».
Les viticulteurs avaient droit, au titre de « privilèges de bouilleurs de cru », à une quantité d’alcool, plafonnée à 1000°. Ce plafond était atteint avec une production modeste. Comme l’alcool titrait un peu moins de 100° cela permettait de retirer entre 10 et 11 litres du précieux liquide .
Précieux il l’était vraiment cet alcool. Il avait bien sûr un usage médical. Il était de tradition d’en verser sur les mains du docteur lorsque celui-ci venait d’effectuer une visite dans une maison.
Il avait aussi des utilisations moins nobles. Il servait à fabriquer du pastis grâce à des produits vendus en fraude dans de petites fioles par des gitanes. Pour le Premier de l’An on l’utilisait pour élaborer des liqueurs : crème de cacao, chartreuse… J’avoue avoir toujours eu un faible pour la crème de cacao que, gamin, j’allais siroter en cachette, à même la bouteille, dans la pièce où elle était entreposée !
Il était également possible de conserver des cerises, blanches de préférence, des grains de raisin servant, gros et à la peau épaisse… dans l’alcool.
On pouvait aussi choisir de prendre de la Fine en lieu et place d’alcool. Comme le degré était inférieur, on avait droit à plus de litres de Fine que d’alcool. Mon grand-père était amateur de Fine. Il en buvait après le repas et chaque année c’était un drame au moment de la soudure car il avait épuisé ses réserves. Il tournait en rond, accusant je ne sais qui d’un : « L’an que vem o amagarai ! » (l’année prochaine je la cacherai !)



Une bouteille d’Eau de Vie de Marc du Languedoc
Produite par la distillerie coopérative de Pézenas

On pourrait compléter ici en indiquant que la distillerie fournissait aussi à ses adhérents un peu de savon. Je me rappelle avoir été, à la sortie de l’école, arrêté par le gérant pour que j’emporte le morceau de pierre de savon qui revenait à mes parents.
De nouvelles dispositions législatives, prises en 1963 , font qu’aujourd’hui ceux qui ne bénéficiaient pas avant cette date des privilèges de bouilleurs de cru ne peuvent pas avoir droit à la dizaine de litres de « Tressiès » que peuvent toujours recevoir les plus anciens. Aussi à Cessenon, à l’adage « Les vieux il faut en tirer du travail et de l’argent » on ajoute « … et du Trois-Six » !
J’ai ici une autre anecdote. Mon oncle Aimé était allé retiré son trois-six à la distillerie de Saint-Chinian. Il y avait rencontré une connaissance venue effectuer la même opération. Il lui avait demandé des nouvelles de son père. Celui-ci devait être particulièrement désagréable (un maissant vièlh – i.e. un méchant vieux). La réponse de l’interpellé avait été : « s’era pas per tressiès, l’assucariài » (si ce n’était pas pour le trois-six je l’assommerais).



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Activité viticole d'un autre temps

Posté le 07.06.2006 par cessenon
Equipe au travail sous le regard de randonneurs visiblement intéressés
Photo Paul Barbazange


Ce vendredi 9 avril on pouvait assister, du côté de Cessenon, à une activité viticole aujourd’hui tombée en désuétude : le greffage d’un malhòl c’est à dire une jeune vigne. Cela avait lieu sur une parcelle appartenant, à Jean-François Favette, située rive gauche du ruisseau de Vessas, au-delà donc de la « campagne » de La Grange-Neuve.
Oui, le greffage n’est plus pratiqué depuis des années par les viticulteurs lesquels plantent à présent ce que l’on désigne sous le vocable de « soudés-greffés ». Le greffage est réalisé en fait dans des pépinières.
On n’a pas toujours greffé la vigne. Pendant des siècles on opérait par simple bouturage ou par marcottage, ce dernier procédé étant appelé provignage. On peut d’ailleurs voir encore ici et là quelques pieds de vigne obtenus par marcottage. En Occitan on appelle cela una somesa.
Le greffage est la parade qui a été trouvée pour combattre le phylloxéra. Ce sont plus précisément ses larves qui en s’attaquant aux racines du cep le font périr. Le phylloxéra est un insecte originaire d’Amérique qui a été introduit accidentellement en France au milieu du XIX° siècle et qui a ruiné son vignoble.
Comment le greffage permet de se protéger des ravages du phylloxéra ? Eh bien le remède a la même source que le mal. On utilise un plant de vigne américain, qui résiste aux larves du phylloxéra, sur lequel on greffe le cépage désiré.
Pendant des dizaines d’années, lorsqu’on renouvelait une vigne, on opérait en deux temps : la première année on mettait en terre les plants américains, la deuxième année, au mois de mars, on procédait à la greffe. Pendant longtemps on a utilisé essentiellement comme plants américains vitis rupestris et vitis riparia, le premier pour les terres maigres, le second pour les terres plus grasses. La situation a ensuite évolué et de nouveaux porte-greffes ont été mis au point.
Il existait des spécialistes et on faisait appel à eux lorsqu’il s’agissait de greffer une vigne. Chaque viticulteur savait quand même greffer et le faisait quand il s’agissait de simplement remplacer quelques ceps manquant. Dans un coin de jardin on produisait par bouturage les plants américains (las barbadas) qui seraient nécessaires à ces opérations.
Pourquoi Jean-François n’a-t-il pas procédé à une plantation classique de soudés-greffés ? Eh bien parce qu’il n’a pas trouvé chez les pépiniéristes la combinaison porte-greffe / cépage qu’il souhaitait pour son terrain qu’il avait fait analyser par un institut d’agronomie. Il est donc revenu à la méthode ancienne.
En 2003 il avait planté des pieds de vignes non greffés, du 161 – 49 R nous a-t-il semblé, et en 2004 il avait sollicité un de ses collègues, qui était spécialiste de la greffe à l’époque où elle se pratiquait, pour réaliser la deuxième phase de l’opération.
C’est à celle-ci que nous avons pu assister. Nous avons pu voir comment s’y prenait le greffeur, Yvon Roume, qui nous a avoué ne pas avoir pratiqué son art depuis peut-être 25 ans. Dans un premier temps, à l’aide d’un sécateur, il coupe le porte-greffe à 7 ou 8 cm du sol. Il fend ensuite la tige ainsi dégagée à l’aide d’un couteau, à lame recourbée, particulièrement bien affûté. Puis, avec le même couteau, il taille, en biseau et en deux coups, le greffon qu’il a préalablement préparé. Ces greffons sont faits d’un morceau de sarment qui comporte deux entre-n½uds. Ils sont entreposés dans un seau à vendange ordinaire, Yvon estimant que c’est plus pratique que le traditionnel seau de greffeur. Il introduit le biseau dans la fente en prenant soin que l’écorce du porte-greffe et celle du greffon soient bien en vis-à-vis. C’est à ce niveau que s’opère la soudure. La responsabilité du greffeur s’arrête là.





Seau, outils et greffons Introduction du greffon sur le porte-greffe

Il faut ensuite attacher le greffon à son porte-greffe grâce à un lien de ficelle déjà coupé à la longueur voulu. C’est aussi une action délicate dont dépend la réussite de la greffe. C’est Jean-François qui s’en charge. Autrefois on pouvait utiliser du raphia, moins onéreux sans doute, mais qui avait le défaut de scier la main


Jean-François attache le greffon sur son porte-greffe

Il ne reste plus qu’à couvrir l’ensemble porte-greffe / greffe. Dans le temps on se contentait de dresser une butte et il fallait deux couvreurs pour suivre, bigòs (une houe à deux pointes) en main, le rythme d’un greffeur. Aujourd’hui on remplit de terre un manchon en plastique qui vient gainer l’ensemble. Dans les pépinières on enduit d’une espèce de paraffine de couleur rouge la jonction porte-greffe / greffe, c’est ce que l’on peut voir dans les vignes récemment plantées.
De temps en temps Yvon estime que le porte-greffe n’est pas assez développé. Il le saute, la greffe ne sera faite que l’année suivante. Il nous précise que la norme pour un greffeur était de 1100 pieds par jour. La parcelle sur laquelle il opère en compte 1300, l’équipe devra revenir samedi matin pour finir.
Comme cela se généralise, la vigne est ici sur échalas. En conséquence un dernier ouvrier place une manière de tuteur, fait d’une tige de bambou, qu’il fixe par un crochet à un des fils de fer déjà tendus.
On ne vous a pas encore parlé du cépage. Jean-François a choisi de l’alicante de Bouschet. C’est un cépage qualifié de « teinturier » car le jus de son raisin est particulièrement rouge. Les caves coopératives encouragent par des bonifications de 2° de teneur en sucre la plantation de ce type de cépage qui donne au vin une robe de couleur soutenue.
Afin que la parcelle soit homologuée Jean-François a dû acheter les greffons. A l’époque on se contentait de choisir, sur une vigne plantée du cépage que l’on désirait reproduire, les plus beaux sarments.
Dans quelques jours on pourra juger de la réussite du « plantier ». Si c’est nécessaire Jean-François pourra l’arroser, il dispose de l’eau de la compagnie du Bas-Rhône Languedoc qui la distribue dans les tènements du secteur.

Phylloxéra

Posté le 07.06.2006 par cessenon
Planche reproduisant le cycle du phylloxéra

LA MARSEILLAISE du lundi 3 mars a publié un article sur le phylloxéra. Je souhaite apporter ici quelques compléments, un correctif aussi, à cette question.
Comme cela a été dit la maladie a évolué d’est en ouest. Il est exact qu’il était possible de la combattre en submergeant les terres pendant plusieurs jours. Il me paraît abusif de dire que les plaines de l’ORB, ou celles de l’HERAULT, permettaient la pratique de cette opération salutaire et que cela a conduit à l’introduction de la vigne dans ces zones. Les possibilités de submersion étaient en fait assez rares. Dans la région biterroise l’Etang de MONTADY était un des coins singuliers où la chose était techniquement possible.
Par contre ce qui est vrai c’est que le phylloxéra est asphyxié par la compacité du sol, et gêné dans sa progression, par les terrains sablonneux, ce qui contrarie le développement des colonies de larves aptères lesquelles se reproduisent d’ailleurs par parthénogenèse. Aussi les sables, quoique peu fertiles, offraient un milieu propice à la culture de la vigne à une époque où le vin était devenu rare et donc cher. C’est ce facteur qui est à l’origine de la constitution des vignobles des Salins du Midi.
C’est en fait la parade trouvée pour combattre le phylloxéra qui va provoquer la pire des crises du monde viticole, celle qui a conduit aux événements de 1907. La parade c’est, après des tentatives, coûteuses et aléatoires, de désinfecter les sol par le sulfure de carbone, la greffe des plants Français sur les plants Américains. Ceux-ci, vitis rupestris ou vitis riparia en particulier, résistent à la présence de l’insecte dans ses racines. On notera au passage, juste retour des choses, que l’introduction de la maladie était due à l’importation de ces végétaux sur le sol Européen.
Au moment de la reconstitution du vignoble, ruiné par le phylloxéra, le vin était encore une denrée rare et qui donc, mécanisme de la loi de l’offre et de la demande, se vendait un bon prix. Aussi, parce que cela rapporte, on va planter à tour de bras. C’est de cette période, fin du XIX ème siècle, que date la constitution des grands vignobles de plaine, simplement amorcée, au milieu du XIX ème siècle, avec le développement des moyens de transport. On arrache les oliviers, on supprime les champs de céréales et on plante de la vigne. On développe celle-ci en ALGERIE où elle était inconnue il y a peu de temps. On fabrique même du vin avec du sucre de betterave. Il suffit de mettre celui-ci dans le marc de raisin déjà utilisé pour obtenir, par fermentation, un alcool qui est essentiellement de l’alcool éthylique, sans toutefois les arômes complexes qui accompagnent le vin naturel.
Le résultat ne se fait pas attendre : il y a rapidement une situation de surproduction, les cours s’effondrent. On ne sait plus que faire du vin produit. J’ai entendu raconter par un oncle qu’il avait vu son père jeter le contenu de ses foudres dans le caniveau pour rentrer la vendange nouvelle. Des cafés offraient une possibilité surprenante : on payait un forfait d’une heure et on s’attablait avec libre consommation de vin pour la durée du forfait ! C’est évidemment la misère.
La suite on la connaît : Marcelin ALBERT d’ARGELIERS alerte l’opinion par la constitution d’un comité et la création du journal LE TOCSIN. Toutefois la nature du mal n’est jamais clairement établie. Un mot d’ordre unificateur, mais insuffisant, « NON A LA FRAUDE », ceci en référence à l’alcool obtenu avec le sucre de betterave, est adopté. Certes un tel procédé de fabrication de vin sera interdit. Mais des crises de surproduction cycliques affecteront le monde viticole pendant une bonne partie du XX ème siècle.
On remarquera que la position des salariés de la viticulture n’a pas toujours été au niveau de conscience qui aurait été nécessaire. Ils participent aux manifestations, toutefois leurs revendications spécifiques n’apparaissent pas de façon évidente dans cette affaire. Ils sont évidemment les premières victimes de la conjoncture. Mais, même à l’époque de l’Eldorado de l’Aramonie, comme Jean-Denis BERGASSE, qui évoque les grandes surfaces plantées en Aramon, cépage particulièrement productif, qualifie la période de prospérité du vignoble, la situation des ouvriers agricoles n’est guère enviable. Qu’on me permette de rappeler ici un drame familial. Un de mes ancêtres était domestique (en fait ouvrier agricole) dans une campagne. Il occupait un logement de fonction, avec sa femme et ses deux enfants. Le malheur a voulu qu’il soit tué d’un coup de pied de mule. Eh bien, le seul dédommagement proposé à la veuve, laquelle était partie s’installer au village comme alisaire (repasseuse), avait été de venir le dimanche avec ses deux enfants manger la soupe à la table des maîtres !
Aujourd’hui bien sûr ce n’est plus de surproduction dont souffre le vignoble Français. Politique européenne oblige, la production ne couvre plus les besoins de la consommation nationale. Malgré tout les villages meurent, d’une autre forme de la maladie que celle qui les avait atteints en 1907, mais toujours de la même logique, la logique d’un système, le système capitaliste, fondé sur la recherche du profit le plus grand dans le temps le plus bref. On ne peut plus indéfiniment continuer à faire l’impasse sur cette donnée.
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Viticulture et habitat

Posté le 03.06.2006 par cessenon
Cessenon, comme l’ensemble des villages viticoles du Biterrois n’a pas toujours connu la situation de crise que nous vivons actuellement. Il y a certes eu de manière cyclique des périodes de mévente, la plus célèbre étant celle de 1907.
Mais il y a eu aussi des phases de prospérité. La vie était alors facile pour les propriétaires, même ceux d’une exploitation de taille modeste. Avec 3 ou 400 hectolitres de vin on pouvait voir venir : une récolte en banque, une autre en cave et une troisième sur pied disait-on !
Ces viticulteurs avaient en règle générale un cheval, quelquefois un ouvrier qui effectuait les travaux les plus pénibles, les propriétaires se contentant alors de ceux qui l’étaient moins comme la taille.
Les maisons vigneronnes étaient fonctionnelles : la cave, la remise et l’écurie au rez-de-chaussée, le fenil – avec souvent una carrèla (une poulie) sur la façade – sous le toit, le logement entre les deux.
Certaines de ces maisons étaient selon le vocable en vigueur des « maisons de maître » et témoignaient du niveau social de l’occupant. D’autres étaient naturellement plus modestes. Quant à celles des ouvriers agricoles elles étaient toujours moins spacieuses, moins ajourées, avec des pièces superposées, souvent une seule par niveau, desservies par un escalier étroit.
Pendant les périodes de prospérité viticole, celle notamment qui a caractérisé la deuxième moitié du 19ème siècle, on a construit de belles maisons de maître en dehors de l’enceinte initialement fortifiée du village.
On les a équipées de balcons en fer forgé de styles différents, quelquefois mélangés. André Robert nous a offert une série de dessins reproduisant soigneusement plusieurs de ces balcons.
Cet André Robert a de lointaines racines cessenonaises. Un de ses ancêtres, dont les parents protestants avaient été victimes de l’intolérance religieuse (le père avait été envoyé aux galères et la mère à la Tour de Constance), était venu au 18ème siècle avec son frère chez un oncle qui habitait la campagne aujourd’hui en ruines qu’on appelle Bourgue Rouge. Il y avait fait souche et la dite campagne porte, sur la carte de Cassini le nom de « Roubert », les actes notariaux mentionnent « la métairie des Robert ».
Nous avons choisi pour illustrer le présent article un de ces balcons en fer forgé. Il se trouve au 3 de la rue de La Font Sucrée, la maison appartient à Bernard Cavalié, notaire de son état. Il ne s’agit pas d’une construction récente, elle avait été la propriété de la famille des Chevaliers de Vessas dont sept générations ont exercé la fonction de capitaine châtelain. C'est-à-dire qu’ils étaient commandants de la garnison et qu’ils rendaient la justice au nom du roi. Un des derniers chevaliers de Vessas était tombé en disgrâce car il avait pris le parti de Henri de Montmorency dans sa révolte contre Louis XIII.

Le ravitaillement en vin

Posté le 01.06.2006 par cessenon
Nous avions un tonneau à la cave et à intervalles réguliers il fallait aller se réapprovisionner à la coopérative. J4accompagnais toujours mon père dans cette expédition.
Dans un premier temps, le tonneau complètement vide, il l4amenait en haut de notre rue où était une fontaine publique. Là il y mettait quelques litres d4eau et secouait abondamment dans un mouvement de balancier.
Puis il le vidait de cette eau en prenant soin de mettre la main sur la bonde pour récupérer le bouchon qui était rentré à l'intérieur quand il avait placé le robinet. Oui, d'un coup de marteau, le robinet, positionné sur ce bouchon, était enfoncé et ce faisant chassait celui-ci.
Mon père soufrait ensuite le tonneau. Il introduisait pour cela une mèche de soufre enflammée et maintenait les deux ouvertures fermées. Celle d'en bas avec le bouchon récupéré, celle d'en haut avec un bouchon plus gros systématiquement muni d'un chiffon.
La mèche était plate, faite d'un canevas de corde recouvert de soufre. La flamme du soufre en combustion est bleue et il se dégage du dioxyde de soufre, un gaz à odeur piquante, de formule SO2, qui a des propriétés antiseptiques et élimine les ferments.
Il fallait ensuite aller faire le plein à la coopérative. J'ai connu deux périodes, celle où nous n'avions pas de carriole et où il fallait aller prendre le chariot mis à la disposition des coopérateurs et celle…qui a suivi.
Dans tous les cas il fallait payer une taxe pour circuler avec son tonneau plein. Pendant longtemps le montant de cette taxe a été fixé à 30 F. Je parle ici de francs anciens. Le caviste délivrait un papier qu'on appelait un acquit. Un mot qui avait un sens un peu mystérieux. En tout cas j'ai mis longtemps à faire le lien avec le verbe acquitter !
J'ai deux anecdotes sur ce transport de tonneau plein. La première concerne un coopérateur qui habitait très exactement en face de la cave coopérative, de l'autre côté de la route. Le hasard a voulu qu'il soit contrôlé par les services fiscaux ! Il était en règle, il avait son acquit !
La seconde a trait au malheur qui était arrivé à un certain La Youyou, c'était son surnom, alors qu'il revenait de la coopérative avec son tonneau plein. A la suite sans doute d'une fausse manoeuvre celui-ci s’était décerclé et son vin avait été perdu. Il avait décidé d'arrêter d'en boire jusqu'à ce que la perte soit compensée. De fait il s'était habitué à la chose et avait passé le reste de sa vie à ne boire que de l'eau !
Au moment du repas on mettait une bouteille de vin sur la table. Très jeune et pendant longtemps on m'en versait deux doigts dans mon verre et je complétais avec de l'eau. Il arrivait que la bouteille soit vide avant la fin du repas. J'étais alors chargé d'aller la remplir au tonneau, mon père m’'ccordant cette faveur : je n'étais pas tenu de la rapporter pleine !
On avait droit à l'histoire de cet enfant bègue qui avait été confronté à cette situation : le robinet était sorti de son logement et le vin s'écoulait. Mais, remonté rapidement de la cave, il était incapable de prononcer ce qu'il avait à dire. Aussi on l'avait invité à s’expliquer en chantant et cela donnait « Lo robinet de la barrica s'es dobert »
Mon père ravitaillait en vin mon frère qui était parti postier en Normandie. Il avait acheté un tonneau, d'une trentaine de litres je crois, un tonneau en bois de châtaignier, et il l'expédiait par la gare. Je ne suis pas sûr que l'opération était bien rentable. Mais le vin de Cessenon avait du succès auprès des collègues de mon frère au centre de tri d'Argentan.

Des souches et des bûches

Posté le 24.05.2006 par cessenon
Le français méridional comporte des expressions régionalistes qui n’ont rien à voir avec le Français. Elles sont de fait la transcription de termes de la langue occitane dans une langue vernaculaire.
En Français une souche c’est, selon Le Robert, la « Partie restante du tronc, avec les racines, quand un arbre a été coupé. » Dans la région méridionale et viticole qui est la nôtre une souche c’est un cep, un cep de vigne aurions-nous volontiers écrit si nous n’avions pas craint le pléonasme. C’est la transposition en Français du mot « soca. »
De même en Français orthodoxe une bûche c’est un morceau de bois coupé pour être brûlé tandis que chez nous les bûches ce sont les sarments de vigne. L’expression occitane qui désigne les sarments c’est : « Las vises. » Au singulier c’est « vitz », un mot à rapprocher du nom scientifique de la vigne : vitis vinifera.
Pendant longtemps, et jusqu’à une période relativement récente, les bûches ont servi de combustible pour la cuisson des aliments. Celles des souches de carignan étaient d’ailleurs les plus prisées. Personnellement je n’ai vu l’arrivée d’un réchaud à gaz chez mes parents qu’en 1956 ! Aussi jusque là, comme la plupart des femmes du village, ma mère allait, pendant l’hiver, « lever des bûches. » Les propriétaires étaient tout heureux qu’on les enlève de leurs vignes et, en contrepartie, il était convenu qu’ils devaient les apporter, avec leurs charrettes, au domicile de celle qui les avait ramassées. Aujourd’hui la plupart des bûches sont brûlées sur place, quelquefois dans un bidon sur roues que fait suivre celui qui effectue la taille. Elles peuvent également être broyées.
Avec les bûches on faisait des fagots, soit en vrac, la moitié du fagot dans un sens l’autre dans l’autre, on appelait cela « a bofanèla », soit en liant chaque poignée avec un des sarments, c’était « a gavèls. » Cette dernière méthode avait l’avantage de faciliter l’utilisation des sarments.
Il fallait ensuite transporter les fagots, « los faisses », jusqu’au bord de la vigne. C’était en général le travail des enfants le jeudi après-midi. On en faisait des tas qu’on appelait des « cavalets. » C’est là que les charretiers les chargeaient pour les livrer. Il y avait des charretiers habiles qui savaient descendre dans les rues tortueuses, et d’autres moins adroits, ou moins entreprenants, qui déposaient leur cargaison en un point commode d’accès d’où il fallait les déplacer encore, avec une brouette ou une carriole voire à la main, jusqu’au « magasin » où on les entreposait.
Une autre ressource en matière de combustible pour la cuisine étaient les racines des ceps que l’on récupérait lorsque l’on défonçait une vigne pour la replanter. Là encore les femmes s’embauchaient pour suivre la charrue et extraire du profond sillon les racines que le soc remontait avant que l’engin ne repasse pour le sillon suivant. Le seul salaire était le bois ainsi ramassé que le propriétaire du terrain apportait chez la personne qui avait collaboré à l’opération.
Ces racines faisaient une bonne braise mais étaient tortueuses et pas faciles à manipuler. A cause de cela on les appelait d’ailleurs, information recueillie auprès de l’ami Pepone de Murviel, des « vira topin » (on peut traduire par des « renverse pot. »)
On peut s’étonner de l’emploi de sarments comme combustible pour la cuisson des aliments en été dans un Midi où la chaleur était déjà suffisamment pénible sans qu’il soit besoin d’allumer du feu ! Il y avait une parade possible : « le potager. » C’était une construction dans laquelle on utilisait du charbon de bois pour éviter précisément de faire feu dans la cheminée. Bien qu’il y ait eu un potager chez moi, je ne l’ai jamais vu fonctionner mais je sais qu’ailleurs c’était l’usage. Par contre ce que nous faisions en été c’est que nous prenions nos repas dans une autre pièce que celle où était la cheminée.

Vendanges d'autrefois

Posté le 30.04.2006 par cessenon
L'oncle Aimé venant de déposer le chargement à la cave coopérative. Le cheval s'appelle Bijou.

Il est d’actualité de reconstituer ici ou là des vendanges à l’ancienne. Mais qu’étaient donc les vendanges autour des années 50 ?
J’avais 10 ans en 1950 et le souvenir qui domine ce sont les chevaux et les charrettes. Au village de Cessenon d’où je suis originaire il y avait quelque 300 chevaux et… à peu près autant d’ouvriers agricoles. Aujourd’hui il n’y a plus de chevaux et pratiquement plus d’ouvriers agricoles !
Le matin, vers 7 H, c’était le départ pour les vignes. Les comportes vides (las semals) étaient entassées par paquets les unes dans les autres sur la charrette. Si la « còla » attaquait ce jour-là une nouvelle parcelle, on plaçait dans les plus hautes los ferrats vendimiados (les seaux à vendange) ainsi que la massa et los pals semalièrs. Des cordes ou des chaînes arrimaient les comportes aux ridelles faites de tiges de fer. Ces ridelles étaient surélevées au centre du plateau de la charrette.
A cette époque les seaux étaient en métal, les comportes en bois. La masse était formée d’un billot cylindrique emmanché suivant son axe. Les pals étaient deux barres de bois, quelquefois cloutées au milieu, voire munies d’un petit arceau. Quelques jours avant les vendanges les viticulteurs sortaient leurs comportes devant chez eux per las estanhar (pour les étancher). Ils les disposaient en pyramide, suivant une progression arithmétique de raison un. Une en haut, deux au-dessous, trois plus bas… Elles étaient remplies d’eau et on en remettait quand c’était nécessaire.
Le personnel, les femmes surtout, prenait place sur les charrettes. Les hommes, hors les charretiers évidemment, circulaient le plus souvent à bicyclette. On retournait des comportes à l’avant de la charrette, elles servaient de siège. A l’arrière on s’asseyait sur le talon, les jambes pendantes.
Las còlas étaient formés chaque année, par tacite reconduction, des mêmes personnes. Cela valait au moins dans les petites propriétés. Le plus souvent les gens qui s’embauchaient chez un viticulteur avaient quelques vignes dont ce dernier rentrait la récolte avec son cheval. Il arrivait aussi que deux viticulteurs, dont l’un au moins avait un cheval, s’associent. On disait « ils s’aident pour les vendanges ».
Il ne me semble pas qu’autour des années 50 il y avait beaucoup d’Espagnols qui venaient d’Espagne pour vendanger. Certes il y avait des Espagnols au village mais ils y vivaient à demeure. Ce n’est que plus tard que l’on a vu arriver cette main d’½uvre étrangère saisonnière.
On commençait aussi à voir des camionnettes et quelques tracteurs, attelés à des remorques, qui charriaient les comportes.
Dans la matinée le retour des premières charrettes s’effectuait de manière échelonnée. Cela dépendait du nombre de coupeurs, de ce que fournissaient les ceps, de l’éloignement des vignes… Vers midi par contre c’était l’encombrement. Les files de charrettes pouvaient s’étendre depuis la cave coopérative jusqu’aux diverses entrées du village. En somme ça bouchonnait ! Les comportes étaient alignées en deux rangées sur le plancher des charrettes. La majorité des planchers pouvaient contenir 12 comportes mais ceux qui n’en contenaient que 10 n’étaient pas rares. Plus exceptionnels, ceux qui en comptaient 14. Il paraît, mais je n’en ai jamais vu, que dans certaines campagnes on trouvait des charrettes à 16 comportes.
Dans ce cas on utilisait deux chevaux. L’un, le timonier, était placé dans les brancards, l’autre, le devantier tirait à l’aide de chaînes fixées aux anneaux qui terminaient les brancards. Chez certains viticulteurs dont l’exploitation était modeste, un mulet, ou une mule, remplaçait le cheval. Les chevaux entiers étaient rares. Ils étaient réputés être plus forts mais moins dociles. Il y avait quelques attelages insolites : un mulet aux brancards et un âne à l’avant.
Cessenon est au centre d’une cuvette que traverse l’Orb. Là c’est la plaine, les vignes et les chemins y sont plats. Mais autour de la cuvette il y a des coteaux et les chemins qui y mènent sont moins commodes. Les charrettes étaient équipées d’una mecanica. C’était un dispositif qui permettait de freiner quand la descente était trop raide. Actionnés par un levier qui se trouvait à l’arrière, du côté gauche, des sabots en bois, souvent munis de vieux pneus, venaient frotter contre les roues cerclées de fer. Le charretier abandonnait alors la bride de son cheval et passait à l’arrière pour actionner « la mécanique ». Il y avait même une savante man½uvre pour franchir los escòladons. Un escòladon ? C’est une rigole qui traverse le chemin et qui permet d’évacuer l’eau en cas de pluie. Un remblai de terre le dominait vers le bas. Il faisait obstacle aux roues. Le charretier desserrait alors rapidement la mécanique, le temps de monter le remblai, et la remettait aussitôt en action.
Le dernier voyage de la journée était épique. Outre los lairans (les comportes pleines) il fallait embarquer le personnel. Il arrivait que l’on double les rangs de comportes. On plaçait alors des plateaux, de longues planches épaisses, sur les deux premières rangées et on hissait au-dessus, entre les parties hautes des ridelles, quatre comportes supplémentaires. Les gens s’asseyaient comme ils pouvaient, soit sur les planches, soit sur des espèces de coussins qu’ils posaient sur les raisins.
J’ai effectué mes premières vendanges l’année de mes onze ans. Mais jusque là je ne restais pas inactif. Mon père étant jardinier (plançonnier serait un mot plus juste) chaque matin j’avais pour mission de ramasser deux carrioles de crottin dans les rues de village pour fumer les plantations. Avec la circulation des chevaux, le crottin n’était pas une denrée rare. Les alentours de la cave coopérative étaient évidemment un bon endroit. Ma carriole était à claire-voie, aussi j’utilisais des plaques de carton que je plaçais verticalement pour ne pas perdre le précieux produit de ma collecte.
Contrairement à mon frère qui m’a avoué avoir eu honte de cette activité je n’ai jamais eu de problème à ce niveau. Simplement je rêvais d’une carriole à trois roues sur laquelle j’aurais pu monter dans les descentes !
L’après-midi je rejoignais mon père qui vendangeait pour deux s½urs, deux vieilles filles qui avaient hérité de leur père d’une petite propriété et d’un surnom. Lui était lo cagaraul (l’escargot) et les deux s½urs las cagaraulas. Deux bigotes, au demeurant de « braves » gens (au sens méridional du mot). Leurs vignes étaient pour l’essentiel regroupées à presque 4 km du village. Il fallait donc une heure pour s’y rendre. Après le repas j’allais rejoindre au « magasin », c’est à dire la remise où était aussi l’écurie, Joseph, le ramonet qui, comme c’était son statut, conduisait le cheval. Un cheval de petite taille, mais vaillant, de couleur grise, qui s’appelait « Mignon ». Je le revois prenant son élan pour, après la traversée à gué du Recambis, remonter la petite rampe qui permettait de quitter le lit du ruisseau.
Un premier voyage avait été fait le matin et un deuxième était presque prêt quand nous arrivions. Le ramonet indiquait le degré en sucre, relevé par le mustimètre, que la coopérative avait inscrit sur le ticket qui portait également le poids enregistré par la bascule. Mon père et Joseph sortaient les comportes de la vigne avec les pals et les chargeaient sur le plateau de la charrette en les empoignant per las cornelièras (les poignées des comportes). Ces comportes contenaient en général un peu plus de 80 kg de raisins et il fallait ajouter une douzaine de kg pour le vide. Joseph profitait de ce moment pour boire un coup de vin, en cachette de Thérèse son épouse qui, en tant que ramoneta, jouait le rôle de menaire (meneuse), c’est à dire qu’elle conduisait la còla. Il sortait du caisson de la charrette une bouteille enveloppée d’un treillis en corde qu’il maintenait mouillé, l’évaporation de l’eau permettant de rafraîchir la boisson de quelques degrés.
Parfois les circonstances conduisaient à un chargement plus lourd. On procédait alors à des per trats. Quelques comportes étaient dans un premier temps portées de l’autre côté du Récambis où elles étaient déposées, on revenait à vide pour prendre le reste et au passage on rechargeait celles qu’on avait déchargées.
Comme ce deuxième voyage à la cave coopérative prenait du temps, une pause était observée pour le goûter. Peu de còlas pratiquaient un arrêt l’après-midi. Cela retardait en effet d’autant la fin de la journée qui comptait invariablement 8 heures de travail. A l’aide d’un seau on puisait de l’eau dans un puits qui se trouvait pas très loin de la « baraque » où on s’installait. Cette eau servait à se laver les mains cependant que celle que l’on buvait était tirée d’un botelh (un cruchon) en terre cuite. La porosité du botelh permettait l’évaporation d’une partie du liquide ce qui, comme pour la bouteille de vin du ramonet, amenait une température plus fraîche à l’intérieur.
Le soir, pour le retour, je montais sur le vélo de mon père. Comme il n’y avait pas de porte-bagages il me juchait sur le cadre. Il lui fallait faire attention à ne pas s’engager dans los carretals (les ornières) que les charrettes avaient tracés des deux côtés du chemin. Le milieu n’était pas praticable car piétiné par les sabots des chevaux. Ne restaient de part et d’autres que des pistes cyclables dont l’étroitesse exigeait de vrais dons d’équilibriste.
Pour mon père la journée n’était pas finie, il lui tardait de retrouver son jardin où il avait tant à faire.
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